L*IDÉE SOOAUSTE A TRAVERS LE XIX* SIÈCLE
ment ses lois de propriété et rorganisation de son économie ^
Dans des coins de faubourg on rencontre encore de ces survivants d'une génération évanouie, toujours jeunes de cœur, toujours bienveillants, profondément ass«$mbris et découragés de tout ce qui se passe. On s'entend vite avec eux, car tous ceux qui ont quelque valeur morale ressentent avec une amertume égale les mornes tristesses de cette fin d^ siècle. Chacun a laissé un peu de ses rêves dans un tombeau et pleure Thomme qui, à son avis, aurait sauvé la France.
Ceux-là pensent à cette vie déjà longue, et si inutile, de celui qu'on avait appelé YEnfant du miracle. Ceux-ci songent à leur petit Prince mort au Zoulouland. D'autres, plus à plaindre encore peut-être, ont vu ce qu'était devenue, après le triomphe, cette République qui devait être le règne de la justice, de la tolérance, du désintéressement, assurer la paix parmi les hommes et attirer les nations à elle par le spectacle seul de ses vertus; ils avaient rêvé de construire un temple, et c'est un lupanar qui s'est élevé à la place, un mau. vais lieu où les Lockroy et les Naquet, les Millaud et les Raynal, les Ferry et les Rouvier livrent la France à qui veut payer...
« Ah l oui, mon pauvre ami, c'est bien la route des hélas ! que nous suivons, » dit Pistheterus à Evelpide, dans les Oiseaux d'Aristophane, lorsque, perdus dans un désert, au milieu de fondrières, il6 tournent sur eux-mêmes sans pouvoir ni avancer, ni reculer, sans arriver à trouver leur voie...
N'est-ce point le mot que nous nous disons souvent les
• Parmi les écrits de Pecqueur citons : La Science morale dans ses rapports avec l* Economie politique; Philosophie de l histoire et des lois du progrès.... De la sanction et de la responsabilité de nos actes; Barbarie chronique de V Economie politique, libérale et malthusienne.
Sous ce titre : Constantin Pecqueur ou le doyen des collectivistes français^ la Revue moderne o. publié, en. 1886, une étude curieuse sur ce disparu qui vivait dans une profonde retraite à Saint-Leu-Taverny p,t qui est mort seulement l'an dernier.
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uns aux autres en cheminant, obscuriper umlras, sur la route aride d'aujourd'hui?
On écrira peut-être plus tard l'histoire de cette pénération dont la pensée dort dans de vieux livres qu'on ne lit plus et que les contemporains conservent précieusement.
Je me souviens d'avoir vu une bibliothèque de ce genre, dans les environs de la rue d'Allemagne, chez un cordonnier en vieux qui fut mêlé à toutes les batailles de la rue. Quel type aimable que ce brave homme ! Il s'était attaché à la religion fusionienne; le fondateur mourut, laissant une veuve dans la plus profonde misère. Pour que la veuve eût du pain, l'ouvrier l'épousa et parfois, je crois, passa plus d'un mauvais quart d'heure avec cette femme, qui se croyait déchue par une union avec un artisan. Il lui reste d'elle une fille charmante, blonde comme les blés, qui se tient avec une simple et naturelle élégance au milieu de ces vieux souliers, de ces décrochez-moi-ça et qui s'intéresse comme son père à la question sociale.
Dans l'arrière-boutique sont les livres d'autrefois, les brochures, les plans d'organisation sociale, les almanachs populaires avec leurs portraits d'hommes portant l'estampille de l'époque, figure ovale, fronts pensifs, barbes longues; jeunes encore, ils semblent tous dire : « L'Avenir est à nous ! » Les meilleurs sont morts à temps et n'ont pas vu l'invasion. Quelques-uns ont trop vécu ; ils sont devenus inlàmes et font partie de la majorité servile d'aujourd'hui...
Le clergé français, il faut le dire, ne fut pas à la hauteur de ce qu'on attendait de lui, il ne sut pas tendre la main aux ouvriers qui venaient si spontanément au Christ; il trompa l'espoir de tous ces hommes épris de progrès et de justice qui espéraient que l'Eglise comme aux premiers siècles allait se mettre à la tête des essais de rénovation sociale.
L'abbé Wintercr constatait, l'an dernier, au congrès de Liège, que c'était bien tardivement que les Cathohques s'étaient décidés à agir. Avant lui M. de Mun, dans une autre
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enceinte, avait rappelé, en termes très élevés, ce que le mouvement du siècle dernier aurait pu être s*il avait été compris à temps.
En 1848 le clergé laissa passer encore une fois Theure favorable et l'avènement de l'Empire opéra pour longtemps la dissociation entre le Peuple et Tidée chrétienne. Les républicains, qui n'avaient témoigné que du respect à l'Eglise, furent écœurés de la façon dont une partie de l'épiscopat se jeta aux pieds de César.
Il serait trop long de rechercher les causes multiples de ce malentendu qui eut de si graves conséquences sur les destinées morales de notre pays. La vérité est que le Concordat, que le pape ne signa qu'en pleurant, a placé le clergé dans une situation épou^antablement fausse; il a enchaîné, pour une maigre sportule, l'indépendance du prêtre. Les députés de la gauche le savent bien, et, dans ces âmes scélérates, le désir de réduire des vieillards à mourir de faim, en supprimant le budget des cultes, est bridé par la crainte de voir le prêtre reconquérir le droit d'agir et de parler librement.
Il faut ajouter qu*à cette époque le clergé était infiniment moins instruit et moins éclairé qu'il ne l'est maintenant. Aujourd'hui, j'en ai eu la preuve par les innombrables lettres que j'ai reçues, le jeune clergé suit attentivement le mouvement contemporain ; il lit, dans la mesure de ses humbles ressources, tout ce qui s'imprime d'intéressant au point de vue social ; nulle question ne lui est étrangère. Le clergé, après 1830, avait presque adopté la thèse soutenue par la Bourgeoisie voltairienne et philippiste que le prêtre doit rester dans son église, qu'il ne doit communiquer avec le dehor? qu'en mettant une plaque sur la rue avec cette inscription : Sonnette pour les sacrements^ — thèse imbécile, car, lorsque le prêtre ne sort plus de son église, l'esprit chrétien sort de la société...
Ce qui est certain, c'est que le clergé obéit à ce moment à la consigne de la Bourgeoisie, qui alors comme toujours.
était affolé d'ordre et qui, pour se rassurer elle-même, répétait avec admiration la phrase monumentale de Troplong : « Au milieu de tant d'institutions qui tombent de vieillesse, la propriété reste debout, assise sur la justice et forte par le droit*. »
Qu'est-ce que la Bourgeoisie entend par l'Ordre î C'est un point qu'il serait difficile de définir.
A l'institution toute nouvelle du propriétariat, la Bourgeoisie a annexé le conciergerat que nos pères ne connaissaient pas.
L'idéal d'une maison bien tenue, dans le conciergerat, est une maison où l'on peut commettre toutes les turpitudes, se livrer à toutes les débauches, mais dans laquelle on ne fait pas de bruit, où les escaliers sont bien cirés, la moquette régulièrement brossée, les boules de cuivre vigoureusement astiquées et où l'on obéit à l'écriteau : Essuyez vos pieds, S. F. P.
Essuyez vos pieds, S. V. P., c'est le résumé de l'Ordre d'après la Bourgeoisie. Le plus souvent il n'y a que de la boue à ces pieds, mais, aux époques de crise, c'est du sang que la Bourgeoisie essuie ainsi avec soin, pour ne pas salir les tapis...
C'est une conception toute récente, encore une fois. On peut dire qu'il n'y eut jamais plus de désordre apparent que dans Tancienne France, où tout se tenait sur des bases si solides. Provençaux, Picards, Bretons, Poitevins, Berrichons avaient leurs mœurs, leurs coutumes, leurs franchises locales, leur langue, leurs Académies. Aujourd'hui que la France est en lambeaux, que la guerre civile est partout, tout est uniforme, méthodique, organisé administrativement, tout paraît en ordre. C'est l'histoire du ministre de la guerre : on lui prend tous ses plans de mobilisation, ses modèles de
' Au nombre des petits traités publiés par PAcadémie des sciences morales et politiques figure un travail de M. Troplong : La Propriété d'après le code civil. L'introduction commence par « la propriété debout assise sur la justice »
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fusil, ses renseignements, on lui prendrait son nez, s*il ne tenait pas. Cependant, si vous visitiez l'hôtel de la rue Saint- Dominique, le ministre vous démontrerait que tout est admirablement rangé, classé, étiqueté, numéroté dans de vastes cartons. « Il n'entra jamais personne dans nos bureaux, vous dirait-il, que des hommes discrets comme Aubanel ou des Juifs allemands comme Cornélius Herz. »
Abandonnés par TEglise, qui se désintéressa trop à cette époque de la question sociale qu'elle avait résolue jadis pour le bonheur de tous, abandonnant eux-mêmes à leur sort, encore trop doux, les députés bourgeois, les Vingt-cinq francs, qui avaient trahi leurs électeurs comme les députés les tra- ' hiront toujours, les ouvriers essayèrent sous l'Empire de faire leurs affaires eux-mêmes.
L'Internationale y dans la section française surtout, fut la première manifestation du prolétariat agissant à l'état de classe distincte. Tous les signataires du premier manifeste étaient des travailleurs ; lors des procès qui se succédèrent, les ouvriers portèrent eux-mêmes la parole et la défense collective, lue par Varlin, résuma avec un accent vraiment touchant les plaintes et les aspirations des prolétaires.
Je crois qu'à ce titre il n'est pas sans intérêt d'en reproduire les passages les plus caractéristiques *.
Si devant la loi nous sommes, vous des juges et nous des accusés, devant les principes nous sommes deux partis, vous
' Ces lignes, qui sont moins sèches que les programmes économiques ordinaires et que traverse, comme une pelile brise des champs, la comparaison du centième pigeon, sont les premières écrites par Benoît Malon qui devait jouer plus tard un rôle considérable dans le parti socialiste.
Il faut remarquer, à la louange des juges de l'Empire, que dans tous les procès de l'Internationale, ils ont laissé la défense soutenir librement des thèses qui, surtout alors, devaient paraître monstrueuses à la magistrature. Dans le procès Meyer, quand des hommes comme Albert Duruy et Alphonse Daudet voulaient
{)lacer un mot, Barthelon, pressé d'aller toucher sa récompense, eur imposait brutalement silence.
le parti de Tordre à tout prix, le parti de la stabilité, nous le parti réformateur, le parti socialiste. Examinons de bonne foi quel est cet état social que nous sommes coupables de déclarer perfectible I L'inégalité le ronge, l'insolidarilé le tue, des préjugés anti-sociaux l'étreignent dans leurs mains de fer. Malgré la Déclaration des droits de l'homme et les revendications populaires, un instant triomphantes, en 1793, la volonté de quelques-uns peut faire et fait couler le sang par torrents dans les 'luttes fratricides de peuple à peuple, qui, ayant les mêmes souffrances, doiverft avoir les mêmes aspirations.
Les jouissances ne sont que pour le petit nombre qui les épuise dans ce qu'elles ont de plus raffiné ; la masse, la grande masse, languit dans la misère et dans l'ignorance, ici s'agitant sous une oppression implacable, là décimée par la famine, partout croupissant dans les préjugés et les superstitions qui perpétuent son esclavage de fait.
Si nous passons aux détails, nous voyons les opérations de Bourse jeter le trouble et l'iniquité, les pachas financiers faisant à leur gré l'abondance ou la disette, semant toujours autour des miHions qu'ils entassent le mensonge, la ruine et la hideuse banqueroute.
Dans l'industrie, une concurrence effrénée, faite sur le dos des travailleurs, a rompu tout équilibre entre la production et la consommation.
On manque de bras pour le nécessaire, et l'inutile superflu abonde ; tandis que des millions d'enfants pauvres n'ont pas un habillement, l'on étale dans les expositions des châles à des prix labuleux qui ont coûté plus de dix mille journées de travail.
Le travail de l'ouvrier ne lui donne pas le nécessaire et les sinécures fleurissent autour de lui.
La civilisation antique est morte d'avoir gardé dans ses flancs la plaie de l'esclavage ; la civilisation moderne mourra aussi, si elle ne tient pas plus compte des souffrances du grand nombre, et si elle persiste à croire que tous doivent travailler et s'imposer des privations pour procurer le luxe à quelques-uns ; si elle ne veut pas voir ce qu'il y a d'atroce dans une organisation sociale dont on peut tirer des comparaisons comme celle-ci :
« Si vous voyiez une volée de pigeons s'abattre sur un cliamp de blé, ot si, au lieu de picorer chacun à son gré, quatrevingt-dix-neuf s'occupaient à amasser le blé en un seul tas, ne prenant pour eux que la paille et les déchets; s'ils réservaient ce tas, leur travail, pour un seul d'entre eux, souvent
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le plus faible et le plus mauvais de toute la volée ; s'ils formaient le cercle, complaisants spectateurs, tout un long hiver, tandis que celui-ci irait se gavant, dévorant, gâchant, jetant à droite et à gauche; si un autre pigeon, plus hardi, plus affamé que les autres, touchait à un seul grain, tous les autres lui volaient dessus, lui arrachaient les plumes, le déchiquetaient en morceaux ; si vous voyiez cela, vous ne verriez vraiment que ce qui est établi et journellement se pratique parmi les hommes... » (Docteur W. Palley, de Y Université œ Oxford, Extrait du journal la Coopération, mai 1868.)
C'est navrant de vérité !
N'appartient-il pas aux quatre-vingt-dix-neuf celui qui naît dans la misère, formé d un sang appauvri, quelquefois souffrant de la faim, mal vêtu, mal logé, séparé de sa mère, qui doit le quitter pour aller au travail, croupissant dans la malpropreté, exposé à mille accidents, prenant souvent dès reniance le germe des maladies qui le suivront jusqu'au tombeau ?
Dès qu'il a la moindre force, à huit ans, par exemple, il doit aller au travail dans une atmosphère malsaine, où, exténué, entouré de mauvais traitements et de mauvais exemples, il sera condamné à l'ignorance et poussé à tous les vices. Il atteint l'âge de l'adolescence sans que son sort change. A vingt ans, il est forcé de laisser ses parents, qui auraient besoin de lui, pour aller s'abrutir dans les casernes ou mourir sur le champ de bataille, sans savoir pourquoi. S'il revient, il pourra se marier, n'en déplaise a l'économiste anglais Malthus et au ministre français Duchâtel, qui prétendent que les ouvriers n'ont pas besoin de se marier et d'avoir une famille, et que rien ne les oblige à rester sur la terre quand ils ne peuvent pas trouver le moyen de vivre.
Il se marie donc; la misère entre sous son toit, avec la cherté et le chômage, les maladies et les enfants. Alors si, à l'aspect de sa famille qui souffre, il réclame une juste rémunération de son travail, on l'enchaîne par la faim comme à Preston ; on le fusille comme à la Fosse-l.épine ; on l'emprisonne comme à Bologne; on le livre à l'état de siège comme à Barcelone ; on le traîne devant les tribunaux comme à Paris.
Ce malheureux gravit son calvaire de douleurs et d'affronts ; son âge mûr est sans souvenirs, il voit la vieillesse avec effroi : s'il est sans famille, ou, si sa famille est sans ressources, il ira, traité comme un malfaiteur, s'éteindre dans un dépôt de mendicité.
Et pourtant cet homme a produit quatre fois plus qu*il n*a consommé, qu*a donc fait la société de son excédent ? Elle en a fait... le centième pigeon.
La défense collective, lue par Gombault devant la cour d'appel, eut le même caractère élevé.
Une nouvelle génération s'était formée ; la jeunesse ouvrière qui entrait en scène s'était instruite elle-même ; sans doute elle n'avait pu se préserver de la confusion que jettent dans l'esprit les études faites sans méthode et un peu au hasard, mais elle avait aussi ce qu'ont les êtres d'instinct : Télan, l'enthousiasme, l'abnégation.
On rencontre parmi ces hommes des types dont le développement intellectuel, la façon d'envisager la vie, l'évolution, en un mot, n'ont rien de commun avec les idées de la classe moyenne.
Quelle figure sympathique et bonne que celle de Benoît Malon ! C'est l'homme du peuple tel qu'il est sorti de la vieille terre française, tel aussi que l'ont fait les milieux actuels. Fils de pauvres journaliers, il reste à garder les vaches dans la plaine du Forez pour permettre à son jeune frère de passer son examen d'instituteur.
Le petit berger conduit son troupeau sur les bords de ce Lignon, le poétique ruisseau qui berçait les méditations d'Hoaoré d'Urfé, alors qu'il écrivait YAstrée, — ce rêve d'une société fraternelle, gouvernée par la Justice, qui correspondit avec le grand apaisement succédant tout à coup aux guerres civiles grâce à Henri IV et à Sully.
Le pastoureau, cependant, ne se doute pas de ce que c'est que VAstrée et de ce que sont les guerres civiles ; continuellement en face de la nature, il n'a de pensées que pour le Créateur, il heurte sans cesse à la porte de son curé pour lui faire part des scrupules qui assaillent son cœur ingénu.
Illettré jusqu'à l'âge de dix-huit ans, il va passer trois mois avec son frère, et ce temps lui suffit pour apprendreà lire et à écrire; il part pour Lyon, puis pour Paris. Là il connaît toute» les affres de la misère, il vit onze jours avec quatorze sousj
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puis, à bout de forces, il se sent perdu dansTimmense capitale comme au milieu d'un désert, et il attend la nuit pour se jeter à Teau, lorsqu'il trouve une pièce de dix sous à la barrière du Trône. Il veut jouir de la vie, goûter du cidre et il se commande un festin : deux sous de cidre, quatre sous de pain, deux sous de fromage. A une table voisine de la sienne il entend dire qu'on embauche à la teinturerie de Puteaux, et le voilà entré là comme homme de peine.
Rentré chez lui, après une journée de dur travail, l'ouvrier passe une partie de ses nuits à lire ; il s'essaie à rimer et le souvenir des ancêtres est le premier sentiment qui inspire cette âme de paysan ; il compose un poème : Vercingétorix.
Un beau jour, une grève éclate à Puteaux ; les ouvriers chargent Mal on de la diriger, uniquement parce qu'il sait lire et écrire ; il défend les intérêts de ses compagnons avec cette éloquence originale qui coule de source et qui s'arrête brusquement dans un léger bégayement, comme ces sources intermittentes de l'Auvergne et du Forez qui, après une seconde d'interruption, se remettent à couler.
L'ouvrier teinturier est en vue. La police s'occupe de lui. Très logique avec elle-même, elle ne peut admettre qu'il y ait des gens honnêtes et pense qu'il suffit de bien chercher pour découvrir un cadavre enfoui dans l'existence de tout homme.
Un employé de la rue de Jérusalem vient proposer à Malon de l'initier à la Franc-Maçonnerie et on le conduit chez un prétendu haut dignitaire qui demeurait rue Notre- Dame-de-Lorette.
— Pour entrer dans la Franc-Maçonnerie, il faut se confesser d'abord des fautes de toute sa vie.
Le jeune artisan cherche en vain ses méfaits. L'autre insiste :
— Voyons, soyez sincère, vous n'êtes pas arrivé jusqu'à l'âge de vingt-trois ans sans avoir commis quelque acte blâmable. Vous êtes pardonné d'avance, mais avouez...
Ce fut Tolain, qui devait plus tard trahir ses frères et être
flétri par eux, dans une réunion mémorable, de répithètc de Judas, qui affilia Malon à Tlnternationale. Dès lors Malon fut sur la route du bonheur : il ne tarda pas à être condamné à six mois de prison et, grâce aux livres de Sainte-Pélagie, il put commencer sérieusement son éducation...
Je me suis arrêté un peu à cette figure, car elle résume un côté du prolétariat français. Les conservateurs, uniquement épris de cabotinage, de garden partys et de rallye-paper, hausseront les épaules en me lisant ; les prêtres et les vrais chrétiens liront cette page avec intérêt et songeront à tout ce que TEglise a perdu en s'éloignant du Peuple quand le Peuple venait à elle.
Il y a dans tout ce qui est directement issu de la masse plébéienne une disponibilité de force et de dévouement qu'on ne trouve plus chez les classes supérieures. Quelle énergie morale n'a-t-il pas fallu à un autodidacte comme Malon, qui commence comme homme de peine dans une teinturerie pour devenir un de nos premiers écrivains socialistes 1 Quel travail pour en arriver à être le directeur écouté de la Revue socialiste^ à écrire des livres, pleins d'erreurs sans doute, gâtés par Tesprit de parti, mais animés d'un souffle généreux comme VHlstoire du socialisme^ la Morale sociale^ V Agiotage de 1715 à 1870, à nous donner les traductions de Capital et travail de Lassalle et de la Quintessence du socialisme de Schaeffle ! Il manque à l'écrivain, je le reconnais, non l'impartialité peut-être, mais la compréhension exacte du rôle de l'Eglise dans le monde ; ces œuvres n'en ont pas moins un caractère autrement élevé que les opérettes de la littérature juive qui conduisent leur auteur à l'Académie...
C'est un homme droit et bon, encore une fois, que ce prétendu sectaire. Plein d'une pitié profonde pour tout ce qui vit dans la création, il n'a rien à lui, il aime les bêtes comme les gens, et, s'il est devenu bouddhiste, c'est parce que le bouddhisme prêche la compassion pour ces pauvres animaux que l'on traite si durement en Europe et que ce bour-
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reau de Paul Bert s'amusait à torturer. Il a des amis dans toutes les maisons de Paris, où il y a des artisans intelligents ; quand il a travaillé toute une semaine à Asnières, il grimpe des étages à Paris, va voir les uns et les autres, demander des renseignements exacts sur le mouvement industriel. Dès qu'on Taperçoit avec son éternel foulard rouge, le père, la femme, les enfants, l'apprenti saluent d*un joyeux : « Bonjour, citoyen Malon l » Il m'a emmené avec lui pendant quelque temps pour me faire voir les milieux ouvriers de Paris ; tout le monde m'a admirablement reçu et m'a fait des compliments sur la France juive.
On a prédit à Malon, comme à moi du reste, tout ce qui devait lui arriver dans sa vie et on lui a annoncé comment il mourrait. Si, à ce moment, je n'ai pas encore été tué par les Juifs, je ferai dire certainement une messe et je réciterai plus d'un Ave pour le socialiste Malon. Tous les Ave d'antan que le petit pâtre chrétien de jadis a semés dans les prairies du Forez, à l'aube naissante ou au crépuscule, en gardant 6es breblettes, comme on dit là-bas, répondront à ma prière et les clochers des églises rustiques enverront à travers la campagne, en guise de supplication, les notes claires de V Angélus^ et la bonne Vierge se laissera fléchir et intercédera pour cette âme qui fut sans fiel et sans haine...
Ce sont des hommes pareils à nous que ceux-là, ils sont nés comme nous en terre française ; ils ont été corrompus sans doute, par l'atmosphère de calomnies et de mensonges contre l'Eglise, créé par la Bourgeoisie athée, mais ils ont gardé, quand même, le fond humain, honnête, religieux même à leur insu, qu'avaient mis en eux d'innombrables générations de paysans vivant, honnêtes et chrétiens, dans des villages tranquilles, loin des manufactures et des usines d'aujourd'hui.
Beaucoup étaient comme Malon dans l'Internationale, et c'est ce qui explique la rapidité avec laquelle se propagea ce mouvement, légitime dans ses origines et généreux dans ses aspirations.
Une légende s*est formée autour de rintcrnationale.. On a voulu voir en. elle une association mystérieuse qui, dirigée par des chefs invisibles, avait organisé et préparé longuement un plan de révolution européenne. Rien n'est plus inexact que celte légende. Gomme il arrive d'ordinaire, la vérité est plus saisissante encore que la fable. Rien n'éclaire d'un jour plus instructif la force, encore confuse mais incroyablement intense, qui anime le monde des travailleurs que le développement que prit tout à coup cette idée d'un groupement du parti ouvrier.
Si les premières bases de Tlnternationale avaient été jetées dans un meeting tenu à Saint-Martin*s Hall à Londres le 22 septembre 1864, la section française avait été à son début une réunion de quelques camarades qui, à partir du mois de janvier 1865, se donnaient rendez-vous dans une petite pièce au quatrième étage de la rue des Gravilliers ; au bout d'un an les adhérents se comptaient par milliers.
Au premier congrès qui eut lieu à Genève en 1866, les affiliés étaient déjà plus de 40,000. Au congrès de Lausanne en septembre 1867, le nombre des affiliés était de i 80,000 ; au Congrès de Bâle il était de 1,200,000 pour toute l'Europe.
Les organisateurs ouvriers, je l'ai dit, avaient fait tous leurs efforts pour conserver à l'association son caractère strictement économique. Les meneurs politiques avaient même vu d'assez mauvais œil cette tendance des ouvriers à s'occuper de leurs intérêts au lieu de servir les calculs des chefs de la démocratie.
< Mazzini, dit Benoit Malon dans l'étude quMl a consacrée à l'Internationale [Nouvelle Reçue du 15 février 1884), Mazzini vit dans les buts de l'association une « basse préoccupation des intérêts matériels » et une atteinte à cette suprémative italienne (primato italiano), qui fut, comme complément de l'indépendance de l'Italie, le seul rêve — auquel tout devait être sacrifié — de ce conspirateur patriote. Louis Blanc garda une réserve hostile ; Ledru-Rollin trouva que chercher ainsi des améliorations purement économiques, était se résigner
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trop facilement à TEmpire abhorré. Enfin Blanqui fut persuadé qu*il y avait du « bonapartisme dans ralTaire >.
Jules Simon, plus malin, se fit inscrire, sous le n^ 606, parmi ces ouvriers qu'il devait mitrailler et déporter quelques années plus tard.
A l'origine, Tlnternationale française fut loin d'être révolutionnaire, de rechercher le trouble dans la rue, d'aimer rémeute pour l'émeute. L'Empereur, le seul souverain qui depuis 1789, se soit sincèrement intéressé aux classes laborieuses, ait compris leurs souffrances et désiré améliorer leur sort, avait suivi avec sympathie les progrès de la nouvelle association. M. Rouher avait offert de laisser pénétrer en France le Mémoire des délégués français au congrès de Genève, si l'on voulait glisser dans le rapport une phrase de reconnaissance pour les efforts de l'Empereur en faveur du Peuple. On refusa, mais Tlnternationale, à ses débuts, n'en eut pas moins un caractère beaucoup plus social que politique.
Ce ne fut qu'à la longue que les agitateurs bourgeois purent faire dévier l'Internationale de son but. Le fait se reproduit sans cesse pour tout ce que tentent les prolétaires. Le Bourgeois capitaliste les exploite comme travailleurs ; quand ils se concertent pour aviser aux moyens ^^'améliorer leur sort, le Bourgeois révolutionnaire, c'est-à-dire le Bourgeois besogneux qui veut devenir capitaliste, trouve toujours moyen de s'introduire dans ces associations et de les faire servir à la satisfaction de ses ambitions.
Il est absolument inexact que ce soit l'Internationale qui ait fait la Commune; ce qui est vrai, c'est que les jeunes prolétaires, mêlés le plus activement à ce groupement du parti ouvrier, se trouvèrent tout désignés, par la force des choses, pour jouer un rôle important dans l'insurrection qui suivit la capitulation de Paris.
Les teinturiers, les cordonniers, les tailleurs, les charpentiers, les mécaniciens, dont les revendications faisaient hausser les épaules aux politiciens libéraux, eurent un jour la ville géante à eux ; ils en furent les maîtres et les rois ; ils y pos-
sédèrent le droit de vie et de mort. Cette Société orgueilleuse, avec son organisation aux mille rouages, ses corps constitués, ses fonctionnaires tout chamarrés de croix, tout fut par terre en un clin d'œil et le Peuple fut vraiment souverain...
Quels sentiments apporta-t-il dans sa victoire ? Voilà ce que je voudrais rechercher sans prétendre, bien entendu, essayer l'histoire de la Commune, encore couverte de tant d'obscurités.
J'ai combattu la Commune à Paris et n'ai point à revenir sur ce que j'ai écrit. Il faut avouer, cependant, que lorsqu'on soumet ses impressions de jeunesse à une vérification attentive, lorsqu'on examine les faits à nouveau, le jugement se modifie un peu. Tout homme de bonne foi qui causera, non point avec les apologistes des horreurs de la dernière heure, mais avec ceux qui furent acteurs dans ces événements et qui les expliquent loyalement, arrivera à la même conclusion que moi.
Ce fut l'élément bourgeois qui fut surtout féroce dans la Commune, la Bourgeoisie viveuse et bohème du Quartier Latin; l'élément Peuple au milieu de cette crise effroyable resta humain, c'est-à-dire français. Les inspirateurs des mesures violentes furent des lettrés comme Pyat, comme Delescluze, des clercs d'huissier comme Ferré, des étudiants, des ratés, des aigris comme Rigault, Dacosta, Vésinier. L'école des Frères, ou la plupart des ouvriers avaient été élevés, produisit moins d'instigateurs de tueries que l'Université.
Parmi les Internationalistes qui firent partie de la Commune, quatre seulement : Dereure, ouvrier cordonnier, Assi, ouvrier mécanicien, Challain, ouvrier graveur, et Johannard, ouvrier feuillagiste, se prononcèrent pour les mesures vio^ lentes. Avrial, ouvrier mécanicien, fut en même temps que Theiz, un des orateurs du parti modéré à la Commune. Langevin, ouvrier mécanicien, Victor Clément, ouvrier teinturier, Eugène Gerardin, peintre en bâtiment, Clovis Du-
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pont, oayrier vannier, votèrent constamment avec la minorité.
J*ai eu roccasion d^apercevoir quelques-uns de ces hommes dans les réunions publiques et pendant la Commune, j'avoue n'avoir pas trouvé sur leurs traits cette expression de haine et d'envie q«e l'insuccès et surtout le succès des autres, le désir des jouissances mettent d'ordinaire sur certains visages de déclassés.
Avec sa haute taille, ses yeux d'un éclat extraordinaire, Varlin frappait Tobservateur, non pas tant par sa beauté virile que par cette marque de la Fatalité, ce je ne sais quoi qui fait deviner les hommes condamnés et destinés d'avance à quelque catastrophe.
Theiz, avec ses yeux bleus très doux et sa petite barbe rouge, n'avait pas l'air bien pervers. Avrial, un grand diable qui parlait d'abondance avec un fort accent toulousain, Langevin, solidement bâti et carré des épaules, étaient des types de ces ouvriers à doubles muscles qui ne reculent pas devant la besogne.
Parmi ces hommes beaucoup avaient certainement une foi, un vague idéal de justice. Quand tout fut terminé, quand le cri de réprobation soulevée par les assassinats et les incendies de la dernière heure s'éleva autour d'eux, ils eurent le sentiment, non point d'une défaite seulement, mais de l'écroulement d'un rêve, ils éprouvèrent comme une grande fatigue, un désir d'en finir, de mourir... Quelques-uns restèrent dans le quartier même où ils avaient été délégués et ne furent point inquiétés, car on les avait vus dans ce Paris, plein de tous les repris de justice de l'Europe, empêcher le mal dans la mesure de leurs forces.
Quand la résistance fut impossible, Malon suivit des amis, deux artistes de talent qui l'emmenèrent. Le lendemain il revint errer, comme malgré lui, place Rochechouart, non loin de son arrondissement, parmi les troupes campées là. Un habitant des Batignolles l'aperçut, le reconnut et se
dirigea vers Tofficier qui commandait. Malon n'avait pas son fameux foulard rouge, mais il avait dans sa poche Técharpe à franges d'or de membre de la Commune qu'il montre volontiers, le soir après dîner à Asnières, comme un souvenir des temps tragiques... Il attendit. A deux pas de l'officier, Thomme qui l'avait reconnu eut sans doute l'esprit traversé par une pensée, il s'arrêta, regarda encore une fois Malon... et ne paria pas à l'officier. A quoi tient la vie humaine ?
Varlin, qui avait failli être fusillé par les fédérés rue de Haxo, en essayant de sauver les Otages, fut moins heureux. U fut pris à quelques pas de la place Rochechouart assis devant la table d'un café. Maxime du Camp, qui n'est point tendre pour la Commune, n'a pu se défendre de paroles émues en racontant cette douloureuse agonie, cette longue promenade sur les Buttes et aussi cette belle mort droite, très fîère...
Sur le mort, on trouva les 300 francs qu'on avait eu grand'peine à lui faire accepter dans le dernier payement fait aux membres de la Commune.
Jourde également fut d'un désintéressement rare. Tandis qu'il était ministre des Finances et remuait des millions, sa femme continuait à aller laver son linge au lavoir public, l'enfant allait à l'école gratuite et Jourde prenait ses repas chez un petit gargotier de la rue du Luxembourg *.
Theiz géra de même l'administration des postes avec une probité incontestée. Camélinat exerça les fonctions de directeur de la Monnaie avec une habileté et une honnêteté auxquelles on rendit hommage même immédiatement après la Commune. Il ne profita de son passage au quai Conti que pour introduire dans la frappe de la monnaie française une amélioration qui fut maintenue.
Un autre fonctionnaire Treilhard, directeur de l'Assistance publique, quitta les bâtiments annexes de l'Hôtel de Ville au
* Le restaurateur, dit Maxime du Camp, présenta sa facture plus tard. Du 16 avril au 22 mai, Jourde, pour ses déjeuners et ses dîners avait dépensé 224 francs I
l'idée SOCULISTE a travers le XIX* SIÈCLE 131
moment de Tincendie, emporta avec lui les fonds de réserve de TAssistance montant à 37,440 francs, et il les déposa chez lui en recommandant à sa femme, s'il ne reparaissait pas de les remettre au représentant du gouvernement de Versailles. Il fut pris et fusillé et, deux jours après, M"*« Treilhard, portant pour la première fois la robe de deuil, rapportait l'argent à Tofflcier qui avait fait exécuter son mari *.
Comparez cela aux Opportunistes, aux Thompson, aux Etienne, aux Rouvier, aux Raynal, qui n'avaient pas de bottes jadis et qui ont maintenant des hôtels, des villas, des coupés, aux Ferry qui vendaient leurs livres sur les quais il y a vingt ans; et qui achètent aujourd'hui des immeubles de 450,000 francs, et vous avouerez que la moralité publique a encore baissé de quelques crans depuis la Commune.
* Quoique les Sœurs augustines que l'on a expulsées il y a quelques mois de l'hôpital Lariboisière aient été respectées par la Commune, Treilhard n'en a pas moins à se reprocher quelques actes de laïcisation qu'il accomplit, dit-on, malgré lui. Il était, d'ailleurs, plus convenable dans la forme que les hommes d'aujourd'hui, a Veuillez, écrivait-il, prévenir avec toutes les formes de convenance les Sœurs des maisons de setou^s des quatre quartiers du V« arrondissement de vouloir bien vider les maisons qu'elles occupent. »
Sous ce rapport le directeur de la Commune ne vaut pas mieux que Peyron, avec cette différence que l'Assistance publique alors n'en n'était pas réduite, comme aujourd'hui, à refuser le lait aux malades parce que les hauts fonctionnaires gaspillent ou volent tout. La Commune, si vous le préférez, fut la République actuelle avec un peu plus de probité chez les membres de la Commune que chez les républicains d'aujourd'hui.
Ce qui est choquant, c'est de voir des gens qui ont été implacables pour Treilhard, parce qu'il appartenait h la Commune, admettre qu'un homme comme Peyron ose encore se présenter dans certains milieux honnêtes; c'est de voir un soldat comme l'amiral Peyron ne pas désavouer publiquement le misérable qui chasse du lit des malades de saintes ûUes de la Charité pour les remplacer par des filles de lupanar dont les tribunaux nous racontent chaque jour les exploits. Si les conservateurs triomphent on pourra constater, par leur conduite, le sentiment qu'ils ont de la justice ; puisqu'ils ont fusillé Treilhard, ils ne peuvent faire autrement que de fusiller Peyron qui a commis exactement les mêmes actes que le directeur de l'Assistance publique de la Commune.
Quelle que soit la puissance de rimagination, on ne voit pas bien Rouvier se faisant tuer pour sa cause et Claude Vignon rapportant une somme d'argent appartenant à "'Etat...
Ajoutons que la plupart des ouvriers qui ont figuré au premier rang dans la Commune sont très noblement, très dignement retournés à Tateïier.
Le républicain bourgeois est convaincu que la nation doit lui faire des rentes à perpétuité, le nourrir sur un chapitre quelconque du budget. Les députés de la majorité, quand le suflrage universel les a vomis pour avoir manqué à toutes leurs promesses, réclament comme un droit des sièges de magistrats, des trésoreries générales, des recettes particulières bien rétribuées *.
Parmi les hommes qui avaient eu Paris dans les mains, beaucoup ont repris Toutil sans bruit, simplement. Langevin
* Le colonel Lan^lois s'est fait nommé percepteur à Paris & 68 ans; or, cet homme intègre qui prenait ainsi la place d'un employé qui servait depuis vingt-cinq ans l'admiDistration et auquel celte perception revenait, avait voté une loi par laquelle nul ne pouvait être nommé percepteur après 55 ans d'âge et qui fixait l'extrême limite de la mise à la retraite à 65 ans. Voilà ce qu'on appelle le règne des lois !
Encore Langlois, qui est un homme de 48, a-t-il été relativement modéré. Les républicains de la nouvelle école exigent davantage, comme le fameux Labuze nommé trésorier général à Limoges, comme Paul Duiïo, trésorier général de la Savoie, Disseuil trésorier général également. D'autres se ruent sur les plus hautes situations de la magistrature, comme Honjat procureur général de la Cour de cassation, feu Margue conseiller à la cour de Paris, Bottard président de chambre à la cour de Limoges, Odoul premier président de la cour d'appel de Itiom, Jules Godin, conseiller à la cour de Paris. La fonction, d'ailleurs, importe peu, c'est une question d'appointements. A la veille d'être nommé premier président quelque part, Mazure, ancien dé[)uté du Nord, se décida pour les tabacs et devint entreposeur des tabacs au Mans.
Encore une fois, ces gens-là ne voient pas là une faveur, c'est leur droit de bourgeois quand ils ont fait suffisamment d'infamies à la Chambre de recevoir de nous une pension de 80 ou 100,000 francs.
l'idée socialiste a travers le XIX* SIÈCLE 133
trayailie dans un atelier de construction à Bordeaux ; Victor Clément est contre-maitre dans une teinturerie de Reims. Gérardin et Glovis Dupont sont également retournés à leur ancien métier. Gamélinat élevait péniblement ses cinq enfants avec son travail quand il fut nommé député de la Seine ^
Je sais que beaucoup taxeront de paradoxe cette mise au point de la Gommune, mais enfin il faut voir les choses telles qu'elles ont été. M. de Plœuc fut certainement un administrateur courageux, mais la légende d'un homme tenant tête à toute une ville insurgée et défendant la Banque, pendant deux mois, contre tout un gouvernement est une de ces histoires bonnes seulement à mettre dans les nécrologies. Le fameux bataillon de la Banque n'aurait pas résisté une minute et il n'en a jamais eu Tintention. Si la Banque fut respectée, elle le fut par la volonté expresse du gouvernement insurrectionnel.
Les membres de la Gommune appartenant au parti ouvrier poussèrent la modération jusqu'à la naïveté. Franchement, si le peuple devait pénétrer quelque part, c'était dans la demeure du banquier de Francfort, qui avait acquis une monstrueuse fortune aux dépens de la France. Geci, un citoyen d'une irréprochable honnêteté mais d'un esprit très net, un de ces hommes qui ne s'embrouillent pas, comme on dit, dans les feux de files, le citoyen Millot, sertisseur sur bijoux, qui m'autorise à le nommer, vint le dire à Yarlin en présence de Gombault.
Que croyez-vous que répondît Varlin?
— Tu le trompes, Millot, Rothschild est avec nous. Voici des bons en blanc qu'il nous a délivrés sur sa caisse...
* Voir aussi, dans le Figaro du 19 août 1888, un amusant portrait de hereure, ancien membre do la Commune, délégué aux subsisUintres puis à la commission de la Justice. C'est lui (]ui tient le tir japonais au Jardin de Paris et qui oiTre le soir ries couteaux aux amateurs dési-reux de s'exercer h la cible. Dans la journée il s'occupe du commerce des vieux souliers. Avouez que cet ti(»mme est autrement digne et respectable que le Labttze qui nous lorceàlui faire 80,000 livres do rente...
i34 LA FIN D*UN MONDE
Ce détail, absolument authentique, prouve jusqu'à Tévidence ce que j'ai dit dans la France juive du double jeu ^'oué par les banquiers juifs et parles Rothschild surtout pendant la Commune. A Versailles ils afAchaient des sentiments d'indignation ; à Paris ils subventionnaient l'insurrection aQn de satisfaire leur haine contre les prêtres et, en mênie temps, de compliquer la situation politique pour se faire payer plus cher leur concours financier.
Toute cette histoire ne se fera que plus tard, on sent la vérité, on n'en tient pas toutes les preuves. Pour juger Loms XVI, il fallut forcer l'armoire de fer ; — on n'écrira l'histoire contemporaine qu'après avoir forcé l'armoire d'or des Rothschild...
A l'action évidente des Juifs, qui s'efforcèrent de lancer le . Peuple contre de pauvres prêtres pour le détourner de se constituer en tribunal et d'exercer sur les financiers des revendications légitimes, il faut ajouter les manœuvres des agents innombrables que Thiers entretenait à Paris et qui excitaient la foule à des actes épouvantables.
J'ai cité ce dialogue caractéristique entre Calmon et M. Olivier de Watteville, qui voulait poursuivre un certeùn B. de M...
— C'est un de nos agents ; laissez-le libre.
— Mais, monsieur le sous-secrétaire d'Etat, il a fait fusiller 14 gardes nationaux réfractaires à la Commune.
— C'était pour mieux cacher son jeu...
— C'est bien consolant, monsieur le sous -secrétaire d'Etat, pour les familles des victimes...
Ce dialogue n'a jamais été démenti et l'homme qui faisait fusiller des Français, pour cacher son jeu son rôle d'espion, a été décoré pour cette belle conduite et il continue à figurer sur les registres de la Légion d'honneur à côté des soldats et des officiers qui ont gagné leurs croix sur les champs de bataille.
Ces agents, qui jetaient dans l'esprit populaire des idées atroces, étaient la grande terreur des modérés de la Gom-
l'idée SOaAUSTB A TRAVERS LE XIX" SIÈCLE 135
. mune, qui les trouvaient à chaque instant sous leurs pas. Un jour, la municipalité du xvii* arrondissement, que dirigeait Malon, fut accusée de modérantisme et mise ensuscipion par un agent qui vint exciter le peuple ; on le fît arrêter, on le ouilla et on trouva sur lui les preuves de ses rapports avec Versailîes.
Un autre agent était devenu Tamant de la maîtresse d'Urbain, Tancien instituteur, et poussait celui-ci à réclamer des mesures horribles : tantôt il proposait de mettre les otages dans les égouts, tantôt d'en fusiller dix tous les matins aux avant-postes .
Les membres de la Commune, qui avaient gardé des sentiments honnêtes, tremblaient de voir se renouveler les massacres des prisons ; ils avaient arrêté quelques otages pour donner satisfaction à l'opinion publique et n'avaient qu'un désir, celui de s'en débarrasser ; ils crurent y arriver en offrant de les échanger contre Blanqui. Ils proposaient, non seulement de rendre les otages, mais encore de n'en plus arrêter de nouveaux^ à la condition qu'on leur rendit un vieux conspirateur dont la présence à Paris ne pouvait avoir aucune influence sur l'issue finale de la lutte.
C'était là, franchement, une proposition très acceptable. Qu'un souverain d'autrefois, un souverain de droi* divin, eût déclaré^ en pareille circonstance, qu'il ne traitait pas d'égal à égal avec des rebelles, cela eût pu se comprendre. Mais qu'un parvenu de la Révolution comme Thiers, à la tête d'un cabinet où figuraient tous les insurgés du 4 Septembre, se refusât à négocier sur ces bases, c'était absolument insensé.
La vérité est que les hommes du 4 Septembre voulaient des crimes pour avoir une répression implacable : ils eurent les crimes et la répression.
Gela n'ôte rien de leur horreur aux massacres de la fin. Quand on sut qu'on ne faisait pas de quartier, tous les vaincus refluèrent vers la Roquette et tuèrent. Ferré vint annoncer le résultat aux débris de la Commune réunis à la mairie
LA Fm D'un MONDE. 10
de la place Voltaire et dit textuellement, sans injures et sans violences : « L'Archevêque est mort convenablement, Bonjean est bien mort, mais le P. Allard et les Jésuites sont morts héroïquement. > Delescluze, brisé par la maladie, murmura, d'une voix éteinte : t< Nous aussi nous saurons mourir. »
Ce qu'il convenait de mettre en lumière, c'est, qu'en.fait, le prolétariat, quand il eut pour la première fois une pai*t effective au pouvoir, fut infiniment moins sanguinaire que la Bourgeoisie *.
Tant que la Commune fut maîtresse des événements, elle ne laissa accomplir aucune exécution. Rossel, un ancien officier de l'armée, un polytechnicien, avait prononcé quelques condamnations à mort, la Ck)mmune intervint pour qu'elles ne fussent pas exécutées.
La Commune, cependant, était assiégée et Vinoy avait fait fusiller Duval sans jugement. Dans des circonstances infiniment moins tragiques, un robin, un avocat au grand conseil, un ancien procureur de bailliage, Danton, organisa froidement une tuerie, comparable seulement aux égorgements des princes tartares ou mogols; il fit massacrer dans les prisons des centaines de vieillards, des femmes, des prêtres infirmes, des enfants idiots, des fous comme à Bicêtre. Des ministres abjects, comme Cazot, n'ont pas craint cependant d'invoquer l'autorité de Danton devant le Sénat et les vieux pourris qui composent cette Assemblée n'ont témoigné nulle indignation à l'évocation de ce nom...
J'ai vu au Salon la statue que Ton se préparait à élever k l'homme de Septembre sur la principale place d'Arcis-sur- Aube et que Lockroy est allé inaugurer solennellement. Une autre statue de Dan4,on va remplacer sur la place de l'Ecole de
* Â mesure que le Peuple s'est plus intimement mêlé aux révolutions, elles sont devenues moins féroces. 1830 et 18i8 sont des idylles à côté de la première Révolution que la Bourgeoisie dirigea.
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Médecine la statue de Broca et Tanthropophage chassera Tanthropologue. . .
Un journal qui représente la république conservatrice, le National, demandait récemment que Ton achetât la maison de Danton à Arcis-sur-Aube et qu'on en fit un lieu de pèlerinage. Les abonnés bourgeois de ce journal modéré n'ont pas protesté^.
Faites comme moi, reprenez un à un tous les événements depuis 1789, sans subir d'idée préconçue et avec une volonté de réflexion personnelle, et votre point de vue se modifiera beaucoup.
4c Saluez ce milliard, disait le baron Louis aux Chambres qui se récriaient quand le budget atteignit ce chiffre, vous ne le reverrez plus. » Saluez les chefs ouvriers de la Commune, peut dire aux conservateurs, dans un autre sens, Thistorien qui est toujours un peu prophète ; vous ne les reverrez plus I
* S'ils n'organisèrent pas les massacres, les Girondins ne firent rien pour les empêcher. Voir à ce sujet, dans la Revue de la Révolution du 5 septembre 1887 quelques lignes des Papiers inédits de Ghaudieu relatives au rôle de Pètion: c Voici un fait
3ue je tiens d'un témoin oculaire, Duhem, notre collègue qui inait le 3 septembre chez Pètion. Ce jour-là, dans la soirée, une troupe encore toute dégouttante de sang, entra dans la salle à manger de Pétion et le chef de la bande lui dit : Gitoven maire, nous venons prendre tes ordres. — Mes amis, leur ait Pélion, est-ce que cela finira bientôt ? II est temps que cela finisse* Ifm* Pétion se leva et leur versa à boire. »
Est-il complet, ce bon bourgeois investi de la plus haute magistrature de la cité et disant doucement la serviette sous le menton : « Il faut que cela finisse! » pendant que les victimes râlent, pendant que les travailleurs de Maillard, ayant du sang jusqu'aux genoux, mettent pour s'éclairer des torches dans les yeux crevés des morts...
Un poète aux nobles inspirations, un priviléjs^ié parmi les rois de l'intelligence, un homme comblé par Dieu de tous les dons, a consacré son génie à célébrer ces Girondins qui ne firent point ce que fit Varlin, l'ouvrier relieur, rue de Haxo, qui n'essayèrent rien pour arrêter les massacres et qui se mettaienttranquillement à table pendant qu'on égorgeait. Etant donnée la façon dont les représentants des classés élevées ont dépravé l'âme populaire par leurs écrits, ne trouvez-vous pas qu'il faut que le Peuple ait l'honnêteté et la bonté chevillées dans le corps pour ne pas faire plus de mal qu'il n'en fait quand il est le maitre?
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C'est encore une période, un stade dans l'évolution du prolétariat. Ce qui disparut, au milieu des lueurs de Tincendie, dans les hécatombes de la Semaine sanglante, ce fut la fin de la génération de 1848 et le meilleur de la génération prolétarienne qui s'était formée sous l'Empire. Ceux qui viendront seront autrement haineux, mauvais et vindicatifs que les hommes de 1871. Un sentiment nouveau prend désormais possession du prolétariat français : la haine.
Il y a plus de différence entre le peuple d'avant 1871 et le peuple d'aujourd'hui qu'il n'y en avait jadis entre des hommes qui vivaient à deux siècles d'intervalle. Les visages eux-mêmes se sont modifiés. C'est à peine si l'homme du peuple peut maîtriser devant le bourgeois l'aversion qu'il éprouve pour lui. Les femmes, les fillettes, jadis étrangères à ces questions et qui, plutôt, s'efforçaient de calmer, de raisonner, d'humaniser, sont maintenant plus passionnées que les hommes.
Si les conservateurs savaient s'extérioriser un peu, se mettre, pour quelques instants, dans la peau des autres comme ils trouveraient tout cela logique I
Être mitraillé sans pitié par un étranger, par un ennemi paraît tout naturel. On a souvent cité la harangue qu'un général autrichien, le comte de Selikowitz, adressait à ses administrés en prenant possession du commandement de Mantouo. Le podestat lui avait adressé un long discours : le général, qui ne possédait que peu d'italien, se contenta de répondre avec une mimique significative :
Mantovani boni, Selikowitz bono.
Mantovani tardivi (récalcitrants), — Selikowitz... pif! paf!
C'est le langage des Sthalhalther d'Alsace-Lorraine, et, si nous n'étions pas trahis par les Juifs et les Francs-Maçons, cela n'empêcherait pas plus l'Allemagne de perdre l'Alsace- Lorraine que le langage de Selikowitz n'a empêché l'Autriche de perdre Mantbue et la Yénétie. Mais, au moins, la situation est claire et il n'y a nulle surprise. Ce qui rendit.
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au conti-aire, la répression de la Commune ignoble, c'est qu'elle fut faite par les courtisans, les corrupteurs de ceux mêmes dont on versait le sang à flots, c'est que les plus impitoyables égorgeurs du Peuple furent ceux qui le flattaient le plus bassement la veille : les Jules Favre, les Jules Simon, les Picard.
Ce sera Tétemel crime des conservateurs, je Fai dit déjà,* mais il ne faut pas craindre d'insister sur ce point, de s'être associés à cette répression infâme. Représentants du sol, de la tradition, de la vieille France, tous ces ruraux semblaient amenés à Versailles, par la main même de la Providence pour y faire justice de tous les rhéteurs et de tous les avocats qui venaient de conduire la France au bord de Tabîme. Ils devaient être à Paris, au milieu de la lutte, arrêter les exécutions, haranguer les prisonniers, leur dire : « Vous voyez bien ce que c'est que tous ces sophistes : ces bâtonniers de l'ordre des avocats, ces membres de l'Institut, ils se servent de vous comme d'un jouet, et qnmd vous les avez mis au pouvoir, ils vous fusillent ; nous allons les exécuter euxmêmes et vous rendre la liberté, à la condition que vous ne recommencerez plus. »
Le peuple aurait parfaitement compris ce langage.
Au lieu de cela les conservateurs s'acharnèrent sur les pauvres diables et se mirent à faire des politesses à des hommes comme Gambetta.
L'Assemblée, tant qu'elle vécut, porta le poids de cette défaillance, de cette absence de toute notion de la réalité qui avait fait d'elle l'approbatrice et la complice des vengeances des hommes du 4 Septembre, affolés de peur à l'idée de se retrouver devant leurs électeurs. Rien ne lui réussit et rien, on peut le dire, ne réussira au parti conservateur tant qu'il n'aura pas rompu avec les idées, les états d'esprit de la majorité de l'Assemblée de Versailles. Implacable pour les petits, l&che devant les forts, les politiciens influents^ les vrais responsables, cette Assemblée trahit le mandat que la France loi avait donné.
140 LA PIN d'un morde
Un seul écrivain conservateur, Saint-Gcnest, a eu le courage de faire dernièrement son mea culpa; il s'est débarrassé pour un jour, du Prudhomme obstiné qui est en lui et qui consume le talent qu'il pourrait avoir comme le ver solitaire dévore le corps dans lequel il a élu domicile ; il a montré quelle monstrueuse bêtise fut cette répression, puisque les mêmes hommes qui avaient, d'un cœur si léger, sacrifié 30,000 êtres humains qui étaient des pères, des maris, des fils, devaient céder le pouvoir, sans l'ombre d'une résistance, à ceux qui représentaient la Commune légale. Ils avaient consenti à tout tant qu'il ne s'agissait que d'approuver qu'on tuât les autres ; quand il s'agit d'exercer cette faculté qui seule constitue l'individualité virile : la volonté, quand il s'agit d'oser quelque chose, avec tous les moyens dans la main, on ne trouva plus personne, et ils s'en allèrent comme des péteux...
Du Mac-Mahon de mai, entrant, comme Sylla, dans la villa jonchée de cadavres et annonçant au monde que l'insurrection était vaincue, il faut rapprocher le Mac-Mahon de décembre 1877, tel que nous le raconte le procès- verbal du dernier conseil du ministère de résistance, procès-verbal que j'ai pris en note tout au long d'après le récit d'un de ceux qui y assistaient.
— Monsieur le Maréchal, il faut aller à droite.
— Je ne veux pas aller à droite !
Et le Maréchal pleure comme un veau, selon l'expression même du narrateur. Hi 1 hi ! hi !
— Eh bien, monsieur le Maréchal, alors il faut aller à gauche.
— Je ne venx pas aller à gauche ! Hi ! hi ) hi !
Avant de quitter l'Elysée, les ministres, selon le désir que leur avait exprimé le maréchal de Mac-Mahon, passèrent chez la maréchale et trouvèrent d'Harcourt, cet homme si distingué, assis sur une table et ballottant ses jambes en cadence...
L'Histoire s'arrêtera longtemps à cette répression de la
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Commune, car elle fournit une indication très précise sur la débilité mentale des chefs du parti conservateur et aussi sur leur absence de tout sens moral ; ils n*ont ni conscience, ni raison d'État, ni énergie, ni justice, ni pitié ; ils fuient comme des lâches ou massacrent comme des brutes sans savoir ni pourquoi ils fuient, ni pourquoi ils massacrent; ils laissent renouveler avec ces transports de prisonniers, qu'on décime en chemin pour alléger le convoi et activer la marche, ces scènes de mœurs barbares, ces défilés de Cimbres et de Teutons captifs dont Théophile Gautier et Paul de Saint- Victor ont évoqué le souvenir en des pages inoubliables en peignant Versailles pendant la Commune. — Puis ils s'effondrent devant un Gambetta qui fait boum ! boum ! avec ses 363 ; ils versent à flots le sang de pauvres hères innocents et sourient lorsque, quelques années après, ils voient à la tribune Félix Pyat, qui les insulte et qui les raille...
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