‹ La fin d'un mondeChapitre 22 sur 54 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

La situation est révolutionnaire mais les hommes ne le sont pas.

— Un mot du cardinal Guibert. — La douceur de vivre. — On s'en tient uniquement au verbal. — Le cheval préfet de police.

— La division des partis révolutionnaires. — Les chefs d'école.

— La lutte entre Guesde et Brousse. — Le Rodin du parti socialiste. -— Le socialisme budgétaire. — Jules Guesde et les guesdistes. — Chirac accusateur public devant une Chambre de Justice. — Le Collectivisme. — La socialisation des instruments de travail. — Caractère particulier de ces doctrines qui ne font que dégager une conclusion absolue de ce qui existe déjà en fait. — Quels sont les véritables destructeurs de la famille ? — Ephrussi et le comte de Paris. — Ce que dit le pain quand on le coupe. — Un empereur qui déchire son pantalon pour aller plus vite à la Synagogue. — L'Anarchisme. — Un anarchiste rétablit l'ordre dans les audiences de tribunaux. — Les anti-propriétaires. — Emile Gautier. — Rôle de la police et des Juifs dans les réunions publiques. — L'Anarchie générale.

Après avoir suivi, à travers tant de régimes difTérents, la genèse des idées socialistes en France, il nous reste à étudier quelle est l'organisation des partis socialistes à Theure présente, quelles sont les grandes classifications, les écoles principales et les chefs influents.

Rarement étude fut plus actuelle. Ce n'est plus la démocratie, comme le disait Royer Collard, c'est le socialisme qui coule à pleins bords. Le pays est partout en révolution et en d'autre temps il semblerait évident que quelques mois à peine nous séparent de la catastrophe finale.

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élémeDts qu'il poisse utiliser et diseipliner et à séparer tes chefs de leurs soldats.

Brousse a un grand avantage sur les antres réyolutionnaires, il possède Une soixantaine de mille Irrres de rente et, par des reçus signés pour des sommes minimes, il se fait des affranchis et des hommes liges de socialistes relatitement influents mais toujours mal argentés.

Sans avoir autant de dossiers que Wilson,.qui en a 22^000, Brousse a beaucoup de petits papiers et il s'en sert. Cette collection de documents soigneusement tenus à jour lui permet de menacer d*une exécution publique tous ceux qui voudraient se soustraire à son despotisme. Au- dire de vieux socialistes, ce despotisme a été néfaste et le règne de Brousse a introduit la délation, le mensonge, la violence et les haines dans le parti ouvrier.

^'. Au fond, quoique gêné par l'étiquette socialiste qu'il s'était

donnée, Brousse aspirait à remplacer .Clemenceau comme Clemenceau avait aspiré à remplacer Gambetta, à fonder une nouvelle extrême-gauche, une nouvelle usine à candidatures. i^> ■' Possibilistes, Clémencistes, Opportunistes, c'est bonnet blanc

i- et blanc bonnet et fl faut dire que, pour un homme habile,

^' il n'y a rien de pratique en dehors du système suivi par

^ Gambetta et par Clemenceau, battre la caisse autour d'un

|r programme vague, séduire un peu l'opinion, se former une

Çy. clientèle dévouée parmi les hommes qui ont quelque autorité

t^^ et les satisfaire ensuite avec le budget.

c. C'est ce qu'on pourrait appeler le socialisme budgétaire.

^< * Songez quelle belle proie I Ces milliards du budget, ces

milliards que ce pauvre pays exténué, mourant de faim, verse sans protester et avec cette docilité servile particulière à la France, c'est le pain et le couteau. On n'a plus qu'à tailler dans la miche, à faire des tartines plus ou moins larges, selon l'appétit et l'importance du convive, mais on finit toujours par s'arranger.

Sans doute tout le monde ne peut manger à la fois, mais on prend un acompte. L*entr^ an Conseil municipal, c'est

le buffet debout avant la salle à manger, c*est le lunch avant le dîner....

Pour chétif qu'il paraisse un budget de 300 millions n'est pas à dédaigner. 300 millions pour une viUe qu'on n'entretient plus, où les rues puent, où Ton suspend à chaque instant la distribution de l'eau, où Ton assassine à chaque coin de me, des gens peu scrupuleux et qui s'entendent doivent pouvoir grappiller là-dedans. Le mécanisme financier est simple : on augmente les dépenses et on rogne sur les pauvres. Le budget de TAssistance publique était en 1878 de 13,593,000 francs, U est aujourd'hui de 21,830,000 francs; en revanche, on a vendu des rentes, on a supprimé une journée de malades, on a privé les malades de lait.

Les conseillers municipaux, leurs amis, leurs électeurs, leurs maîtresses, les maîtresses de leurs amis et de leurs électeurs, tout on monde de républicains parasites vit làdessus.

La loi, par exemple, stipule formellement que les fonctions municipales seront gratuites ; les conseillers municipaux de Paris ne s'en sont pas moins alloué 3,750 francs par an de traitement^ (300,000 francs à partager entre 80). Ajoutez-y, même pour ceux qui ne font pas de grosses affaires comme Lefèvre-Roncier ou Marsoulan, 3 ou 4,000 francs que leur donnent les faiseurs en chef. Ce n'est pas précisément le pot-de-vin, c'est le demi-septier, la régalade... — Vous

* Les conseillers conservateurs, qui sont presque tous dans une brillante situation de fortune, touchent comme les camarades mais ils touchent avec un geste pudique et effarouché ; volontiers ils répondraient ce que répondit Baoar-Lormian dans une circonstance à peu près analogue.

Le poète avait reçu de Napoléon une pension de 12,000 francs et, quand la Restauration fut venue, il fut le premier à se répandre en invectives contre Tusurpateur et Togre de Corse.

— Je croyais que vous aviez une pension du tyran ? lui demanda un confrère.

— Oh! le misérable! ce n'est que trop vrai....

— Vous auriez pu ne pas la toucher ?

— Vous ne connaissez pas Buonaparte. Tous les trois mois il sait venir le ministre des finances : u Baour Lormian a-t-il

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Toterez ce projet, n'est-ce pas? — CTest que... — Bah! faites-le pour moi... Vous savez bien que je suis un ami, quand vous aurez besoin de 25 loois. — Tiens précisément, aujourd'hui... — Gomme cela se trouve t tenez ! j'ai justement cette somme sur moi... Charmé de toos être agréable.

Cela sans doute ne vaut pas les beaux coups des Léon Say, des Léon Renault, des Granet, des Wilson, des Raynal, Bône et Guelma, les Conventions, mais cela aide à vivre et les politiciens subalternes s'en contentent... en attendant.

Il est bien entendu, en eflet. qu'il n*j a qu'à attendre. Le pouvoir ressemble à ces maiiori^ a^x jalousies fermées des villes de garnison les jours de fête militaire; tous les corps d'armée viennent à leur rang et l'on entend les voix avinées de ceux qui s'impatientent - en bas. — Eh là-haut! Avezvous fini? Est-ce bientôt mon tour? hurle Clemenceau à Gambetta. — Et Gémenceau n'est pas plutôt dans l'escalier que Brousse lui crie de se hàler...

Aussi on comprend l'exaspération de tout ce monde lorsque Boulanger apparut. C'était la série interrompue, U file coupée, le tour d'avancement supprimé...

Tous ces gens qui s'invectivaient la veille s'embrassèrent en haine de l'intrus. Clemenceau protesta que c'était indigne et qu'il n'avait pas eu assez. JolTrln déclara qu'il n'avait rien eu du tout et, d'enthousiasme, ils fondèrent la Société des Droits de l'homme.

Le peuple se fit là un quart d'heure de bon sang. JofTrin

touché sa pension ? — Oui, sire. — Ah ! très bien. — Si je n'avais pas touche, il m'aurait fait fusiller comme le duc d'Enghien. »

Les conseillers municipaux conservateurs auraient parfaitement pu faire une affiche collective, et dire : « Si l'on admet le principe (Je la rétribution des fonctions municipales, que l'on accorde un traitement aux conseillers des 37,000 communes de France. Jusque-là nous constatons nue nous ne touchons pas et que les républicains touchent. » G est le public lui-même qui, dans ce cas, aurait été touché de ce désintéressement.

Chose bizarre ! Le seul qui n'ait jamais voulu toucher est Leven. Il parait ou'il se rattrapait d'un autre côté, mais enfin il respectait le principe.

LE SOCIALISME ACTUEL. — LES PARTIS iS5

eut beau traiter ses électeurs de < crétins », il o*en fut pas moins hué à Paris pendant que Dumay Tétait à Lyon ^.

Jules Guesde et le petit groupe d^hommes de valeur qui lui est resté fidèle éveillent un tout autre intérêt que Brousse et ses politiciens.

G*est une individualité très attachante à observer, que celle du chef du Collectivisme français, et plus d'un profit se peut tirer de Tétude de Thomme, de ses luttes et de ses théories.

Ce n'est pas un intrigailleur politique que Ton a devant soi, c'est un convaincu, un passionné.

Avec ses longs cheveux, son visage à Tovale régulier, ses yeux très énergiques par moments, mais d'ordinaire très doux, au regard un peu flottant comme le regard des myopes, le chef du parti collectiviste a bien la physionomie d'un remueur d'idées. Gomme il arrive, l'homme chez lui ne ressemble pas à ce qu'il croit être. Cet apôtre du socialisme

* Gomme tous ceux dont on vante d'avance l'habileté, Brousse semble dans cette circonstance avoir été médiocrement adroit et n'avoir pu réussir le tour de passe -passe qu'il comptait faire accepter du populo. Il est vrai que populo a été mystifié si souvent qu'il commence à se défier un peu.

Dans une réunion rue Pouchet où il s'était présenté pour rendre compte de son mandat, le conseiller municipal du quartier des Epinettes fut mis sur les épines et accablé par les cris de : « Va-t'en à la rue Cadet t A bas les traîtres ! »

Voici, d'ailleurs, d'après V Intransigeant du 10 août, la protestation que rédigèrent les électeurs indignés en sortant de cette réunion.

« Le nommé Brousse a profité sournoisement des funérailles du citoyen Eudes pour rendre compte de son mandat.

« Malgré l'appoint de deux cents claqueurs environ, lajournée n'a pas été heureuse pour le possibilisme; commencée à huit heures et demie, la séance a été levée à neuf heures et quart, l'assemblée, rendue plus houleuse à chaque instant, s'est refusée à entendre M. Brousse.

n Les électeurs protestent contre les agressions dont ils se sont vus victimes. Le citoyen Anquetil a été notamment frappé à la tête et dans le dos à coup de canne plombée, et mordu à la main.

a Les citoyens soussignés protestent contre ces moyens indignes d'étoufi^er toute discussion. »

scientiûqae est un artiste plus qu'un savant. C*est avec le feu et Tardeur d'un mystique de Fidée qu'il tous explique le plan de la société future qu*il Yoit déjà fondée, c'est avec une sorte de lyrisme qu*il vous décrit la terre promise dans laquelle il rêve d'introduire rHumanité.

Au bout de quelque temps la voix, cependant, devient stridente ; on devine Tétre nerveux agité par des trépidations intérieures, iirité des obstacles qu'il rencontre et des injustices qu'il a subies, et l'on comprend l'antipathie qu'il a inspirée aux gens médiocres qui supportaient malaisément la supériorité qnll avait sur eux.

Les- conditions dans lesquelles l'écrivain s'est développé expliquent les défauts dont il a souffert. Le père était un professeur libre, très conservateur, catholique pratiquant, qui éleva son ûls lui-même dans une maison tranquille du quartier Saint-Louis. Guesde n'a donc point passé par le collège, qui n'a d'autre avantage — étant donné le niveau moral de l'Université — qne d'être une admirable école pour former le caractère, pour apprendre, en recevant et en donnant des coups de poing, à vivre avec les hommes. H a pris de son père la droiture et aussi ce besoin de domination du pédagogue, l'habitude des affirmations tranchantes et que nul ne doit contredire ; en fait, malgré une éloquence qui est réelle et qui a de l'action sur la foule, c'est un merveilleux professeur de science sociale plus qu'un agitateur de rue.

C'est Brousse, dit-on, que M. Rosny a voulu peindre dans le Bilatéral. Guesde lui est un Unilatéral; il suit son raisonnement avec une logique inflexible, mais ne soupçonne pas que les choses, comme les étoffes, puissent avoir un envers et un endroit; il a des œillères comme certains chevaux et ne regarde jamais ni à gauche ni à droite. Incomparable pour analyser le mécanisme de la société actuelle, il ignore absolument le maniement des hommes et, comme je l'ai dit, pousse r ignorance sur ce point, jusqu'à ne pas se bien connaître lui-même.

Les politiciens trompent la foale en afÛchant des vertus qu'ils n'ont pas ; Guesde se trompe lui-même et trompe les autres sur son compte en maximant, en érigeant en doctrine, avec une sorte d'ostentation de sectaire, des sentiments mauvais qui ne sont pas les siens.

Désintéressé et dévoué, Guesde s'imposait, ainsi que ses amis, de véritables privations pour faire paraître le journal VEgalUé,

Le journal sUmprimait à Lagny, par économie; les rédacteurs étaient obligés de partir le matin pour Timprimerie, n'ayant que juste la somme nécessaire pour le voyage et ne mangeaient pas de toute la journée; les samedis matin ils allaient chercher les exemplaires à la gare et les rapportaient sur leurs épaules dans Tarrière-boutique d'un marchand de vm où Ton organisait la distribution.

Guesde n'en déclare pas moins, après Karl Marx, que le dévouement est une duperie et qu'il ne faut pas compter là-dessus pour améliorer le sort de l'Humanité. Pour lui aussi, € rhomme n'est qu un ventre et un sous-ventre » ; il écrivait en 1881 : c S'il ne nous faut dans nos rangs que des désintéressements, il ne nous reste qu'à licencier notre parti, qui ne repose que sur des intérêts à satisfaire, qui se vante d'être le parti du ventre et ne fait appel qu'à l'intérêt des prolétaires pour les jeter à l'assaut de la propriété bourgeoise. » Guesde n'a pas eu à licencier son armée, elle s'est licenciée toute seule, car, au point de vue du ventre, Brousse offrait plus de satisfactions immédiates que lui.

Habile entre tous à montrer le fonctionnement du régime capitaliste, Jules Guesde se laisse rouler, comme le plus malchanceux des salariés, par le capitalisme du Cri du peuple. Directeur de ce journal, dont il avait fait, avec ses amis, un organe très important au point de vue socialiste, il perd une tribune retentissante pour n'avoir pas compris que les Rothschild sont les maîtres dans les journaux les plus violents au point de vue révolutionnaire comme dans les journaux les plus violents au point de vue conservateur.

Vous pouvez tout oser, selon la nuance du journal, piétiner sur des Sœurs de Charité, vomir sur de vieux prêtres, expectorer sur le chef de TEtat, mais ne vous avisez pas de dire, dans une réunion publique ou dans un article, qu*il y a un monsieur qui demeure rue Saint-Florentin et qui possède 3 ou 4 milliards — ce qui est beaucoup pour un homme seul. Si le jury vous acquitte, vous trouverez immédiatement un Guebhard pour vous supprimer et, sous ce rapport, tous les Guebhard sont les mêmes et les Guebhard conservateurs sont plus Guebhard encore que les Guebhard républicains...

Quand vous aurez l'intention de parler des Rothschild dans un journal, faites-vous signer au préalable un traité solide qui vous assure un dédit de 50,000 francs si Ton vous met à la porte...

Ce n'est pas, d'ailleurs, que Jules Guesde ait une antipathie particulière pour les Juifs. Tout au contraire, il est plein d'admiration pour les qualités dissolvantes de cette race et il lui sait gré d'avoir détruit la propriété qui, sans les Juifs, dit-il, aurait été indestructible. 11 se réjouit de voir la richesse accumulée maintenant dans un petit nombre de mains, mais, enfin, il est d'avis qu'il serait temps de desserrer ces mains que nos conservateurs se contentent de lécher.

C'est précisément cette manière de voir qui ne plut pas aux Rothschild

Pour le moment, Jules Guesde est un vaincu, mais, si la maladie de foie dont il souffre ne l'abat pas, je ne serais pas étonné qu'il ait son jour, car il est un des rares hommes d'exceptionnel mérite que compte en France le parti socialiste et les partis plus que jamais ont besoin d'hommes. Plus j'avance dans la vie, plus je reconnais la justesse du mot dit par Veuillot à un de mes proches amis : « Vous aurez de la peine à arriver parce que vous avez du talent et que le monde déteste les gens de talent, mais vous arriverez parce que le monde a besoin des gens de talent. »

ri

Les hommes que Jules Guesde a groupés autour de lui ont presque tous une valeur réelle.

M. Gabriel Deville, qui appartient à une famille riche et qui s'est dévoué à la cause socialiste par conviction, a écrit, en tête d'une nouvelle traduction du Capital de Marx, une magistrale étude sur le socialisme scientifique, qui résume avec une grande clarté les idées de Técole.

M. Lafargue, dont nous avons dit quelques mots à propos d'une très piquante brochure : le Droit à la Paresse, a épousé une des filles de Karl Marx,, femme remarquable, d'après l'opinion même de quelques économistes, très catholiques, très opposés au Marxisme et qui n'ont pu se défendre d'admirer dans une adversaire une intelligence très curieuse et très fine.

A l'école collectiviste se rattache Chirac, qui garde cepen- dant une figure à part parmi les révolutionnaires.

Le jour où le peuple tiendra une Chambre de justice, comme l'ancienne Monarchie, et où l'on jugera les financiers, Chirac est tout désigné pour être accusateur public, et les manieurs d'argent passeront avec lui un mauvais quart d'heure.

L'auteur des Rois de la République {Histoire des Juiveries) et de ï Agiotage sous la troisième République connaît, en effet, le point faible de toutes ces opérations auxquelles la plupart ne voient goutte. 11 dissèque une affaire avec une dextérité incroyable et, sans se tromper jamais, met de suite le doigt bur la plaie, sur la fraude, sur le vol soigneusement dissimulé et que personne n'aperçoit.

Parmi tous ceux dont il a dévoilé les manœuvres, percé à jour les infamies, nul n'a songé à réfuter cet homme-chiffre, car on le sait armé de pied en cap. Cette connaissance des choses de l'agiotage lui a été imposée en quelque sorte par la Destinée.

En arrivant à Paris, Chirac avait rêvé la gloire littéraire et, avec la belle naïveté du jeune âge, il était venu, muni d'une lettre de recommandation, demander à Mirés de lui faire une situation à la Presse, Chose bizarre, quelques jours seule-

ment s^étaient écoaléSi que le banquier faisait venir le débutant et lui annonçait qu^il était définitivement attaché au journal.

Chirac, plein de joie, demanda ce qu'on lui réservait : la chronique, le feuilleton, la critique des livres.

— Rien de tout cela, répondit Mirés, je vous charge du bulletin de Bourse.

— Mais, j'ignore le premier mot de ces questions.

— Précisément ! C'est pour cela que je vous ai choisi. Les autre§ en savent trop 1 Pour faire un bulletin de Bourse à ma convenance, il faut quelqu'un d'absolument innocent.

Chirac, sans doute, n'est plus aussi innocent qu'il Tétait alors, quoiqu'il soit demeuré étranger à toute spéculation financière ; mais l'ironie de la vie l'a condamné à rester dans cet ordre d'idées. U est chfio-gé par un grand établissement de crédit d'étudier des dossiers d'affaires, de donner un avis, en quelque façon abstrait, sur toutes les opérations qui se préparent. 11 a acquis, dans ce labeur qui le fait, vivre, la connaissance la plus complète et aussi la plus désenchantante et la plus désolante de tous les dessous de la Finance, de toutes les roueries, de toutes les scélératesses de la Haute Banque. C'est le spectacle des exactions commises par les Juifs et les Judaïsants qui l'a rendu socialiste et collectiviste.

On connaît les théories du Collectivisme et il est inutile de les exposer au long. La première formule de ce système est d'origine française, et Pecqueur, dont nous avons déjà parlé, avait proposé dès 1836 de socialiser y c'est l'expression même qu'il emploie, les institutions de crédit, les chemins de fer, les mines et de se servir des ressources fournies ainsi pour socialiser peu à peu toutes les grandes industries. Il développa ces idées dans un livre intitulé : Les intérêts du commerce, de l'industrie, de VagricuUure et de la cimlisation en général, et ce livre, ce qui est tout à fait extraordinaire, obtint, sur le rapport d'Adolphe Blanqai, un prix de l'Académie des Sciences morales et politiques.

Guesde ei ses amis, empruntant à Marx ses procédés d'analyse du mécanisme économique et son argumentation très serrée, ont poussé ses déductions à Textrême, avec la logique de Tespritfrançaisqui est, au fond, très simpliste, très épris de clarté, très désireux d'une conclusion absolue.

Le Collectivisme travailleur, avec eux, remplace le Collectivisme actionnaire. La collectivité se substitue aux privilégiés représentants du régime capitaliste actuel ; elle continue ce régime, elle le complète, elle s'empare de tous les moyens de production. Les manufactures, les usines deviennent la propriété de tous et chacun reçoit également la rétribution de son travail.

On voit de suite, si une pareille organisation pouvait fonctionner, combien serait allégée la tâche de l'ouvrier ; il n'aurait plus à entretenir le luxe ou simplement Toisiveté des capitalistes et, avec les capitalistes, disparaîtrait l'armée dévorante des intermédiaires, courtiers, hommes de loi, entremetteurs, proxénètes, hommes et femmes de chicane, de débauche et de ruse qui vivent en parasites sur le labeur effectif d'aulrui.

Le chômage, conséquence de la surproduction, serait désormais impossible puisqu'on supprimerait la concurrence qui fait produire dix fois plus d'un objet que n'en demande la consommation. Aucun effort ne serait perdu. La statistique indiquerait au juste ce qu'il faut de tel produit et l'homme ne s'épuiserait pas à travailler beaucoup plus qu'il n'est nécessaire.

L'ouvrier pourrait, dès le début, ne travaiUer que trois heures par jour et la journée de travail serait bientôt réduite à une heure. L'instruction, en eflet, permettant à toutes les intelligences de se développer, mettant la mamelle de la science à la bouche de tous ceux qui naissent, les découvertes se multiplieraient et la machine perfectionnée dispenserait presque l'homme de toute fatigue.

Les collectivistes, quoique ennemis en principe de la famille, ne la détruisent pas; ils laissent à chacun la liberté de vivre

à sa guise des fruits de son travail ; ils sont convaincus, néanmoins, que les caravansérails collectifs organisés par eux, décorés de toutes les merveilles de l'art et de tous les raffinements du confort, seront tellement séduisants que tout le monde voudra y venir vivre en commun.

Ajoutons qu'ils ne suppriment pas la propriété individuelle; ils la limitent seulement à ce qui est strictement personnel à l'individu, au petit atelier, par exemple, où l'ouvrier travaille lui-même sans employer d'autres aides que les siens. Ils laissent son champ au paysan, mais, toujours avec cette conviction, que le travailleur de la ville ou des champs aura tout intérêt à entrer de lui-même dans l'atelier collectif ou dans la grande exploitation rurale où tous les perfectionnements de la science réunis simplifieront la tâche de chacun.

Si les capitalistes d'aujourd'hui, les rentiers et les propriétaires de manufactures et d'usines voulaient se prêter de bonne grâce à l'expropriation, les collectivistes ne refuseraient pas de les indemniser, mais de façon à ne pas perpétuer le système existant, en inscrivant des rentes sur le Grand Livre. Le prix de l'expropriation consisterait en bons de consommation, ou en argent ne pouvant produire d'intérêt. Au lieu de l'argent actuel dont nous avons vu la terrible puissance multiplicante, ce serait en quelque sorte de l'argent châtré, incapable de faire des petits...

Tel est, dans ses grandes lignes, le système collectiviste. Quand Jules Guesde ouvre ces perspectives sur l'Avenir, il a aux yeux l'éclair de joie de l'illuminé ; il salue, avec un cri d'espérance et d'amour pour l'Humanité, l'avènement de ce monde nouveau.

Sans contester que cette organisation ne soit, à certains points de vue, plus juste que l'organisation présente, j'aimerais mieux, pour mon compte personnel, me réfugier chez les cannibales que de vivre au milieu de cette société idéale ; il me semblerait préférable de finir dans l'estomac d'un anthropophage que d'être enfermé dans ce workhouse, fût-il capitonné de soie et doré de la base au faîte. Cette résarrec-

' \r^r^\lJÀlL

tion du phalanstère me fait songer à la page d'Qenrî Heine sur l'Humanité vêtue tou^entière du costume gris de cendre de l'égalité et mangeant à la même gamelle la soupe à la Rumford des militaires...

Je ne crois même pas qu'un tel programme ait des chances de se réaliser. Pour qu'il fût mis à exécution, il faudrait que tous les prolétaires de France et même d'EJjirope, après une victoire sur la Bourgeoisie, disent à Jules Guesde et à ses amis : < Nous avons confiance en vous, nous savons que vous avez de grandes qualités d'organisation, que vous connaissez très bien les questions sociales, arrangez-nous tout cela d'après votre plan. »

Or, cette hypothèse est absolument inadmissible. Dans l'effroyable désordre qui suivrait la victoire, les Anarchistes auront beaucoup plus de chances d'être les maîtres, au moins temporairement, que les Collectivistes.

Il n'est point douteux, d'ailleurs, dans de pareilles conditions, que l'Allemagne et l'Europe tout entière n'interviennent. Quand on parle de cela à Jules Guesde, il vous répond, avec la sérénité de l'être irréel, en vous disant que les Allemands sont plus socialistes que nous. H n'est point douteux que l'organisation socialiste ne soit très forte en Allemagne, mais c'est folie que de compter là -dessus. Les Allemands sont peut-être plus socialistes que nous, mais ils sont infiniment moins révolutionnaires.

11 en sera des illusions de Jules Guesde et de ses disciples comme des proclamations adressées aux Allemands par Louis Blanc et Victor Hugo au moment où commençait le siège de Paris. Après avoir revu avec soin ces pages ronflantes et s'être assuré qu'on les répandrait à profusion dans le camp ennemi, les auteurs allèrent se coucher et le lendemain ils dirent à leur bonne : — Les Prussiens sont-ils partis ? — Non, monsieur, pas encore. — Pas possible I après ce que nous avons écrit ! Les chefs auront empêché les soldats de nous lire; autrement le résultat était certain. »

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n est nn point, cepeodanty qnll coaTient de bien regarder et que je me permets de recommander à rattention de ceux qui s'intéressent à mes traranz, parce qu*après avoir été bernés par tant de sornettes et d'histoires à dormir debout, ils aiment à trouver mi écrivain qui leor montre un peu le mouvement exact de ce temps.

Les doctrines collectivistes ne sont point ;in rêve plus ou moins chimérique, plus ou moins généreux, plus ou moins poétique, comme VUtùpie de Thomas Morus, la Cité du soleil de Gampanella, on la Salente de Féneion ; elles sont Texpression très simple et très nette de l'état présent, elles sont ce qui est, vu d'un autre bout de la lorgnette, un décalque de la situation actuelle; elles constituent une simple interposition de Tordre des facteurs économiques.

La propriété individuelle tend de plus en plus à disparaître. Les Sociétés par actions et obligations représentent déjà la propriété collective. Un grand établissement mis en actions pourrait changer deux ou trois fois de maître, en une seule Bourse, sans que les ouvriers qui peinent sur le dur travail sachent même que les maîtres pour lesquels ils travaillaient à midi ne sont plus les mêmes que ceux pour lesquels ils travaillent à 4 heures. On peut jouer, perdre ou gagner des milliers d'ouvriers en quelques instants, comme un propriétaire d'esclaves ou un grand seigneur de Russie jouait des milliers de nègres ou de serfs sur un coup de dés ou sur une carte.

Ceux qui travaillent et ceux qui vivent du travail des autres sont absolument divisés en deux camps. Le monde du travail, à partir de l'ingénieur qui est le premier salarié jusqu'au dernier homme d'équipe, forme un tout complet et autonome. Chacun de ces petits mondes peut refuser de payer tribut au Capital, faire ce que feront bientôt le Canada et l'Australie, ce qu'ont fait les colonies d'Amérique, qui ont dit à la Métropole : c Nous nous suffisons parfaitement et nous ne voyons nullement la nécessité de vous payer la taxe ; nous coupons le cÂble. Déclarez-nous la guerre si

VOUS voulez. » L'Angleterre a déclaré la guerre à rAmérique, et cela ne lui a pas réussi.

Les catholiques, qui se sont intéressés à la question sociale et dont nous nous occuperons dans un autre chapitre, ont essayé de retarder ce dénouement. Ils ont dit aux ouvriers : c Acceptez avec résignation l'idée de travailler pour que des gens que, dans la plupart des cas, vous ne connaissez pas aient des châteaux historiques, des terres princières, des galeries pleines d'objets d'art et meurent de la moelle épinière comme le Juif cher à Renan « dans un hOtel des « Champs-Elysées, au milieu des images d'un plaisir qu'il « a épuisé. >»

La vérité oblige à dire que les ouvriers, en général, n'ont montré qu'un médiocre enthousiasme pour ce discours.

Se tournant d'un autre côté, les socialistes chrétiens ont dit aux patrons : « Rapprochez-vous de vos ouvriers, occupez-vous davantage de leur bien-être matériel et moral. »

Quelques patrons ont fait ce qu'ils ont pu, mais, le plus souvent, ces paroles sont tombées dans le vide pour l'excellente raison que, les trois quarts du temps, il n'y a pas de patron, il n'y a qu'une Raison sociale représentant un certain nombre d'actionnaires. Dans ces circonstances les exhortations l^es plus chaleureuses ressemblent aux violentes apostrophes qu'un prédicateur adressait à son bonnet ou à la légendaire conversation de Paul Foucher, l'invraisemblable myope, avec un bec de gaz qu'il prenait pour un passant qui l'avait heurté. Aux énergiques interpellations de Foucher le bec de gaz ne répondait rien et Foucher n'en était que plus véhément..,.

Je le dis et je le répète, en toute sincérité, aux ecclésiastiques, aux hommes de bonne volonté qui, en province plus encore qu'à Paris, suivent anxieusement la crise contemporaine, la première condition pour comprendre la question sociale c'est de bien se convaincre que les théories collectivistes et anarchistes ne sont pas des idées spontanées, édoses dans la tète

de quelques agitateurs; elles sont la résultante et la conclusion logique de faits existants que le système juif a créés, avec Tappui et l'approbation de la Bourgeoisie, /prenez, par exemple, la famille. Jules Guesde est un ennemi théorique de la famille; soit! Mais cette famille, il ne la détruit nulle part personnellement et par lui-même. Il se contente de constater, après beaucoup d'autres, que la famille se dissout partout. Le foyer est renversé, la marmite qui était dessus tombe en morceaux. Dans les villes industrielles, le père travaille dans une usine, le Ûls dans une autre, la mère ailleurs. Quand la machine siffle d'une certaine façon, ce qui indique la suspension du travail, le père, la mère et le fils peuvent à la rigueur se retrouver dans la même gargote, mais on n'est chez soi, ensemble, qu'au lit ; la famille n'existe plus qu'à l'état horizontal.

A seize ans, parfois plus tôt, le fils rencontre une fillette qui a généralement passé déjà par les bras du contremaître quand elle est jolie ; il s'installe dans une chambre, il a un enfant, il abandonne son faux ménage pour en recommencer un autre. Voilà la vie de tous les jours, et Jules Guesde et ses amis n'ont pas tout à fait tort lorsqu'ils prétendent que le Collectivisme érigé à l'état d'institution sociale ne changera pas grand'chose au Collectivisme de fait qui est partout.

Où faut-il donc aller pour retrouver la famille telle qu'elle

étaitautrefois?Dans les campagnes, où le travail des champs,

moralisateur par excellence, entretient, malgré les vices inhé-

ents à rhomme, les mœurs traditionnelles qui ont fait si

puissante et si forte la France des aïeux.

Ces paysans ne sont pas difficiles ; ils vivent d'une vie très rude, ils acceptent le travail sans murmurer, encore faut-il que le blé qu'ils ont tant de peine à faire pousser leur assure de quoi manger.

Qui donc empêche ces gens-là de vivre, qui donc aura bientôt donné à la France l'aspect d'un pays en friche? Est-ce Jules Guesde ? Non, c'est le spéculateur sur les blé

étrangers, c'est le Juif, c*est Tami du comte de Paris, le com^ mensal du duc de Doudeauville, le favori de tous les salons du noble faubourg, c*est Epbnissi, le chef de la bande sémitiques qui tripote sur les blés.

Examinez les conséquences d'opérations comme ceUe exécutée par la Graineterie française en 1887 et dont j*ai parlé déjà.

^oilà des paysans qui luttent depuis de longues années ; ils tiennent, par mille fibres, à cette terre qui est si souvent marâtre pour eux, mais sur laquelle leurs pères ont vécu ; ils espèrent en ce rayon de soleil qui les récompensera de leurs peines, et brusquement tout s'écroule. Ils doivent plus qu'ils n'ont, il faut se résigner, vendre les grands bœufs, vendre la charrue. On charge le petit mobilier sur une charrette, on jette, à la montée, un dernier regard sur le champ natal et Ton s'en va vers la ville voisine, vers Tusine ^... /

Ce ne sont point seulement de ces c familles ébranlées y» dont parle l'auteur des Ouvriers européens, ce sont des familles déracinées, déplantées, condamnées à s'éteindre. En Westphalie. Le Play vit une famille de paysans qui, de père en fils, cultivait depuis mille ans le même domaine, habitait la même maison. Les générations industrielles n'ont point cette durée, elles finissent vite par Thôpital, le lupanar ou la prison.

L'homme qui a la terrible puissance de troubler ainsi, par des hausses ou des baisses factices, l'existence de gens qu'il ne verra jamais et qu'il va attaquer sur le sillon natal, est un petit Juif blondasse, fadasse, à la mine impertinente et basse à la fois. 11 est sorti du ruisseau ; la mère ou la grand'mère vendait des pommes sur son ventre sous les portes cochère» d'Odessa ; aujourd'hui, avec un mot au crayon qu'il jette d'un air ennuyé sur le feuillet détaché d'un carnet, il fait ce

' En 1831, la population urbaine (des villes qui comptent au moins 2,Q00 habitants) était de 6 millions d'habitants (6,692,023); en 1881 elle était de 13 millions (13,096,542): augmentation, (6,i04,5i9j.

que n'auraient pu faire des rois et dérange des milliers d'êtres humains.

Voulez-vous voir les rois maintenant ? Ouvrez le Figaro ^. Au printemps dernier, la comtesse de Paris organise une vente de charité à Londres, et, pour tenir la principale boutique, elle se fait assister de la duchesse de Bragance, de la duchesse d*Uzès et... de M*"" Maurice Ephrussi i

Quoique Texil doive rendre grave, on s'explique qu'une femme ne s'occupe que de toilettes et n'aperçoive de la vie sociale de son pays que le côté fanfreluche et chapeau, mais le comte de Paris est au courant de toutes ces questions ; il est de force à traiter toute la partie économique de la Revue des DeuX'Mondes ; il connaît la statistique sur le bout du doigt et serait en état de vous indiquer, sans se tromper d'une unité, le nombre d'hommes chauves qui passent dans une après-midi sur un pont de Paris. Comprend-on qu'il n'ait pas le cœur assez français pour dire à sa femme : « J'admets qu'on spécule sur des valeurs de Bourse ou sur des diamants, mais je n'admets pas qu'un Juif étranger spécule sur le pain de mes futurs sujets, vienne ruiner mes paysans, les hommes de ma terre, comme on disait dans le droit féodal ; Ûanquez-moi la femme de ce drôle à la porte ^ 1 »

• Figaro du 30 juin 1887.

* Les amis des d'Orléans prétendent que leurs Princes ont tout fait pour se débarrasser des Rothschild et qu'ils n'ont pu y parvenir. Les princesses ont beau se marier dans les pays les plus lointains, les Rothschild suivent le navire comme des squales et débarquent inopinément le sourire aux lèvres. Ce qui est certain, c'est que le Gaulois annonçait qu'immédiatement après son mariage avec M. Albert Sassoon, M"* Alice de Rothschild, fille de Gustave de Rothschild, irait faire un voyage en Portugal pour rejoindre la duchesse de Bragance « qui l'honore d'une alTcction toute particulière ». La duchesse de Bragance ferait bien mieux de réserver pour des Français « son affection toute particulière » au lieu de l'accorder à la tille de Juifs allemands qui ont réalisé des gains si monstrueux sur la rançon de la France vaincue. Quant aux Portugais qui, parait-il, sont toujours gais, ils auront une occasion de l'être encore davantage en voyant arriver chez la compagne de l'héritier du trône le bizarre ménage de cette Juive de Francfort et d'un Juif hindou.

Tels sont, encore une fois, les vrais destructears de la famille, ceux qui, sans nécessité, déjà fabuleusement riches, perturbent, pour satisfaire leur insatiable avidité, les conditions économiques dans lesquelles seulement la famille peut subsister. Gela n empêchera pas le duc de Doudeauviile de pleurer cojhme une fontaine à un beau sermon sur la famille et de dire à la duchesse en sortant : « Ah ! duchesse, la famille, quelle chose sainte 1 Quand on pense qu'il y a un scélérat du nom de Guesde qui se déclare Tennemi de cette vénérable institution !... Gocher, nous allons rue de Monceau, puis rue Jean-Goujon, présenter nos respects à toute la tribu des Ephrussi ^ »

Quand on voit toute cette aristocratie, prince en tète ^,

Citons un mot charmant dit à ce maiiage « célébré au temple de la rue de la Victoire, écrit la Lanterne^ avec une pompe qui rappelait le sacre de Charles X ». Ainsi que le raconte le Gaulois, on avait fait venir des Folies-Bergères un jongleur japonais Awala, qui, pendant, la soirée exécuta des exercices de prestidigitation. Au moment où l'on applaudissait, Arthur Sassoon se pencha vers la jeune mariée et lui dit gracieusement: u Ces tours sont réussis sans doute, mais monsieur votre père en a fait de bien plus jolis. »

* Les Ephrussi travaillent dans des parties différentes. Charles Ephrussi, lui, opère, pour employer une expression de WolfT, dans la littérature et les arts. Il parvint, malgré sa qualité d'étranp^er, à se faire nommer tuteur des enfants de Paul Baudry, mil la main sur les cartons et les dessins de Tartiste et, à l'aide de lettres intimes, publia, malgré les protestations de la veuve, un volume intitulé : Paul Baudry : sa vt>, son œuvre. Ce ne fut qu'au mois de juillet 1888 que la veuve du grand peintre parvint à faire retirer la tutelle de ses enfants à ce Juif peu scrupuleux.

' Il faut dire à la louange du comte de Paris qu'il n'a pas encore fait craquer saculolte en se hâtant pour aller visiter une synagogue. C'est à don Pedro qu'est arrivé ce regrettable accident. On n'invente pas ces choses-là; ce sont les Archives israelites qui nous les racontent dans leur numéro du 13 octobre 1887 d'après les journaux de Bruxelles :

c Après avoir déjeuné, don Pedro, qui avait déchiré son pan talon dans la précipitation qu'il mit à s'habiller, sauta en voiture et, au triple galop, on le conduisit à la synagogue.

« M. Dreyfus, le grand rabbin, l'attendait et, avant l'office, il lui fit visiter en détail le tabernacle. »

applaudir à ceux qui traquent nos paysans, qui les extermineirl, les mettent hors du sol, on prend plaisir à écouter dans les réunions ouvrières les jeunes hommes qui, d'une voix sonore et forte, entonnent la chanson de Pottier, Tauteur des Chants révolutionnaires : Ce que dit le pain. Un peintre de talent, Léon Ottin, a écrit pour cette chanson A musique qui convenait, un accompagnement sobre et ferme qui scande gravement ces paroles d'une belle allure familière et ressemble à ces brises rares de juillet qui font onduler les grands blés dans un mouvement doux pt lent. I/elTot est vraiment saisissant:

J*entends les plaisants répéter :

Que dit le pain quand on le coupe ?

Bien aisé serait d'écouter.

Rien d'éloquent comme la soupe, Fleur de froment ou sarrasin, A notre estomac qu'il convie, Savez-vous ce que dit le pain ?

Savez-vous ce que dit le pain ?

U dit : < Mangez, je suis la vie 1 »

Qui sait ce que coûte le blé,

Hors les bœufs reprenant haleine

Et l'homme, au visage brûlé,

Qui creuse un sillon dans la plaine ?

Au grand monde inutile et vain

Qui sans travailler le savoure,

Savez-vous ce que dit le pain ?

Savez-vous ce que dit le pain ?

Il dit : « Gloire au bras qui laboure ! »

L'enseignement qu'il i»st nécessaire de tirer de ce spectacle, je le répète, c'est que cette association monstrueuse de spéculateurs, cette organisation de syndicats qui sont de véritables Sociétés secrètes conspirant contre le travailleur légitiment les théories des collectivistes. L'absorption des grandes entreprises commerciales, des établissements industriels, des transports, de la Banque, des plantations même 4''oalre-mer par l'anonymat, qu'est-ce donc, si ce n'est du

collectivisme pour le seul avantage de quelques privilégiés ?

Le comte de Paris et les conservateurs français trouvent tout simple que des Juifs allemands se réunissent pour s'enrichir aux dépens de centaines de milliers de natifs qui. vivaient tranquilles avant eux sur la terre de France.

Les ouvriers, eux, trouvent tout simple de s'entendre pour arriver à vivre de leur travail, au lieu de travailler uniquement pour faire vivre dans le luxe et la débauche des para-' sites et des exploiteurs.

Si le Collectivisme est Texpression logique de la situation économique et sociale du pays, TAnarchisme est l'expression non moins logique de la situation morale.

On connaît ces boules de jardin qui reproduisent nos traits en les grossissant jusqu'à la difformité. Le CoUeclivisme et l'Anarchisme font de même et reproduisent, en l'exagérant encore, l'image de la Société. Exagèrent-ils même ? Je n'en sais rien.

Les Sociétés par actions sur bien des points sont plus collectivistes que le Collectivisme lui-même; elles sont plus internationales, plus anti-patriotes que lui. Un Juif prussien peut acheter demain à la Bourse toutes les actions d'une manufacture d'armes ou d'une Société pour les fournitures militaires, il n'a qu'à donner un coup de timbre, se faire apporter les livres et les états, et à un clou de soulier, à une bride de cheval, à une couverture près, il saura où en est l'armée française. Pendant ce temps un badaud qui aura demandé à une sentinelle à regarder son fusil sera jeté dans les fers.

Quant à l'Anarchisme, on se demande quel désordre il pourrait ajouter à une Société où l'autorité militaire, le Parquet, la Préfecture de police, la Sûreté générale, le cabinet du Président sont incessamment en conûit ^ Pendant

* C'est par sa cuisinière qui avait acheté par hasard un journal à un sou qu'on criait dans la rue que le ministre de la Justice apprit TafTaire CafTarel. Si vous aviez demandé à Mazeau qui était alors ministre de la Justice, ce que c'est que l'Anarchie, il vous aurait repondu : « C'est le contraire de l'Archie. — El votre gou-

LA FIN d'un MONDI. 12

qu'ils sont en train de se jouer des tours, les accusés ont tout le loisir nécessaire pour se fabriquer de faux ordres de mise en liberté et pour s'en aller tranquillement comme Altmayer sortant de Mazas assister à une première représentation au balcon du Théâtre-Français.

Quoi qu'il en soit, il existe au milieu de l'anarchie universelle un parti qui s'appelle plus spécialement le parti anarchiste.

Ce parti ne se rattache que de loin à TAnarchisme scientifique de Bakounine et de Kropotkine qui, Tartares à formules, revêtaient de théories scientifiques le retour à la liberté barbare de la steppe.

L'Anarchisme français est un cri violent et âpre de protestation contre fe régime actuel exclusivement fondé sur la glorification du vol habile, du vol bien mis, du vol ganté. Il est la négation sauvage de cette civilisation où les BichofTsheiin, les Erlanger, les Hirsch portent le signe de l'honneur, sont reçus dans les salons les plus difficiles, étalent cyniquement le luxe conquis par d'effroyables déprédations.

vernement à vous, qu'est-ce qu'il représente ?— Mon gouvernement, parbleu, il représente TArchie. — Eh bien, je vous en fais mon compliment, c'est du joli !»

Voir à ce sujet les deux circulaires confidentielles de M. Lozé au moment de la grève des terrassiers. Le 31 juillet, le préfet déclare aux commissaires que le parquet regarde comme parfaitement licite de détruire les outils ou de renverser les tombereaux des ouvriers qui veulent travailler. Le 2 août il écrit aux mêmes commissaires : « Décidément, je bafouillais hier de la fa(;on la plus horrible et ce que j'ai dit n'avait pas l'ombre du sens commun. »

Voici du reste la seconde circulaire :

2 août, 7 heures du soir.

Monsieur le Commissaire de police,

Veuillez considérer comme non avenue la circulaire confidentielle qui vous a été adressée par télégramme du 31 juillet, cinq heures du soir, les individus coupables d'enlèvement ou de bris d'outils ou ceux qui ont renversé des chargements contenus dans des tombereaux étant l'objet de poursuites judiciaires.

li. Lozà.

En fait, rÂnarchiste est le vrai successeur de Rothschild et, sinon son légataire universel, du moins son héritier présomptif. Il procède du même principe que les Juifs, en ce sens qu'il supprime de son entendement tous les scrupules qui retenaient les hommes d'autrefois ; il se met en dehors des principes et des conventions qui liaient jadis les hommes entre eux et constituaient le pacte social. Quand un financier juif a envie de faire un coup, il n'interroge pas sa conscience; il ne se demande pas davantage si cela dérangera les conditions d'existence d'autres êtres, causera des ruines ou des désespoirs; il fait le coup; TAnarchiste prétend également faire le sien.

Ceci explique que, dans l'état de décomposition du monde actuel, on n'ait jamais essayé de réfuter les Anarchistes. La Société ne peut, en effet, leur répondre qu'une chose : « J'ai la force pour moi. » A quoi ils répliquent : « Cette supériorité de la force, nous l'aurons peut-être un jour. »

Remota justitia^ dit Saint- Augustin, quid sunt imperia nisi magna latrocinia. Cette parole se vérifie à la lettre. Vous figurez-vous le juge qui vient d'acquitter Erlanger qui a volé 300 millions osant parler de conscience ou de morale à un Anarchiste ?

Les magistrats ont tellement le sentiment de la déchéance dont les frappent leurs prévarications, qu'ils sont terrifiés, pétrifiés quand il sont à juger des Anarchistes ; ils tremblent, en les voyant, comme de vieux chevaux de cirque quand ils aperçoivent la chambrière de l'écuyer. Ils laissent tout dire aux compagnons et semblent leur demander pardon de les interroger.

Qui ne se rappelle les vociférations, les grossières injures, les poings levés sur le tribunal au moment de la condamnation de Duval? Pour un mot qui vous échappe, un juge franomaçon, dès qu'il sait quevous êtes chrétien, vous condamnera au minimum, à trois mois de prison. Devant ce scandale sans précédents la Justice a eu peur et n'a poursuivi personne.

Il convient d*ajoater, d'ailleurs, que les Anarchistes sont à peu prèsles seuls citoyens en France, en dehors des hommes de loi, à connaître le Gode ; ils ont fait une reconnaissance dans cette Société qu*ils veulent détruire et relevé les plans de la place forte, de la citadelle, c'est-à dire du Gode. Or, ce Gode si inique, si contraire à toute morale religieuse et sociale, si infBime qu'il soit, accorde aux Français beaucoup plus de droits qu'ils ne se l'imaginent.

Le mot de Guizot est profondément vrai : « n y a en France plus de servilité que de servitude. » La Révolution a tellement avili ces Français jadis si ûers, si jaloux dé leurs droits, si prompts à réclamer ce qui leur était dû, qu'ils n'osent même plus demander à vérifier le texte en vertu duquel on les frappe. Us ne regardent pas plus les pièces de procédure que le Musulman ne regarde un flrman, ils voient un griffonnage de grefQer et se prosternent dans la poussière,

Les Anarchistes, libérés de tout respect pour Tordre dés choses existant, demandent à voir et discutent ce qu'ils ont vu.

Je rencontrai le compagnon Tennevin, au moment où j'errais dans le Palais de justice suivi d'une armée de témoins que l'on se refusait obstinément à entendre, parce que M. de Rothschild l'avait défendu.

Tennevin m'apprit qu'on avait, non seulement le droit de se défendre soi-même, mais le droit de se faire défendre par un ami n'appartenant pas au barreau, et que c'était à ce titre qu'il allait venir plaider en cour d'assises pour un compagnon arrêté.

— Je montrerai à cette magistrature pourrie, me dit-il, de quel bois je me chauffe, et, d'abord, je demanderai qu'on fasse sortir de la salle tous les gardes et tous, les porteurs de billets.

J'eus l'appréhension d'un malheur qui allait arriver à quelqu'un, qu'opinions à part, j'ai toujours connu comme un honnête homme.

— Ne faites pas cela, lui dis-je, ne soulevez pas cet inci-

dent. Le président est maître absolu de Taudience, il vous rembarrera, vous répondrez mement et yous serez condamné à deux ans de prison.

— Pas du tout 1 Pas du tout. (Test moi qui ai raison ; je déposerai mes conclusions et on sera obligé d*en délibérer.

Tennevin déposa ses conclusions, il les développa longue- ' ^ '. ment, elles furent rejetées, mais c'est lui qui était dans la vérité. Le président n*a pas le droit de distribuer des cartes à toutes les coquines de sa connaissance qui veulent voir comment un malheureux se débat contre une accusation parfois terrible. Les soldats peuvent garder Textérieur du tribunal, mais il leur est interdit de pénétrer en uniforme et porteurs d*armes apparentes dans la salle d'audience.

Ce point de droit est tellement indiscutable que M® Démange ne put invoquer que ce motif pour demander la cassation '^■>^.

de Tarrét qui condan||nait Pranzini à la peine de mort et que la Cour de Cassation fut un moment très embarrassée.

Trois mois après, Mazeau, le garde des sceaux, paraphrasait tout ce qu'avait dit Tennevin dans une circulaire adressée à tous les présidents de cour et à tous les procureurs généraux, circulaire qui fut louée de tout le monde et qui méritait de Têtre '.

' On n'a pas oublié le procès de M^'^ devis Hugues pour lequel le président Bérard de Glajeuz avait donné des cartes à toutes les filles, à tous les souteneurs, à tous les repris de justice de Paris. On yendait| publiquement des cartes sur le boulevard du Palais. Mazeau a parfaitement spécifié à quelles classes de personnes devaient être délivrées des cartes et pour une partie seulement de la salle.

« Dans toutes les salles où siègent des cours d'assises, dit-il, il est d'usage de réserver une enceinte spéciale aux personnes qui, à raison de leurs fcyictions ou de leur situation (magistrats, jurés de la session, membres du barreau, journalistes.. .), ont intérêt à assister aux débats judiciaires.

<i Cet emplacement doit .être restreint, et dans aucun cas il ne saurait comprendre plus de la moitié de la salle d'audience. Quant à l'autre partie, il est indispensable que le public y ait librement accès.

« Cependant, à l'occasion de certains procès retentissants, des présidents ont cru pouvoir faire des distributions de cartes eu

Pendant près d'un siècle tous les scandales s'étaient produits, sans que personne osât protester, et il fallut qu'un Anarchiste intervint pour faire régner enfin le bon ordre dans les cours et tribunaux....

Je ne suis pas plus timide qu*un antre et je tiendrais très bien tête à un président, mais on ne peut faire ces choseslà tout seul. Quand un socialiste soutient une thèse de justice et de vérité, il a dans la salle 25 ou 30 jeunes gens vaillants, arrivés dès l'ouverture des portes; ils ne disent rien, mais le président se sent surveillé par ces regards et sa perversité en est un peu refrénée.

Le catholique n*est point dans ces conditions. Supposez que j'aille trouver de Mun et que je lui dise : « Je vais soulever un incident, je n'ai pas l'intention de faire envahir le tribunal, mais je serai content d'avoir du monde dans la salle; envoyez-moi donc 25 de vos jeunes gens un peu solides. »

De Mun me répondrait immédiatement :

— Je suis désolé, mais nos jeunes gens viennent justement d'entrer en retraite ; ils sont en train d'écouter le sermon d'un bon Père... Voulez- vous les voir?

— Merci, et vos représentants des classes dirigeantes?

— Ils sont à la chasse....

— Et vous-même ?. . .

— Moi, je reste à prier pour vous...

Vous comprenez que, dans de telles circonstances, un in-

telle (quantité que la salle s'est trouvée h peu près entièrement remplie au moment de l'ouverture des portes au public.

a Cette manière de procéder doit être abandonnée,* elle est de nature à entraîner de graves inconvénients ; elle peut modifier le caractère que doivent toujours conserver les audiences judiciaires, et porter ainsi atteinte à la dignité de la justice; elle pourrait exposer en outre les magistrats à d'injustes critiques. Enfin, elle est contraire à Fun des principes essentiels de notre code, d'après lequel les débats doivent être entourés d'une publicité aussi complète que possible.

< Il importe qu'à l'avenir il ne soit délivré de cartes spéciales C[ue pour l'enceinte réservée aux seules personnes que leur qualité désigne pour en recevoir. >•

dividu se troiiTe isolé devant an Barihelon qui dispose de toute la force administrative et judiciaire. Il n'a qu'à filer doux, quitte plus tard à fouailler l'indigne magistrat jusqu'à ce que son poignet soit lassé.

Il en est de môme pour la ligue des Anti-propriétaires.

Le Code qui nous régit accorde à la propriété des droits comme il n'en a jamais existé dans aucune législation, même dans la législation romaine, si dure pourtant.

Cela s'explique aisément. Le Code n'a pas été rédigé peu à peu comme la Coutume d'autrefois par de braves gens, de bons prêtres, par des anciens de chaque corps d'état, par des vieillards et des sages, par des prud'hommes comme on disait jadis; il a été bâclé, sous l'œil d'un César, par des juristes révolutionnaires qui avaient volé la propriété des autres ; par des régicides et des conventionnels comme Cambacérès et Merlin, qui écrivaient les lois nouvelles d'une main encore humide du sang des innocents qu'ils avaient fait égorger et dont ils s'étaient partagé les biens.

Les Jacobins tout récemment nantis ont donc eu l'àpreté particulière au pauvre hère de la veille devenu propriétaire et qui dit mon mur, mes fruits, mes locataires'. Je me souviendrai toujours de l'accent avec lequel une impure célèbre qui, après avoir eu son couplet dans une chanson légère de Wanderbuch, est maintenant retirée aux environs d'Ën-

* Quel monde d'idées vient a l'esprit devant le spectacle des Rothschild faisant tirer, il y a dix-huit mois environ, sur des malheureux qui s'étaient introdulLs dand leur parc de Boulogne pour y dérober quelques brancbes de mahonias afin de les endre aux Halles. Les gardes, auxquels on avait recommandés d'être implacables, en leur garantissant l'impunité, firent feu trois fois de suite. L'amateur de mahonias eut ie bras brisé et, après l'amputation, lut condamné, en outre, à deux ans de prison, bist-ce une assez Julie contribution psychologique comme dirait Bourget? Ces étrangers qui, en quelques années, ont ramassé sur la terre de France une gerbe que leurs bras ne peuvent plus étreindre, qui ont les milliards, les châteaux, les œuvres d'art, les fleurs, les Iruits et qui viennent trouver le juge: «Oh! mon bon juge, vengez-moi ! On m'a volé quelques branches de mahonias. On a mutilé un homme pour cela, ce n'est pas assezy>il faut de la prison et la relégatioD si c'est possible. » Vous voyez d'ici le juge,

ghien et devenue dame patronesse, disait un jour, en wagon, àproposd^ane plaisanterie qui aurait fait sourire une Lucrèce : « N'oubliez pas que vous parlez devant une honnête femme 1 »

Ce qu'il y a de plus étonnant, cependant, c'est que les rigueurs de ce Gode sont aggravées spontanément par la lâcheté des victimes. Le locataire est plus servile encore que le propriétaire n'est cruel, il se saisit lui-même avant même d'être saisi.

Tant qu'un acte de saisie-gagerie n'a pas été signifié, le locataire, devrait-il quinze termes, a le droit de déménager ses meubles. Les Anarchistes ont été les premiers à mettre cette évidence en lumière et la Préfecture de police a été obligée de publier une circulaire spéciale pour reconnaître cette jurisprudence. Aujourd'hui les Anarchistes envoient tranquillement des circulaires imprimées pour offrir leurs services.

Nous insistons sur ce point, car il a une signification particulière. Le Code, tel qu'il est sorti de la Révolution, étant essentiellement une œuvre anti-sociale, n'est justement interprété et utilement consulté que par ceux qui, à des points de vue diCFérents, sont des ennemis del'ancienne société :les Juifs et les Anarchistes. Le Français traditionnel, l'homme de la vie d'autrefois, ne comprend absolument rien au Code et il en est perpétuellement victime.

Les Anarchistes, on le sait, n'ont point de chef. Le seul qui ait pu aspirer un moment à jouer ce rôle parmi eux, un homme exceptionnellement doué, un orateur de premier ordre, Emile Gautier, a été terrassé par la prison. Compromis avec

aussi impitoyable quMndigiié, et la presse conservatrice qui sanglolte et larmoie aux décès et aux hyménées.

Ce qu'il faut bien remarquer, c'est le silence profond que gardent les journaux révolutionnaires sur ces choses. Quand de malheureux gardiens de la paix, entourés de rôdeurs, frappés, à moitié assommés, se décident à faire usage de leur revolver, les journalistes révolutionnaires n'ont pas assez d'invectives contre le -sergot, l'infâme sergot ! A bas le sergot! » Dès qu'il s'agit d'actes commis par les Rothschild, on songe aux mensualités et Ton se tient coi...

Kropotkine dans un procè? organisé par la police, il a été condamné à quatre ans de détention ; an bout de deux ans il en a eu assez. Ses amis ont fait des démarches et, moyennant sa promesse de renoncer à toute politique d'action, il a été rendu à la liberté. Il écrit aujourd'hui au XIX^ Siècle et dans des journaux opportunistes.

Quatre ans de prison, c'est long, allez, et l'on comprend qu'à une époque de sensualisme comme la nôtre, cette perspective empêche les plus fougueux dans tous les partis de dépasser une certaine limite.

Les derniers temps surtout furent rudes pour Gautier, quand il se trouva seul et séparé de Kropotkine avec lequel il avait été enfermé au début. On ne sait pas ce qui peut arriver et il est toujours bon de s'instruire : j'ai eu la curiosité de demander à l'ancien chef du parti anarchiste ce qui l'avait fait le plus souffrir ; il m'a répondu : a Le manqua d'impressions! »

Je m'explique cela très bien. Le monde extérieur nous renouvelle incessamment notre provision d'idées par mille spectacles, par mille échos des pensées d'autrui, par mille répercussions du mouvement général. Le cerveau, obligé de vivre sur lui-môme, finit par s'atrophier, se dessécher, s'anémier; c'est un briquet sur lequel on ne bat plus. Certains hommes comme Malle t, comme Blanqui, se sauvent en cultivant une idée fixe, comme le héros de Saintine cultivait une fieur, et cette idée ainsi caressée et couvée finit par arriver à une étonnante puissance. C'est dans la solitude seule d'une prison que Mallet a pu concevoir ce merveilleux complot, qui est un des chefs-d'œuvre de l'esprit humain, puisqu'il repose sur une admirable analyse du mécanisme d'un gouvernement. En y réfléchissant constamment, Mallet avait fini par découvrir, qu'en brisant un seul ressort, on mettrait en pièces l'organisation du plus formidable empire qu'ait vu le monde, et il aurait réussi si Lahorie n'avait pas perdu une heure à se faire prendre mesure d'un habit de ministre Mallet avait tout prévu, excepté cela...

Aujourd'hui Emile Gantier n*est plus pour les socialistes qu'un renégat et un traître. Notez que tout son crime consiste à écrire dans des journaux républicains modérés et qu*il avait bien le droit de trouver qu'il avait assez fait pour la cause.

Quelle différence entre ce rigorisme et le sans-géne do parti conservateur en matière de convictions !

Voilà M. Du gué de la Fauconnerie : il change de parti comme on change de vêtement avant de se mettre à table; il va faire un tour à gauche, comme on va faire une saison à Plombières; il dit à ses amis : « Excusez-moi si je vous quitte un moment, j*ai une affaire en train avec Gambetta et Tirard et je suis obligé de devenir républicain pendant quelques mois ; à bientôt ! >

— Ne vous gênez pas, répondent les membres de la droite.

Quand Dugué revient, le conciliant Mackau le remet sur la liste conservatrice de l'Orne à côté de M. de Lévis-Mirepoix et trouve cela tout naturel. Je suis convaincu même qu'en lisant ceci, il se dira : « Est-il possible de ne pas respecter davantage ses chefs ! »

A défaut de chefs, les Anarchistes ont quelques orateurs plus en vue que les autres : Tortelier, Louich, Tennevin.

Tortelier et Louich, comme beaucoup d'Anarchistes, sont d'excellents ouvriers. Tortelier, Breton d'origine, a été chrétien jusqu'à dix-huit ans et il a fait enterrer sa mère à leglise. Tennevin, qui ne croit ni à Dieu ni à diable, m'a dit qu'il agirait de même : « Puisque c'est l'idée de ma mère, pourquoi contrarier son dernier désir ? >

Vous voyez encore le contraste de ces natures frustes et rudes, exaspérées par le spectacle des iniquités humaines, avec ces hommes servilcs qui se font un titre, pour obtenir les faveurs de la Frano-Maçonnorie triomphante, des sacrilèges qu'ils commettent en outrageant le cada\Te des leurs.

La plupart des fonctionnaires qui étalent grossièrement leur athéisme ont commencé par flatter bassement les

prêtres tant qu'ils ont cru que raffectation de convictions religieuses pourrait leur être utile pour ravancement. Freycinet, qui a chassé les Bénédictins de Solesmes, était venu mendier une recommandation de Dom Guéranger dans ce monastère qu'il devait plus tard faire envahir par les gendarmes. Fsiidherbe, qui n'a pas craint de blesser la conscience de Tarmée, en faisant enterrer son fils civilement, afQchait sous TEmpire des sentiments ultra- catholiques.

La plupart des préfets laîciseurs en sont là et, si le gouver> nement changeait, nous les retrouverions encore dans les couvents, non plus blasphémant et venant, le cigare à la bouche, jeter dans la rue des vieillards et des pauvres, mais humbles et agenouillés pour solliciter une apostille de ceux qu'ils insultaient la veille.

Pour nous, il ne faudrait plus songer à la messe de midi, : toutes les chaises seraient envahies par les fonctionnaires et leurs dignes compagnes, les émancipées actuelles, qui, en sortant, stationneraient longuement sur la place avec d*énormes livres d'heures... Faire ses Pâques même deviendrait difficile, car on trouverait tous les sans-Dieu d'aujourd'hui blottis dans les confessionnaux et attendant leur tour au grillage...

C'est réternelle clique administrative qui, formée d'une première couche de Jacobins devenus chambellans et préfets sous Napoléon P', a fourni à tous les régimes des persécuteurs et des laquais.

Les Anarchistes, il est juste de le reconnaître, ont fait jusqu'ici plus de bruit que de besogne. C'est seulement dans la mystérieuse Russie, chez des races vierges, dans le pays des âmes étranges, que l'on trouve des êtres prêts à se sacrifier pour une idée ; — c'est là seulement que l'on rencontre ces Nihilistes qui, sans un mot, la cigarette aux lèvres, jetaient nonchalamment leur casquette au pied du gibet et mouraient en souriant. La propagande par le fait a ses dangers et, comme tous les révolutionnaires de l'heure pré-

182 LA FIN D'uK monde

sente, les Anarchistes les plus déterminés renonceraient difficilement à la joie de lire dans le journal le compte rendu du dernier meeting, en prenant le yin blanc du matin.

Tels qu'ils sont cependant et, quoiqu'ils n'aient rien démoli encore, ils inspirent une véritable terreur au prébendier républicain. L*été ils sont assez paisibles, ils se réunissent pour tenir ce qu'ils appellent des c réunions familiales » dans les rares cabarets avec jardin .qui restent dans l'intérieur de Paris, avenue de Lamothe-Piquet ou boulevard des Gobelins ; ils arrivent par bandes, font pendre leurs ceintures rouges le long des murailles et entonnent des chants révolutionnaires. Parfois une noce qui danse au piano se trouve dans le même local ; la noce gêne les Anarchistes, les Anarchistes gênent la noce, on finit par fusionner et Ton reprend tous ensemble la Carmagnole.

L'hiver les Anarchistes se mêlent aux réunions publiques, et leur présence, dès qu'on l'annonce, affole les politiciens. Les jeunes Anarchistes boivent les grogs préparés pour les membres du bureau, les vieux escaladent de vive force la tribune, tiennent des discours incendiaires et cassent les banquettes.

Il faut voir la tête des Anatole de la Forge, des Lockroy, des Mayer dans ces circonstances. Au meeting du Cirqued'Hiver, où le compagnon Soudey fut à moitié assommé, Lockroy n'était pas blême, mais livide et comme anéanti par l'épouvante. Il semblait que cet Albinos usé par tous les excès allait se décomposer, entrer en putréfaction, séance tenante, coram populo.

Dame, ces vaillants n'ont plus devant eux le pauvre prêtre sur lequel ils exercent d'ordinaire leur facile courage. Les Anarchistes sentent le mâle, crient, hurlent, lapent, jettent à travers la pourriture parlementaire la note faubourienne et brutale... Cette fois encore la police veille et, après avoir été un peu bousculés, beaucoup hués, fortement insultés, les exploiteurs de la République franc-maçonnique et juive pourront regagner le coupé qui les attend. Mais qu'une

catastrophe arrive, que les Anarchistes aient le peuple derrière eux, qu'ils soient les maîtres de Paris...

Alors une vision de ce que serait Paris apparaît à ces jouisseurs. Ce qu'ils éprouvent, ce n'est pas le remords d'avoir systématiquement corrompu ce pays, d'y avoir détruit toute croyance, tout respect, tout idéal; ce n'est pas l'angoisse patriotique, c'est la peur... Puis le coupé du républicain gorgé sort de la bagarre; les fuyards de tout à l'heure se retrouvent dans le luxe que nous payons, assis à un diner officiel, au milieu des lumières et des fleurs ; ils y parlent du prochain pot-de-vin, de la nouvelle concession à accorder, de la société prête à se fonder et dont on leur a promis des actions libérées : ils se reprennent à trouver que la vie est belle et se disent que les soldats se feront tuer pour eux. Comptez là-dessus, mes enfants !...

Cette Société, si précaire et si fragile, dépend effectivement du moindre hasard. Une allumette sufQra à déterminer l'explosion dans ce magasin plein de mélanges détonnants, dans cet amoncellement de produits chimiques.

Chacun s'emploie à augmenter le désordre. Il n'est point douteux que la Police ne joue dans la plupart des circonstances un rôle provocateur très actif. L'officier de paix Girard, qui fut obligé de quitter ses fonctions à la suite des révélations d'un entrepreneur de fêtes de charité nommé Casabianca, avait organisé une échaufifourée qui se produisit à la suite d'une réunion à la salle Levis.

Avait-il agi par l'ordre de ses chefs ? On n'en sait rien. La caractéristique de la situation, je l'ai dit, c'est que tout le monde anarchise : le préfet de police anarchise contre le ministre, qui anarchise contre le président, mais certains commissaires anarchisent contre le préfet, tandis que d'autres agents anarchisent contre les commissaires ou les officiers de paix. Selon toute probabilité, quand Tatmosphère sera chargée d'électricité, l'étincelle qui fera tout sauter sera jetée par la police, qui voudra prouver qu'elle est indispensable et qu'elle seule peut sauver la société. Un agent subalterne tirera

LA FIN d'un UONDI. 13

184 LA FIN d'un MONDB

an coup de pistolet ou lancera une bombe pour faire du zèle et obtenir une gratification. Alors tout partira à la fois...

Les Rothschild ont aussi leurs agents à eux dans ces réunions et Ton voit manœuvrer les Juifs, en toutes ces choses obscures, comme on voit manœuvrer une armée dans le brouillard ^ Maintenant que le Capucin ne sert plus de paravent et que les meneurs à la solde dlsraël ne peuvent plus détourner Tattention du peuple de la question sociale en répouvantant du fantôme clérical, les Juifs s'efforcent d*empècher qu'on ne parle d'eux, qu'on ne les nomme, qu'on ne dise tout haut où demeurent les possesseurs de fortunes mondiales qui suffiraient à faire vivre des provinces entières. Au lieu de désigner les voleurs sociaux par leur nom, on cherche à donner au problème social une solution vague, conRise et trop générale pour être susceptible d'application '.

Ainsi que cela est toujours arrivé, ces moyens se retourne-

* Les journaux ne parlent jamais des manifestations où les Juifs sont en cause. Au 14 juillet 1887, les Anarchistes avaient essayé d'accrocher à la demeure des Rothschild, un paravent lumineux demandant la restitution des milliards extorqués. Aucun journal, excepté, je crois, le Gil Bios, n'a mentionné le fait.

Aucun orateur, cependant, n'a osé faire l'éloge des financiers juifs dans une réunion publi(|ue à Paris. Ghabert seul, à la demande des Israélites de la Gironde, a été attaquer la France Juive dans une réunion publique à l'Alhambra de Bordeaux, mais cette manifestation n'a pas d'importance, car, d'après ce qu'on me dit, l'orateur est absolument discrédité dans son parti. fl a été flétri dans un ordre du jour écrasant dans une réunion de la salle Rivoli. Voici, d'ailleurs, cet ordre du jour qui fut voté à l'unanimité moins sept voix :

« L'assemblée :

«Considérant que, par leur conduite, les possibilîstes du conseil municipal, et Ghabert en particulier, ont manqué à tous leurs devoirs ;

« Déclare que les entraves qu'ils apportent dans l'organisation et le fonctionnement des organisations ouvrières, doivent être considérées comme une véritable trahison qui doit leur être crachée à la face en toute circonstance. »

' Rien de curieux encore comme le silence respectueux que

ront contre ceux qui les emploient. La Cour, elle aussi, au moment où la Révolution entra dans la phase violente, croyait avoir à elle beaucoup des hommes influents dans les fau-

bourgs et ces hommes furent les plus acharnés contre elle dès que le courant populaire eut touU emporté. Les agents que les banquiers juifs soudoyent seront les premiers à envahir leurs hôtels pour faire disparaître les preuves de leurs rapports avec eux. Le temps est passé où les RothschiJd s'assuraient contre la Révolution en promettant à Gaussidière de lui acheter un fonds de marchand de vins...

En réalité, Paris, dès que la crise décisive éclatera, sera à la merci de quelques compagnons anarchistes qui prendront la tête du mouvement et auxquels personne n'osera résister.

Les Blanquistes ^, qui se sont tenus assez longtemps en réserve commencent à s'agiter; — ce qui laisserait à supposer que 1889 pourrait être une année mouvementée. Anarchistes et Blanquistes d'ailleurs, ont de secrètes affinités entre eux et sont également partisans de coups de forces. En tout cas ce n'est certes pas le Collectivisme doctrinal de Jules Guesde qui pourra, au milieu de la tempête, donner même une apparence d'organisation à cette société livrée à tous les instincts déchaînés...

interdisant, sans aucun droit, la circulation dans les rues qui avoisinent la synagogue. Si on se permettait d'arrêter un omnibus pour le passage d'une procession, les journaux révolutionnaires vomiraient un flot d'injures contre les prêtres et les sœurs; ils sont d'une angélique mansuétude quand il s'agit des Juifs de Francfort. On voit que Tambour a tambouriné par là.

* Parmi les révolutionnaires les Blanquistes seuls ont eu le courage de se réclamer de la race aryenne et d'afûrmer la supériorité de cette race. J'ai parlé dans la France juive du Molochismejuif de Gustave Tridon. Il faut lire dans la Revue socior liste (ir' de juin et juillet 1887) un tr^s remarquable et très savant travail de M. Regnard qui, dans les questions religieuses blasphème comme s'il avait le diable au corps, mais qui dans les questions d'histoire et d'ethnographie a des aperçus d'une rare originalité et d'une profonde justesse.

La doctrine de TEglise sur la propriété. — L'opinion des Pères de l'Eglise. — Le droit à ne pas mourir de faim reconnu par tous les théologiens. — Indignation de Paul Sert h ce sujet. — Le Travail et le Capital. — La question de Tintérét de l'argent.

— Une lessive sociale faite par Golbert. — La chasse aux Gnanciers. — Cinq milliards restitués au pays en quelques mois. — Les Cercles catholiques ouvriers. — Pourquoi cette tentative .n'a produit que de médiocres résultats. — Les industriels chrétiens. — La Charité et la Justice. — Les Mame et Louis Yeuillot. — Le comte Albert de Mun. — Illogisme des hommes et des événements contemporains. — Résignation tout ovine des Catholiques. — Le vrai paladin c'est Hirsch. — Valour is stUl value. — Un discours de M. de Chesnelong. — M. Schiilze de Delizch et Lassalle. — « Les privations méritoires. » — 450 millions de sueur en huit jours. — L'œuvre patriotique et sociale des Inquisiteurs. — L'Inquisition fut aussi équitable et aussi modérée que le Tribunal révolutionnaire fut inique et violent. — Fière réponse d'une grande dame espagnole à une insolence de M"* Lockroy. — Un enfant de quatorze ans guillotiné. ^ Les Républicains bourgeois qui se préparent à célébrer ces actes infâmes seront bientôt exécutés eux-mêmes.

— Ce que nous voulons : une Chambre économique pour rédiger le code du Travail et résoudre la question sociale et une haute Chambre de justice pour faire rendre l'argent volé depuis cinquante ans.

Ce fut un grand événement pour ceux qui suivent attentivement révolution contemporaine que la création des Cercles catholiques ouvriers.

Etait-il vrai que FEglise, qui, depuis longtemps, semblait s^être désintéressée de la question sociale et qui laissait tout

régler par les gendarmes, allait reprendre la place qni lui était due dans le gouvernement du monde ? Ce monde ep train de mourir dans Tanarchie, allait-il donc renaître à ce contact vivifiant ? On pouvait le croire, car, ainsi que Ta dit Carlyle; un protestant cependant : « L*Eglise est Thabit, le tissu spirituel et intérieur qui administre la vie et la chaude circulation à tout le reste. Sans ce tissu intérieur, le cadavre et jusqu'à la poussière de la Société finissent par s*évaporer et par s'anéantir. »

Des hommes, plus indépendants que les prêtres emprisonnés dans le Concordat, allaient faire connaître à tous les doctrines des Pères de TEglise sur la propriété, et les plus prévenus seraient forcés d'avouer que cette conception de la propriété ne ressemble guère à la propriété implacable et farouche qu*ont organisée les bourgeois voleurs de 93.

Quoi de plus dissemblable en effet que les deux systèmes ?

D*après la théologie, il n'y a pas un seul homme qui ait un droit de propriété plein et total * sur les biens de la terre. C'est, à Dieu seul qu'ils appartiennent. Lui seul peut les conserver ou les détruire selon sa volonté". Au point de vue juridique, tout droit de propriété est limité. Ce n'est pas un dominium directum sur la chose elle-même, ^ais plutôt un dominium utile ou indirectum qui autorise la jouissance des fruits ou désavantages d'une chose'.

Le droit de propriété n'est pas douteux, mais il ne se rapporte jamais à la chose elle-même ; sur celle-ci aucun homme n'acquiert le domaine. Pai'tout où quelqu'un entre en possession d'une chose, il n'acquiert que le droit de faire usage ou de la chose, ou de ses fruits, ou de Tun ou de l'autre, mais rien de plus *,

* Ce qu'on appelle dominium proprietalis perfeclum ou plénum.

•Rom., 9, 20; Tertullien, de patientia^ 7; Chrysosl. in Math, hom. 77, 78, 3; Augustin, Civ.Dei. 12, 17; Thomas, 2, 2 g. 66 a 1.

' 1 Petr.,4, 10; Ambre, de Nabulh., 14 ; rfe Lazaro, 2, 4 ; dô verdis apostoli : habentes eumdem spiritum, 1, 9.

* Thomas, 2, 2 g. 66 a 1.

Le droit de propriété, dans les limites que nous venons d'indiquer, appartenait tout d'abord au genre humain considéré comme unité morale. Nul originairement n'a le droit de distraire de la communauté une partie des biens terrestres et de se l'approprier à l'exclusion de tous les autres. D'après la loi naturelle, les biens temporels seraient plutôt communs. Si les hommes étaient tels que la loi naturelle leur pût être appliquée purement et simplement, c'est-à-dire s'ils se trouvaient dans l'intégrale condition de leur nature première, la communauté des biens terrestres serait le meilleur et le plus préférable des états *.

Cet état de nature idéal si souvent rêvé n'ayant jamais existé et ne pouvant être réalisé ni dans le présent ni dans l'avenir, depuis la chute de l'homme, la communauté absolue des biens n'a jamais pu être appliquée dans l'humanité et ne le sera jamais en dehors d'associations religieuses dont tous les membres tendent à se rapprocher de la perfection complète.

Le droit naturel, d'ailleurs, n'impose pas cette communauté ; il démontre seulement que c'est la forme de vie la plus équitable partout où les hommes sont ce qu'ils devraient être. Le droit naturel n'empêche pas davantage la constitution de la propriété individuelle quand les circonstances font envisager cette organisation comme meilleure pour tous •.

La distribution des biens, c'est-à-dire la propriété privée, ne dérive donc pas du droit divin, ni du droit naturel envisagé comme une émanation du droit divin ; elle est ratifiée seulement par le droit naturel comme un arrangement plus avantageux, dans la plupart des cas, pour la collectivité que la communauté de biens qui, avec les passions qui troublent le cœur de l'homme, rendrait la vie sociale impossible '.

* Ambres. Offic, 1, 28, 132.

* Thomas, 1.2. gg. 4 a 5 a 3; 2. 2 g. 66 a. 2 ad 1 ; a 7. c. Lugo, de jure et justitia d. 6. n. 6.

* C'est dans ce sens que N. S. P. le Pape Léon XIII, dans son Encyclique du 28 décembre 1878, parle ainsi : Jus proprietatU na^ turali legs sancUum, Le droit naturel a sanctionné la propriété

i90 LA FIN D*UN MONDE

Ed reconnaissant la propriété individnelle, TEglise ne lui en a pas moins gardé son caractère d'usufrnit, de simple délégation, elle y a attaché l'obligation de n'en jouir que dans de très strictes limites et de distribuer leur part à ceux qui souffrent.

Le secours donné à leurs frères n'est point de la part des riches une grâce qu'ils font à la communauté ou à un particulier; ce n'est pas davantage l'abandon de leur propre droit; e*est l'accomplissement d'un devoir attaché à un droit qui n'a été concédé que pour l'avantage commun.

Gela est tellement vrai que tous les théologiens ont reconnu le droit de prendre, en cas d'absolue nécessité, ce qui vous était nécessaire.

Aujourd'hui les juges qui appliquent les lois de notre Gode athée condamneraient à la prison un malheureux qui, après être resté trois jours sans manger, aurait pris un repas sans payer. Sauf quatre ou cinq, Mk* Freppel, M. de Mun, M. de Gassagnac, M. Daynaud, les catholiques de la Ghambre, Mackau en tête, ont voté cet article sauvage de la loi sur les récidivistes qui condamne à la relégation à la Guyane, c'està-dire à mort, un infortuné coupable seulement d'avoir été convaincu de vagabondage trois fois de suite, c'est-à-dire coupable, non pas même d'avoir pris quelque chose, mais d'avoir dormi sur la voie publique, sur la terre sans maître.

L'Eglise, plus humaine, admet parfaitement que, non seule-

individuelle, il Ta ratifiée, approuvée, mais cette propriété ne dérive pas de lui.

Saint Isidore, cité par saint Thomas, admet comme chose démontrée que la communauté des biens est de droit naturel et que la volonté des hommes a seule modifié cet état premier, c Chez tous les peuples, dit-il, la possession commune ae toutes choses et la liberté personnelle sont de droit naturel. Or ces deux choses ont été modifiées, changées par les lois humaines. Donc la loi naturelle n'est pas immuable. »

C'est en se plaçant au même point de vue que Pascal a dit à ceux qui possèdent : « Cet ordre n'est fondé que sur la seule volonté des législateurs qui ont pu avoir de bonnes raisons, mais dont aucune n'est prise d'un droit naturel que vous ayez sur ces choses. >

ment on prenne dans le cas d'absolue nécessité, mais encore qne lorsqu'on voit an être humain dans cette situation, on enlève quelque chose aux riches pour le lui donner ^

M Dans le cas d'extrême nécessité, dit saint Thomas, toutes choses sont communes et celui qui se trouve dans une telle nécessité peut prendre ce dont il a besoin pour sa subsistance quand il ne se trouve personne qui veuille le lui donner. Pour la même raison on peut donner l'aumône du bien d'autrui et le prendre même dans cette intention, s'il n'est pas un autre moyen de secourir celui qui est dans une extrême nécessité. Mais, quand on le peut sans danger, on doit s'assurer de la volonté du possesseur pour venir, même dans ce cas, au secours de l'indigent*. >

Les théologiens n'entendent excuser nullement le vol, car l'argument de nécessité ne peut en aucune façon rendre licite ce qui est illicite, et alors pourrait excuser le mensonge, le parjure ou l'apostasie. Us déclarent seulement qu'une action qui, dans d'autres circonstances, serait vol, n'est plus un vol, et, en raisonnant ainsi, ils tirent tout simplement la conséquence logique des motifs qui ont fait

* Sainte Zelle, la patronne des servantes, en allant un jour à la messe dès Taube, par un temps de neige, vit sur les marches de règlise un pauvre si vieux, si cassé, si grelottant sous ses haillons, Qu'elle n'y put tenir; elle revint au logis prendre le manteau ue son maître et le jeta sur les épaules du mendiant.

J'avoue, qu'à notre époque de scepticisme, un maître auquel on enlèverait ainsi son pardessus trouverait peut-être ce zèle un peu excessif. Malgré tout, dans ces légendes de saints, il y a toujours quelque chose de touchant, d'attendrissant, de poétique. Ces sales républicains francs-maçons, au contraire, ne se contentent pas de nous prendre notre pardessus, ils nous ont mis nus comme des petits saints Jean et jamais ils ne donnent rien h personne.

*Ad tertium dicendum auod in casu entremœ necessitati$ omnia sunt communia: unde ticet ei qui talem necessitatem patitur accipere de alieno ad sustentationem si non invenit oui sioi dare velit. Et eadem ratione licet habenti aliquid de atieno de hoc eleemosynam dare (quinimo et accipere) si aliter subvenisse non posset necessitatem patienti. Si tamen fleri potest, sine periculo^ débet requieita domini voluntate oauperi providere extremam necessitatem patienti) 2, 2 qusst. 32. 7. ad. 3).

accepter le système de la propriété particulière dans Tintérêt même de tous. Dès que la société manque à son devoir envers un de ses membres et qu'elle lui refuse l'absolu nécessaire, il est réintégré dans son droit primitif et rentre dans le système de la communauté. Il y a un point, en un mot, où Tempiètement sur le droit d*autrui cesse d'être injustice, parce que ce droit lui-même a cessé d*étre justice, parce que ce droit a cessé d'être droit *.

* Si vous voulez bien voir l'àme d'un Jacobin, considérez Tindignation de Paul Bert dans son livre la Morale des Jésuites, en rencontrant cette assertion dans le P. Gury. « La nécessité excusant le vol ! » exclame ce Pharisien qui semble ne pas comprendre Sue l'Eglise autorise à prendre un pain pour ne pas mourir, égard ez ce qu'il a pris, le bon apôtre, par lui-même ou par les siens, à la communauté. Le grand-père, ancien professeur de collège, dépouille de leur propriété les Dominicains d'Âuxerre qui s'étaient confiés à lui. Le petit-fils se fait allouer un traitement fabuleux pour aller installer des maisons de jeu au Tonkin. La femme, millionnaire elle-même, n'a pas honte de se cramponner h ce budget en déficit pour en arracher encore queluue lambeau, et les républicains de la Chambre n'ont pas honte davantage de nous faire payer le luxe de cette dame; ils lui accordent une pension de 12,000 francs, tandis que les parents de nos malheureux soldats morts là-bas n'ont pas un sou. Cette insatiable Ârtémise n'est pas contente encore ; elle harcèle les ministres de demandes; elle aspire un moment à remplacer comme surintendante de la maison de la Légion d'honneur M™^ Leray, qu'on a forcée de donner sa démission parce que son honnêteté gênait trop.

En dehors des titres de rentes et des pensions, voici d'ailleurs, d'après les journaux d'Auxerre, qui ont annoncé la vente sur licitation des immeubles lojssés par Paul Bert, l'état de fortune de cette famille plus intéressée qu'intéressante :

Une grande maison, sise à Auxerre, rue Yalentln, 31, connue sous le nom de « Trésorerie générale». —Mise à prix, 80,000 francs.

2o Une autre grande maison bourgeoise, sise à Auxerre, rue Ghante-Pinot, n** 5, avec magnifique parc et jardin. — Mise & prix, 70,000 francs.

4' Le domaine du Président, situé à la porte de la ville d'^\uxerre, contenance de 12 hectares 73 ares 51 centiares. — Mise à prix, 40,000 francs.

Et les bois de Montchaumont, sis communes de Parly et de Merry-la-Vallée, cantons de Toucy et Aillant-sur-Tholon (Yonne), contenant 152 hectares 99 ares 6 centiares. — Mise à prix, 150,000 francs.

Le total des mises & prix des biens de l'infortunée veuve Paul Bert forme la somme de 427,500 francs.

LE SOCIALISME GATUOLIQUË 193

Si TËgUse comprend ainsi la propriété individuelle, si elle fait, en quelque sorte, du riche un simple délégué n'ayant reçu une part plus considérable d'une propriété qui était jadis commune que pour distribuer à ceux qui n'avaieAt rien ce qui leur était nécessaire, quâlie sentence terriMe ne porte-t-elle pas contre ceux qui ne voient dans leurs richesses que le moyen d'en acquérir d'autres sans travail 1 /Depuis le Qui non laborat non manducet de saint Paul jusqu'aux protestations enflammées des Pères de l'Eglise que répètent tous les grands s ermonnaires chrétiens, on n'entend qu'une condamnation contre le riche oisif. Le Capitalisme, c'est-à-dire l'Usure, « l'exécrable fécondité de l'argent », est voué à l'anathème sous toutes ses formes./

« L'intérêt du capital est un vol, » dit saint Bernard *, et ce mot résume le débat. « Celui, avait dit avant saint Bernard saint Grégoire de Nysse, qui nommerait vol et parricide l'inique invention de l'intérêt du capital ne serait pas très éloigné de la vérité. Qu'importe, en effet, que vous vous rendiez maître du bien d'autrui, en escaladant les murs ou en tuant les passants, ou que vous acquerriez ce qui ne vous appartient pas par l'effet impitoyable du prêt I »

C'est en vain qu'on ergoterait sur le sens du mot prôt à intérêt, celui qui, sans travail, double son capital en quelques années est un usurier, il a pris à la collectivité plus qu'il ne lui a donné ^.

Tout ceci était une vérité pour l'école sociale catholique de J848, et dans une brochure fort remarquable : le Dernier mol du socialisme par un catholique, la question est très clairement résumée.

Un homme possède 200,000 francs en immeubles, ou autrement, voilà sa propriété, son bien.

• Serm. IV. Super Salve regina,

■J'ai cité dans la France juive et dans la France juive devant VOpinion l'opinion de la plupart des Pères de l'Eglise sur cette question. Je ne crois pas devoir insister davantage sur ce point.

194 LA FIN d'un MONOB

Cet homme ne se livre à aucun travail productif, il reste complètement oisif. 11 ne crée donc par lui-même aucune Yaleur qui puisse «goûter un centime à ses 200,000 francs de fortune. Ainsi donc, s*il dispose de 50 centimes seulement en plus de ses 200,000 francs, ces 50 centimes, ne provenant pas de son propre travail, seront évidemment le produit du travail d*autrui.

Est-ce 200,000 francs qu*il possède, oui ou non ? Ce n'est donc pas 200,000 fr. 50 centim^^. Il est bien convenu qu*îl n*a pas produit oar son propre travail une seule obole. Rien de plus clair et de plus précis que son bilan. Le voici dans toule sa vigueur mathématique :

Avoir 200,000 fr. »

Travail personnel 0 — »

Total 200,000 fr. »

Cet honune dépense 10,000 francs par an, ce qui fait exactement 200,000 francs en vingt ans. Il est donc de toute évidence aue, s*il ne dépense que son propre bien, que ce qui est à lui, il ne possédera plus rien absolument la vingt et unième année.

Celle arithmétique est bien simple.

Il avait 200,000 fr. »

Il a dépensé 200,000 — •

Reste 0 fr. i

Mais avec le revenu ou Tintérêt du capital, cet homme dépensera éternellement ses 10,000 francs par an, et si nous le faisons mourir à la soixantième année de sa jouissance, je suppose, il aura déboursé 600,000 fr. >

Les héritiers successifs, sans apporter un rouge liard par leurs biens ou leur travail personne:, pourront dépenser toujours aussi 10,000 francs annuels pendant mille et mille générations, et, en les arrêtant à la vingt-quatrième seulement, ils auront dépensé 6,000,000 — »

En tout 6,600,000 fr. »

Or, ces gens n'avaient et n'ont jamais eu de leur propre bien que 200,000 francs, auxauels ils n'ont pas ajouté un centime par leur travail personnel, ci 200,000 fr. »

Ils ont donc dépensé de plus qu'ils

n'avaient. 6,400,000 fr. »

Est-ce clair ? est-ce précis ? Que vous appeliez cela revenu,

intérêt du capital, tout ce qu*il vous plaira, un seul fait reste ûdbontestable.

n est parfaitement établi :

1® Que la fortune totale de votre privilégié n'était que de 200,000 fr. »

2* Son travail personnel a été de . • 0 — »

3^ La fortune de ses héritiers successifs et leur travail personnel de 0 — »

Total 200,000 fr. »

Deux cent mille francs, vous l'entendez, pas une obole de plus ! Or, ceux qui ne possédant que 200,000 francs, et D'avant pas gaçné un centime de plus par leur propre travail, ont cepenaant dépensé 6,600,000 francs, ont nécessairement, inévitablement pris à d'autres les 6,400,000 francs qu'ils ont dépensés en plus que leur fortune ^

Si, descendant des hauteurs de la Théologie, on interrogeait rilîstoire, on trouvait que l'ancienne Monarchie française, la Monarchie très chrétienne, s'était, dans le possible des choses humaines, constamment inspiré des enseignements de TEglise. Sans doute elle n'avait pu empêcher bien

* C'est ce que le mathématicien Lhermittè résumait en un mot en parlant de la question de l'intérêt rémunérant à perpétuité une somme de travail une fois produite et qui ne se renouvelle plus : « Je ne puis comprendre un effort défini produifant un effet indéfini. »

Bossuet n'admet la rente qu'à la condition qu'on s'engage à ne jamais réclamer l'argent dont on vous sert la rente, à la condition qu'elle soit « un vrai achat où le prix de la chose achetée, c'est-à-dire de la rente, passe incommutablement en la puissance du vendeur ». Il insiste sur ce point. « Il ne faut donc pas, dit-il dans son Traité de VUsure^ regarder la rente comme un profit de mon argent, mais comme l'effet d'un achat parfait. Que si je veux tout ensemble pouvoir retirer et la rente et le prix auquel je l'ai achetée, il est clair que je ne fais pas un achat et que mon contrat a toutes les propriétés d'un vrai prêt; et ce que j'appelle rente a toutes les propriétés d'une vraie usure, telle que la Loi de Dieu la définit et la défend, ou cette défense n'est plus qu'un nom inutile.

« Quoi donc, dira-t-on, on ne pourra pas acheter une rente pour un temps? On le peut sans' doute; mais, en l'achetant, il ne faut plus espérer de revoir le prix de l'achat; autrement, on confond tout, et on appelle achat ce qui, en effet, ne diflère en rien du prêt. »

des abus et bien des exactions, mais, toutes les fois que le Capitalisme, la Finance, avait dépassé certaines limites, la Royauté avait mis le holà et envoyé les argentiers trop cupides au gibet de Montfaucon. Elle avait, dès le xiv^ siècle, non par fanatisme, comme le prétend M. Franck, mais par mesure de salut public, expulsé le Capitalisme à loque jaune du Juif, elle n'entendait pas qu'il revint sous le pourpoint de satin deSemblançay ou avec les canons de dentelles de Fouquet...

A la un de chaque règne la machine s'encrassait un peu, mais, au commencement de tout règne nouveau, il y avait un récurage général ; c'est le seul mot qui rende exactement le caractère de celte opération.

J'ai raconté le récurage qui eut lieu au début du règne de Louis XV. Sous ce titre : La chasse aux Financiers sous Colbert, M. Gustave Rouanet a écrit une page d'histoire magistrale qui éclaire d'un jour tout nouveau un des épisodes les plus intéressants du règne de Louis XIV*.

Tout est singulier, d'ailleurs, dans le temps présent. Ce sont les socialistes qui sont obligés d'apprendre quelle était, en matière de finance, la manière d'agir de la Royauté à des gens qui déclarent que la France est perdue sans la Monarchie et qui, pour la plupart, ne se doutent pas ce qu'a été cette Monarchie...

Quand Colbert arriva aux affaires, les Finances étaient à peu près dans la situation où elles sont aujourd'hui. Sous toutes les formes et par tous les moyens le Trésor était mis au pillage. Tandis que toutes les aristocraties, aristocratie de naissance et aristocratie du talent, les gens du monde, les écrivains, les artistes s'agenouillaient devant Fouquct comme on s'agenouille aujourd'hui devant les Rothschild, Colbert, l'ancien commis du Long vestu, s'entretenait avec Louis XIV et lui montrait l'effroyable prélèvement des hommes de rapine sur les hommes de travail. Le grand

^ lievue socialiste^ mars 1887.

roi comprit le grand ministre et, le 5 septembre 1661, à midi, au sortir du conseil à Nantes, d'Artagnan, capitaine des gardes, touchait Fouquet à Tépaule et lui disait : » Au nom du i^oi, vous êtes mon prisonnier. »

Le surintendant avait des relais partout, comme les financiers d'Israël ont partout des télégraphes et des téléphones, et un des valets de chambre d&Fouquet, en crevant des chevaux, put arriver jusqu'à Paris et faire mettre quelques valeurs en sûreté; mais Colbert était un malin et sut plus tard retrouver le magot.

Une fois Fouquet en prison, dès novembre 1661, un édit parut, créant une Chambre de Justice, et, les admirables considérants de cet édit placés en tête d'un décret suffiraient aujourd'hui à exciter l'enthousiasme général pour le gouvernement, quel qfu'il fût, qui vengerait ainsi la conscience publique.

Un petit nombre de personnes, y est-il dit au nom du roi, profitant de la mauvaise administration de nos finances, ont, par des voies illégitimes, élevé des fortunes subites et prodigieuses, fait des acquisitions immenses et donné dans le public un exemple scandaleux par leur faste et par leur opulence, et par un luxe capable de corrompre les mœurs et toutes les maximes de l'honnesteté publique. La nécessité des temps, la durée de la guerre nous avaient empesché d'apporter les remèdes à un mal si dangereux ; mais à présent que nos soins ne sont point divertis comme ils Testaient durant la guerre, pressés par la connaissance particulière que nous avons prise des grands dommages que ces désordres ont apportés à notre Estât et à nos sujets, et excités -d'une juste indignation contre ceux qui les ont causés, nous avons résolu, tant pour satisfaire à la justice, et pour marquer à nos peuples combien nous avons en horreur ceux qui ont exercé sur eux tant d'injustice et de violence, que pour en empescher à l'avenir la continuation, de faire punir exemplairement et avec sévérité tous ceux qui se trouveront prévenus d'avoir malversé dans les finances et délinqué à l'occasion d'icelles ou d'avoir esté les auteurs ou complices de la déprédation qui s'y est commise depuis plusieurs années et des crimes énormes de péculat qui ont épuisé nos finances et appauvri nos provinces.

C'est dans l'étude même de M. Gustave Roaanet qu*an homme d'Etat hponéte et prévoyant, désireux de se faire un plan de conduite pour l'avenir, devr^^ étudier la série des mesures prises pour que les financiers ne puissent dénaturer ou dissimuler leur fortune. L'essentiel en pareil cas est de ne pas perdre de temps.

Pour permettre aux enquêteurs de saisir rapidement ces opérations, nous dit M. Gustave Rouanet, il fut prescrit que les individus devraient se tenir prêts à fournir sous huit jours un état justifié de leurs biens de 1635 à 1661. Cet état devait présenter, avec la situation détaillée et justifiée pour 1635 à 1661, un tableau des mutations survenues durant cette pé> riode : héritages, acquisitions en leurs noms ou sous des noms supposés, sommes données à leurs enfants, soit en mariage, soit en acquisition de charge — le tout exigible sous les huit jours. — « Faute de ce faire, disait l'arrêté, ce délai passé seront tous leurs biens saisis et commis à l'exercice de leurs charges et procédé extraordinairement contre eux comme coupables de péculat. En cas qu*après ladite saisie, ils ne satisfassent pas dans un second délai d'un mois, tous les biens acquis par eux nous demeurent incommutablement acquis et confisqués sans espérance de restitution . »

Il était à supposer que ceux qui se sentaient menacés allaient avoir recours aux ventes simulées, substitutions, obligations antidatées. Golbert avait tout prévu, tout calculé. L'arrêté déclarait nulles les ventes, obligations, cessions , contrats, toutes transactions, en un mot, accomplies par les financiers de 1635 à 1661. De plus, le Roi, c'est-à-dire l'Etat, s'attribuait première hypothèque sur tous leurs biens pour les sommes qui seraient fixées par la taxe de restitution.

Pour réussir dans son œuvre de justice, Golbert s'appuya sur le peuple et un service de rabatteurs fut organisé partout pour empêcher le gibier de s'échapper.

Un moDitoire de la Ghambre de Justice enjoignit aux fidèles et paroissiens de faire connaître la retraite des financiers qui se seraient enfuis, le lieu où ils auraient caché des sommes d'argent et des effets précieux. Les vicaires et les curés durent prononcer l'excommunication contre tous ceux

qui, ayant connaissance de semblables délits, ne les dénonceraient pas .

Enfin, a il fut fait défense aux gouverneurs des places fron tières et capitaines de navires et de vaisseaux de laisser sortir les financiers du royaume à peine d*en respondre en leurs propres et privés noms ».

Des exemples vigoureux apprirent au pays transporté de joie qu*il y avait une justice en France. Les financiers qui étalaient le plus insolemment leur luxe la veille furent envoyés aux galères ; d'autres furent pendus haut et court comme Dumon, l'intendant qu'on pendit devant la Bastille, sous les fenêtres mêmes de Fouquet...

Savez-vous ce que rapporta cette lessive sociale entreprise avec fermeté par un ministre patriote ? Six milliards.

Jugez de ce que produirait aujourd'hui une opération de ce genre qui porterait sur les monstrueuses extorsions juives qui se sont succédées depuis cinquante ans seulement.

Quand Colbert prit les finances, écrit M. Rouanet, le Trésor était sans un sou et le peuple écrasé. Deux ans après seulement, les impôts étaient diminués, le revenu net des contributions augnienté ; on remboursait 120 millions d'offices, une marine était créée, ainsi qu'une industrie dont Colbert, malgré les systématiques dénigrements économistes, fut proclame le père.

D mérite devant l'histoire un titre encore plus glorieux aue celui de père de l'industrie : celui de Père et de Justicier au Peuple.

Avec des mesures analogues une Chambre de Justice, soutenue par le concours du peuple tout entier, reconstituerait sur des bases nouvelles l'organisation du travail et, sans rien troubler que les voleurs, sans déranger le pays, on assurerait la paix sociale pour de longues années.

Telles étaient les pensées et les souvenirs qui venaient à l'esprit quand on apprit que les Catholiques allaient combattre de nouveau sur le terrain social. Quelle action n'était pas susceptible d'exercer sur ce monde, livré à toutes les

exploitations, un groupe de Français qui pouvait se réclamer d'une si noble conception de la justice sociale, qui pouvait montrer dans le passer monarchique de la vieille France tant d'exemples de terribles châtiments exercés sur les parasites et les financiers 1

On ne fait, je crois, que constater une évidence en avouant que Fessai a lamentablement échoué.

Les Cercles catholiques se sont ajoutés à tant d'oeuvres* édifiantes et honnêtes qui existent déjà en France, aux patronages sans nombre où des hommes pleins d'abnégation s'efforcent de préserver les ouvriers, les jeunes gens, les jeunes filles exposées à tous les dangers sur le pavé de Paris ; ils n'ont déterminé aucun grand courant d'idées ; ils n'ont, en réalité, qu*une médiocre signification sociale.

Retournez le programme sous toutes les faces, interrogezle dans tous les sens, vous y trouverez, incontestablement, un très louable dévouement à la classe ouvrière, un très vif désir d'obtenir du législateur des lois qui améliorent la condition des travailleurs, mais, en définitive, tout se réduit, à des paroles de résignation : « Ne vous révoltez; prenez votre mal en patience ; le bon Dieu vous attend là-haut, prêt à ouvrir la porte du paradis aux prolétaires qui auront été bien sages^ qui n'auront pas demandé d'augmentation de salaires et qui auront toujours payé leur terme avant midi. »

C'est en vain qu'on m'accuserait d'exagération. Quels droits assurent aux ouvriers ces pieuses confréries, ces comités d'honneur où figurent, à côté de prolétaires, des représentants des classes dirigeantes ?

Rien de plus touchant, je tiens à le répéter, que ces rapprochements des heureux de la terre et des déshérités; rien de plus propre même à faire disparaître bien des préventions et bien des malentendus, mais cela ne sort pas de l'ordre du sentiment.

L'ouvrier, je ne le nie pas, après avoir prié et chanté le dimanche se retrouvera le lundi l'âme plus contente, mais U n'aura pas obtenu la plus légère modification à la loi d'airain

des salaires ; il n'en sera pas moins esclave et, j'ajoute, que le patron n'en sera pas plus libre. La concurrence contre laquelle il lutte Tempècherait, en eût-il la volonté, de rien changer aux règlements sur le salaire et les heures de travail.

Les membres riches des Cercles catholiques ouvriers me font involontairement songer à ces oiseaux compatissants qui viennent voler autour de leurs compagnons en cage ; ils apportent aux captifs un peu de Tair du ciel, ils leur parlent, dans une petite chanson, de la campagne, des bois, des horizons bleus, mais ils ne peuvent pas leur ouvrir la porte et leur donner la clef des champs.

Sans doute, de même qu'il y a des maisons bénies pour les domestiques, il y a des coins momentanément heureux comme ce Val-des-Bois que dirige M. Harmel et dans lequel tout le monde vit dans la paix et dans l'union. Il s'est rencontré là tout un concours de circonstances favorables : le fils de M. Harmel continue l'œuvre de son père et l'entrée dans cette famille de M. Gabriel Ardant, un des hommes de notre génération qui connaissent le mieux la question sociale et qu'une si effroyable douleur a atteint après quelques mois de bonheur, semblait une garantie de plus pour l'avenir. Mais, enfin, que les Harmel,. pour une raison ou pour une autre, soient obligés de vendre le Val-des-Bois et qu'un Juif ou un Franc-Maçon l'achète, que restera-t-il de cette organisation ?

Je suppose que l'acquéreur soit le député Trystram par exemple. Celui-là, comme le Baudouxde Belgique, le solidaire dont biT a saccagé l'usine, est un de ceux qui ne voient dans la fortune que l'occasion de faire du mal aux âmes. Dans sa diabolique malfaisance il veut enlever à ceux qu'il exploite l'espérance même d'une autre vie, la croyance à un Dieu, la consolation d'un peu d'idéal. La Croix nous a renseigné sur le compte de ce député du Nord, qui, pour obtenir l'appui de la Maçonnerie, force les ouvriers à insulter Dieu dans l'immense usine à pétrole qu'il possède .

Dans cette usine, nous raconte le vaillant journal, ordre

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formel est donné à tous les ouvriers, sans exception, de se rendre à leur travail le dimanche. Le lundi, ils sont libres de travailler ou non ; mais, s'ils s'absentent le dimanche, on les congédie sans pitié. Hier, vers cinq heures du soir, je passais près de cette usine, et j'entendais les ouvriers blasphémer.

Une heure après, un générateur éclatait et communi-

âuait le feu à toute l'usine, brasier immense dont les ammes s'élevaient à cent mètres et semblaient menacer le ciel. Deux hommes ont été carbonisés, quelques autres ont des brûlures très graves à la tête et aux mains.

n ne reste plus qu'un amas de débris qui fumeront encore bien des jours ; c'est la seconde fois que cette usine Trystram brûle à vingt-cinq ans de distance .

C'est d'ailleurs le seul établissement de ce pays où les ouvriers soient contraints à travailler le dimanche. N'est-ce pas une leçon que la divine Providence semble donner à ces patrons impies et à ces ouvriers trop dociles?

De temps en temps, en effet, d'effroyables accidents se produisent. Les ouvriers, surmenés de fatigue, n'ont plus la force d'attention nécessaire, le générateur saute comme au mois de novembre dernier. Dans ce cas, les patrons francs-maçons, qui sont assurés, se contentent de rire jusqu'au jour où les ouvriers, logiques à la fin, diront ce que les ouvriers belges ont dit à Baudoux : t Puisqu'il n'y a rien au delà de cette vie, pourquoi nous épuiserions-nous à travailler pour t'assurer des millions ? Flambe et meurs I »

Que feraient les ouvriers du Val-des-Bois si un nouveau patron les contraignait à travailler le dimanche ? Quel droit leur garantirait dans ce cas le cercle fondé par eux dans cette usine où quelques-uns des leurs sont employés depuis vingt ans ? Il leur resterait, comme aux ouvriers de Ghagot ou comme aux terrassiers de Paris, mais pour un autre motif, la ressource de se mettre en grève, et, s'ils voulaient passer à l'action et se révolter, M. de Mun serait le premier à leur dire de se tenir tranquilles.

A quoi servirait une loi sur le repos du dimanche, en admettant qu'elle fût votée par la Chambre ? Est-ce qu'on

LE SOCIALISME GATUOLIQUB 303

applique ces lois-là ' ? Est-ce qu'on a applique la loi sur le travail des enfants ? Quand un industriel a contrevenu une vingtaine de fois à cette loi, on le décore comme le ciragiste de Lockroy. Parfois c'est le contre-maître qui viole la loi par humanité. Une femme vient trouver ce contre-maître, lui dit : tt Voilà l'hiver, nous n'avons pas de quoi manger à la maison ; tâchez donc de faire gagner quelques sous à mon fils qui vagabonde. »

Il en sera de même pour la loi sur les accidents : quand les ouvriers savent que s'ils témoignent contre le patron ils seront renvoyés et que leur famille criera la faim, ils y regardent à deux fois.

Les patrons ne courent aucun risque. Pour quelques centaines de francs payés comptant les chefs de contentieux des compagnies d'assurances, se chargent de faire capituler les familles, c Voulez-vous transiger, oui ou non ? Si vous n'acceptez pas nous plaiderons, puis nous irons en appel :

* Même lorsque cette loi existait, les Catholiques au pouvoir non seulement ne Tappliçiuaient pas, mais punissaient les magistrats qui voulaient l'appliquer. Eugène Loudun, dans le deuxième volume du Journal de Fidus^ raconte un épisode bien caractéristique.

« Le 15 janvier 1880, écrit-il, parut dans la Revue du Monde catholique un article, bien fait, sur les origines de la loi relative à VObservation du Dimanche et où Ton racontait le fait suivant : Le Procureur de la République de Foix, M. Salvagniac, avait cru devoir écrire aux ju^es de paix et aux maires de son ressort, pour les inviter à faire exécuter cette loi, et fermer les cabarets voisins de Téglise pendant la célébration du culte. Aussitôt le Préfet écrivit aux maires de ne pas tenir compte de la lettre du Procureur de la République, envoya un rapport à Paris, et, dix jours après, le Procureur de la République, strict observateur de la loi, recevait du ministre de la Justice avis de sa révocation,

«Or, on croirait volontiers que cette mesure a été prise en ce temps-ci par les radicaux qui se sont faits nos maîtres et l'on n'en serait pas étonné; il n'en est rien. Ce fait de persécution religieuse, cette violation de la loi, cette brutale révocation d'un fonctionnaire qui la voulait faire exécuter, est de la période du ministère du 16 mai 1877, et le ministre de la Justice était alors M. de Broglie. >»

Ajoutons que Tarticle était de M. Robinet de Glery, ce qui établit suffisamment la scrupuleuse véracité du fait.

c'est un procès qui durera deux ans, en admettant que vous obteniez Tassistance judiciaire vous avez tout le temps de mourir avant que l'arrêt ne soit rendu. »

Force est de constater, pour être sincère, que tous les efforts tentés par les grands industriels pour inspirer des sentiments chrétiens à leurs ouvriers n'ont qu'assez médiocrement réussi. Je n'ai à sonder le cœur de personne et j'admets que les Schneider, dont M™« Ratazzi nous a dépeijit jadis le peu catholique intérieur, aient trouvé leur chemin de Damas. Les ouvriers, quant à eux, n'ont pas cru à ces con> versions. Pendant la première moitié de ce siècle, la Bourgeoisie, qui souscrivait au Yoltaire-Touquet, chantait les chansons de Béranger et acclamait Paul-Louis Courier, n'a cessé de pervertir le Peuple resté si longtemps croyant et de lui prêcher le mépris de la religion . Aujourd'hui elle change de ton, mais le mal est fait, le Peuple est fixé et s'imagine que les classes dirigeantes vont tout simplement chercher les Sacrements comme on va chercher la garde, quand les choses commencent à se gâter....

11 faut ajouter, pour être complètement impartial, que beaucoup de catholiques raisonnent un peu comme cela et que la Charité se rencontre plus souvent chez eux que Tespril de Justice.

Cette manière de voir s'explique aisément. La Charité est accessible à des esprits parfois très étroits qur?lle prend par l'orgueil; la Justice demande des intelligences plus hautes : si de petites âmes peuvent être charitables, de uran Jes âmes seules peuvent être justes. li y a, en outre, dans la Justice un désintéressement entier qui n'est pas toujours dans la Charité. L être charitable est béni, remercié, comparé à une Providence terrestre, il goûte une véritable volupté personnelle; rhomme juste ne goûte pas plus de satisfactions que celui qui paye ses dettes.

Beaucoup d'excellents catholiques ne se font pas scrupule d'exploiter ceux qu'ils emploient, quitte à prenilre sur les bénéfices réalisés de quoi accomplir des œuvres de chanté. On

ne se doute pas du prix auquel travaillent certains écrivains religieux qui sont simplement d'obscurs héros destinés à ne connaître aucune des satisfactions de leurs camarades de l'autre camp, à n'avoir jamais ni la célébrité, ni Targent.

Pour vous montrer comment on comprend chez certains catholiques le rapport entre le Capital et le Travail, je vais vous citer un exemple, en le choisissant dans une lamille qui jouit, et avec raison, du respect de tous et qui occupe toujours le premier rang quand il s*agit de bonnes œuvres.

Les Mame, dont je vous parle, ont mérité véritablement d*étre comptés parmi les bienfaiteurs de la ville de Tours ; ils ont construit des maisons ouvrières, des écoles, des asiles ; ce sont incontestablement de très braves et très honnêtes gens.

Au moment du mariage d'une de ses sœurs, Louis Yeuillot, que la question d'argent ne préoccupa jamais que lorsqu'il s'agissait de rendre service aux autres ou d'accomplir son devoir envers les siens, céda aux Mame, moyennant une somme de 10,000 francs, qui servit de dot à sa sœur, la propriété de cinq volumes : Pierre SaintiveSj Rome et Lorette, les Pèlerinciges en Suisse et deux autres dont le titre ne me revient pas. Gr&ce à leur immense clientèle, les Mame gagnèrent certainement une centaine de mille francs avec ces cinq volumes ; c'était leur droit.

Quand Eugène Veuillot voulut élever à son illustre frère un monument définitif, en publiant une édition complète de ses œuvres, il dut s'adresser aux Mame. Savez- vous ce que demandèrent ces grands éditeurs catholiques ? La restitution des 10,000 francs, plus l'engagement que les volumes des œuvres complètes où figureraient les livres à eux cédés autrefois ne pourraient jamais se vendre séparément.

Veuillot se trouve donc avoir produit, avoir créé, et ce sont les intermédiaires, les agents de seconde main qui ont, en réalité, bénéficié seuls du fruit d'un travail qu'ils n'ont pas accompli

C'est absolument contraire à toute justice sociale. Les Mame, qui sont, encore une fois, très honnêtes, très généreux

même dans d'autres circonstances, ne se sont pas doutés une minute que le bénéfice perçu par eux était usuraire.

Sur ce point les idées sont plus larges de l'autre côté. Au début de leur carrière, les Micbel et les Galmann Levy n'ont évidemment pas été des pères pour les écrivains, mais aujourd'hui, dans la situation où ils sont, ils agiraient avec moins d'àpreté que les Mame, vis-à-vis surtout d'un coreligionnaire à eux, d'un défenseur de leur religion.

Bien des choses seraient à dire encore sur les causes qui rendent stériles les efforts tentés pour ramener à l'Eglise le monde ouvrier.

L'usine est tellement corruptrice par elle-même, qu'elle corrompt jusqu'aux travailleurs qui franchissent son seuil avec des habitudes chrétiennes.

Je me souviens d'une conversation que j'eus à ce sujet avec un grand industriel qui occupe 4 à 5,000 ouvriers.

C'est un Catholique pratiquant, un homme au cœur d'or ; il a distribué la France Juive à tous les curés de sa région. Je ne lui connais qu'un défaut, c'est d'avoir choisi Jacob comme professeur d'escrime et de lui donner 25 louis par mois ; il croit aux coups qu'enseigne ce maître au certificat facile et il a voulu^ comme on dit, m'en mettre quelques-uns dans la main ; ~ ce à quoi je me suis refusé avec une énergie qui se comprend...

Un jour, après déjeuner, nous causions des ouvriers.

— Je ne sais pas ce qu'ils ont, me dit-il, mais je prends des ménages en Bretagne, dans des pays où ils communient tous les huit jours, et, au bout de six mois, ils ne veulent plus même aller à la messe. . .

Cet industriel est, cependant, un homme de caractère et il n'est pas d'humeur à ne pas se permettre pour le Bien ce que les Francs-Maçons se permettent pour le Mal. Au moment de la Fête-Dieu, il place ses ouvriers en ligne, inspecteur en tête, contre-méiître en serre-file, et commande : « Par le flanc droit, en avant... arche pour la procession t n

Dans rétat actuel il ne fait qu'exercer son droit et personne ne s'en plaint, car, après l'office, un lunch généreusement servi réunit tout le monde. L'observateur social, néanmoins, aurait peine à voir là un retour spontané du prolétariat à TEglise.

C'est M. de la Tour-du-Pin qui a mis le doigt sur la plaie en quelques lignes mélancoliques où l'on trouve plus le sens du temps présent, la claire-vue de ce qui est, que dans bien des pompeuses déclamations.

L'Eglise, dit-il, a sans doute toutes les vertus; mais elle n*a pas celle de sauver tous les hommes; et la préparation morale à recevoir l'Evangile qu'elle a rencontrée chez les

Seuples primitifs contemporains de l'ère chrétienne n'a guère e rapport avec l'état intellectuel, physique et social du prolétariat moderne dans les grandes agglomérjsitions où le prolétariat recrute ses séides.

Oui, c'étaient de belles âmes que ces âmes vierges de barbares, ces fils du Nord qui croyaient à Odin, le dieu vaillant, qui, lorsque les Walkyries n'étaient pas venues les choisir pour la mort sur le champ de bataille, se tailladaient le corps avant d'expirer de vieillesse, pour ne pas arriver sans blessures dans le séjour des guerriers braves. C'étaient des cœurs tout disponibles pour la semence sacrée que ces Germains aux chastes mœurs qui, enthousiastes et ravis^ écoutaient dans la forêt d'Arminius les récits de leurs prophétesses. Le bruit de la mer, le frissonnement mystérieux des chênes séculaires formaient comme un prélude d'orgue à la parole d'Espérance et d'Amour qui allait retentir à leurs oreilles ; ceux-là étaient préparés à la Bonne Nouvelle...

Est-ce donc l'état d'esprit, l'état physique et moral des malheureux qui ne peuvent travailler dans certaines industries qu'avec un flacon d'essence sous le nez pour ne pas tomber empoisonnés, de ces ouvriers de raffineries qui vivent dans une atmosphère de 50 degrés, de ces porions enfouis pendant des journées entières sous la terre?

Qui de nous serait chrétien dans ces conditions? Après une journée d'écrasante fatigue, un repas de corps où noas avons eu la tète cassée par les vins de qnelque restaurateur fameux, un voyage seulement de vingt heures en chemin de fer, prions-nous bien ? Non ; les pures et ferventes prières par lesquelles nous touchons le ciel, par lesquelles nous communions véritablement avec ]e Maître des mondes, nous viennent dans la fraîcheur des impressions matinales ou dans le silence des soirs, quand nous pouvons méditer sur cette Nature qui est si surnaturelle, sur THomme, « le miracle des miracles, le grand et inscrutable mystère de Dieu »,

L'esclave antique lui-même était dans une meilleure préparation morale que l'ouvrier d'aujourd'hui. Les stoïciens au pouvoir, les Antonin et les Marc-Aurèle avaient adouci par des dispositions plus humaines le sort de Fesclave que TËglise seule devait définitivement affranchir. Les lois antiques avaient uni par faire de l'esclave presque un homme, tandis que les lois actuelles font de Thomme moins qu'un esclave....

L'esclave avait le pain assuré, il avait son pécule ; Touvrier, après avoir travaillé pendant cinquante ans, meurt à rhôpital sans laisser de quoi se faire enterrer.

Regardez, dans les faubourgs de grandes villes, en quel voisinage vivent les ouvriers : des assommoirs, des filles battant le trottoir, des souteneurs attendant leur prêt,.. Quel ressort d'âme ne faudrait-il pas pour s'élancer de ce tremplin boueux vers le Beau inQni, vers Tldéal radieux 1

Ceci ne doit faire qu'augmenter notre estime, j'allais dire notre admiration, pour les ouvriers des Cercles catholiques. Il y a là encore des héros chrétiens qui, pour le Christ, endurent sans se plaindre, joyeusement, les mauvais procédés des compagnons d'atelier, parfois même s'exposent aux dénis de justice de patrons libres penseurs, c'est-à-dire ennemis de la liberté de penser chez les autres.

Sur une liste de souscription figure cette mention : « 10 centimes pour la grâce que Dieu m'a faite de supporter sans

colère Toutrage d'un camarade qui m'a craché à la figure parc% que j'appartenais à un Cercle catholique *. >

Nous bondissons à. la seule pensée de ^ette injure et nous retirons» d'instinct, la baguette d'arrêt du reYolver que nous portons tous dans nos poches, suivant l'exemple que nous donnent nos députés, qui, d'après le compte rendu du procès Dreyfus-Rabuel, ne vont jamais à la Chambre sans se munir d'une arme à la fois offensive et défensive. Le mouvement que nous éprouvons prouve tout simplement que nous ne sommes pas encore assez avancés en sainteté et que nous n'avons pas tué en nous le vieil homme, ni môme le jeune homme, qui est parfois plus dangereux encore.

Un tel acte est tout simplement magnifique.

Mais ce sont là des manifestations isolées, des grâces particulières, des efforts individuels. La grande masse, par le fait de l'organisation sociale d'aujourd'hui, est trop violemment courbée vers la terre pour avoir même la liberté de donner une minute en une année aux idées élevées qui étaient familières aux plus humbles artisans d'autrefois. /La vérité est que la société sortie en 89 des Loges maçon-

* Les &me8 de Slaves ont parfois de ces besoins de s'humilier, de se dompter elles-mêmes, de s'imposer- de ces expiations extraordinaires oui brisent l'orgueil humain. En ceci apparaît cet esprit, cette soif même de sacriGce que Tolstoï a traduit avec une étrange puissance et qui rendent si redoutable l'armée russe où chacun sait mourir dans le rang, sans une plainte, silencieusement.

Un témoin oculaire me racontait à ce sujet une scène superbe : Il )r a quelques années, un grand seigneur russe, le comte K..., était assis, un soir de bal d'Opéra, dans le grand salon du café Riche. « Il y a dix Juifs ici ! » s'écria-t-il tout à coup, en regardant autour de lui. Les assistants se dirent : c Ou ce monsieur est ivre ou il cherche une affaire. — Il y a dix Juifs ici! reprit le Russe d'une voix calme. Je suis le comte de K..., et je n'ai jamais menti. Or, je déclare sur l'honneur que si un de ces Juifs veut me souffleter, je ne lui enverrai pas de témoins. » Trois fois il répéta sa question. A la fîn un Juif s'approcha, hésita un moment et toucha le comte au visage. Le Russe baissa la tête et ne dit rien ; il venait de payer, en recherchant ce qu'il estimait sans doute la plus honteuse des humiliations, quelque grande faute ignorée de tous mais qui pesait à sa conscience.

niques et des complots de la Eabale juive est née h Tétat de péché mortel; elle n'a pas été baptisée, elle est en dehors de TEglise et elle n*est bonne qu'à jeter à Fégout.

Voilà rœuvre à laquelle auraient dû s'employer les Catholiques, sans essayer de faire entrer des éléments d'égalitéet de justice dans une organisation qui ne les comporte pas.

Albert de Mun semblait désigné pour se mettre à la tête de cette reprise de la France par elle-même. On eût dit qu'il était appelé par la Destinée.

Hélas f il faut bien souvent répéter à notre époque le mot du grand écrivain anglais : « Nous avons connu des Temps qui appelaient assez fort le grand homme, mais ne le trouvaient pas quand ils l'appelaient I II n'était pas là ; la Providence ne l'avait pas envoyé ! Le Temps appelant de toutes ses forces devait sombrer dans la confusion et la ruine, parce que le grand homme ne voulait pas venir quand on l'appelait. »

Nous sommes dans ces jours-là : le Temps appelle, mais personne ne répond.

C'est pour moi surtout qu'un portrait comme celui d'Albert de Mun est difficile à faire. Sans avoir été des amis intimes du comte de Mun, j'ai vécu assez près de lui pour connaître les précieuses qualités du grand leader catholique, pour constater aussi que, parmi toutes ces qualités, beaucoup sont de celles dont on l'aurait volontiers dispensé en échange de quelques défauts qui lui manquent...

Je n'ai pas à louer l'orateur ; la nature a été prodigue de ses dons envers le comte de Mun. Rarement, au dire même des adversaires, on a entendu une parole plus noble, plus persuasive et plus pure. La haute distinction de celui qui parle, cette distinction véritablement aristocratique, c'est-àdire très aisée et très simple, ajoute à l'attrait qu'exerce le fondateur des Cercles.

Ce que le public connaît moins, c'est la puissance d'application au travail, l'infatigable zèle, la belle discipline de

LE SOGIALISHE CATHOLIQUE 211

yie du secrétaire général des Cercles catholiques. H est levé à 5 heures du matin et, à Theure où nous ronflons encore, il a déjà entendu la messe ; en revenant, il se met devant son bureau et, en dehors de la préparation de ses discours, il écrit une cinquantaine de lettres par jour. U répond à tout le monde ; il s'occupe de toutes les questions qui lui sont posées par les comités de province ; né un peu hautain, impertinent, prompt à trouver le mot railleur, il s'est réformé par TefTort de sa volonté, et il est le même, c'est-àdire charmant, pour tous ceux qui s'adressent à lui.

Riche ou, du moins, très à Taise, s'il n'avait eu qu'à se préoccuper de lui et des siens, le comte de Mun est relativement pauvre , pour un homme sur lequel pèsent tant d'obligations, et il a réduit au plus simple le train de sa maison pour suffire, en même temps qu'à l'éducation de ses enfants, à mille charges qu'on devine. Cet ancien ofQcier de cavalerie a renoncé, non sans un gros regret, au luxe trop coûteux d'un cheval; ce patricien habite au quatrième étage, il a un intérieur fort modeste, et la salle à manger offre, pour tout ornement, quelques faïences révolutionnaires et une panoplie formée de l'armure, de l'épée et du casque du cuirassier d'autrefois.

Voilà une de ces figures, il me semble, que nous pouvons montrer à l'Europe, qui nous juge trop d'après la fripouille toujours en scène aujourd'hui, une figure qui fait honneur non seulement à un parti, à une cause, mais au pays tout entier.

Pour compléter le portrait, il faut ajouter que l'éloquent représentant du Morbihan rassemble aussi peu que possible à l'image que s'en font quelques naïfs. Nul n'est moins paladin, chevalier d'aventure. Le hardi capitaine, dont l'armée admirait le courage dans les combats qui eurent lieu sous Metz, est dans la vie civile d'une prudence ecclésiastique, d'une prudence de curé de paroisse riche à Paris.

Rarement on vit un être moins primesautier, plus circonspect, plus attentif à ne se point mêler à des débats où il ne

S12 Lâ fin D*Ulf MONDE

serait pas sûr de trouver un succès personnel, plus habfle h ne se point compromettre pour les autres et à se défiler, avec une diplomatie de grand seigneur, dans les moments enibarrassants. Il est aussi incapable d'une déloyauté que d'mi élan spontané : c'est un cœur sec, un cerveau très froid, mais qui obéit à une conscience droite.

Ceci explique, qu'après des débuts si brillants, le fondateur des Cercles ouvriers n'ait pas joué un rôle plus considérable. Il n'a rien aflîrmé de ce que la Providence l'avait appelé à représenter, il a été, en quelque manière, le négateur ou le négatif de lui-même.

U appartient à la vraie noblesse, à la noblesse née sur le sol de France ; il a son écusson dans la salle des Croisades à Versailles, et il aurait pu personnifier la haine du Juif allemand envahisseur, exciter toute 1î^ France îi la révolte contre ces parasites étrangers dans un langage qui aurait remué les cœurs, réveillé au lonJ des provinces la fibre nationale.

Il parle au nom d'une Eglise qui a constamment combattu le Capitalisme, et il aurait pu protester contre les iniques fortunes des usuriers triomphants, contre les Rothschild, les Hirsch, les Erlanger; et, en dehors même des Catholiques, beaucoup se seraient groupés autour de lai et auraient acclamé ces flétrissures vengeresses.

Il a été un intrépide officier, et il aurait pu s'adresser à l'armée et lui crier comme je Tai fait moi-même, mais avec moins d'autorité évidemment que n'en aurait eu de Mun : € Mes camarades, ne vous trompez pas ; à la prochaine occasion ne frappez plus sur l'ouvrier ; frappez sur le Juif qui vous insulte, qui vous appelle « des Polichinelles de sacris- « tie, » qui outrage nos croyances, qui vole notre argent. »

Il est royaliste, et il aurait pu rappeler quelles étaient les pratiques constantes de l'ancienne Monarchie à l'égard des trip :»teurs et des financiers.

Il aime sincèrement les ouvriers, et il aurait pu, sans aller bien loin dans le socialisme, promettre quelque chose aux

LE SOCIALISME GATnOLIQUE 213

déshérités auxquels toute Torganisation des Cercles ne donne pas un ûfrelin, leur dire : « Quand nous aurons repris tout ce qui a été Yolé à la coUectiyité, tout le inonde aura sa part» comme nos aïeux l'avaient après les batailles. »

Au bout de quelques années, Thomme qui, pouvant tout oser, grâce à rinviolabilité parlementaire, aurait tenu de semblables discours, aurait été Thomme le plus embarrassant du pays pour les Francs-Maçons qui nous exploitent : il aurait été pour la France, râlant sous le talon du Juif, ce que sont les chefs irlandais pour Tlrlande martyrisée et pressurée par TAnglais, — à la condition, bien entendu, de se placer sur le même terrain qu'eux.

Si les chefs irlandais sont si populaires en effet, si le P. Keller, mis en prison, est porté en triomple par la foule, si Ton jonche sa voiture de fleurs, c'est que tous les nationalistes, prêtres en tête, parlent, non pas certes un langage révolutionnaire, mais un langage humain; ils ne disent pas à ceux qui les écoutent : u Si nous réussissons, vous aurez de quoi satisfaire tous vos appétits de plaisir et de luxe. » Ils leur disent : « Vous serez propriétaires du champ que vous cultivez ; vous mangerez à votre faim de ces pommes de terre que vous avez semées et que vous récoltez pour d'autres. »

L'effet serait tout différent, si ces amis du peuple venaient dire à leifr auditoire : « Adorez la volonté de Dieu l IL a trouvé bon que vous travailliez pour des land-lords dont vous n'avez jamais vu la figure et qui dévorent le prix de vos fermages avec des artistes de Covent Garden ou de Drury Lane, avec les premiers sujets de la troupe de Mapleson ou de Mayer. Il faut vous résigner. »

Il est probable qu'à un semblable discours Paddy répondrait : « Foin de ce Dieu-là ! Foin de ces prêtres ! Foin de ces chefs ! »

Ala voix d'Albert de Mun, parlant en homme et en Français, toutes les énergies se seraient groupées autour de lui, toutes les bonnes volontés, tous les jeunes enthousiasmes seraient

yenns à lui. Ayec les moyens dont l'œuvre des Cercles, très affaiblie maintenant, a disposé un moment, il se serait formé une Ligue prête à profiter de toutes les circonstances et qui aurait très' probablement empêché les grands sacrilèges et les grands vols de ces dernières années. Si, à chaque emprunt, à chaque coup de Bourse, à chaque crime contre les consciences, les Juifs avaient trouvé placardée partout une affiche annonçant seulement qu'on veillait, qu*on prenait acte du nouvel attentat, les financiers d'Israël auraient réfléchi et auraient renoncé à subventionner la République, à condition qu'elle persécute les Chrétiens.

Rien de tout cela ne s'est produit. La foule s'est pressée autour de l'orateur éloquent; elle a prêté l'oreille pour entendre un cri de colère et en même temps un cri de ralliement, un mot d'ordre, et elle a entendu seulement un homme d'un immense talent lui dire : « Messieurs, si vous le permettez, je vais vous entretenir aujourd'hui de la fréquentation des Sacrements et des effets de la Grâce fortifiante. »

Alors tout le monde est parti peu à peu. Pour agir, en effet, il semble tout simple de s'adresser à un homme d'action, à un soldat, mais, pour les questions de conscience, on préfère le plus humble prêtre de campagne. C'est son état à celui-là, sa mission ; il a reçu le sacrement de l'ordre pour cela.

Quoiqu'il se soit relevé dans l'opinion, dans les dernières discussions de la Chambre, à propos des lois relatives aux accidents du travail, discussions dans lesquelles il s'est surpassé lui-même comme orateur, Albert de Mun est déjà un peu usé; il éveille la sensation du déjà vu, du déjà entendu. 11 aurait pu songer un moment à être un O'Connel; il est menacé de finir comme unChesnelong, renouvelant sans cesse les mêmes protestations, mais dans des termes vagues, incolores et qui ne s'adressent à personne, qui ne parlent ni des Juifs, ni des financiers, ni de quoi que ce soit qui touche à la vie réeUe.

Qui ne connaît l'aventure de cet ancien mihtaire qu'on

avait converti et qu'on avait amené à une conférence de Chesnelong, à. Lille, je crois. Ghesnelong énumérait tous les attentats commis et tous ceux à commettre...

— Enfin, interrompit le militaire, si on allait jusqu*à tel point, que feriez-vous ?

— Ce que nous ferions 7 s'écria Ghesnelong, avec un geste majestueux, ce que nous ferions ?... Nous protesterions avec toute rénergie de notre indignation.

Que voulez-vous ? C'est un guignon sur nous, un maléfice.

n semble qu'un magicien, aimé du Diable, ait reçu de lui le pouvoir de jeter des sorts grotesques sur tous les hommes en évidence et de leur faire faire absolument le contraire de ce qui semblerait être dans l'évolution naturelle de leur personnage.

Dans cette fin de société tout nous apparaît dans l'illogisme particulier aux songes, dans l'incohérence de ces visions nocturnes, extravagantes et baroques, où les gens se livrent précisément à tous les actes que l'on n'attend pas d'eux, où des enfants vous sermonnent et où des vieillards, très graves, vous invitent à jouer aux billes.

Nos pères ont vu la duchesse de Berry essayer de soulever à elle toute seule la Vendée, parcourant la campagne en habit d'homme, et ils se sont dit : «Palsambleu ! je ne sais pas si le fils de cette gaillarde mourra dans son lit, mais, quand il aura seulement dix-huit ans, il faut s'attendre à le voir débarquer quelque part et devenir un rude embarras pour le gouvernement quel qu'il soit. > Le fils de cette vaillante, le descendant du Béarnais, a consacré quarante ans de sa vie à écrire des lettres pastorales à ses sujets et les médecins nous ont dit qu'il était mort d'indigestion parce qu'il avait mangé des fraises trop mûres...

On prend pour Président un Maréchal qui a passé sa vie au feu et on se dit : « Pourvu qu'il ne sacre pas trop et qu'il ne fasse pas trop brutalement sonner son sabre ! » Le Maréchal fond en larmes et, quand il faut se servir de son sabre, il s'enfuit devant une poignée de braillards.

S16 LA FIN d'un monde

On a la chance de trouver pour le parti catholique un chef qui a porté la cuirasse, un homme solide et bien portant qui est dans toute la force de Tâge... il se met à dire la messe et à distribuer des bénédictions aux fidèles...

n n*y a eu jusqu'ici qu'un Français qui ait organisé une résistance matérielle effective contre ceux qui venaient Tattaquer... et c'était un abbé : le curé de Ghâteauvillain.

Le cas d'Albert de Mun, d'ailleurs, est intéressant et fournit Toccasion d'une étude psychologique piquante. Tant qu'elle a le régime monarchique, qu'elle regrette si vivement, l'Aristocratie se révolte, se mutine, s'insurge, conspire : il n'est pas une famille noble qui n'ait été mêlée un jour ou l'autre à un soulèvement ou à un complot. Aujourd'hui que nous avons la République, l'Aristocratie est sage comme une image. Ceux qui conspirent et qui cherchent à s'insurger sont toujours des plébéiens.

L'obéissance tout ovine des représentants des classes dirigeantes est incroyable. Ils auraient suivi jusqu'au bout de la France le pan de chemise foireux de Grémieux en disant : c C'est le drapeau national. » Il ne serait pas venu une minute à quelques chefs l'idée de se dire : « Avant daller nous faire tuer, si nous cassions la tête à ces gens qui se sont emparés du pouvoir sans aucun droit, pour les remplacer par des gens un peu plus sérieux. » U en serait de même aujourd'hui. On mettrait au pouvoir tous les Meyer de la terre, des Gabriel Levy et des Rappaport que les hautes classes ne tenteraient rien pour les renverser et, sur un signe d'eux, iraient à la boucherie comme des moutons.

Je ne parle pas, bien entendu, d'échauffo urées ridicules, de descentes bêtes à propos de rien dans la rue. Je dis qu'il , n'y a nulle disposition prise pour profiter de circonstances mênae favorables, nul ferme propos de saisir une occasion pour se révolter, pour compliquer un mouvement populaire éclatant à Paris par un soulèvement en province, pour faire

LE SOCIALISME GATHOLIQUE 217

ce qu'auraient déjà fait depuis longtemps des nobles et des bourgeois d'autrefois ^

Evidemment la Terreur a vaincu. Quelque braves qu'ils puissent être individuellement, les .hommes qui ont perdu tant des leurs en 1793 ont encore dans les oreilles le roulement des charrettes et le bruit du couteau en tombant, ce tlô sinistre et sourd qu'a noté Ignotus.

On ne se révolte même pas moralement quand la chose est sans danger. De Mun ne va pas chez les Juifs, il les déteste, il les méprise et jamais il n'attaquera Rothschild dans un discours.

Interrogez-le, dites-lui :

— Voilà un pays qui commence à mourir de faim, admet-

* C'est à proprement parler un appel à l'insurrection que je fais et un encouragement à mes concitoyens à former des bandes armées pour renverser le gouvernement établi. Je crois, cependant, bon substitut, que tu ne me poursuivras pas. Il faudrait que tous les jurés sans exception fussent immoraux comme des Yen.*, pour me condamner, après avoir entendu le seul témoin que je ferais citer. J'ajoute qu'il est complètement sourd, ce qui jettera quelque gaieté dans l'assistance. A la question du président qui lui demandera son âge, il répondra : « Merci, monsieur le président, pas mal, et vous. »

Comme tout finit par s'expliquer dans la vie, on parviendra à savoir que mon témoin s'appelle Madier de Montjau et qu'il est questeur de la Chambre.

— Questeur, monsieur le président, c'est-à-dire investi par la confiance de ses collègues du soin de veiller sur la sûreté de l'Assemblée; il est logé, chauffé et blanchi pour cela et reçoit 15,000 francs d'appointements.

— Que voulez-vous à cet homme respectable ?

— Monsieur le président, si c'était un effet de votre bonté, je voudrais que vous lui demandiez ce qu'il pense de l'insurrection.

— Ce que je pense de l'insurrection, mais je ne puis que vous répéter ce que j'ai dit à la tribune de la Chambre dans la séance du 27 octobre 1887 : Le droit à V insurrection est un droit sacré que le temps a confirmé,

— Vous voyez, monsieur le président, que je ne pouvais prendre un guide meilleur que ce questeur et que la Chambre elle-même, qui, malgré le déficit du budget, a voté un certain nombre de millions pour faire des pensions aux insurgés de 48. Mes intentions étaient pures : en invitant mes lecteurs à s'insurger, .i'ai voulu simplement les encourager à faire un placement à la caisse d'épargne et à se préparer des ressources pour leurs vieux jours...

218 LA FIN d'un MONOB

tez-Tous que nous continuions à demeurer en admiration devant les milliards des Rothschild sans oser y toucher ? n a trois milliards aujourd'hui, il en aura 6 dans dix ans, 12 dans vingt ans, 24 dans quarante ans, la fortune d*un seul homme représentera l'existence d'un million de familles et nous resterions dans l'attitude des captifs des bas-reliefe ninivites apportant les fruits de leurs champs à un Schalmoun-Asir à barbe crespelée qui, en signe de domination, met le pied sur la tête des vaincus agenouillés. Qu'en pensezvous î

— C'est un peu fort.

— Pourquoi ne ûétrissez-vous pas, au nom des lois de l'Eglise, au nom des droits de notre race, ces exactions usuraires ?

— Je ne puis pas...

Au fond, rhomme qui a une tournure de vrai paladin, c'est Hirsch. U vous dit tranquillement et dédaigneusement, au mois de novembre dernier : « J'ai tant gagné avec ces bêtes et ces lâches de Français, que je donne cent millions aux établissements charitables Israélites d'Allemagne, de Gallicie et de Roumanie *. »

Cent millions 1 Avouez que cela vous a une certaine allure et, qu'à cette hauteur, l'écumeur de Bourse finit par toucher au conquistador. Quel contraste dans cet aplomb, dans cette martialité de financier triomphant et l'attitude d'un de Mun dont la famille est depuis mille ans sur la terre de France et qui n'oserait pas énumérer et mettre un à un, au pilori, en les nommant par leur nom, les grands voleurs juifs de Paris I

* « Le baron de Hirsch, dit le Figaro du 9 novembre 1887, vient de donner 100 millions aux différents établissements de charité israélites d'Europe.

c Cette somme sera partagée entre les œuvres israélites au prorata de leurs besoins et du nombre d'indigents qu'elles soutiennent. »

En m'envoyant cette coupure du Figaro, un employé de commerce, qui m'écrivait au nom d'un groupe de ses camarades une lettre pleine de sentiments élevés, me faisait remarquer

G*est toujours ce peintre si intuitif et si profond de Tàme humaine, ce Garlyle, que je relisais dans les bois, cet été, avec tant de fruit pour le perfectionnement de ma méthode et tant de profit pour l'agrandissement de mon intelligence, qu'il faut consulter sur ces points. Il vous dira que ce qui fait la plus-value de l'homme, c*est la diminution en lui de la Crainte.

La valeur encore aujourd'hui vaut (Valour is still value). Le premier devoir pour un homme, c'est encore celui de subjuguer la Crainte, Il nous faut devenir francs de Crainte; nous ne pouvons pas agir du tout jusqu'alors. Les actes d'un homme sont serviles, non vrais, mais spécieux ; ses pensées mêmes sont fausses, il pense aussi comme un esclave et un couard jusqu'à ce qu'il ait réussi à mettre la Crainte sous ses pieds. Pour un homme c'est une nécessité d'être, un devoir et une nécessité, d'être vaillant ; une nécessité de marcher en avant, et de s'acquitter en homme, s'en remettant imperturbablement à la désignation et au choix des Puissances d'en haut ; et, en résume, de ne pas craindre du tout. Maintenant et toujours, le degré plus ou moins complet de sa victoire sur la Crainte déterminera en quelle mesure il est homme.

Depuis la Révolution les représentants des hautes classes, même les hommes de dévouement et de vertu, vivent dans

u'au verso de ces quelques lignes, comme contraste à ce don ^'un si méprisant dédain pour le Goym, on lisait le cri de douleur de nos malheureux ouvriers français : la Chanson de Jean Mùère :

• Décharné, de haillons vêtu,

Jean Misère s'est abattu Au coin d'une impasse !

Dans sa douleur il s'écriait ;

Ah : mais.

Ça ne finira dune jamais !

Si vous croyez que cette {pensée empêchera Paristocratie da se ruer chez Uirsch quand il daignera rouvrir les portes de l'hôtel de la rue de l'Elysée, vous vous trompez considérablement. Hirsch, du reste, a la spécialité des insolences cinglanteM contre les Français. C'est lui qui faisait répondre à un des chefa du parti légitimiste, à propos d'un projet de mariage pour son fi:g Lucien mort depuis : « Je suis assez riche pour entretenir m. fiHe, mais je ne veux pas entretenir le père. »

LA FIN d'cn um.nde. 15

une Crainte perpétuelle ; je ne dis pas dans la Peur, remarquez-le, de Mun certes n*est pas un homme à avoir peur, je dis dans la Crainte.

La Peur et la Crainte ne sont pas la même chose. La Peur est une impression toute instinctive , un mouyemeut tout physique ; la Crainte est un état d'esprit, un amoindrissement du pouvoir actif de l'être, presque une maladie mentale. On peut surmonter la Peur : on croit entendre des gens remuer dans Tombre, la nuit, dans son jardin, on va de ce côté, et l'on s'aperçoit que c'est une feuille qui tombe ; on guérit difûcilement la Crainte.

Demandez à des Catholiques, très courageux persomiellement, ce qu'ils craignent, Us vous répondront, en modifiant un peu le vers de Racine:

Je crains tout, cher Abner, et n'ai pas d'autre crainte.

En résumé le socialisme catholique, en France du moins, se réduit à une bénévolence incontestable pour l'ouvrier, à un désir très réel de soulager ses souffrances par la Charité, mais à la condition de ne rien changer à l'ordre social actuel. Les Catholiques semblent obéir à un impérieux besoin de monter la garde autour d'une société qui est la négation de tous leurs principes ; ils exercent avec conviction, au profit de la Franc-Maçonnerie qui les bafoue, une sorte de police supérieure destinée à faire tenir tranquilles les prolétaires en leur parlant du ciel. A ce point de vue on a pu dire que le fondateur des Cercles ouvriers n'avait point changé d'état^ qu'il avait permuté seulement et quitté les cuirassiers pour entrer dans la gendarmerie. . .

Tous les chefs sont ainsi ^ Il faut lire le discours sur les

• Il convient de faire exception pour le R. P. de Pascal qui, dans une brochure : la Juiverie, dont la sensation a été si vive, a rèaolument abordé le problème social et montré l'impossibilité pour une société d'exister avec des parasites qui, sans produire, drainent sans cesse l'argent produit par le travail des autres. Voir aussi le volume intitulé : Au peuple, par l'abbé Uarispe, et une brochure : de rOuvrier et du respect, par l'abbé Fesch.

Bapports delà propriété et du travailf pronoacé le 10 mai 1887 dans la première séance de la seizième assemblée des Catholiques par M. Ghesnelong, qui est certainement un des hommes les meilleurs que la terre ait portés. Ce discours, qui ne tient pas moins de seize colonnes du Monde ^ , est une œuvre extraordinaire et c'est un véritable tour de force que de pouvoir oratorer si longtemps sans toucher à une réalité.

L'orateur jie se doute évidemment pas de la situation économique actuelle; il n'a pas pris la. peine de parcourir Karl Marx, Lassalle ou même la Quintessence du socialisme^ de Schei'tle ; il parle du Capital comme Mably parlait des rois francs vêtus de peaux de bêtes et de leurs sauvages amours. < Si je connaissais, fait dire l'historien à une reine barbare s'adressant à Childéric, un plus grand héros ou un plus galant homme que vous, j'irais le chercher jusqu'aux extrémités de la terre. »

Si M. Chesnelong n'a pas lu Karl Marx, il semble n'avoir guère lu davantage TËvangile et les Pères de TËglise. Sans forcer la note, en effet, et sans tirer des paroles de saint Chrysostome et de saint Basile des conclusions communistes, il est incontestable que les docteurs qui se rapprochent le plus par le temps des traditions du Sauveur n'ont pas eu des préventions favorables pour les riches, en dehors même de l'emploi qu'ils font de leurs richesses.

Lorsque Notre-Seigneur dit : u II est plus aisé à un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le royaume des cienx, » il ne parle pas d'un mauvais riche, mais d'un riche qui pratique les commandements et distribue d'abondantes aumônes.

C'est à tous les riches que saint Jacques s'adresse lorsqu**!! écrit :

Diôu n'a-t-il pas choisi ceux qui étaient pauvres dans ce monde pour être riches dans la loi et héritiers du royaume qu'il a promis à ceux qui l'aiment ?

• Monde^ 13 mai 1887.

Et vous, au contraire, vous déshonorez le pauvre. Ne sontce pas les riches qui vous oppriment par leur puissance? Ne sont-cc pas eux qui vous traînent devant le tribunal de la Justice ?

Ne sont-ce pas eux qui déshonorent le nom auguste du Christ dont vous avez tiré le vôtre ?

Vous, riches, pleurez, poussez des cris et comme des hurlements à la vue des misères qui doivent fondre sur vous.

La pourriture consume les richesses que vous gardez, les Ters mangent les vêtements que vous avez mis en réserve.

La rouille gâte Tor et l'argent que vous cachez et cette rouille s'élèvera en témoignage contre vous et dévorera votre chair comme un feu. C'est là le trésor de colère que vous amassez pour les derniers jours.

Sachez que le salaire crue vous faites perdre aux ouvriers qui ont fait la récolte de vos champs crie contre vous, et que leurs cris sont montés jusqu'aux oreilles du Dieu des armées ^

Bien des siècles après, Bourdaloue, qui n'est certes pas un prédicateur de guerre sociale, s'arrête, anxieux, devant la constitution de certaines propriétés et dit : « Il y a à l'origine des grandes fortunes, des choses qui font trembler. »

Avec Chesnelong, l'antienjie change : les titres de rentes lui paraissent des titres à un commencement de canonisation et nous retrouvons les privations méritoires du philanthropique Schulze (de Delizch) *.

* Epitre de saint Jacques, ch. ii, v. 5, 6, 7 ; ch. v, 1 et 2.

* Tout le monde connaît la fameuse brochure de Lassaile: Capital et travail, ou M, Basliat-Schulze {de Delizch),

Ce Schulze (de Delizch) personniGait un type assez commun chez les Protestants et qu'on rencontre fréquemment dans Test de la France^ le manufacturier libéral, le négrier sentimental, le bourreau bienfaisant. 11 exploite les travailleurs plus durement que les autres, mais il s'afiuble du petit manteau bleu du philanthrope ; il fait bâtir des cités ouvrières sur des terrains invendables et présente ce placement comme un acte de muuiûcence. Il écrit dans des revues d'économie politique, achète «quelques actions d'un journal grave comme le Temps et s'y fait louer. Quand il ne peut pas arriver à se comprendre lui-même, il s'attache, comme Menier, un jeune écrivain besogneux et le charge de rédiger pour lui.

Quoi qu'il en soit, ce Schulze (de Delizch) n'eut point une inspi-

D'après Toratear dn congrès catholique, la propriété individuelle est c le Droit lui-même en acte >.

Je le veux bien, mais qu*entendez-yous, ô Gbesnelong, par la propriété individuelle ? Vous me dites :

Dans le système de la propriété individuelle, le travail marche vers la conquête de la propriété, et quand, à force de fatigues, à force de soins, quelquefois à force de priva-tions très méritoires *, il a fait cette conquête, l'homme la garde, il s'y stabilise, en quelque sorte ; il la garde pour assurer la sécurité etTindépendance de sa vie et celles de sa famille. La propriété individuelle est donc, à vrai dire, une consolidation de travail accumulé, et elle repose sur ce principe de stricte justice que si l'on est maître de son tra-

ration heureuse en s'attaquant à Lassalle. Vous comprenez que lorsque le Juif est doublé d'un fantaisiste et d'un artiste comme chez Lassalle et qu'il veut dire la vérité sur toutes les impostures des économistes modernes, il ne fait pas bon discuter avec lui. Le malheureux Schulze (de Delizch) s'en aperçut. Le Juif à l'esprit terrible prit par la peau du cou ce Protestant prud'hommesque, le roula dans ses sophismes, dans ses tartufferies, dans ses mensonges, le cribla de quolibets, le larda d'ëpigrammes, le déchiqueta avec une férocité spirituelle qui excita dans toute l'Allemagne un universel éclat. de rire. Jamais exécution ne fut plus complète.

Comme Teau qu'il secoue a-reugle un chien mouillé,

Cette pluie de sarcasmes qui lui tombait à droite et à gauche anéantit littéralement ce pauvre Schulze qui, atterré, n'osa risquer un mot de réponse.

* Nous y sommes ! Voilà « les privations méritoires » que Ghesnelong a été ramasser dans le bagage de Schulze, alors qu'il n'aurait eu qu'à s'inspirer de la doctrine catholique pour parler de la plus magnifique façon des principes véritables sur lesquels se fonde le droit de propriété

La vibrante réplique de Lassalle au Protestant Schulze peut s'appliquer au Catholique Chesnelong.

« Le profil du Capital est le salaire des privations f Mot heureux, impayable! Les millionnaires européens sont des ascètes, des pénitents indiens, des stylites qui, un pied sur une colonne, le visage blême, les bras et le corps penchés en avant, tendent leur assiette au peuple pour recueillir le salaire de leurs privations! Du milieu du groupe saint s'élève très haut, au-dessus de ses co-pénitents, comme premier ascète et martyr, la maison Rothschild. Voilà l'état de la Société ! Comment ai-je pu le méconnaître à ce point 7

«Quels débauchés et quels libertins doivent être ces travailleurs*

vail, on est maître aussi des fiiiîts de ce travail. Et de même que l'homme se survit dans sa postérité, il doit se survivre aussi, au profit de ses descendants, dans la propriété qu'il a conquise par son travail. C'est rhcritage, et il n'est pas moins sarré que la propriété personnelle elle-même ; car il repose sur ce principe que les enfants sont la. continuation du père et qu'ils ne peuvent être déshérités des sueurs que le père, plus soucieux d'eux que de lui-même, a le plus souvent versées à leur service. (Très bien ! et applaudissements.)

Je ne désire déshériter aucun enfant « des sueurs de son père >, mais enfin, au moment de l'emprunt pour la libéraration du territoire, les Hothschild ont ^agnê en une semaine 450 millions. Vous me ferez difficilement croire qu'ils ont pu suer en huit jours pour 450 miliionâ. Ce serait alors un cas pathologique...

M. Sourigucs a raconté, en pleine Chnmbre, l'histoire d'ua certain emprunt du Honduras, dont M. Ghesnelong a certainement entendu parler. On avait trouvé moyen d'emprun* ter, pour un pays de 500,000 habitants, pays aride, sans industrie et sans culture, où pas un arbre n'a jamais voulu pousser, 187 millions sur lesquels l.:s Bichofîsheim, les Scheyer et les Dreyfus ont mis 140 millions dans leur poche.

à moins quMIs n'aient secrètement des maîtresses, des villas et des maisons de campagne où ils fêtent leurs orphies, puisqu'ils ne touchent aucun salaire de privations !

«c Mais, plaisanterie à part, car il n'est plus possible de plaisanter ici et la plaisanterie la plus amère éclate involontairement en ré\H)lte ouverte ! il est temps, il est bien temps d'interrompre la voix de ces castrats par le grondement d'une rude basse! Estil possible, — tandis qu'il en est du profit du Capital comme nous l'avons déjà suffisamment démontré et le démontrerons encore plus complètement, tandis que le Capital est l'éponge qui suce tout le surplus du travail et toute la sueur du travailleur, ne lui laissant que l'indispensable pour son existence — est-il possible qu'on ait le courage de qualifier devant les travailleurs le profit du Capital de salaire de privations de capitalistes qui se macèrent ? On a le courage de jeter publiquement à la face des travailleurs, de ces infortunés prolétaires, cette dérision, ce sarcasme inqualifiable! La conscience n'existe donc plus du tout et la honte a-t-eile fui chez les bêtes ? »

Vous aurez peine à me faire accepter, mon cher monsieur Chesnelong, que ce soit « à force de privations méritoires » ni même, à force de sueurs, que ces bons Juifs aient pu parvenir c à stabiliser >, selon votre expression, cette conquête de 140 millions.

Admettez-vous que ces 140 millions, ainsi enlevés, constituent ce que vous appelez : « Une consolidation du travail accumulé ? >

Ces 140 millions ont, cependant, été produits par des gens qui ont réellement sué ? De quel droit les Juifs exproprientils ces gens de leur sueur ? Pourquoi, dans votre discours, TOUS acharnez-vous sur les socialistes qui veulent modifier les conditions de la propriété individuelle, mais qui ont du moins cette excuse de travailler, à ce qu'ils croyent, dans Tintérêt de tous; et pourquoi ne dites-vous pas un mot de ceux qui arrachent chaque jour cette propriété individuelle aux autres, uniquement pour satisfaire leur propre cupidité et leur besoin de luxe ?

Je me suis laissé dire que, pour ne pas être ainsi dépouillés, nos pères avaient 1* habitude de vider le Juif de temps en temps et même de le brûler, pour enlever à Israël l'envie de recommencer de suite. Avez-vous quelque souvenir de cela?

A ce nom de Juif, qu'il a trouvé moyen de ne pas prononcer une seule fois dans une conférence sur la Propriété [et le Capitalisme, ce qui est plus fort que de jouer au bouchon, vous verriez M. Chesnelong.se troubler. Ce n'eA pas qu'il soit plus mêlé au monde juif que de Mun, mais il est convaincu, comme lui, que le plafond de la salle lui tomberait sur la tête s'il abordait cette question qui a été la question vitale du monde chrétien pendant des siècles. Pareil à un homme qui tenterait de cacher Notre-Dame avec un mouchoir, il s'imagine naïvement que Ton peut déchirer des pages entières do l'histoire de l'Humanité, faire oublier les Conciles, les Autodafés, les Dominicains, l'Inquisition...

A quoi cela sert-il? Qui espère-t-on tromper avec toutes ces

Si6 LA FIN D*UN MONDE

réticences, ces prétentions, ces habiletés cousues de fil blanc?

On comprend que Ton cherche à laisser dans la demiteinte quelque aventure, plus ou moins prouvée, arrivée à quelque prêtre d'autrefois, mais Tlnquisition n*a jamais eu rien de clandestin. Les Autodafés, que je sache, n'avaient pas lieu dans des souterrains : ils étaient célébrés au grand jour, sous les ruissellements du soleil, au chant des hymnes, mu bruit des cloches sonnées à toute volée. On serait mal Yenu à excuser ces actes en les mettant sur le compte des temps barbares : les Autodafés avaient lieu à l'époque où l'Espagne avait ses plus vaillants capitaines, ses plus audacieux navigateurs, ses plus savants théologiens, ses plus illustres poètes, ses plus fameux artistes, où ses grands hommes s'appelaient Pescaire, le duc d'Albe, don Juan d'Autriche, Farnèse, Fernand Gortez, Pîzarre, Cervantes, Galderon, Lope de Vega, Alonzo Gano, Velasquez, MuriUo.

C'est un fait social qu'il faut prendre tel qu'il est. Les Espagnols ont dit aux Juifs et aux Judaïsants : « Nous ne voulons pas du système juif ; nous ne voulons pas être réduits en esclavage; nous ne voulons pas travailler pour vous procurer des richesses. »

La meilleure preuve, du reste, que tel était le sentiment de tous, c'est qu'encore aujourd'hui, malgré tous les Baûer, aucun Espagnol, quel qu*il soit, ne travaille la dixième partie d'un ouvrier parisien, ce qui explique que nos voisins se portent tous à merveille. Il n'y a jamais eu qu'à Carthagène qu'otf ait pu réunir une population industrielle considérable, et son premier soin a été de bouter le feu à la ville...

Les Dominicains, qui se sont mis à la tète de l'Inquisition, ont donc été, en même temps que d'excellents religieux, de véritables patriotes, les dignes précurseurs des moines héroïques qui devaient défendre Saragosse contre les soldats de Napoléon.

Sans doute, les Inquisiteurs n'ont prononcé par eux-mêmes aucune sentence de mort, mais il ne faudrait pas pousser cet argument jusqu'à la tartufferie comme les cafards de

recelé libérale ; quand les chefs du Saint Office remettaient un Judalsant au bras séculier, ils se doutaient un peu de ce qui allait lui arriver...

Ce qu'il convient de dire, c'est que jamais procédure ne fut d'une plus admirable équité, d'une plus minutieuse circonspection, c'est que jamais tribunal ne prit autant de précautions contre une erreur possible, que jamais le respect des droits de la défense ne fut poussé aussi loin ^.

Sur ce point là, nous discuterons, à ciel ouvert, avec les apologistes infâmes du Tribunal révolutionnaire, avec ceux,, qui, dans les Manuels qu'ils imposent a nos enfants, n'ont pas un mot de blâme contre l'assassinat de tant de Français. Nous prendrons, non pas des récits contestables, mais les procès-verbaux des séances de tribunaux révolutionnaires, les six volumes de Wallon par exemple, qui ne s'est occupé que de Paris ; il nous suffira de les presser pour faire sortir de ces pages, arides et froides en apparence, des épisodes à faire tressaillir la conscience humaine, des égorgements de jeunes filles, de vieilles femmes tuées pour un rien, pour avoir gardé une statue de bonne Vierge chez elles, pour avoir eu une crise de nerfs sur un banc des Tuileries, près du pont Tournant, en songeant aux exécutions qui avaient lieu à quelques pas.

A ce point de vue, je vous recommande une très jolie scène esquissée plutôt que racontée à fond dans YUnivcrs*:

Un des plus grands écrivains modernes de l'Espagne,

• Je vous citerai un point entre mille. L'Inquisition défendait absolument de tenir compte d'aucun propos tenu dans l'ivresse ou môme dans un élan de colère qui rend Thomme irresponsable. Le Tribunal révolutionnaire, au contraire, rej^ardait l'ivresse comme une circonstance aii^ravanle et condamnait impitoyablement les malheureux ivrognes coupables seulement d'avoir proféré quelques paroles malséantes, considérant « que l'ivresse n'apportti pas de dérangement dans le fond moral de l'homme, mais absorbe seulement la reflexion et la présence d'esprit nécessaire pour dissimuler >. Est-il assez Jacobin ce considérant ? Pour les juges de ce temps, être ivre-mort était une vérité; qui se grisait, risquait la mort.

• Univers, 23 octobre 1887.

M*"" Rmilia Pardo, comtesse de Bazan, Fauteur d'une belle Vie de saint François d'Assise, avait tenu, il y a quelques années, à voir Victor Hugo, et le poète l'avait reçue avec la simple et magnifique bonne grâce qui lui était habituelle ; il avait parlé à sa visiteuse de l'Espagne, qu'il avait parcourue tout enfant, h la suite de son père ; puis, pour faire plaisir à quelques galvaudeux radicaux qui étaient là, il blâma discrètement rinquisition.

M'"« de Razan rectifia les erreurs du poète à ce propos et lui montra quels services avait rendus au pays cette patriotique institution dont le développement avait coïncidé avec la grandeur de l'Espagne.

Soudain, M"™" Lockroy, qui est, je crois, d'origine juive, se tourna vers l'étrangère et, avec un mauvais goût parfait d'ailleurs, glapit :

— Madame a sans doute appris l'histoire chez les Dominicains ?

L'Espagnole se leva et regardant bien en face cette malélevée, elle lui dit :

— Je n'ai pas eu l'iionneur d'apprendre l'histoire chez les Dominicains, car je la saurais, dans ce cas, mieux encore que je ne la sais. J'en sais assez pourtant pour ne pa? ignorer qu'il y a eu chez vous, il y a moins d'un siècle, un Tribunal révolutionnaire qui a dépassé toutes les horreurs faussement attribuées à l'Inquisition qui n'a jamais commis que des actes de justice. L'Inquisition n'a pas à se reprocher de crime comparable à l'assassinat d'André Chénier *...

* Quand la comtesse de Bazan rencontrera en Espap:ne de ces Juifs, déguisés en apôtres de la Civilisation et du Progrès, qui rôdent déjà dans son pays pour le ruiner, le trahir et le livrer à l'étranger, elle n'a qu'à les renvoyer à l'ouvrage de Wallon, qui n'est pas suspect puisque c'est le père de la Constitution actuelle. Qu'elle demande donc à ces partisans de la grande Révolution ce qu'ils pensent de cette exécution de frimaire an II où l'on guillotina en même temps que 24 artisans et laboureurs, 2 parçoris de quatorze ans et 2 autres de treize ans. L'un d'eux, déjà lie sur la planche, mais n'ayant sous le couteau que le sommet de la tète, dit à l'exécuteur : « Me feras-tu beaucoup de

M"** Lockroy rougit un peu sous cette leçon méritée et la figure blafarde et basse de Simon dit Lockroy se contracta dans une grimace atroce. Le poète, qui méprisait Lockroy plus encore qu'il ne le détestait, fut charmant toute la soirée pour la vaillante Espagnole.

L'auteur de Ruy Blas ne vécut pas assez pour connaître Allmayer, mais il avait entendu parler d'Erlanger et, dans son for intérieur, il jugeait sans doute que les Espagnols n'étaient point sots lorsqu'au lieu de tuer un poète comme Lopez de Véga ainsi que la Révolution tua André Clienier il mettaient le sans benito soufré aux grands voleurs juifs de leur temps.

On me demandera peut-être, à la fin de ce chapitre, quelle est la solution que je propose pour mettre fin à une situation grosse de menaces.

De solution, je n'en découvre qu'une, et je l'ai toujours proposée sans ambages.

mal 7 » Carrier vint en fiacre voir cette scène, mais le bourreau mourut d'épouvante le lendemain. rVoir Taine. Origines de la France contemporaine, t. III, p. 288.)

J'ai, d'ailleurs, à la disposition de M"** de Bazan des monceaux de faits de ce genre. Pour inspirer encore davantage la haine du Jacobin, nous avions pensé, Bl. Charles d'ilericault et moi, à écrire un volume consacré unic[uement aux humbles victimes, aux petits, non pas h ceux qui sont morts pour s'être mêlés plus ou moins à la lutte, mais à ceux qui ont été égorgés sans motif aucun, à des vieilles filles non nobles, charitables, qui n'ont jamais compris pourquoi on les tuait.

M"* de Bazan doit s'expliquer que la presse républicaine française étant tout entière aux mains des Juifs n'ait que des malédictions contre l'Inquisition et des adulations pour les tueurs de 93. Il y a un nommé Aulard, qui n'ayant pas de profession, s'est imaginé de lécher dans la Justice le sang qui faisait des taches de rouille sur les vieilles guillotines; on lui a donné une chaire en Sorbonne pour qu'il pût entreprendre en plein Paris l'éloge du régime qui a produit Joseph Lebon, Fouquier-TinvilIe et Carrier.

Ce sont ces scènes de cannibalisme que les républicans bourgeois, qui jouissent de leur reste, vont célébrer sur tous les tons pendant Tannée 1889. Après quoi on les exécutera eux-mêmeSf et ce sera rudement bien fait...

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Français, j*ai an cnlte véritable pour ceux qni avaient créé cette France d'autrefois qui était la première nation de l'Europe, pour des rois comme saint Louis, pour des ministres comme Golbert.

Qu'a fait Golbert, à Tezemple de tant d'autres avant lui? U a arrêté ceux qui s'étaient enrichis aux dépens de l'Etat et il les a forcés à rendre gorge.

Qu'avait fait saint Louis pour organiser le monde du travail ? Il avait mandé Etienne Boileau, il l'avait installé au Palais et il avait appelé devant lui les anciens de chaque oorps d'état. Après discussions, on fixait sur le parchemin ce qui semblait juste à tous et c'est ainsi qu'a été rédigé le code du travail qui a duré des siècles. / Imitons saint Louis et Golbert, mettons sous les verroux 300 individus juifs, catholiq?ies ou protestants de naissance, mais qui se sont tous enrichis par le système juif, c'est-à-dire par des opérations financières. Forçons -les à nous restituer les milliards enlevés à la collectivité contre toute justice, puis convoquons une Chambre économique, une Chambre exclusivement composée de représentants du travail et qui adoptera le régime qui lui semblera le mieux convenir aux intérêts de tous.

Une fois qu'ils auront à leur disposition un capital suffisant pour que le produit de leur travail leur arrive directe-^ ment, les ouvriers n'auront plus à se plaindre et je suis convaincu qu'ils s'organiseront d'une manière très pratique et très sensée. Aucune révolution violente n'ayant eu lieu, la période de transition sera très courte et on finira toujours par avoir une paire de bottes...

Ge que je demande, en un mot, c'est une « revision de la Révolution ^, selon l'expression de Jacques de Biez. La liquidation qui a eu lieu en 1789 s'est faite aux dépens des honnêtes gens et au profit des coquins, des parasites et des exploiteurs étrangers ; faisons la liquidation de 1889 aux dépens des coquins et au profit des honnêtes gens, des Français et des travailleurs...

C'est une amère plaisanterie que de prétendre, qa*en parlant ainsi, j*attaque la Propriété. Je respecte la Propriété et je suis loin de vouloir pousser jusqu'à l'exagération la doctrine des Pères de l'Eglise. La Propriété n'a pas le caractère sacro-saint que lui attribue Técole bourgeoise, mais elle a du bon... pour ceux qui possèdent? dira un homme d'esprit. — Oui, sans doute, et même pour ceux qui ne possèdent pas. La plupart des ouvriers intelligents sont de mon avis. Malgré l'effroyable démoralisation qu'ont semée dans toutes les consciences les tripotages éhontés de ces dernières années, malgré les haines qui fermentent partout, les prolétaires, pris dans l'ensemble, ne sont ni des niveleurs, ni même des envieux ; ils acceptent très bien qu'il y ait des millionnaires. Les millionnaires sont comme des fleurs dans un paysage, il en faut quelques-uns ; ils permettent aux industries de luxe de se développer et ils ont leur raison d'être.

La question change lorsqu'on se trouve en présence de gens qui, comme les Camondo, les Cahen d'Anvers, les Lebaudy, les Bamberger, les Ephrussi, les Heine, les Mallet, les Bichoffsheim, ont 200, 300, 600 millions parfois, qui n'ont acquis ces millions que par la spéculation, qui ne se servent de ces millions que pour en acquérir d'autres, agiotent sans cesse, troublent perpétuellement le pays par des coups de Bourse.

Cela n*est plus une propriété, c'est un pouvoir et il faut le supprimer quand il gêne. Le comte d'Armagnac était incontestablement propriétaire par droit d'héritage du comté d'Armagnac et Louis XI n*a pas hésité une minute à lui confisquer son comté *. Louis XI n'admettrait pas plus que

• Les royalistes influents, je Tai dit, sont absolument étrangers aux traditions de l'ancienne monarchie; ils ne s'en doutent même pas et n'ont jamais compris l'admirable figure de Louis Xi qui, à. notre époque, noierait dans le sang la féodalité juive. L'école positiviste qui, au point de vue du mouvement social, a certaines idées élevées, compte parmi les grands hommes auxquels elle rend un culte celui qu'Auguste Comte appelle toujours « notre

RothBchild ait trop de milliards, qu'il n'admettait qa*an seigneur féodal eût trop d'hommes d'armeà chez lui. En ceci il raisonnerait parfaitement juste, car le ponroir d'un financier qui a 3 milliards est autrement redoutable que ne serait le pouvoir d'un seigneur qui aurait 5 ou 600 hommes d'armes dans son hôtel.

Je ne sais si vous êtes comme moi, mais j'aperçois dans cette situation, en même temps qu'une usurpation odieuse, un côté burlesque et charivarique, et certainement il faut que les Français d'aujourd'hui soient aussi hébétés qu'ils le sont pour ne pas en être frappés.

Vous ûgurez-vou^ sur un nouveau radeau de la Méduse un monsieur qui a emporté une petite succursale de Potel et Chabot : jambons succulents, pâtés exquis, andouillettes savoureuses, dindes IruiTées, primeurs délicates? c C'est ma propriété » murmure-t-il , et nos amis des Cercles cathor liques, qui sont sur le radeau avec les affamés, vous disent :

éminent Louis XI ». 51. LafGtte a fait, il y a quelques années, sur Louis XI, au point de vue humanitaire, une conférence qui a été très remarquée.

Je me souviens d'une belle conversation que j'eus avec un Père Capucin sur Louis XI et je regrette de ne pas avoir noté ce qu'il m'a dit de cette mort très saisissante. Quand il est aflaibli par la maladie, quand il n'a plus pour le soutenir cette seconde conscience des rois : la raison d'Etat, le vieillard se débat au milieu de fantômes, dans une agonie horrible. Alors un bon ermite, un saint, a une illumination soudaine; il se met spontanément en route pour venir trouver ce roi qui l'a fait si souvent demander inutilement. Ce détaché du monde apporte le calme des solitudes à ce politique qui a vécu constamment au milieu des agitations et des complots des hommes. Cet inoffensif, ce disciple du doux François, si bon à tous qu'il laissait les oiseaux faire leur nid dans son capuchon, dit à ce dresseur de potences et d'échafauds : « Vous n'avez point péché en frappant ceux qui dé-

Eouillaient le pauvre peuple; que votre âme soit en paix! » Et ouis XI expire paisiblement entre les bras de saint François de Pau le.

Encore une fois, tout ce qu'il y eut d'esprit de virile justice, d'amour du pauvre dans les répressions terribles de nos rois, tantôt contre les grands seigneurs, tantôt contre les financiers, échappe à la plupart des royalistes d'aujourd'hui.

c C'est sa propriété! Si vous le voulez bien, mes chers frères, nous allons nous mettre en prière afin d'obtenir que la digestion de ce monsieur soit heureuse. . . >

La vérité, encore une fois, est que le di*oit de propriété a des limites comme toutes les choses humaines. Quelque extension qu'on consente à lui accorder, il finit au moins quand un homme a pu se procurer personnellement toutes les satisfactions matérielles qu'il peut désirer en ce monde.

Je crois que, sous ce rapport, on se montrera fort large si, comme je l'espère, la liquidation sociale est faite, non par quelques groupes exaspérés et haineux, mais par tous les Français revenus au sens commun qui distinguait leurs pères *?

On dira aux rois de la Finance : « Qu'est-ce que vous ▼oulez ? Des filles, des chevaux, des chasses, des cuisiniers ? Qu'est-ce qu'il vous faut pour cela ? 20 millions ? Est-ce assez ? En voulez-vous 30 ? En voulez-vous 35 ? »

Je suis persuadé, d'ailleurs, qu'on aura les plus agréables surprises. Voilà, par exemple, M"« Hélène de Rothschild qui en se mariant, a retiré 372 millions de la banque des Rothschild. On les lui a offerts en Saragosse, mais, comme, d'après la loi, les fonds de mineurs ne peuvent être placés qu'en rentes sur l'Etat ou en immeubles, elle a décliné le Saragosse, — ce qui prouve que c'est une personne d'esprit.

* On exagère beaucoup, à mon avis, la facilité qu'auraient les milliardaires de dénaturer leur fortune. Si l'opération était i'aite prestement, elle réussirait et les représentants de la Haute Banque trouYeraient en quelques heures, pour sauver leur vie, les 5 milliards qu'ils ont trouvés si vite en 1871 pour réaliser une opération fructueuse.

Les Positivistes se sont occupés de cette question et ont réclamé une mcâure qui éviterait que les prrandes fortunes ne deviennent insaisir^sables; il suffirait pour cela que la loi admette seulement les actions nominatives et non plus les actions au porteur. Gomment se fait-il qu'il ne se trouve pas un député, an seul, pour proposer une mesure de ce genre? Ce serait une excellente occasion de compter par le nombre de ceux qui s'opposeraient à. cette loi les représentants ouvertement aux gages îisraél.

372 millions pour un jeune ménage, c*est beaucoup, quand il y a tant de gens qui meurent de faim...

Qu'est-ce qui vous dit que M"*» Van Zujlen ne pense pas comme nous et qu'elle ne répondra pas quand on viendra lui redemander cette fortune : < Ah 1 monsieur, il y a long* temps que je voulais la rendre, mais je ne savais quel moyen prendre. Vous m'en laissez trop ! Une voiture pour me promener, un cheval pour aller au Bois le matin, un hôtel avenue des Champs-Elysées, une riante maison de campagne, des arbres, des chiens ! Je vais être heureuse comme une reine, et je n'aurai plus sur la poitrine ces millions qui m'étreignent comme les serres d'un gros oiseau noir, ces millions qui m'ont fait si longtemps douter de l'amour et qui m'empêchent encore de croire à l'amitié. »

Ls^ baronne James de Rothschild en aurait peut-être dit autant. Elle a laissé six cents millionSt rien qu'en valeurs françaises, et elle ne mangeait que de la bouillie... Qu'on lui eût permis de manger cette bouillie dans une écuelle ornée de pierres précieuses, qu'on lui eût donné dix domestiques pour la lui servir, je le veux bien. Mais enfin, on n'a pas besoin de 600 millions pour manger de la bouillie, et cet argent aurait été plus utile aux Français, auxquels le baron James les avait évidemment pris, puisque les Rothschild pos sédaient 10 millions en tout quand ils sont arrivés en France...

Ces grandes reprises monétaires, auxquelles le Juif était habitué jadis, ne l'effrayent pas tant qu'on se l'imagine ; il est plus avide qu'avare et il sait trop par quels moyens faciles il a subtilisé cet argent, pour ne pas trouver tout simple qu'on le lui reprenne le jour où les Aryens jugeront que cette mystification a trop duré.

Par malheur, de Mun et les Catholiques influents tablent sur des apparences, sur dos semblants , et ils ne comprennent pas que la puissance juive s'évanouirait le jour où un être de réalité et de raison saine irait droit à ces fantasmagories. Us aperçoivent les princes dlsraël, insolents et maussades,

dans les salons d'une aristocratie avilie, et ils ne se doutent pas que leur attitude sera déjà bien changée quand, pour aller à Mazas, ils auront traversé la place de la Bastille, au milieu de la foule attirée au denors par le galop des che* vaux de rescorte...'Ils ne soupçonnent pas combien toutes les questions seront vite réglées, lorsqu'on montrera aux prisonniers, par la porte de la cellule entr'ouverte, un officier sûr attendant des ordres et se promenant dans la cour devant un peloton de soldats, fusils chargés, Tarme an pied

.'.19;.jr.-*Jk. *».....

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