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baade de bohémiens qui i'accuâeiaient pabliquememp d'avoir enlevé cette jeune merveUle^ e^ qui léraie&t un esckmëre poiar la rançonner. II pensa ne dévoie paa pousser la chevalerie jusqu'à ce risque, et, appelant le postillon, après s'être assuré qne yeiKkml;. étail désert, il' fit arrêter la voiture. Alors, prenant la petite par un bras, il la planta «ic le chemin, en lui donnant un httia et en lui disanl :.
— Si tu entends le franK^ia». mm mie, reçois mes. remerd* monts pour le service que tu: m'aS" rendu, et dis. à ceux qui t'emploient que je les bénis pourm'avoir épargné 1& pire sottise quo je pusse jamais feire.
Après quoi, il remonta en voiture* et continua sa route vers Paris, où il alla raconter l'affaire a» duc de Florès, en le priant de ne plus compter sur lui pour épouseï miss Bartwell.
Le duc entra dans une véritable' fureur contre Morenita,. et rendit Glet témoin d'une- scène d'intéoieur bien élrange^
La duchesse était eiftrée dans le cabinet de son mari pov ^ndre sa part du récit de Glet. Un sourire involontaire illuminait son visage expressif pendant qu'ii parlait. Le' duc s'en aperçut et sa colère augmenta.
— En vérité, madame, s'écrîa~1>-il, on dkait que vous vous téjouissez de la honte et du ridicule que vous avez attirés sur moi!
— Que voulez- vous dire? demanda la duchesse en le regar^ dant avec audace.
— N'est-ce pas vous qui, maJgré mes objections et ma réslstance, avez soufBé à cette malheureuse petite fille la pensée da quitter ses parents adoptifs et de venir demeurer chez moi? N'avais-je pas prévu que vous ne sauriez pas la diriger, que vous lui tourneriez !a tôte par vos exemples, et que vous l'abandonneriez ensuite à tous les dérèglements de son caractère?
-» Bar mes exemptest repciL la dAtchesae avec une iboideiir
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eifirayante. Yoos avez dit cda, je crois? Auriez-Yous la bonté de vous expliquer, monsieur le dac?
' Eh 1 madame, "vom me compiliez ïâ&ï ! r^qoa le dnc liors de lui.
— Certainement; mais notre ami M. Qet ne comprend pas, et il faut que je le lui explique...
— Quoi? qu'expliquerez-Yous? s*écria le duc en pâlisfianU Taisez-vous, madame; vous êtes folle I
Qet prit son chapeau pour s'en aller.
~ Restez, monsieur Clet, dit la duchesse avec autorité et en se jetant presque dans ses bras; car j'ai à dire à monsieur le duc des choses bien graves, et, si je les lui dis tête à tête, je vous jure qu'il me tuera.
Clet, effraye, demeura incertain.
— Elle a raison, dit le duc; je sens qu'elle ?a dire des diochoses qui me rendront fou. Restez, Clet, vous êtes homme d'honneur. Protégez madame contre moi, s'il le faut; il&ut bien que je la laisse implorer la pitié 3es autres !
— Écoutez et jugez 1 reprit la duchesse avec une énergie extraordinaire. H y a quinze ans que vous nous connaisseZi monsieur Clet; vous savez avec quelle passion, quelles souffrances, quelle fidélité j'ai aimé H. le duc de Florès. Vous saviez, vous, qu'il me trompait, qu'il m'avait toujours trompée; que, dès les premiers jours de notre mariage, il m'avait fuit l'injure de me préférer une vile gitana, et que, depuis, il avait eu d'autres maîtresses. Lasse de souffrir et de rougir, une fois, une seule fois dans ma vie. Dieu qui m'entend le sait bien, j'ai aimé un autre homme. Je n'ai pas cédé à sa passion, je n'ai pas manqué à mes devoirs, mais je l'ai aimé de toutes les forces de mon cœur! C'était lord B..., que vous avez vu ici. Je puis bien le nommer à présent qu'il est mort; on ne peut pas la tuer deux fois! Eh bien, lord B... passe pour avoir été assassiné, il y a deux ans, dans son parc, en Angleterre. C'est la
Tëritë; mais ce qu'on ne sait pas, c'est que l'assassin, c'est M. le duc de Florès.
-^ Vous mentez 1 s'écria le duc; je l'ai provoqué en duel; nous nous sommes battus loyalement.
— Sans témoins, c'est un assassinat, monsieur, dans tous les pays du monde et selon toutes les lois humaines. Vous l'avez tué par jalousie, parce que je l'aimais, vous qui ne m'aimiez pas, lorsque j'avais respecté votre honneur tandis que vous m'étiez cent fois in&dèle. C'est la loi du monde. Vous pensiez que c'était votre droit; je ne me suis pas révoltée, je ne me suis pas séparée de vous, je n'ai îmi entendre aucune plamte ; vous ne m'avez vue ni pâlir, ni défaillir, ni pleurer. Frappé de mon courage et touché de ma soumission, vous avez daigné me pardonner mes soupçons, et cacher au monde la cause de mon secret désespoir.
— Eh bien, dit le duc, cachons-la toujours et taisez-vous, madame. Vous voilà assez confessée, et moi aussi I
Le duc, oppressé par de cruels souvenirs, voulut se retirer. La duchesse le retint.
— Mais, moi, je ne vous ai pas pardonné ! s'écria-t-elle l'œil en feu et la bouche frémissante. J'ai juré de me venger et j'ai tenu parole. L'occasion m'a servie, je ne l'ai pas laissée échapper. Le gitano Algénib est venu, un jour, me révéler secrètement l'histoire de la belle Pilar et l'existence de l'intéressante Morenita. J'ai payé la confiance et le dévouement de cet aventurier : je lui ai confié le soin de ma vengeance I
« C'est par lui, par moi par conséquent, que Morenita a sm de qui elle était la fille, par moi qu'elle s'est laissé persuader de quitter madame de Saule, et M. Stéphen, dont elle était fol* lement amoureuse, pour venir imposer à M. le duc Thumiliation et le ridicule de cette indigne paternité. C'est par moi que le gitano, épris d'elle, malgré la haine et la jalousie qu'il avait éprouvées pour elle avant de la voir, a pu entretenir avec
t± FltlWLB
cBe une intiigae dont voici le résultat. B Peolève I libre Jt TOUS, monsieur le duc, de courir après eux, et de tuer Tamant de YOtre fille comme tdbs avez tué Vamant de votre femme. Ce ne sera pas trop de deux meurtres pour la gloire d'un à l)on père et d'un époxa. ^ fidèle I Hais, quoi que vous fassiez, vous boirez la honte de votre allknce avec la race égyptienne. Visa HartweU a fiiit trop île bruit dans Paris, elle a brîHë d'un trop vif ëdat dans -vos salons pour qu'on oublie son apparition et pour qu'en ignore sa destinée. Bendue aux bons instincts "de 8t nature, «elle va courir les chemins en secouant les grelots d*im tandbour de basque et en profilant sa gracieuse cambrure à la lueur des étoiles, comme feu madame sa mère, d'irrésistSole mémoire. Moi qui ai mené toutes ces choses à bonne fin,'^ à rintention de If. le duc et de madame Hivesanges, cette divine madone qui a donné à sa ciière IMorenita de si bons exemples à défaut de bons principes; moi qui me venge ainsi des premières et des dernières trahisons de mon' noble maître, j'attends le châtiment qu'il voudra bien m'infliger pour tant de scélératesses. Me fera-t-il le plaisir de m'abandonner ? Hélasl non : le monde en parierait. Se donnera-t-!l celui de me battre OQ de me tuer ? Non; car voici un témoin qui dirait que M. lie duc est un assassin et un lâche. Enfin égorgera-t-il mon amant dans mes lH>as? Je l'en défie; car jen^ai point d'amant, et j*ài an moins la consolation de pouvoir le maudire et le braver en &ce! *
Ayant ainsi parlé d'une voix étranglée par la douleur et la colère, cette terrible Espagnole tomba roîde sur le tapis, en proie à des convulsions effrayantes. L'infortuné duc s'arradiait les cheveux. Clet les sépara, et, les ayant laissés aux soins de leurs gens, rentra chez lui consterné, malade lui-même, et frémissant désormais à l'idée d'entrer dans une famiQe si d^« plond)lement troublée.
Pendant que ces choses se passaient à Paris, Stéphen et
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Roque cheminaient de Genève à Turin , et Mbrenita arec Algénib cheminaient de Turin à Genève. L'intention de ices derniers était de gagner l'Angleterre par rAUemagne.
▲n sortir du couvent, Morenita, qui, pendant sa captivité, avait réussi à échanger secrètement quelques lettres avec le gitano, trouva cdui-d au poste qu'elle lui avait assigné. U était à la porte de la rue avec une petite compatriote que, moyennant finances, il avait fiicilement décidée à jouer le rdle indiqué. Iliaât lestement monter dans le^acre de Glet^ sans que le codier lui-même fi'en apergât.
Aussitôt que Mbrenita aut franchi la porte du monastère, les deux jeunes gens se prirent parie bra^, et, toranant la première rue, s'éloignèrent en courant, comme savent courir les dievreuils et les amoureux. Us ^gagnèrent ensuite, ssme se trop presser, un Êudsiourg où ils furent reçus dans une maison de mauvaise mine par un homme basané qui partait le costume d'un villageois des environs, mais iOn qui le type gitano était fortement caractérisé. Il échangea quelques paroles dans «i langue avec Algénib, et servit de guide et d'éclaireur aux fo« gitifs jusque dans la campagne. Ail'antrëe d'un pauvre ciisaret où mangeaient et buvaient d'autres bohémiens, ils trouvèrent une de ces longues voitures à deux roues qui servent aux <*.oU porteurs aisés pour le transport de leurs marchandÎF.«.«s. ils montèrent dans le large compartiment destiné aux ballots. Un nouveau bohémien s'installa dans la partie qui sert Ue cabriolet au conducteur. Un maigre cheval traînait au pa^ ce véhicule qui gagna ainsi la grande route, sans passer ^ous les yeux des douaniers ni de la police, et qui marcha toute ia nuit, sans crainte et sans danger, au pied des montagnes.
Cette fuite tranquille, obscure, sans émotion et sans drame, laissa Morenita tout entière au sentiment de sa situation morale. L'espèce de chambre où elle voyageait ainsi était propre, garnie de matelas et de couvertures, et éclairée par une petite
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lampe dont la clarté ne perçait pas au dehors. Les parois éle« vëes ne permettaient pas qu'on pût yoir ie pays qu'on traversait; Fair ne venait que de deux lucarnes placées trop haut pour que Morenita, assise, pût se distraire en suivant des yeoi les objets extérieurs.
Cet isolement, ce calme, cette sorte d'emprisonnement avec Algénib, sans espoir d'aucune autre protection que ta sienne, jetèrent une grande épouvante dans l'âme de Morenita. EUe n'avait échangé que quelques mots avec lui dans le trajet da couvent à la voiture, des mots qui n'avaient rapport qu'à l'action présente, rien sur le passé, rien sur l'avenir. AlgéniK froid, contraint ou indifférent avec elle, ne paraissait pas disposé à rompre le silence le premier. Après s'être assuré, avec l'air de dégoût d'un homme qui se prétend civilisé, que la <;abine roulante des bohémiens était aussi propre qu'il Pavait exigé, il s'installa dans un coin pour dormir, donnant, par cette manière d'être farouche et bizarre, un singulier pendant à la scène qui se passait à la même heure dans la voiture de Clet.
Sans doute, Algénib, en Msant à la fausse Morenita le programme de son attitude vis-à-vis de Clet, avait adopté le sien propre dans des conditions analogues. Un instant même il avait eu l'idée de jeter un double outrage à la face de ceux qu'il appelait ses ennemis naturels, en substituant à lui-même dans sa fuite un affreux gitano, pour confondre l'orgueil de Morenita. Selon \w, Morenita avait renié son rang et paijoré sa religion en le laissant maltraiter par le duc après avoir repoussé son amour. Il la haïssait depuis ce jour-là. Il avait juré de se venger d'elle. Il croyait n'être revenu lui offrir son assistance que pour arriver à son but. Mais la jalousie et la passion qui couvaient sous cette haine ne lui avaient pas permis de confier à un autre le soin de sa vengeance.
Morenita eut peur de ce silence et comprit ce qui se passait
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dans ce cœur si vindicatif. Elle se fût jouée focilement de tout autre; mais elle sentait là un homme délié d'esprit, aussi pénétrant, aussi insaisissable au piège que la femme la plus habile, et je ne sais quel respect instinctif pour un caractère n semblable au sien se mêlait à sa crainte.
Elle prit le parti de lui tenir tète de la même manière, et, gardant le silence, elle feignit de s*assoupir aussi; mais elle n'ouvrit pas une seule fois les yeux à la dérobée sans voir les yeux ardents du gitano attachés sur elle avec une expression indéfinissable. Dès qu'il ce voyait observé, il reprenait sa feinte indifférence ou son sommeil simulé.
La nuit entière se passa ainsi. Au point du jour, le voiturier s'arrêta à rentrée d'un bois. H faisait très-froid. Morenita était glacée, elle avait faim. Algénib, qui paraissait insensible à tout, ne parut pas non plus s'inquiéter d'elle et descendit comme pour marcher un peu , sans lui demander si elle voulait en faire autant, et sans lui dire où elle était. Le conducteur s'éloigna aussi. Morenita se crut abandonnée à quelque péril inconnu; en proie à une afifreuse inquiétude, elle eut l'idée de fuir de son côté pour se soustraire à son étrange protecteur. Elle le pouvait, la voiture restait ouverte. Elle l'eût osé^ mais elle ne le voulut pas.
^ C'est de la confiance qu'il exige peutêtre, pensa-trelle. Je feindrai d'en avoir.
Elle se sentait sous la main d'un maître.
Au bout d'une demi-heure, Algénib reparut avec le bohémien.
— Venez, dit-il à Morenita.
Il la laissa descendre sans lui offrir le bras, paya son conducteur en lui secouant la main d'un air affectueux, et marcha le premier en prenant à travers le bois, sans se retourner pour voir si sa compagne le suivait.
Elle le suivit résolument, quoique brisée, et arriva avec lui
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à la flMiknn d'im garés foresiier on die Fut reciie ^dans m pièce fbvi {wopFe, bien ciuuilée ot mrm d'un d^emner confiortable. iJgënib l'y laisa seule. La feoQxne du ^anie lui ccmseiib de se ref)e6er quelques hewes dans lai bon Ht. Celie femme paraissait hotinéfce et bien intentionnée. Moreiûla «o» copta, se remit du froid ^ ée la fotigae, et, relevée «ei@ midi, attendît Algéiilb eans oser Mre la moindre question sur son compte, et eans vouloir témoigner t'impalience de le revoir.
€ette impatience était vive pourtant. La curiosité cqwdhnh ç^k vempiacer Vinquiétude.
Algénib entra enfin, ^près^oi avoir i£nt, non pas demander si isUe voulait le recevoir^ mais- dîre^siaiitement^qu'il avait àloi parler.
«^Senorita, dit-il sans s'asseoir, je viens éd pourvoir à la aaite de votre voyage. Ce soir, ime voiture de louage vieoda vous prendre ici. Je vous conseille, midgré le froid, de ne voyager que la nuit et par courtes étapes, sans prendre ai la poste ni les voitures publiques. Quand on ae sauve, il bat to«« jeiffs se laisser dépasser-^Le duc vens cherofaera €^ ànglelerie. H fant n'y arriver que quand il en sera parti. Prenez donc votre temps. Voici de Facgent, il vous en faut. Vous me le jreatitnerest quand vous aurez vendu quelques diamants. Rien ne .pcesse; j'ai de quoi aikendre. J'ai acheté pour vous une prisse fourrée que vous trouverez dans votre voiture, et, sur ce, je vous B0tt« balte un bon voyage et de brillantes destinées.
*- Yraiment, Algénib, vous m'abandonnez ainsi 1 dit llaienita stupéfaite; sont-ce là vos promesses?
•«- Vous voulez dire mes offres. Or, des offres ne sont pas été engagements dès qu'elles ont été rejetées, et c'est ce que vous avez &itideB miennes.
— Quoi ! je suis avec vous, et vous prétendez que je n'ai pas accepté vos services ?
— Mes services, oui ; mon dévouement, non ! Ne jouons pas
LÀ riLLlHJEB 801^
nr les flaK)(ai, Itomita Florèsi Yoioi ma dmiièra lettre, et v»ici votre réponse*
El» tirant deux, lettrée de n pod», Aàgtmb tes relut avea née 80iite*4e pëdantisme amer.
<-» Je vous ^eriraiB, dtt^ : « Morenlte, voue m^avec hvL^ milié, foulé aux pieds. Je vous pardonne, vous êtes assee punie. Je suis près de voqb, j'attends voe ordres; )»' Ce n'était pu. long,, mm e^était elair ; cela signifiait : Je wmt irime, dû-^ posez de moi. Votre réponse n*est m moins eouite nî plus (^»e-* cure : « Je ne yeux pas de conditions. Sauves^moi. Je n'ai rie» à me ftnre pardonner; Je suis prête à fiâr, j'attends la preuve de votre a£fi9Ctioih. » Gela signifie : J$ f» eontt aènê fat, wrvex-vm. Eh bien;, à an homme que la vanité n'aveu-* gle pas comme M. Glet, il ne faut pas espérer de dorer la pi» kde II sait avaler le fiel de la vérité, celui qui a beaucoup^ kiité ni beaucoup souffert 1 Mais 3 vaut peat*-ètre mieux que bien d'autres. Le giteno 8d)ject a bieif voulu vous prouver qu'il est plus gënëreux et en même temps plus fier que voff bem*eux du monde, qui ne vcms délivrent et ne vous protègent qu'à la condition de vous posséder, an visqoe d'être trompés le lendemain. J'étais bien aise de vous donner cette leçon, senorita^ et je n'ai pas insisté dans ma correspondance : elle n'a plus roulé, entre vous et moi, que sur les moyen» d'évasion. Vous voilà libre, grand bien vous ftese l Jb voue devais cela, parce que, malgré lo noble sang de votre père, ¥ous êtes gitans, et que les gîtanos^ ooè êtres si dégradés et si misérables, se doivent entre eun l'assistance fintemelie et ne l'oublient jamais. Quoique vetoe mère ait trompé mon pfere, je me suis souvenu aussi ^t'efln m'avait adopté avec amour, qu'elle mTavait porté dans seabras, qu'elle avait partagé son dernier morcea» d& paîir avec moi comme avec l'en'» fant de ses entrailles, et j'ai eu pitié de sa fiile ; veiià tout 1
Algénib, qui avait dît tout oelnavec enpbase et dédain^
ne put cependant réveiller en lui le souvenir de la pauvre Pilar sans éprouver une émotion profonde. Ceux qui méprisent le plus cruellement les gitanes ne sauraient leur refuser la force et la tendresse dans les affections de famille. La voix d'Algénibfut un instant voilée, et ses yeux brûlants se remplirent de larmes.
Morenita se leva et lui prit la main :
*- Vous êtes meilleur que je ne pensais, dit-elle, et Je vous ai méconnu, pardonnez-le-moi.
— A la bonne heure I reprit-il. Adieu t
— Non. n est impossible que nous nous quittions ainsi I s'écria Morenita, Malgré tout, nous sommes les enfents du malheur et de la persécution, et il n*est pas nécessaire dV voîr été portés dans le même sein pour nous sentir frères. Je le vois bien, je suis plus gitana qu'Espagnole, et, si je rougis de quelque chose à présent, c'est d'avoir rougi de vous. Ne soyez pas si sévère, songez à l'éducation que j*ai reçue I...
** Vous mentez, Morenita ; ni votre mamita ni même votre cher Stéphen ne vous avaient enseigné à mépriser les bohémiens. Us ne vous en parlaient pas assez peut-être ; mais, quand l'occasion les y forçait, ils vous disaient qu'il fallait plaindre et secourir les descendants des pauvres soudras, plus soudras, plus parias encore en Europe qu'ils ne l'étaient jadis dans leur patrie. Oh 1 je sais bien ce que Stéphen pensait de la cruauté de sa race, et, à présent, je lui rends justice. C'est chez votre père que vous avez appris à nous dédaigner. C'est là que votre cœur s'est corrompu. C'est peut-être ma faute, je vous ai donné de mauvais conseils, et vous en avez profité contre moi et contre vous-même. Adieu, vous dis-je 1 vous êtes vaine et menteuse pour deux gitanillas ; car vous Fêtes comme une Espagnole.
— Je ne veux pas que vous me halâsiez I 8*écria Morenita*
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«« Je ne vous hais pas, répondît Algënib, vous m*étes indifférente.
— Vous m'aimiez pourtant encore, il y a un mois, quand TOUS êtes revenu de Paris à Turin pour me chercher, au lieu d'aller seul en Angleterre?
— Ah ! /e vas vous dire l répondit-il avec un sourire amer, j'avais reçu de l'argent pour vous enlever. J'aurais voulu le gagner, parce que j'aime l'argent. Mais je ne suis pas voleur, quoique gitano, et, quand j'ai su que vous ne 'me suiviez pas de bon cœur, j'ai renoncé à l'argent et à vous. A présent, sachez que, si je vous emmenais, je n'aurais pas de quoi faire vivre longtemps une princesse comme vous. Il me faudrait recourir à la duchesse ; ce serait très-avilissant, n'est-ce pas? Eh bien, si je vous aimais, si vous m'aimiez, je m'en moquerais bien I Je ne serais pas vil, je serais méchant. Il y a manière de faire les choses. Je rançonnerais pour vous cette femme qui paye ses vengeances et qui serait forcée de payer notre bonheur. Mais ne pensons pas à tout cela, nous ne pourrions pas nous aimer I
— Non, ne pensons pas à rançonner nos ennemis, dit Morenita, qui comprit aussitôt la conduite de la duchesse envers elle, et qui en frémit ; songeons à les fuir, à ne jamais retomber dans leurs mains. Algénib, sauve-moi et je t'aimerai peutêtre ! Ne veux-tu donc pas me mériter, toi qui m'aimais tant à la viUeita ? Je n'ai pas besoin d'argent, j'ai des bijoux, ils Mnt à moi : c'est mon père qui me les a donnés. C'est de quoi attendre que nous soyons assez oubliés de nos persécu- ^urs, assez libres pour gagner notre pain nous-mêmes. Prends-moi pour ta sœur comme autrefois.* Figurons-nous que nous ne nous étions pas trompés sur notre parenté. Soyons amis comme dans ce temps-là. C'a été le plus pur et plus doux de ma vie, rends-le-moi l
— Jamais l dit Algénib. J'ai été avili, jeté à genoux, frappé
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poesque soo» tos* yns par yotmpère, et tous avcK regardé^ TOUS n'ayez rien dît, vous n'avez pas maudit le saoq; chré* Ima; ; vous ëtte eont«ntel
«^ Hen IMeu 1 tous ayiez' touIu me tuer, vous, ou me oontraîndre à vous obéir sans amour 1
-— Tétais fou dans ce moment-là, j'avais la passion pour ^^cuse. Tous, vous étiez de sang-froid en me voyant maltraiter, et vous aviez la lâcheté pour refuge.
— Ainsi, vous me dédaignez, et, après m'avoir enlevée, vovs allez m'abandonner ? Mais songez donc que c'est une honte pire que celle d'avoir été séduite I
*- Vous ne savez pas ce que c'est que d'être séduite, ma pauvre senorita : vous ne le serez jamais, je vous en réponds, TOUS êtes trop méfiante I mais vous serez outragée. C'est le sort de celles qui promettent et ne tiennent pas. Allons 1 je vois que vous avez peur de vous trouver seule et que vous te^ nez à ce que j'aie l'air d'être vx>tre dupe. Je me ris de cette prétention, je saurai la déjouer ; partons, si vous voulez. Mais alors il vous faudra aller où je veux.
— Où donc voudriez-vous me conduire î
•^ Chez votre mamita et votre parrain Stéphen, qui, senia^ TOUS feront grâce et vous accorderont leur protection.
^ Vous voulez me conduire diez mon parrain, tous qui étiez si jaloux de lui, et qui, Tingft fois, m'avez menaeée (k me tuer si je ne l'oubliais?
— Je vous ai dit que je ne vous aimais plus ; par cons^ queni, je ne suis plus jaloux de personne. Vous doutez donc encore de cela^ Yraiment, vous avez la fatuité bi^ tenace, miss Harwell !
— Eh bien, partez donc, dit Morenîta blessée jusqu'au fond de l'âme. J'irai seule où vous m'offrez de me conduire. Pour retrouver mes vrais amis, je n'ai pas besoin de vous.
Lk ruciutB SOT
— Oui, oui, altez-y, dît Algénib, vous ferez fort bien, et allez-y seule, dit Algénib, tous me ferez grand plaisir.
11 sortît avec fermeté et sans détourner la tète, norenita crut ^r qu'il lui cachait des larmes dt rage.
— H reviendra, dît^elle.
-«^ Elle me laisse partir t pensa Algénib en sortant de la maison. C'est qu'elle ne croit pas à mon courage. II faut que je kn dise adieu de manière à bnser le sien.
li revint frapper à sa porte.
— J'en étais sûre I se dit Morenîta.
— Senora, dit Algénib, je viens de m'înformer si la roule est sûre pour une femme qui voyagerait seule la nuit dans une voiture de louage. On me dît que, pourvu que le voiturin soîl un brave homme, il n'y a aucun risque. La police est trop bien Êdte pour qu'il y ait des voleurs. Soyez donc sans inquiétude. L'homme que j'ai choisi est sûr et ne se fera pas payer deux fois ; il l'est d'avance. C'est à Genève qu'il vous conduira.
— Pourquoi à Genève ?
— • Parce que M. et madame Rivesanges sont là. Présentezleur mes compliments et recevez mes adieux.
n la salua avec aisance et disparut. H quitta bien réellement b maison du garde, et Morenita, qui, de sa fenêtre, le suivait des yeux avec consternation, le vit disparaître au loin dans la direction de Turin.
Alors elle fondît en larmes. S'il l'eût implorée^ elle l'eût joué on brisé, n la bravait, il était aimé.
Puis la terreur de l'isolement s'empara de son âme en détresse
— Seule, seule 1 abandonnée l s'écria-t-elle.Non 1 c'est inq>09sible ! Hier, j'avais deux chevaliers qui se disputaient l'honneur de m'enlever ; à l'heure qu'il est, tous deux me méprisent î Qu'ai-je donc fait, mon Dieu, et que vais-je devenir? Qui sait si mamita ne va pas me chasser comme une fille perdue T
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Algénib, c'est pourtant toi qui es cause de mon malheur, et tu m'abandonnes !
£tle appela le garde, lui ordonna de monter à cheval, de rejoindre Algénib et de le lui ramener tout de suite.
—S'il ne veut pas, dit-elle, éperdue et sans songer à s'obs^- Ter devant son hôte, dites-lui que je me tuerai en vous vo]rant revenir sans lui.
Le garde monta à cheval et partit. Morenita le vit mettre son petit poney au galop, suivre l'allée qu' Algénib avait suivie, et disparaître derrière les mêmes masses d'arbres. Elle compta les minutes, les heures... La nuit vint. Le garde n'avait pas reparu. Morenita, en proie à une angoisse insoutenable, s(Htit de sa chambre pour s'informer si cet homme n'était pas revenu par un autre chemin.
— U n'est pas revenu du tout, dit la forestière. Ça m'étonne; mais ne voulez-vous pas partir vous-même, signorina? Yoilà votre voiture qui arrive... Ah! s'écria-t-elle en regardant vers la direction opposée, et mon homme aussi 1 avec votre frère... et deux autres messieurs.
Morenita regarda du même côté, étouffa un cri, rentra dans la maisonjet courut s'enfermer dans sa chambre. Les deux hommes qui accompagnaient Algénib étaient Stéphen et Roque.
La confusion et l'épouvante de cette pauvre enfant étaient si grandes, qu'un instant elle eut la pensée de se jeter par la fenêtre et de se tuer pour échapper à l'humiliation de se voir rendue à l'homme qui l'avait dédaignée, par celui qui la dédaignait.
On frappa à sa porte, elle ne répondit pas. Elle était comme paralysée.
— Attendons qu'il lui plaise d'ouvrir, disait la voix de Stéphen.
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— Non, répondait celle de Roque. Il y a là-dessous quelque ehose de louche ; enfonçons la porte.
Roque Teût &it comme il le disait. Morenitase hâta d'ouvrir ; mais son parti était déjà pris, il lui avait suffi d'un instant pour se reconnaître et se décider.
*• Quoi 1 c'est vous, mon parrain? dit-elle mettant son émotion sur le compte de la surprise; et M. Roque? Je suis heureuse de vous revoir. Oserai-je vous demander des nouvelles de ces dames, qui probablement ne me permettent plus de les appeler mes deux mamans?
- — Morenita, dit Stéphen, je suis chargé pour vous de la commission que voici : a Di^lui que sa mamita est malade, qu'elle la demande, qu'elle a besoin d'elle, » Que répondezvous?
— O mon Dieu! elle est donc bien malade? s'écria Morenita en pâlissant. Partons I Elle me demande... C'est donc qu'elle va mourir?
Et l'enfant repentante, oubliant sa situation personnelle, tomba défaillante sur une chaise. Tout son ancien amour pour Anicéelui revenait au cœur, et les sanglots l' étouffèrent snbitement.
— Non, non, dit le bon Roque en lui prenant la tète comme
il eût fait dix ans auparavant, ta mamita n'est pas malade. C'était une épreuve. Puisque ton cœur vaut mieux que ta cervelle, reviens avec nous, enfant prodigue, et nous tuerons le veau gras pour ton retour.
— Merci, monsieur Roque , dit Morenita en portant à ses lèvres la main de ce paternel ami. Oh! vous me rendez la vie. Puisque mamita se porte bien et m'aime encore, j'irai lui demander pardon à deux genoux, pourvu que mon compagnon de voyage me le permette, ajouta-t-elle en baissant les yeux, et J'espère qu'il me le permettra.
— Qu'est-ce à dire, et qui est ce compagnon de voyage? dit Roque en regardant Algénib ; c'est donc lui ? U prétendait
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t'ayoir rencontrée ici par liasard, connue nous Tehonftdêle rencontrer lui-même sur la route de Turin, où nous alfioiffi te chercher, t^ous ne Tavons pas enr absolument; nous le connaissons pour nn fieffé conteur (fhistoires, ce niodGapad«-làt Mais, enfin, il nous amenés vers toi, et, comme^il eût pu se di»r penser de CFktte partie de la vérité, nous lui en samua^ gré. Toyons, maître Rosario, expliquez-vous devnni ^e. H- «1 temps. Nous voulons tout savoir, et vos affîdres seront mSSh leures si vous ne mentez pas. Pourquoi et comment est^Ueidt Où allait-elle, et pourquoi retoumiez-vous seirf à Pwis?
— Monsieur Roque, répondit Algénib avec une fi^ddé assih rance, dès les premiers mots que vous m^avez dite ea m'aivé* tant sur le chemin, j*ai vu que vous saviez- t^out jusqu'au moment où M. Glet est arrivé à Turin pour épouser... catto demoiselle! Tous m'avez parlé fbrt d\irement, H. Stëphea aussi... Il en avait le droit, au reste.
-^ C'est fort heureux, dit Roque; et moi, je ne Pavais pas? N'importe, passons. Tu sais que nous connaissons ta conduite; à présent, veux-tu nier ce qui nous parait démontré quant a« reste?
— Roque, dit Stéphen, cette explication en- présence de Horenita est déplacée. Qu'ils s'expliquent séparément, puisqu'il est indispensable que nous connaissions leurs sentiments et leurs projets. Causez avec ma filleule ; elle aura, j'espère, confiance en vous. Moi, je me charge d'arracher la confesaon de ce malheureux, s'il lui reste un peu de cœur et de conscience que je puisse invoquer encore.
— Épargnez-moi les reproches, monsieur Stéphen, répontfit Algénib fort ému. De vous, je dois tout supporter; mais il n'est pas sûr que maintenant cela me fût possible. Je vous ai dît 00 que je voulais vous dire ; vous n'en saurez pas davantage. Ce dont on m'a accusé auprès de vous n'est que trop vrai. J'ai trompé votre filleule, je l'aimais! Elle m'a puni en me repous-
LA MLUIULB Bit
6aiit et en me m^isant, le jour oit elle a fit que je n'étais pas son frère. Je n'ai pas à «n'expliquer sur antre chose. Je vous ai dît que vous ne sauriez «en de moi, que vous altiez k vmt, qu'elletparleoait ^e-dsiôme et dirait ce qu'elle Toudrait. Qu'elle le Êifisel Quoi qu'elle dise, que ce soit vrai ou faux, je ne la contredirai pas. Elle est ma sœur devant le Dieu de mes pères, et vous avez eu beau faire, je suis resté gitano ; c'est-à^lire que votre «vérité n'est pas la mienne, et que je ne vous dois pas le fond de ma pensée. Allons, senorita, parlez I Et tenez, voulez-* vous que je m'enalHe? Oui, ce sera mieux, vous serez plus Ubre de vos réponses. Je ne crains pas que les miennes vous eontcedisent, je n'en ferai aucune.
— Allons! dit Roque, jl a.fait un progrès : il rdiise la vérité; autrefois il mentait en promettant de la dire.
Algénib s'apprêtait à sortir ; Morenita le retint.
— Restez, dit-elle, je veux parler devant vous. Mon partain, ajouta-t-eUe avec fermeté en pliant le genou devant Stéphen, pardonnez*moi, en attendant que mamita me pardonne. J'ai dis|)osé de moi sans votre permission. J'aime ce jeune homme, non pas malgré sa tromperie, mais h cause de ee qu'il a imaginé et osé pour se faire aimer .df moi. J'ai piis l'habitude de l'aimer en le croyant mon irèfiar A ne m'a pas été possible de la perdre, malgré un moment de colère que j'ai eu contre lui. C'est lui qui m'a enlevée hier au soir, c'est avec iiû que je me sauvais en Angleterre, où nous devions nous marier. Yoyez si vous croyez qu'il soit possible au duc de Florès de s'y opposer, et si mamita me conseillerait de manquer à nui parole.
En parlant ainsi à Stéphen sans hésitation et sans trouble, Uorenita, triomphante d'elle-4néme et de la résistance d' Algénib, vit les yeux de ce beau jeune homme s'illuminer de tous les rayons de l'orgueil, de la joie et de l'amour. Il était pur, il était gzand dans ce moment-là, pour la première fois de sa vie
peut-être. Quand Morenita eut parlé, il tremblait, il se soute-^ nait à peine, il songeait à la prendre dans ses bras, à Temporter, à fuir avec elle au bout du monde, si Stéphen hésitait à la lui accorder. Il avait même du courage, non pas peufr-étre le courage agressif refusé à son organisation, mais le courage passif, persévérant, indomptable.
Stéphen, qui avait regardé attentivement Morenita pendant qu'elle se déclarait ainsi, se retourna vers Algénib et le regarda de même.
— C'est bien, dit-il après un moment de silence. Pour moi, j'acquiesce à votre liberté autant que mes droits d'adoption sur vous deux me le permettent. Je vous demande seulement de venir consulter ma femme sur les moyens de fléchir la répugnance que le duc de Florès apportera sans doute à cette union*
— Le duc de Florès n'est pas mon père I dit Morenita avec force. Urne Ta dit, je dois le croire. H n'a aucun droit sur moi. Je n'ai qu'une parente, qu'une mère, qu'une tutrice, c'est votre femme, mon parrain, c'est mamita bien-aimée. Les bis ne me font dépendre d'aucune autorité. Mon cœur est libre de choisir celle qu'il me convient de regarder comme légitime et sacrée. Allons, mon parrain, retournez vers mamita, ajoutât-elle. Dites-lui que j'arrive ; nous vous suivrons de près, mon frère et moi.
— Doucement, dit Roque, ceci n'est pas régulier. Vous n'êtes pas mariés, et nous sommes chargés de ramener une jeune personne, et non deux jeunes époux, à mamita.
— Pardonnez-moi, monsieur Roque, dit Morenita en regardant Âlgénib, et en dissipant ainsi le nuage qui déjà obscorcissait son âme inquiète et jalouse; mais, sans mon fiancé, cela n'est ni convenable ni possible.
Stéphen comprit cette fermeté et l'admira. Il était trop pénétrant pour ne pas voir que Morenita faisait un dernier effort
LA FILLBULB Std
pour se rattacher à Algëuib; mais, comme il supposait leur liaison plus intime, il désirait qu'elle fût franchement acceptée. -— Morenita a raison, ditr-il, nous voyagerons tous ensemble. Je vais chercher la voiture que nous avons laissée sur le chemin. Préparez^vous tous trois à y monter avec moi.
FRAGMENTS DBS MÉMOIRES DB STéPBBN
La révolution de février n'avait rien changé à nos paisibles habitudes, et nous passâmes presque toute Faûnée 4848 à Briole, heureux quand même dans notre intérieur, bien qu'at* tristes et consternés par le retentissement des discordes civiles.
Je n'étais pas, je n'ai jamais été un homme politique* J'ai les mœurs trop douces pour ce rude métier. Je les trouve naïfs, ces gens qui vous disent qu'il ne iaùt que de la volonté et du courage pour être un instrument actif dans l'iBuvre du progrès de son siècle. Je ne crois pas manquer de volonté, je ne crois pas manquer de courage, ni au moral ni au physique; mais il est des temps de fatalité dans l'histoire où la lutte des idées disparait derrière la lutte des passions. Ce ne sont plus tant les systèmes qui se combattent que les hommes qui se haïssent. Puis viennent des jours néfestes où ils s'égorgent, et, le lendemain, ivres ou brisés dans .la défaite ou la victoire,^, ils se demandent avec efiroi pour quelle cause, pour quel principe ils ont commis ce parricide 1
Je ne sais point haïr. Je ne le peux pas. Je n'en fus pas
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moins sonrent Yietin» de» vex«lioiis du fidt et des^ iij usti oMi » de Topinion. Pourquoi anrais-je élé oublié^ dana non coin, par la colère ou la souflhmce généntot A cette triste ëpoqu*, pas un homme ne fat épargné par Tesprit de parti, qu'il eût remué ou mûri quelque idée dans la' ix^qoe, dans Tart ov: dans la science.
Mais notre sanctuaire domestique resta inattaquable. Comme, en aucun temps, je n'avais eu ambition et souci d'aucune chose ▼énale, retentissante ou flatteuse dans les prospérités de c» monde, les vicissitudes de la politique et les orages de la société passèrent autour de notre nid sans y faire pénétrer les préoccupations personnelles, les ambitions déçues ou satisfiiites, les vengeances avortées ou assouvies, les mauvais demies ou les poignants remords.
Les événements avaient chassé de France beaucoup d'étrangers de marque, inquiets ou avides du contre-coup que ne» agitations produiraient dans leur paya. Le duo de Florès étaâi retourné en Espagne sans exiger que sa femme l!y suivit. Lamt mÂ<m' était devenue si malheureuse, qu'ils* ne cherohaient {dus qu'un prétexte pour en relâcher les lieo&sans les briser. La duchesse alla^ vivre en Italie, où. les symptômes d'une dévotioiii «Ealtëe ne tardèrent pas à semaniAdSiter chez eUe.
Le duo ne nous donna pkis signe de* vie et. parai venloir. ignorer ce que neus déciderions peur l'avenir de Horenita*. L'abandon fût l'imévitabie dénoûment d'une tendresse pater» Belle si peu sage et si peu courageuse.
Les six premiers, mois de la République furent pour tout, les arts un temps d'arrêt ; un temps d'effroi, de g^ne ou de misère peur la phqpart des artistes. Algénib consentit à ne s'occuper de son avenir qu'en travaillant pour se l'assurer plus sérieux et plus honorable. Il reprit ses études avec Schwartz, avouant enfin que cet admirable professeur lui don» nait beaucoup sans lui rien ôter. Moremta lui in&pira du ceu-
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nge et de la suite dans le travail, en lui donnaiit l'exemple.
Bans les premiers jours de notre réunion à Genève, ma beHe-mère, Roque et moi avions pensé qu'il n'y avait qu'un parti à prendre, qui était de marier les deux gitanes et de Tailler ensuite à établir leur existence dans les conditions les .moins anormales qu'il nous serait possible de leur créer. A cet effet, j'avais écrit au duc, qui ne m'avait pas répondu, soit qu'O n'jsût pas reçu ma lettre, «oit qu'il ne .sût à quoi se décider, soit qu'il voulût témoigner de son mépris pour une fille rebelle. Je n'insistai pas. ]\fei chère Anieée était satisfaite de n'avoir plus de concurrents funestes dans sa sollicitude pour Morenita ; mais, quand je lui parlai de conclure le mariage, devenu inévitable et nécessaire selon toulûs les apparences, elle me dit en souriant :
-» Vous vous trompez tous. .Rien ne presse, Morenita est pure. Je n'ai pas eu besoin de l'interroger. J'ai senti dans son premier regard, dans son premier baiser, qu'elle me revenait en&int comme elle était parUe. Elle aime AJgénib, je le crois» Elle a la volonté de n!aimer que lui, j'en suis sûre. Il y a i^u9, je te déclare que ma conscience .est tranquille, parce que je erois que c'est le seul homme qu'elle puisse aimer. Pourtant, je veux le connaître, ce cœur aigri par les premières impre^ sicms de la vie. Je veux savoir si la somme du bien peut l'emporter radicalement en lui sur celle du mal. Gela n'arrivera peut-être pas si nous ne sommes décidés à nous en mêler. 11 Je faut donc! Je ne sais si ce sera très-divertissant, car il ne ,paraît maniable qu'à la surface, ton^itano ; mais nous devons à Morenita de.luîiaire le meilleur époux, possible, ou de la ^préserver de lui, si décidément .c'est un cœm* où la haine doil . tenir plus de place . que l'amonr.
Nous étions revenus à Brioletenmars 4848, avec le jeune xouple, et voici quelle^était,'Vers.la£n de l'automne, la situa- Uon de notre Êunille. Je ne sais |iar;^piel. art magique,. révélée
la délicatesse d'an cœur de femme et à la persuasion d'un cœur de mère, Auicëe avait arraché, des profondeurs de la conscience tortueuse d'Algénib, un serment inviolable ii ses propres yeux. Il avait juré de regarder, pendant six mois entiers, Morenita comme sa sœur. En retour, il avait exigé d'Anicée une confiance absolue dans ses relations avec Morenita. Il tînt parole en voyant que cette noble femme comptait sur lui, et, malgré Tardeur de ses sens, les fluctuations de sa volonté re* belle et les dangereux souvenirs d'une dépravation précoce, il ne compromit par aucun entraînement trop marqué la chasteté de sa fiancée.
Ainsi, pendant qu'on disait dans le monde, quand par hasard on s'y souvenait de l'apparition de miss Hartwell, qu'elle sfétait sauvée avec un chanteur des rues, et que, déjà abandonnée par lui, elle avait été recueillie par ma femme, qui était occupée à cacher les suites de sa faute, Algénib et Morenita vivaient innocemment épris sous nos yeux, l'une ignorant en* core la nature des égarements qif on lui imputait, l'autre combattant et dominant avec une sorte d'héroïsme les révoltes de sa passion. Ce n'est pas le seul exemple que j'aie vu de ces vérités invraisemblables. J'ai surpris, sous des dehors austè* res. des turpitudes inouïes. J'ai découvert, au fond d'existences calomniées, des candeurs surprenantes. L'opinion n'est donc plus, pour moi, un critérium de la moralité. Elle n'est pas volontairement injuste; mais elle n'est pas toujours éclairée, et je n'aime pas qu'on y tienne trop. On devient trop habile à se concilier l'estime publique sans se priver d'aucun vice, quand on la préfère à la libre quiétude de la conscience.
.L'engouement bizarre que ma filleule avait ressenti pour moi n'inquiéta pas un instant Anicée. Morenita, en la retrouvant à Genève, s'était jetée dans ses bras avec une passion trop franche, une émotion trop sentie, poj? que la jalousie, l'amour par conséquent ne îài pas vaincu.
Il n'en fut pas de même d'Aîgénib. Il fut longtemps ombrageux et sournoisement attentif à mes manières a^ ec sa fiancée. Je sentais souvent, au milieu de ses retours vers moi, un accès de haine plus fort peut-être que sa volonté. Je lui pardonnais, je feignais de ne m*apercevoir de rien.
Dans les premiers temps, Morenita fut ravissante de grâces, de tendresses, d'adorations pour sa mamîta. Je fus vraiment surpris de voir tout ce que ce cœur inégal, facile à troubler, renfermait d'ardeur dans la reconnaissance. Elle avait trouvé tout simple d'être gâtée et choyée dans ce qu'elle appelait naïvement son temps d'innocence, c'est-à-dire avant sa phase d'ingratitude. Elle ne se reprochait que cela dans sa vie. La vanité, la coquetterie, la tyrannie, la duplicité féminine, l'indépendance sans frein, tous les défauts qui avaient fait explosion durant son absence, ne comptaient pas beaucoup à ses yeux. Ils lui étaient trop naturels pour qu'elle les condamnât sévèrement en elle-même. Mais le crime d'avoir boudé et affligé sa mère, elle ne comprenait déjà plus comment elle avait pu le commettre, et, à chaque souvenir de ce temps-là, on la voyait rougir et pâlir, interroger, de son œil d'animal sauvage, l'œil si divinement humain d'Anicée, saisir .à la dérobée sa main ou les plis de sa robe, les embrasser avec ardeur, et quelquefois, avec une sorte de désespoir enfantin et sauvage, enfoncer ses ongles ou ses dents dans sa propre chair . comme pour se punir de sa folie. Le repentir était dans cette âme altière une sorte de soulagement effréné aux tortures de son propre orgueil. Devant les reproches d'Anicée, elle fût entrée en révolte, elle fût redevenue impie. Devant son inaltérable mansuétude, elle était vaincue et trouvait une secrète joio k l'être. ,
Nous ne pouvions voir aussi facilement ce qui se passait dans l'âme d'Aîgénib. Une cuirasse impénétrable cachait, à l'habitude, ses émotions intimes, au point que nous pensions
souvent avec effroi qu'il ne comprenait pas et ne sentait pas les choses morales. C'était une nature plus impressionnable et plus nerveuse encore que celle de Morenita devant les choses extérieures. L'amour, te désir, le soupçon, faisaient passer des lueurs sinistres sur son visage sombre, des éclairs ou des rayouB dans ses yeux embrasés ou ravis. Lorsqu'il contemplait Morenita, c'était parfois un être transGguré; mais Anicée craignait que les sens ne fussent émus aux dépens du cœur.
Ses chants pénétrants, qui, chaque jour, prenaient plus de charme; ses compositions, qui annonçaient de plus en plus un génie original, un talent ingénieux et souple ; sa Êicilité à s'as^ miler toutes les connaissances dont les éléments tomhaient^uoqs sa main, et à en exprimer pour ainsi dire le suc sur les conceptions de son art ; son esprit vif, mordant, prompt à la répliqua; sa beauté peu commune, en faisaient certainement un honune à part, un type d'artiste émouvant pour l'imagination. Mais il y avait en lui une personnalité inquiète à propos de tout, un empressement à la méfiance, qui faisaient parfois redouter une ingratitude incurable.
Cette disposition nous inquiétait d'autant plus qu'elle paraissait souvent systématique. Non-seulement le cœur n^éprouvait pas le besoin de se livrer, mais encore il semblait qu'il eût celui de se défendre, et un secret plaisir à se refuser.
Morenita, portée aux mômes défauts, ne les remarquait pM ou ne les haïssait point, et Anicée me disait souvent :
— Ils sont heureux à leur manière; ilsâ'idment autfemenl que nous.
Cependant il nous était impossible de pénétrer complètement dans ces deux âmes, et nous sentions bien qu'il y avait entre elles et nous des différences essentielles, qui nous rendaimU à plusieurs égards, étrangers les uns aux autres.
Madame Marange avait une prédilection avouée pour Algéoîb; eiieea augurait beaucoup pour l'avenir ei se sentait portée à
Je préférer à Morenita. Cette mère parfaite, cette femme émi aente, avait au fond du caractère une certaine irrésolution que ridée de la force avait toujours charmée et subjuguée. Elle aimait tout ce qui était un symptôme d'énergie morale, et un .peu de tendance à la domination ne la choquait pas. Selon elle, Morenita n'avait que des velléités, Algënib avait des pui&-
Algénib avait beaucoup de respect extérieur et de déférence «ppaFente pour ma femme et pour sa mère ; mais il ne s'épan- £hait jamais avec personne. H travaillait avec un soin extrême ses manières, sa toilette, son extérieur. Longtemps il «vait eopié la tenue, le langage et les modes de ce monde qu'il aGR&oteit de mépriser, avec le mauvais goût des parvenus. Chez nous, il épurait tout cela avec une attention sérieuse, et «a {MTéoccupation dominante semblait être de demander à madame ^Marange les traditions de la bonne compagnie. Morenita paraissait fort sensible à ses progrès, elle qui, d'instinct, avait toujours eu l'aisance et l'aplomb d'une petite princesse.
Elle était plus souvent mélancolique que riante auprès de lui. Elle n'essayait plus d'être coquette : elle craignait son ironie ou son blâme. Il ne la gâtait pas, il faut le dire. H la dominait par cette passion muette et concentrée qu'elle paraissait aubir avec orgueil plutôt que partager avec joie.
, C'était ainsi seulement, je pense, que Morenita pouvait aimer. Elle était de ces natures qui abusent, qui épuisent, qui se lassent, et qui ne conservent que œ qu'on les force d'épargner par la crainte de le perdre. Sous ce rapport, Âlgënib était un amant de génie, et je me disais souvent avec admiration que vingt ans d'analyse du cœur humain ne m'avaient pas donné le quart de la science qu'il possédait à l'endroit de celui de -sa fiancée. II est vrai que la possession de cette femme n'eût jamais été pour moi un idéal capable de me donner tant d'empire
flur moi-même.
Un soir que nous étions réunis au salon, Morenila, qui était dans un moment d'expansion et de gaieté, jouait avec uae petite caille apprivoisée dont nous avions tous admiré la grâce et la gentillesse.
— Elle est si belle et si sage, dit-elle, que je veux que vous l'embrassiez, mamita !
Elle l'approcha des lèvres de ma femme, qui causait avec Roque, arrivé chez nous la veille. Anicée baisa machinalement le dos lisse et propre du petit animal, et continua sa ccmvarsa* tion. Roque lui parlait tout bas de Glet, qui venait de &ire ua assez brillant mariage.
Morenita, qui n'entendait pas, et qui, malgré la rouerie insigne de son aventure avec le pauvre Glet, était toujours ue petit en&nt, posa sa caille sur la table pour la voir marcher* L*oiseau alla du c6té d'Algénib et se blottit dans sa main. Algàiib la porta à ses lèvres et Tembrassa aussi.
Morenita devint pâle, et lui dit à demi-voix, d'un ton irrité: •
-— Pourquoi Tembrassez-vous , vous qui n'aimez pas les bètes?
— Je ne sais pas, dit Algénib, qui avait Tesprit de n'être jamais galant avec elle.
— Moi, je le saisi reprit Morenita impétueuse et comme dér solée.
— Si vous le savez, dites-le donc.
— Vous savez, vous, que je ne peux pas le dire. Mais répon^ dez, est-ce cela ?
— Oui, c'est cela, répondit Âlgénib la regardant en face.
— Ah 1 mon Dieu I c'est donc pour me rendre folle et méchante encore une fois ? s'écria Morenita en se levant. Donnei» moi ma caille, je veux lui tordre le cou I
<— Que dit-elle donc là ? demanda Anicée surprise, en rdtourndut.
Elle vit Morenita qui allait étrangler sa caille. Algënib la lui reprît avec autorité, et, la donnant à ma femme :
— Sauvez-la, madame, dit-il d'un air fort animé, vous qui plaignez tout ce qui est faible, et qui relevez tout ce que le monde foule aux pieds.
Anicëe regarda Morenita, qui tremblait de colère. C'ét^t le premier orage depuis son retour.
^^ Mais qu'est-ce qu'il y a donc ? dit-elle en s'adressant à sa mère et à moi, qui avions contemplé cette petite scène avec la même stupéfaction.
— Il y a que ta fille est jalouse de toi, dit madame Marange en levant les épaules, moitié riant, moitié grondant.
Morenita jeta un cri de douleur , et , s'élançant vers ma femme, elle tomba à ses genoux et cacha sa figure dans ses main&, qu'elle prit pour les couvrir de larmes et de baisers.
Algénib souriait d'un air de dédain, ma femme cvessait Morenita avec inquiétude et ne comprenait pas.
— Madapue, dit Algénib, j'ai dérobé un baiser à cette charmante petite créature que vous avez là dans votre manche, et Morenita trouve que c'est une injure que je lui ai faite. Voilà pourquoi elle veut la tuer.
— Tuer sa caille ? Mais elle est donc folle î dit Anicée.
— Mamîta, dit Morenita en se levant, je vous aime; mais vous me ferez mourir, je sens cela. Ce n'est pas votre faute, ce qui arrive ; mais c'est égal, il feut que je vous quitte. Il y a buit jours que j'y pense, et, ce soir, je le veux, renvoyez-moi au couvent. J'en mourrai, puisque je ne peux pas vivre sans vous ; mais je mourrais ici, puisque je ne peux pas vivre avec vous!
Elle s'enfuyait, hors d'elle-même et en proie à un véritable accès de démence. Algénib courut après elle , la prit dans ses bras et la rapporta plutôt qu'il ne l'amena aux pieds d' Anicée.
822 LA FILLSULS
— Morenita de mon âme I s*ëcria-t-il rayonnant d'enihoa— BÎasme et de joie, sois bénie pour ce mouvement-là 1 Tu aurais quitté ta mère pour moi, aussi f Tu en as eu la pensée, c'^st tout ce qu'il me Mt. A présent, écoute. J'ai embrassé ton oiseau par méchanceté pure, comme j'ai pris, l'autre jour, devant toi, les fleurs du bouquet; comme je t'ai dit, ce matin, que les femmes blanches étaient plus belles que les noires. Ta as été fiirieuse, je ne trouvais pas que oe fàtassez. Ge soir, je suis content, je suis heureux, je te remercie 1
— Algénib, dit Ànîcée d'un ton sévère, tout ce que je comprends de vos mystères d'enfont, c'est qu'elle souffre et que cela vous amuse.
— Madame, répondit Algénib en pliant aussi le genou devant ma femme, si je n'étais pas un pauvre gitano indigne, je dirais que je vous aime comme ma mère; ne vous Mchez pas de cette parole-là ; c'est la première fois de ma vie, c'est probablement la dernière que je me sentirai assez ému, assez exalté par la joie pour avoir tant de confiance et de présomp^ tien. Vous avez été pour moi plus que celle qui m'a donné la vie, plus que la pauvre Pilar qui me l'avait conservée par ses toins. Vous m'avez donné une âme en m'acc^rdant de l'estime, en réclamant de mol une promesse et en y croyant I Je ne dis pas que je ne mentirai plus jamais aux hommes; mais je ne mentirai pas plus à vous qu'à Dieu. Croyez-moi donc quand je vous dis que je rendrai votre en&nt heureuse et qu'elle n'aura jamais à rougir de moi. Donnez-la-moi pour femme; car je commence à devenir fou, et c'est demain que je suis dégagé de. mon serment.
LA riLLEULK 123