‹ La fin d'un mondeChapitre 19 sur 54 · L*IDÉE SOCIALISTE ▲ TRAVERS LE XIX* SIÈCLE · texte numérisé non relu

L*IDÉE SOCIALISTE ▲ TRAVERS LE XIX* SIÈCLE

présente ii*apparait encore qu'à Tétat vague. Sans doute Toussenel décrit admirablement Texploitation bourgeoise; Fourier démontre que la Révolution n*a eu pour résultat « que de substituer des servitudes collectives toujours croissantes à des servitudes individuelles décroissantes )» ; Vidal semble annoncer Rari Harx dans cette formule : « I^ fortune, a-t-on dit, s*aoqutert par le travail, elle s* acquiert surtout par le travail d*autrui. » Ce ne fut que beaucoup plus tard, cependant, et dans son dernier livre : De ia capacilé politique des classes otcorières que Proudhon indiqua nettement an antagonisme entre le patron et Touvrier.

Le faisceau des corporatioQS ayant été brisé, écrivait-il, sans que les fortunes et conditions entre ouvriers et maîtres fussent devenues égales, sans qu'on eût rien fait et rien prévu pour la distribution des capitaux, Torganisation de Tindustrie et les droits des travailleurs, la distinction s*est rétablie d'elle-même entre la classe des patrons, détenteurs des instruments de travail, capitalistes et grands propriétaires, et celles des ouvriers salariés.

Nier aujourd'hui cette distinction des deux classes, ce serait faire plus que nier la scission qui l'amena et qui fut elle-même une grande iniquité. . .

Le patron d*alors ne ressemblait pas encore aux grands industriels contemporains. Pareils à ces abbés commandataires qui touchaient le revenu des abbayes sans avoir jamais dit la messe ou même reçu les ordres, les membres des Sociétés en commandite d'aujourd'hui, les propriétaires de parts d'actions d'usines ou de manufactures, vivent royalement sur le travail d'ouvriers que parfois ils n'ont jamais vus. Les industriels d'autrefois voyaient leurs ouvriers, ils en étaient vus et ils pouvaient prétendre qu'eux aussi travaillaient.

La haine et l'envie qui sont partout aujourd'hui étaient alors rares dans ce noble pays de France. Le Christianisme avait créé chez nous de tels trésors de foi, de dévouement, d'abnégation que la société française resta croyante et généreuse longtemps après avoir perdu ses habitudes religieuses. 11 fallut le règne des Juifs, les sales campagnes de leurs jour-.

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naux, le triomphe de la Franc-Maçonnerîe, Gambetta, l'Opportunisme, Grévy, Wilson, la République actuelle, en un mot, pour détruire tout idéal dans les &mes.

Le peuple de oe temps, qu*on n^avait pas encore perverti, savait que c*était le Christianisme qui avait transformé la terre et apporté au monde la fraternité et Tamour./

Il reste comme témoignage des idées de cette époque toute une littérature vraiment belle et presque inconnue : les livres de Ghevé notamment que traverse le souffle d'un Lamennais sans orgueil et sans fiel, d'un Lamennais devenu démocrate mais resté chrétien. Il y a des pages superbes dans l'œuvre maîtresse de cet écrivain dont le nom même n*a pas survécu : Catholicisme et Démocratie ou le Règne du Christ, qui porte pour devise :

Christus vineit, Christtis imperat, Christus régnât. Le Christ commande, il règne, il est vainqueur.

(Exergue de la monnaie des roii de France au xu* liède.)

L^auteur proclame éloquemment, à la face du monde, ce que le Catholicisme a fait pour le bonheur de tous; il appelle, avec l'accent d'un apôtre et l'enthousiasme d'un citoyen, la réconciliation entre l'Eglise et la démocratie.

Fils de l'autel, pourquoi dites-vous que la démocratie n'est point l'application du catholicisme à la société ? Fils du peuple, pourquoi ne comprenez-vous point les sublimes austérités de la morale et les saintes extases du culte et de la prière ?

Qu'est-ce que vos dogmes si religieux de liberté, d'égalité et de fraternité ? C'est l'Evangile se faisant Code, la religion devenant loi sociale, Christ sincarnant Peuple.

Et vous. Chrétiens, qu'est-ce que votre Evangile si démocratique et populaire ? la loi vivante de liberté, d'égalité et d'amour.

Qu'est-ce que Christ, sinon le Rédempteur du faible et du pauvre, le Sauveur des nations ? Qu'est-ce que l'Eclise, si ce n'est une sainte république, où tout s'accorde au dévouement par rélection, rien à l'hérédité ni à la fortune ?

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Et pourtant ils se sont méconnus, ils se sont blasphémés, ils se sont égorgés !

Ceux-ci ont maudit l'Eglise au nom de la démocratie, et c'est TEglise qui, dans ses conciles, a été la première démocratie chrétienne. Ils Font maudite au nom du Peuple, et c'-est TEglise qui, brisant l'esclavage antique, a créé les peuples modernes et préparé la grande unité catholique qui doit les réunir tous un iour. Us Tout maudite au nom des pauvres, elle oui a fait de la pauvreté une religion, et de la communauté des biens une loi pour ses élus.

Ceux-là ont repoussé la liberté au nom de la religion, qui dit : « Là où est l'esprit du Seigneur, là est aussi la liberté. > Ils ont commandé l'obéissance aveugle aux volontés des maîtres de la terre, de par l'Evangile, où est écrit : « Vous n'avez qu'un seul maître qui est Dieu, et vous êtes tous frères. » Ils ont combattu ceux qui ne veulent à la propriété d'autre source possible que le travail, et le plus grand de leurs apôtres a dit : « Celui qui ne veut point travailler ne doit pomt manger. »

Fils de l'Eglise et fils du peuple, reconnaissez-vous enfin et tendez-vous la main, car vous êtes frères; embrassez-vous avec amour comme deux amis qui se retrouvent après une longue absence ; et cet embrassement sera l'avènement de la société chrétienne, le grand jour du règne de Dieu sur la terre.

La femme a, dans ces œuvres, le rôle que lui donne la civilisation aryenne. Poétisée, grandie, adorée, elle apparaît dans une auréole comme la femme germaine qu'entourent de respect et d'hommages des guerriers vaillants ; pour eux, en effet, elle est la Grâce et la Bonté, comme pour elle ils sont le Courage. Les Germains, purs Aryens, n'envoient pas, comme les peuples sémitiques, des filles de joie se livrer aux généraux et les assassiner entre deux caresses, ils mettent la femme derrière eux, sur les chariots, et quand l'ennemi avance, la femme se tue, car elle sait que si la bataille est perdue, c'est que les hommes sont morts...

Un Juif seul, l'apôtre du divorce, a pu briser les liens sacrés qui unissaient jadis les époux et glorifier la prostitution dans un pays que la sainteté du mariage avait contribué à faire si grand, un Juif seul a pu écrire :

LA nN d'un uonde. 9

Le mariage est une institution essentiellement tyrannique et attentatoire à la liberté de Thomme, la cause de la dégé* nérescence de Tespèce humaine ; c'est une institution génératrice de vice, de misère et de mal : il faut lui préférer le concubinage ou Tunion libre, sans intervention de Tautorité, sans consécration religieuse et légale.

Le mariage existant, la prostitution fait plus de bien que de mal^

A cette époque on n'avait pas encore transporté en France les mœurs de la tente primitive/où le frère cohabite avec sa sœur, comme Amon avec Thamar. Le mercanti, qui s'en alla à Tunis trafiquer du sang de nos soldats avec les Volterra, les Thors et les Bloch, et, à Tombre du drapeau tricolore, réaliser un bon coup aux dépens de Mustapha ben Ismaïl, n'aurait pas figuré alors dans une Assemblée française '.

Ecoutez comme Ghevé parle de la femme :

U est une rédemption non moins sainte, tâche commune aussi du catholicisme et de la démocratie ; c'est celle de la femme, celle autre Marie de la passion du Calvaire.

La femme est esclave tant qu'elle n'est pour l'homme qu'un hochet de vanité, un instrument de plaisir, ou la servante dédaignée de ses besoins domestiques.

* Naquet : ReligioUy famille et propriété.

■ Chevé flétrissait d'avance les faiseurs de l'heure présente, les Juifs Iripolcurs qui nous gouvernent aujourd'hui.

« Malheur alors, malheur à ces trafiquants inTàmesqui se sont dit : Nous ferons de la France un bazar et du monde un marché! Insensés ! qui ont cru qu'on déracine ainsi au cœur d'une nation douze siècles de gloire, qu'on joue les destinées du penre humain sur un lapis de Bourse, et qu'on arrête les grandes révélations de l'Avenir avec un avant-poste de soldats.

« Où étaient-ils donc aux jours de nos grands drames t N'ont-ils jamais vu comment on prend les bastilles dans le temps qu'un enfant met à jouer une partie de paume, et comme on fait, entre deux couchers de soleil, une révolution qui change toute la face d'un peuple!

« Oui, nous sommes bien les fîls de ces hommes de fer que le soleil des Pyramides a bronzés, et qui, las de fouler de leurs pieds le sol de l'Europe conquise, s'en allèrent un jour jusqu'aux frontières de l'Asie, porter aux hordes du Nord le drapeau de la civilisation. »

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La femme est esclave ]orsqu*on ouvre à son sexe ces ateliers d'ignominie où des gouveroements infâmes donnent à la proslitution sa patente.

La femme est esclave lorsque, par le vice de nos lois ou de nos mœurs, il lui manque un moyen facile de vivre de son travail, une retraite paisible dans un monastère, ou un mariage selon son cœur.

La fonction de la femme touche à celle du prêtre; car elle a été destinée à moraliser et à sanctilîer l'homme par son exemple, aux trois âges de sa vie, comme vierge, comme épouse et comme mère.

Son empire s'étendra sur le monde à mesure qu'elle deviendra plus pure et plus sainte; et elle régnera, parce qu'elle s'oubliera elle-même.

La pureté dans la femme est un baume qui rafraîchit l'âme et lui donne la jeunesse éternelle de l'innocence. C'est la vierge du bel amour dont le regard enivre de poésie et dont le sourire ravit d'un bonheur calme.

Elle a des abîmes de tendresse et révèle à tous les désirs du cœur des choses si douces et si saintes qu'on ne sait plus les exprimer qu'avec le nom de Marie, et les dire qu'en disant Dieu.

L'inspiration suave de ses lèvres se colore d'une grâce infinie. L'âme qu'elle a remplie s'épand eu charme, d'une délicatesse exquise. Le touclier de son cœur devient si doux et si tin qu'il trouve à chacun de ses battements une touche plus douce pour y soupirer une harmonie plus tendre.

Et quand cet amour se repose en son vol sur le sein de la Vierge- Mère, il retombe en gouttes de céleste rosée sur le cœur; et, dans la joie pure dont elle l'inonde, cette rosée remonte jusqu'aux paupières qui la distillent en larmes d'adoration.

C'est alors qu'incroyablement belle, la femme n'a plus d'humain que ce reflet de grâce et d'amour saint que ses regards élèvent vers le ciel. C'est alors que, dans le transport de feu qui la ravit, Dieu débordant en elle, elle s'agenouille éperdue et devient l'ange de la prière.

Citons encore, pour bien montrer le chemin parcouru, cetto belle protestation contre les professeurs d'athéisme et de débauche qui sont chargés aujourd'hui d'élever les jeunes générations.

Malheur à ces prédicateurs d'inceste qui vendent la

science de TEnfer en enseicnant comment on déflore tout ce qu'il y a de saint dans 1 àme humaine, et comment on peut trouver au-dessous des brutes un fumier pour s'y vautrer !

Vomissons contre eux ces imprécations sanglantes par les- CTuelles on voue éternellement le crime à Satan. Educateurs a'orgie, nous maudissons votre berceau, nous maudissons votre tombe !

Pardonnons à l'impiété, pardonnons même au crime, mais quand ces maîtres a'infamie viendront nous étaler froidement leur lépreuse théorie de débauche et d'adultère, alors, que notre main s'abatte sans pitié sur leurs fronts comme un glaive de vengeance .

L^spri* n'est-il donc devenu souverain du monde, après six miUe ans d'efforts, que pour abdiquer sa couronne et son trône, et, les cédant a la matière, reprendre les chaînes d'esclave de son enfance ? Si c'est là le progrès, c'est le progrès dans la mort.

La Société est-elle donc trop riche de vertus pour venir la convier au cynisme ? Est-ce que le Peuple n'a pas assez de ses maux, sans appeler ses filles au déshonneur et ses épouses à l'adultère ?

n y eut là des figures intéressantes et pures à peu près oubliées maintenant. Qui sait même le nom de Constantin Pecqueur qui, de 1835 à 1850, lut un des chefs du socialisme français? Lui aussi professait le plus ardent spiritualisme; le régime social qu'il appelait de ses vœux devait s'appeler la République de DieUy et c'était la France, la Nation-Christ, qui aurait la mission de porter aux nations la bonne parole de justice et de fralernilé ; pas plus que Chevé il ne séparait la revendication des droits de raccomplissement des devoirs.

Il y a plusieurs choses que tout le monde doit savoir, écrivait-il dans la revue le Progrès,

La première, c'est que Dieu existe, c'est que Dieu est bon et que nous lui devons compte de notre vie.

La seconde, c'est aue le monopole des instruments de travail ne vaut rien, absolument rien.

La troisième, c'est que l'Europe et la France d'abord ne retrouvera le calme, l'harmonie, le progrès que lorsqu'elle aura fait un retour sincère à Dieu, transformé radicale'-

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