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cette aventure et n'en pas croire seB oreilles. Le due ne dcumiii pas, il était en proie à une grande irritation. Dès le poini. da jour, il rentra chez Morenita et la trouva assise à la plaioe o& il l'avait laissée, plus réveuBe qu*ahajttue, et comme ^^endue dans ses réflexions*.
— Monsieur le duc, lui dili-eQe dès les premiers motsâ'ex^ plication qu'il prononça, si vous avez été à portée d'entendre la scène (|ue, pour moi, vous avez si heureusement dénouée, vous savez que vous n'avez aucun reproche à m'adresser, et vous me connaisse assez, j'espère, pour croire que je ne veuK demander pardon de rien à un protecteur qui n'est pas mon père. J'ai peut^tre eu tort de recevoir chez moi un jeune iftomme qui n'était pas mon frère, et de ne pas deviner qu'A me troHipait Mais ce manque de pénétration est un tort léger à mon âge : peut-être n'en est-ce pas un du tout dans la situation particulière où me jette l'ignorance de mon sort dans le passé et dans l'avenir. Le jour où je saurai de qui je suisla fille, à qui je dois confiance et soumission entière, je serai ibri coupable si je manque à des devoirs si doux et faciles. Jusquelà, il est tout simple que je m'étonne, que je m'inquiète, que j'ouvre l'oreille à toutes sortes de révélations et que je sois h dupe du premier venu,
-* Ainsi, dit le duc un peu rassuré, ce gitano s'était ftii passer pour votre frère ? Mais quel est^il ? C'est le môme qui a chanté chez moi cet hiver? D'où aortr41, et comment s'est-il introduit. chez vouS) ici, à l'insu de la duchesse?
— Âh 1 dit Morenita naiUeuse et triomphante, vous ne sarrat rien ? et v<ms êtes anrivié à tmni» pour m'empéeher d'être tuée par cet aventurier que vous supposiez aimé de moi,, et s^ilement un peu trop pressé d'en obtenir l'aveu ?
— Je ne saisr aft)aolument riea, Morenita, que ce que vooi voudrez bien not'apprendre, dit le duc espérant, la déiuuFiDer par sa franchise etâa dâuceuK; «• (ff» viws m'iafionses d'à-
LA FILXKULB ^§
voir pensé, en vous trouvant aux priées avec ce misérable, tout autre l'eût pensé à ma place. Je venais plein de joie et de confiaBce, peur surprendre la duchesse et vous par mon retour, et j'étais loin de m'attendre à vous trouver dans un pareil danger. J'ai rougi pour vous de voir que vous vous y étiez volontairement exposée...
— Ne rougissez plus, monsieur le duc, dit Morenîta avec ■mertume, puisque vous savez que, jusqu'à ce jour, j*ai pris Algénib, fils d' Algol, pour mon frère.
— Fils d'Algol 1 s'écria le duc soudainement troublé.
— Oui, dit Morenita d'un ton de légèreté féroce, le mari de la bdle Pilar, que vous avez connue, à ce qu'il prétend, et dont il disait d'abord être le fils.
Le duc, bouleversé, se leva.
— C'est assez, Morenita, dit-il ; une pareille conversation entre vous et moi ne peut aller plus loin. Je veux ignorer ce qu'on a pu vous dire; j'aurais souhaité vous voir moins empressée de le croire* Vous pourriez penser, aujourd'hui du moins, que le lâche capable de vous tromper en se disant votre frère vous a menti sur tout le reste. Mais vous me paraissez disposée à écouter les plus fâcheuses histoires et à laisser approcher jusqu^à vous les plus étranges bandits 1 Cette tendance au romanesque tient d'assez près à la folie, et j'y dois prendre garde. Je n'ai rien à vous expliquer sur les mystères qui obsèdent votre imagination. Sachez seulement que Yous n'avez pas le droit de m'interroger, et que j'ai celui de surveiller et de diriger votre conduite.
Deux heures après, le duc, la duchesse et Morenita prenaient en poste la route de Turin. Lo duc était profondément blessé contre sa fille , assez embarrassé devant sa femme, et en proie à une irritation intérieure qui, chez lui, rerujpluçait rarement, mais radicalement, la douceur et la babituelleSt
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ta ducbesse était calme, bonne, généreuse envers Mcmi^ qu'elle s'efforçait de réconcilier avec le duc.
Morenita était inquiète ; mais, trop fière pour s'humilier, die ne faisait aucune question. ,
Les ordres que le duc avait donnés n'avaient amené aucun résultat. Les gens chargés de suivre et de j^etrouver Algémb sur la route de Gènes ne l'avaient pas apergu.
Deux jours après, le duc conduisait Morenita en visite chei ne parente qui était supérieure d'un des plus riches couvents de Turin. U la laissa seule avec elle pour quelques instants, prétextant une autre visite avec la duchesse , qui sortit do couvent, ayant l'air de pleurer. Us ne revinrent pas. Morenita était doitrée.
De tous les mauvais partis que le duc avait à prendre, <*/elui-là était le pire. Peut-être le meilleur eût-il été de laisser forenita courir à sa destinée. Avec certaines natures, Jes obstacles irritent la résistance et changent la velléité en résolution, la volonté en désespoir.
La pauvre. gitanilla, en entendant les grilles et les verrous se refermer sur elle, frémit de la tète aux pieds. Elle se rappela ces mots d'Algénib, à propos de son père : <k Les gitaaos supportent la faim, le froid, toutes les misères ; mais la cq»tivité les tue I »
— Oui, oui, se dit-elle, voilà ce qu'on fait de nous! Algénib avait raison. On séduit nos mères, et on les abandonne; oo Ramasse leurs enfants, on leur jette du pain, et on les met à l'attache. Tant pis pour ceux qui meurent I
De ce moment, le sang de la jace proscrite et sacrifiée se ranima en elle. Elle sentit qu'elle haïssait son père. Elle maudit le mouvement d'orgueil qu'elle avait eu en se croyant affranchie de ses liens avec la bohème , au moment où le duc iivait terrassé Algénib sous ses pieds.
— Oh 1 qu'il revienne, ce malheureux paria! s'écria-t-ella
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M tardant ses mains dans le silence de sa cellule, et je le grandirai de toute la puissance de ma haine contre mes tyrans!
Le couvent qu*on lui avait assigne pour retraite et pour prison était une véritable forteresse. Dans les premiers jours, fl sembla à l'infortunée jeune fille qu'elle était enterrée vivante, et tout plan d'évasion lui parut inadmissible. Elle garda pourtant un profond silence et ne daigna pas faire entendre une plainte. Les religieuses, que le duc avait averties, s'attendaient à une explosion terrible. Il n'en fut rien. La captive fut muette, froide, polie, et d'une rare dignité dans sa doulear.
C'était le beau côté de cette nature mêlée de grandeur et de misère. Si elle avait la vanité puérile, l'ingratitude et la personnalité déréglée de l'instinct sauvage dans le triomphe, elle avait aussi le stoïcisme, la patience, la fierté dans la défaite.
Avec son admirable divination, Anicée, sans se piquer de la science de l'analyse du cœur humain, avait compris ce qu'il &îlait à cette enfant. Alors qu'on l'accusait d'être aveugle et de la gâter, elle suivait la seule ligne de conduite appropriée à son caractère. Elle ne brisait aucune spontanéité, et, faisant la part de la fatalité de l'organisation, elle satisfaisait les appétits invincibles, toutes les fois qu'ils n'avaient pas de danger immédiat ou sérieux. Le duc, tour à tour plus faible et plus rigide, devait amener sa fille à cette complète révolte intérieure qui est pire que la révolte ouverte et passagère.
Morenita eut l'intelligence de comprendre que l'oppression est, à la longue, un fardeau aussi pénible à ceux qui l'exercent qu'à ceux qui la subissent; que, dans les desseins de Dieu, personne n'est prédestiné à l'état de geôlier, et que, sans les continuelVi révoltes des captifs, qui donnent à la volonté des gardiens une tension factice et maladive, les liens les mieu^^
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«erres se relâcheraient forcément plus tôt qu'on ne Yesj^kn* Elle 8*était iisdt haïr dans le inonde, elle se fit aimer dans le couvent. Le duc, à qui la supérieure écrivit pour foire Télogo da sa belle pénitente, s'applaudit du parti qu'il avait pris.
— Avec ces natures indisciplinées, disait-il à sa femme, la rigueur eel salutaire. E^les ne cèdent qu*à une volonté pks ferme que la leur.
— Savoir 1 répondait la duchesse avec tm sourire étrange. JEn tùutê chose, il fàiU amMerer 2a pa. Les âmes waiment -énergiques savent attendre. fiUes ne plient que pour mieux se jelever. Je crois votre fille phis forte que tous.
— C'est ce que nous verrons 1 reprenait le duc avec humeur. Bt pourtant son ccnnr ^saignait déjà à l'idée des x^eurs que
Iforenita versait peut-être en secret. D était bon par tempàament; mais, malgré rmtention d'être juste, il ne savut pas l'être.
-— Dans six mois ou un an, disait-il, quand nous nous sejrons bien assurés que tout lien entre elle et ce drôle est rompu par l'oubli et l'absence, nous la reprendrons et nous la marierons tout de suite. Cherchons-lui nn mari^ tout est là. Noos augmenteroiffi sa dot en raison de la sottise qu'elle a faite etéi danger auquel «Ue s'est exposée en recevant ce gitano. Si le coquin se vante, nons le ferons taire. L'époux de Morenîta, recevant de nous protection et richesse, ne sera pas bien k plaindre.
Marier Morenita devint donc l'idée fixe du duc de Florès. U était impatient de mettre un terme à la captivité de sa fifle. Lm' aussi savait bien que les bohémiens ne supportent pas longtemps la privation de la liberté. On lui écrivait qu'elle était souffrante; il craignait qu'elle ne fût malade, et puis il était ias de vouloir.
n sonda toutes les personnes de son entourage qui pouvaient 6tre des époux sorlaMes. A sa grande surprise, malgré les cinq
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cent mîllâ francs de dot quUl fit délicatement sonner à leurs oreilles, il n*Bn trouva pas une seule qui roulût comprendre. H pensait cependant que Taventure de la vîlletta était restée fort secrète. Aucun de ses amis ne lui avoua que la duchesse Tavait mis dans la confidence. Tous y étaient initiés, et chacun se croyait le seul.
Le duc ne voulait pas se rabattre sur des gens sans fierté, il n'en eût pas manqué ; ni sur des hommes trop laids ou trop âgés, Morenita les eût repoussés. Enfin, il découvrit, dans un coin de sa cervelle, la pensée de s'en ouvrir franchement à Hubert Glet.
Glet, le poëte, Thomme de lettres, le sceptique à Tendroit des choses sérieuses, Tenthousiaste à propos des choses frivoles, Clet, qui avait mangé sa fortune, ouvrît Toreille à. cette proportion, mais sous toutes réserves.
— Je sais toute la vérité sur Taveiiture de Gênes, dit-il an duc ; je vous remercie de la confiance et de la franchise avec laquelle vous m'en parlez. Mais je tiens tous les détails de la bouche d'Âlgénib en personne.
— Vous Tavez donc vu? il est donc à Paris? s'écria le duc. —Je l'y ai vu peu de jours après votre retour. Il n'a fait que
traverser la France et doit être maintenant en Angleterre. J'ai protégé et assisté l'enfance de ce pauvre garçon, qui n'est pas si méprisable que vous croyez. Il a confiance en moi, il m'a tout raconté. Morenita a été non-seulement invulnérable à son plan de séduction, mais encore dure, hautaine, cruelle pour lui. H la déteste maintenant autant qu'il l'a aimée, et y renonce avec d'autant plus d'empressen^nt qu'il a grand 'peur de vous. Je ne vois donc pas trop pourquoi vous vous êtes cru forcé de mettre cette pauvre petite au couvent. Vous dites qu'elle y est devenue sage : je crains que vous ne l'y retrouviez folle. Voyons 1 vous lui donnez une fortune, et je suis amoureux d'elle : deux motifs pour que je l'épouse «ans folie et sans bas*
sesse, si elle veut de moi ; mais je doute qu'elle s'accommode de mes quarante ans et surtout de l'absence de prestige à laquelle doit se résigner un homme qui vous a bercée, et qu*on voyait déjà vieux alors qu*il était encore jeune. Or, écoutez, mon cher duc, je ne veux pas être la condition sine qud non de la délivrance de Morenita. L'amour de la liberté pourrait lui arracher le oui fatal, et, que voulez-vous ! j'ai encore la prétention d'être aimé, ne fût-ce que dans les premières années de mon mariage. C'est peut-être par amour-propre que j'y tiens; car, au fond, je suis assez philosophe, mais j'y tiens. Je vous avertis donc que Morenita ne sortira pas du couvent à cause de moi, à moins que je ne lui aie parlé moi-même.
— Est-ce que vous croyez, dit le duc, que cela ne vaudrait pas la peine de faire le voyage de Turin?
~ Oui, si vous me donnez votre parole d'honneur de ne la prévenir en aucune feçon.
Le duc s'y engagea et donna à Glet une lettre d'introduction auprès de sa parente la supérieure, afin qu'il pût voir Morenita comme pour lui apporter des nouvelles du duc et de la du* chesse.
rBAGMENT D'VNB LETTRE DE GLET A STéPHBN
ET A ANIGfiE.
c Turin, 10 décembre f847.
» A présent, chers amis, que je vous ai raconté toute l'affaire, et que vous savez où prendre votre pauvre Morenita,
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dont vous êtes si inquiets, je vais vous dire comment je l'a retrouvée et ce qui s*est passé entre nous.
» Aussitôt qu'elle a paru à la grille du parloir, j'ai été frappé du changement qui s'est fait en elle depuis huit mois que je oe l'avais vue. Elle n'a pas beaucoup grandi; elle n'est ni plus grasse ni plus colorée ; mais sa beauté diabolique a pris un caractère de sérieux et de fermeté qui montre l'ange à travers le démon beaucoup plus que par le passé. Elle m'a accueilli avec beaucoup de grâce et même d'enjouement ; elle a plus d'esprit que jamais.
» Pressée par moi de dire franchement si elle s'ennuyait au CQuvent, elle a répondu avec une hypocrisie de fierté vraiment admirable qu'elle s'y trouvait fort bien et ne désirait pas en sortir.
» J'ai été dupe de son assurance, et j'ai commencé à lui faire im peu la cour, ne craignant plus d'être considéré comme un pis aller entre la chaîne du mariage et celle du cloître. Au cas qu'elle m'eût écouté, je vous jure bien que 'e n'eusse point passé outre sans vous demander votre agrément; car le duc aura beau faire, à mes yeux, vous êtes et serez toujours les véritables parents de cette pauvre perle d'Andalousie.
» Nous étions seuls au parloir, séparés par la grille. La sceur^ écoute^ avertie apparemment par l'abbesse que j'avais à entretenir Morenita d'affaires de &mille, s'était retirée.
» — Voyons, chère enfant, ai-je dit à votre pupille, soyez franche. Si je ne vous déplais pas, si vous avez confiance en moi, écrivez-en à mamita et demandez-lui conseil. Si c'est le contraire, souvenez-vous que je suis son ami respectueux et dévoué, le vôtre, et que ni elle, ni votre maman Marange, ni votre parrain, ni moi, ne voulons vous laisser mourir de chagrin ici. Ouvrez votre cœur altier à la confiance, et comptez sur nous. J'ose affirmer que mamita obtiendrait du duc de vous reprendre avec elle.
169 Là PU^&Bll&E
tination que vous lié aneaiw» dès le comoNpcBnMmt de sa réflâlulioa..
» L'étrange^ fiUeiB'a^iYOïihi. ajouter un mot, ni GhaDg^im iota à ce laeomquft pooginnuiu^ quelque» instance» que j*aie pu.liiifiiira.
» *« JUors, lui aî-je dit, je Tais denc w» dire adieu, et TOiifr laisser iadéônsaEBntLicL
D — MoQsieuo QMj s *e^>4lle ëcriëe' eame veyanid^posëà partir et en passant ses pauvres petites mains à traver» la griSe pour me Petenir,. ne m'abandonnûa pas t
» Et les sanglots Font étouffée.
A — Que Youlezr-voi».d(Mic que-je fesse? lui aî-je dit eneere. Si vous voulez cacher votre ennui et votre déplaisir d'être ici, il ii*y a pas de raison pour qu'en- ne vous y laisse ^core longtemps ; car om ne veut vous, ea tiner que pour vous marier; et ce n'est pas bien facile k présent, outre que vous êtes M difficile vous-même. Yous:repous8ez la protection de l'adorable mamita, vousboudezJe duo, vous ne voulez pas vous expliquer avec moi...
» — Tenez I je ne veux pas vous tromper I vous êtes un vieil ami et voqs me plaignez. Je ne vous aime pas asse? pour ^us épouser; sache^moi quelque gré de ma franchise, et sauvez-moi, puisque je vous sauve d'un melheur et dfune folie*
» -> Allons, merci pour cela, Morenita. A présent^ «fuevonileZ'Vous que je fasse pour vous?
» — Que vous m'aidies à tromper le duc et que v4M19 me fosôez sortir d'ici en lui laissent croire ce que je vais M écrire.
» — Vous aUez.lui écrire que vom cenaentei'à m^épieuser? Ha fei, non, merci; fiâtes et dite» ce que vous voudrez ; mais. moi, je ne peux me résigner à un pareil Wttë.
CA FILLVULl Î8S
i •*- Pourquoi (iicmc? tous avez U*op de vmté pour vcndoir paraîtire dupe de ma petite rouerie t
» •— Ce n'est pas cela, mais c'est la déloyauté envers le doo qiai me répugne.
» — Si ftit, e^est cela! ar-t-elto' repris avee eoière.
9 Et Fancienne liorenîta a reparv pour qoeiqnes momentSa Wte m'a dit pas mal d'injures, et, abosant de son malheor, éBB a &it son possible pour me blesser. Tout cei» s-est noyé dttBS les larmes, et je n'ai pu la calmer et la; quitter qu<'en hii promettant de faire ce qu'elle me demanda. Mais je vous conféBse que j'ai promis cela comme on promet la lune aux enfants qui crient. Je ne me sens pas la force de jouer le duc et la diichesse à ce point, et je vous écris bien vite pour que vous valiez me tirer d'embarras.
» Faut^il que cette enfant souffire et languisse en prison pour ftf oir prêté l'oreille aux romances et aux romans de son frôrts en bohème, le plus innocemment du monde, sgprès tout ? Je TOUS répète que le duc n'entend rien au métier de père, et vous pensez avec moi qu'on fait toujours fort mal ce métier-là quand eo ne le fait pas franchement et ouvertement. Morenita juge la qtiesticm avec un bon sens qui effraye. Elle refuse tonte sonnoission, toute confiance à xm père qui rougît de l'appeler sa fille. Vous me^ direz qu'elle n'a pas mieux agi avec vous qui n'aviez pas ces torts-là envers elle. Que voulez-^vous 1 il y a làdessous un secret de race, on une manie d'enfant que je ne puis vous expliquer ; car cette fillette est une énigme sous bien des rs^ports.
Il Venez, ou écrivez-moi, mes amis l Je reste le bec dans l'eau et le cœur à votre service. »
Stéphen, Anfbée. et madame Marange étalât à Genève, jifi ftoque les avait rejoints pour qudque temps, lorsque cetU lettre, adressée par Clet à Naples, leur fut. roivoyée par la
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poste, après les avoir cherches à Yenise, où ils ayaient passé âne qaînzaine; elle* avait donc déjà plus de douze jours de date.
Anicée n'avait reçu aucune lettre de Morenita depuis celle de Nice que nous avons transcrite. Elle avait su son séjour de trois mois à Gènes, et avait attribué son silence à l'oubli le plus complet; elle en avait souffert, mais sans élever une plainte qui put Êdre remarquer à son mari et à sa mère les torts de Ten. font qu'elle chérissait toujours. Elle avait su ensuite le retour d'Espagne du duc de Florès et le départ de sa famille pour Paris. Mais elle ignorait qu'on eût laissé Morenita à Turin. Seulement, au bout de deux mois, elle avait reçu en Italie des nouvelles de Clet, qui, ne voulant pas s'expliquer clairement sur cette aventure, l'avait jetée dans de grandes perplexités. Ses instances avaient obtenu qu'il fût plus explicite, et la lettre qu'on vient de lire, et dont nous avons omis le commencement, lui révélait enfin la vérité.
Madame Marange s'était trouvée assez grièvement malade à Genève, au moment de retourner à Briole avec ses enfants. Elle était encore hors d'état de supporter un voyage quelcoaque. Anicée, ne pouvant la quitter, supplia Stéphen de courir à Turin, fin de pénétrer enfin le motif de la conduite de Morenita envers elle , de vaincre sa résistance et de la ramener avec ou sans l'assentiment du duc, celui-ci ne paraissant pas remplie avec intelligence ses devoirs de tuteur ou de père.
Stéphen éprouvait une grande répugnance à se charger de cette mission. U eût voulu la confier à Roque ; mais personne n'était moins propre à la remplir, quelque bonne volonté qu'il pût y mettre.
Stéphen voyait l'angoisse de sa femme si pénible, qu'il M savait que faire pour y remédier sans risquer auprès de Morenita une démarche qui lui paraissait pourtant de nature à Wf pirer sa situation.
LA FILLBULI 28S
Il se résolut à éclairer Anicée sur les causes mystérieuses de rabandon et de Tingratitude de sa fille adoptîye.
— N'est-ce que cela? dit la magnanime et généreuse femme. Eh bien, c'est la fontaisie involontaire d'un cerveau malade. Pourquoi ne me l'avoir pas dit plus tôt? Je l'aurais guérie, moi qui la connaissais si bien, cette pauvre petite créature bizarre. Je ne lui aurais pas brisé la coupe de la vérité sur la tète si brusquement. Je lui aurais laissé, pendant quelques jours, Tempérance de te plaire et môme de t'épouser. C'est une nature qu'il ne &ut pas heurter de front et qui n'entre en poui^arler avec le possible qu'après avoir fait acte d'omnipotence dans son imagination. Je n'aurais demandé que trois mois pour la guérir. A présent que cette manie a été froissée et qu'on l'a laissée couver dans le silence, elle sera phis diffîcâe à extirper « C'est égal, je m'en charge. Qu'on me rende ma pauvre malade, et tu m'aideras tout le premier à débarrasser son âme de cette possession diabolique. Ah l Stéphen, comment se feât-il que les anges aient quelquefois peur du démon? C'est ce qui t'est arrivé pourtant. Si je te connaissais moins, je dirais que tu as douté de toi-même, puisque tu as douté de Dieu et reculé devant cet exorcisme* Allons, alloas, marche et ne crains rien. Je ne peux pas être jalouse, malgré mes quarante-cinq ansi Pour cela, il faudrait douter de toi, et j'y ai plus de^i que toi-môme. Ramène-moi mon Astarté, mon djinn, ma bohémienne. Je connais ses dents s elles s'émousseront dans les fruits que nous cueillerons pour elle aux arbres de notre paradis« £t puis, quand elle nous ferait un peu souffirir 1 ne lui devons-nous pas de subir toutes les conséquences, de remplir tous les devoirs de l'adoption? Est-ce sa foute si elle a dans les veines un peu de flamme infernale ? N'avions-nous pas prévu qu'il pouvait en être ainsi, le jour où nous avons juré de lui servir de père et de mère? Rappelle- toi que tu te méfiais de ma persévérance, que tu craignais pour ta filleule; et, aujourd'hui, c'est toi qui es
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mauvais pamin, c'est toi qoi me conseilles Fabandon et l'é* goTsmel Non, nonf ta vas partir et tu vas me la ramener, tcoute, tu lui diras: a M^mila est malade, elle a besoin dé toi pour Ta soigner, die te demande, » et tu verras qu'elle accourra bien vite ; car elle m'aime et m'aimera d'autant plus maintenant qu'elle sentira ses mouvements d'aversion plus injustes.
— Ah! ma sainte femme! s'écria Stëphen, tu parles des anges, qui ne devraient jamais douter de Dieu I Les anges ne sont rien auprès de toi, et, après quinze ans d'effbrts pour te mériter, on se sent encore si petit devant toi, qu'on en est eflfrayéî
Stéphen partit pour Turin avec Roque, ne voulant pas, malgré tout, exposer Morenita à Fémotîon de se trouver seule avec lui en voyage.
Cependant Clet, voyant huit jours écoulés sans recevoir de nouvelles de ses amis, perdait complètement la tête. H se voyait aux prises avec la plus dangereuse des tentatrices, son imagination ; nous pourrions dire sa vanité, bien que le temps •t Fexpérience en eussent amoindri l'épanouissement primitif!
Morenita, dont le premier mouvement avec lui avait été sincère, voyant qu'elle ne pouvait le décider à seconder son plan, revint à la fourbe féminine dont elle croyait avoir le droit d'user dans ses détresses. Elle feignit de se raviser; elle fut coquette. Il n'eut pas la force de suspendre ses visites au couvent jusqu'à Farrivée de Stéphen, qu'au reste il n'espérait pas beaucoup voir venir à temps pour le diriger. Le duc écrivait à Clet d'insister et de faire sa cour. L'abbesse, avertie d'encourager le projet de mariage, laissait les visites se répéter et se prolonger sans témoms. Morenita usa de toutes Tes ressources de sop esprit et de sa malice; Clet Faida lui-même à le duper. Yoici couttaeni :
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ILae défia d'aboid de l2t sîiieécitë de ee tetovr yors lui, et, avant d'y ordre, il youlut la preuye de cette afféctioii tnp soudaine.
— Quelle preuve? dit la jeune fille,, toujouni iniioceiito dans «m astuce.
— Aucune, à coup sur, répondit Glet surpri» et charmé de sa candeurpque vous, moi ouile duc puissions jamais avoir À ■ouft reproeher. DonnezHnoi un gage, écrivea-moi une lettre, <|ue sûs-jel Établissens un Uen qui, s'il n'enchaine pas votie eonscience,. mette au moins ma loyauté à couvert auprès du ôm et de mamita.
— Écoutez, dit-elle, étes-vous autorisé par le duc à aae &ire sortir du couvent et à me ramener vers, lui, si je m'engage à VQus épouser?
— Non, certes 1 Que vouâ connaissez mal les convenances dxi monde, vous qui y avez pourtant brillé un instant I
— Un instant si court, que je ne me rappelle rien ou n'y ai rien compris. Alors, tenez,, si les convenances vous défendent de me ramener à Paris, c'est raison de plus : enlevez-moi I j'e^ère que je serai assez compromise avec vous ; que ni vous ni mon père ne pourrez plus douter de moi, et que ce sera un engagement indissoluble.
— Pas sûr 1 dit Glet fort émik Shakspeare a dît, en paslaat de la femme : « Perfide comme l'onde* 1 »
» Ah I vous vous méfiez encore? Eh bien, vous êtes im niais t Tous devriez vous dire que, sL je vicss à me rétracter, après m'étre perdue de réputation pour vous, vous n'en recevrez pas nunns de compliments pour votre ascendant sur les femmes, et que vous pourrez crier partout que c'est voua qui m*aveztroi^^.
— Vous, êtes un méchant diable, dît Glet en riant; msâs vous êtes feUe l Je ne veux pas jouer ce rôle-là.
— Vous êtes donc devenu bien moral?
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— Non ; mais je suis on honnête homme, Tami du duc et de Stéphen. Toute sottise que je vous laisserais £adre*8erait une tache, pour votre mamita surtout. Il ne £aiut pas que i'enCmt qu'elle a élevée soit perdue de réputation comme vous dites.
— Ahl toujours mamita I ditMorenita avec cdère. Si Ton tient à mon honneur, c'est à cause du sieni Moi, je ne compte jamais I Tenez, vous ne m'aimez pasl
Horenita pleura. Glet se sentit bien laîble. Deux jours de cette lutte épuisèrent ce qui lui restait de forces. Il n'en garda plus que pour résister à une fuite en Angleterre, à un marii^ de firetna-Green que lui priy)sait Morenita. Il était si bien convaincu, que tout ce qu'il put obtenir fut de conduire directement Morenita à Paris et de tenir sa main de celles du duc et de la duchesse. Il Mut promettre de renoncer à attende l'avis de Stéphen et de sa femme.
Il ne restait plus qu'à effectuer Tenlèvement. Giet n'était muni d'aucun pouvoir du duc auprès de la supérieure pour &ire sortir Morenita du couvent; mais Morenita avait toot prévu ; elle était sûre de son £adt.
— • S'en aller la nuit par-dessus les murs, lui dit-elle, descendre par les fenêtres, tout ce qu'on peut imaginer de plus difficile et de plus périlleux, est absolument impossible. H y a longtemps que j'y songe et je sais à quoi m'en tenir.
«*• B y a longtemps? dit Glet. Vous ne devriez pas me dire cela!
«- Âi-je dit longtemps? reprit-elle. Eh bien, va pour longtemps ; car il y a huit jours, et c'est un siècle I
— Allons! si le difficile est l'impossible, le possibit est donc dans le &cile? Explique-toi.
— La chose impossible à tous, fecile à vous seul, c'est l'entrée et la sortie de ce parloir, c'est le tête-à-tête où nous voilà. Eh bien, faites-moi sortir à travers cette grille qui nous sépare, et tout est dit.
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Oet examina la grille : elle était en fer, très^nassive et solidement scellée dans la muraille.
— Que les honunes sont bêtes I dit Morenita, qui le regardait en riant. Et cette petite fenêtre, au milieu, pour faire passer les cadeaux, les jouets ou les brioches que les parents apportât à leurs enfants?
— Elle est grillée aussi et fermée en dedans avec un ca« denas,
— Voici l'empreinte, dit Morenita en la tirant de sa poche; TOUS allez iiûre faire une clef.
— Sublime! dit Glet, qui,4pelgré lui, s'amusait comme un entot de l'idée d'enlever une femme qu'on lui donnait d'avance avec une dot. Mais, quand nous aurons une clef, vous ne passerez pas par cette étroite ouverture.
— J'y passerai, dit Morenita.
— Impossible! Il y a de quoi vous briser. Je ne veux pas d*une femme passée au laminoir.
— J'y passerai, dit Morenita, et je n'aurai pas un cheveu de moins.
— A la bonne heure 1 dit Glet, bien résolu à ne pas £Bdre faire de clef et à ne pas exposer Morenita à cette affreuse et impossible épreuve.
Elle le devina, et, se ravisant, elle lui dit :
— J'ai une autre idée. Oui, un moyen sûr, nature), excellent; mais je ne veux pas vous le dire, vous le feriez manquer par votre peu de sang-froid. A demain. Ne venez ici qu'à la nuit, ayez une voiture à la porte, un grand manteau sur les épaules, une chaise de poste à la sortie de la ville, et je vous réponds de tout.
Glet n'en croyait rien, mais elle lui arracha sa parole d'honneur de se tenir prêt pour l'enlèvement le lendemain à l'heure dite. Morenita, pour lui donner confiance, lui remit une lettre adressée au duc, dans laquelle elle lui déclarait gaiement sa
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résofutfbn <f ^Mutsenr ff . Hubert det, et qif eOe'^^argeaft eelid* ci de mettre à la poste le soir mètaoe.
— Màîis, s'il en est ainsi, dît- Gfet eir mettant fil feOre dan^ ea poche apvèsr avoir consenti à la lire, k quoi bon^ réqaîpée que nous allons' âiireT ]>ans quatre jours, grâce à cette lettre, le duc sera ici, vous sortirez le jour même, et nous retournarais tous les trois à Paris, sans scandale, sans (ianger.
— Àhl TOUS craignez le scandale, à présent? dit fnàS^ ment Morenita. Eh bien, renoncez à moi. Je ne veux pas d'an mari passé au laminoir des convenances, qui, an premier Buage, m& reprocberait de Ta^tt^ choisi par haine du couvent; car je pourrais bien lui reprocher, moi, de m'avoir dëlivuée par amour de ma dot. Je ne ferai jamais qu'un mariage d'amour, je vous le déclare. Fuyons comme deux amimift, sans cela, nous ne serons jamais époux, je vous le jure par l'âme de ma mèrel
Gletse retira aussi effrayé qu'enivré. Si la dot lui plaisait, la femme le charmait encore davantage. Il en avut peur, mais son amour-propre lui persuada qu'il vaincrait le démon. R ne se disait pas qu'il avait bu et fumé trop d'opium dans sa crise romantique pour n'être pas facile à endormir par le chant de la sirène.
Il passa une nuit fort agitée et se retrouva assez froid le lendemain. Au fond du cœur, sa passion pour la gitanilla était «B peu factice, — elle avait plutôt son siège dans l'imagination. Qnand il se rappelait le pauvre enfant noir de la maison Floche, allaité sur la paille par une brebis, les premiers crfe, les premiers rires, les premiers paâ du marmot dans le parc de Saule, les premières malices de la petite fille, les premlèrei coquetteries de Tadolescente, bien qu'il n'eût pas naturdlement les entrailies très-paternelles, il ser figurai! qu'il fedstit la cour à sa propre filto, el il se trawirait tout an moins hti ffidicule^
EA MUJKIM Sftt
ï^9S^mmt 0iir stts pieds 0» se dioDl fuMlmasir me pagâon, malgré tant de souvenirs propre» à; FeapAcher de nsHtm, éb Imite celle prose que l^hehilndef répnd danala>poMe de Vxnnnr, éfsèà^ une omqoèfee (Tautnii pfaiS'glorieiuei.Il lui étek liesse auBsi quelqueibi&par ht tète qoe Si^faen inspirai cette fmaakm qwmi ménm à se filleule.. Sans> set ranraner précîsdmer.ty il eut du plaisir à se persuader qu'il remportait sur un bonne qi^il avait toujours senti supérieur à lui, et, à tout événement, ili commanda la chaise.de poste à la sortie de la ^^^ se munit du manteau, et monta dans le fiaere pour ae vendre au couvent. Il n'avait oublia que^ la. clef de la grille da parioir.
n iSiisait nuit, et il eut à s*iBpprocher du portier, qui était fort clairvoyant, pour se Mro' reconnaître. Cette clairvoyance était moindre à la sortie des yisiteurs qu'à leur entrée, personne ne pouvant prévoir qu'il fût possible de traverser les ^îne& du parloir.
Ordinairement Clet, lorsqu'il venait dans la soirée, attendait dans l'obscurité qu'on eût averti Morenita. Elle arrivait alors avec une religieuse qui apportait de la lumière, qui s'assurait que le visiteur était bien celui dont les parents autorisaient Fassiduité, et qui se retirait après avoir échangé quelque politesse avec lui.
La surprise de Clet fut grande en. voyant le parloir éclairé et Morenita seule devant lui, non derrière la grille, mais dans le compartiment de la pièce où il se trouvait lui-môme. Elle portait un cofifret où étaient ses bijoux, et une mantille noire enveloppait sa taille.
— Est-ce vous, grand Dieu ? s'écria-t-il. Par où étes-vous soctie?
Morenilai lui moolrh ses bras msurtris, ses. mains, ensan^ j^tées^
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— Tai passé au laminoir, dit-eUe en souriant. A présent ne voulez-vous plus de moi ?
Glet, éperdu et enthousiasmé, la prit dans ses bras, et, redevenu le cavalier espagnol des rêves de sa jeunesse littérairBi il 8*écria, comme dans une de ses nouvelles :
— A toi pour la vie, mon àme, ma lionne, ma panthèrel eta Morenita avait tout son sang-rfroid.
*- Hâtons-nous, dit-elle. Le portier sonne dans le doltre pour m avertir de votre visite... Écoutez... oui ! Nous avons le temps avant qu'il soit retourné à son poste. D n'est même pas nécessaire que vous me cachiez sous votre manteau* Gela nous retarderait ; il faut courir 1
Et, sans attendre sa réponse, die s'élança vers la perte da parloir, qu'il avait laissée ouverte, franchit, avec la rapidité d'une flèchoi le couloir qui conduisait dehors, passa devant la loge du portier, où il n'y avait personne, et franchit la porte extérieure avant que Glet, embarrassé dans son manteaa et craignant d'éveiller l'attention ou la méfiance par trop d'empressement, eût traversé la cour.
Il s'applaudit de son calme en entendant le portier rentrer sans émoi dans sa loge. Alors il se hâta, franchit le seuil de la rue, vit la portière de son fiacre ouverte, et Morenita assise an fond. Il s'élanga à ses côtés, ordonna au cocher de sortir tranquillement de la rue, puis de fouetter de toutes ses tocef jusqu'à la sortie de la ville.
Son premier mouvement fut de serrer Morenita contre soi cœur ; mais elle se dégagea avec effroi, et, ramenant sa mantille autour d'elle, cachant sa figure dans ses deux mains, eQe se renfonça dans son coin, muette, farouche, et conune épouvantée du téte-à-téte.
Gette terreur soudaine de la part d'une personne si résolue l'instant d'auparavant, surprit Glet, mais, loin de le blesser, le flatta beaucoup. Gette crainte, ce trouUe, cetta
pudeur auxquels il ne s'attendait pas, c'était de l'amour, c'était l'aveu d'une feiblesse sur laquelle il n'avait pas compté.
— Chère Morenita, dit-il en tâchant de porter à ses lèvres «ne main qu'elle lui retira obstinément, que pouvez-vous donc craindre de votre meilleur ami, de votre serviteur dévoué? A présent, disposez de moi comme d'un esclave. Je ne peux plus douter de votre amour, ne doutez pas de mon respect. Vous feriez injure à celui qui se regarde comme votre époux, •I qui ne veut vous devoir qu'à vous-même.
La tremblante fugitive ne répondit pas un mot, et Glet épuisa vainement son éloquence à vouloir la rassurer.
Ils arrivèrent à un endroit fort sombre, 06 la chaise tout attelée attendait. Morenita y monta avec empressement. Glet paya son fiacre, donna ses ordres à la hâte, et reprit sa course avec sa fiancée.
Elle s'entêta dans son silence, et Glet l'eût crue évanouie, sans le soin qu'elle prenait de s'éloigner de lui aussitôt qu'il essayait de se rapprocher d'elle. Pour lui marquer son respect, il s'installa sur la banquette de devant et ne lui adressa plus la parole. Elle, cachée toujours dans sa mantille et immobile dans son coin, ne bougea de toute la nuit et feignit de dormir. Glet trouva peu à peu cette façon d'agir très-bizarre, très* prude et trop anglaise pour une Espagnole.
Il essaya de dormir aussi; mais un dépit croissant l'en empêcha. Évidemment, Morenita l'avait joué, elle n'avait pour lui que du dédain, de la haine peut-être. Aussitôt que Je jour paraîtrait et qu'elle se verrait hors d'atteinte dans sa fuite, elle allait le réveiller de ses illusions par le plus diabolique éclat de rire.
Le jour vint, en effet, et la voyageuse s'était endormie pour tout de bon. Alors Glet, sortant comme d'un rêve, examina peu à peu sa compagne à la clarté douteuse de l'aube. Il fut Burpris de la malpropreté de sa robe brune et de la grossièreté
LA PlLtBU&B
d0 la chwffffif qui eadwft son pelâ» pied, las Sigare et fei maîna iBBlneDt voilées et eief^txçfée^mee soin, mais de que lanbeaiide eeie eraquévet'rougie'parFasBrer
flaas dont» MbreiiU s'ëtaôt déguisée à dessein en pauvre fille pour B^étre pas recoonua' à la sortie dli coûtent; maîs-fl ofraenUait pas à Qet qu'^e fû0 affublée de ces guenilles au moment vapide oà elle lui était apparue dans le parloir et où ai» Im avait parié à visage découvert.
Une soudaine méfiance s'empara de lui. Il avança doucement k main, saisit le voilo à poignée sur F^aule de la dormeuse, et Tarracha brusquement.
Que devînt-M en découvrant la plus laide et la plus malpropre gitanilla qu'il fût possible de ramoasser au coin de la rue I mie vraie guenon, crépue, hérissée, noire comme Fenfer, aa regard stupide, au sourire sournois, à la griffe crochue I Petite, flUow et jeuDO' comme Morenita, bien faite d'ailleurs et assez gracieuse dan& ses mouvements, comme toutes les bohémiennes, elle* avait joué avec succès ce rôle évidemment préparé d'avance, et tout autre que Glet eût pu y être pris. Il eut le courage d'éclater de rire et de lui demander si elle avait bien dormi. Elle lui répondit dans un idiome incompréhensU^ ipi'elle n'entendait pas le français.
Glet fut en ce moment un grand philosophe. Au lien de lancer le petit monstre par la portière, il se rappela que, depuis trois heures, il avait envie de fiimer. H tira son tabac, roula gravement une cigarette et l'alluma. La gitanilla avança sa maigre patte Gonmie pour demander Taumôme de la même jouissance. Get, sans sourciller, lui donna du papier, du tabac et du feu.
Tout en ftraiant, il s'avisa d^une nouvdle mystification fort posâble et plus sanglante encore de la part de Morenita, s'fl ne brusquait la séparation avec la doublure qu^elle s'était proculée * il dilait peut-étroî au premier relafs, se voir entouré'd^