‹ La fin d'un christianisme: trois conférencesChapitre 3 sur 11 · AVANT -PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT -PROPOS

Ces conférences ne sont que des conférences.

Dans un article, on peut impunément employer un langage technique et précis, car le lecteur a le temps de relire, s 9 il ne comprend pas du premier coup, le texte qu il a sous les yeux. D'autre part, le conférencier n'a cependant pas la faculté de s'étendre à loisir, de tourner et de retourner une même idée y comme un professeur dans une leçon ; car la leçon fait partie d'un cours, elle appartient à une série d'entretiens sur le même sujet, tandis que la conférence est unique. Il s'agit dy ramasser, comme sur l'écran des projections lumineuses, les traits grossis d'une vérité qu'on enlève a son milieu pour en exprimer plus nettement le relief. Précisément parce qu'il faut se concentrer, mais se concentrer d'une manière populaire et non savante, on force les contours et les couleurs, afin que les myopes euX'mêmes aient la satisfaction de

voir. Ce sont là les inconvénients réels et les se-. rieux avantages de la conférence. Il faut la prendre pour ce qu'elle est.

Un conférencier arrive dans une ville étrangère, il entre en contact avec un auditoire qu'il ne connaît point et qu'il ne retrouvera plus. Il faut que: sa parole joue le rôle d'un excitateur, qu'elle fasse briller une étincelle et communique un choc. Encore une fo-is, son discours ne peut revêtir une forme argumentative, ni s'appuyer sur un appareil visible d'érudition. Aussi, dans les pages qui suivent, trouvera-t-on une idée, une seule, vue à travers un homme qui se répète sans cesse et qui se répétera, probablement, toujours (1).

Ce n'est pas à dire que cet homme refuse d'apprendre et de s y améliorer, ni qu'il perde la faculté de se critiquer lui-même.

Ainsi, dans la première partie du discours sur La fin d'un christianisme, quand j'ai signalé divers symptômes de caducité dans notre chrétienté occidentale, sans énumérer les signes de vitalité qui la caractérisent encore, je n'ai pas fait œuvre de savant, de statisticien érudit et indifférent, mais

(i) Dans un précédent volume de conférences : Veut-on rester chrétien ? j'ai traité les mêmes sujets sous une forme moins systématique. Ici, la pensée est plus mûrie.

œuvre de conférencier promenant sa loupe révéla* trice et grossissante sur certains aspects de la réalité. Dans un auditoire de libres-penseurs, d 9 autres aspects de la même réalité auraient été placés dans le champ du microscope ; mais dans un auditoire de protestants plutôt optimistes et conservateurs, fai montré ce qu'il était salutaire de leur exhiber. Pour encourager les* gens à filtrer leur eau, rien de tel que la révélation des infiniment petits qui grouillent dans une seule goutte.

De même, dans le discours sur Le christianisme d'hier, quand j'ai volontairement fixé le dogmatisme protestant sur le même plan que le dogmatisme catholique, ou quand fai critiqué le doctrinarisme d'un Augustin ou d y un Calvin, en les pi géant avec la conscience moderne, je n'ai pas fait œuvre d'historien, de portraitiste qui note les nuances, mais de peintre qui brosse une fresque, et dont les effets veulent être contemplés à distance et dans leur ensemble. r foutefais, s'il s'agit des citations, des dates des événements, je revendique un souci constant d'exactitude scrupuleuse, car fai puisé dans l'arsenal d'un maître dans le détail, l'historien Lecky.

De même, enfin, dans le discours sur Le christianisme de demain, quand j'ai insisté sur certains

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