‹ La fin d'un monde et du neveu de RameauChapitre 30 sur 89 · CARESSANT CN CH AT · texte numérisé non relu

CARESSANT CN CH AT

Et lui mettant en forme de laisse un ruban couleur de feu.

i by Googir

LA FIN D’UN MONDR

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« Et voilà le Mercure ! Un tas d’énigraes et de logogriphes! 11 est ainsi fait, ce fameux dépositaire et confident do la poésie et des libertés de la France! Admire, peuple! Honore, nation I voilà pourtant le recueil qui sera la gjoire ou la condamnation du xviii? siècle et du roi son maître! Ah! que, si j’étais roi, j’aurais do honte en songeant que l’avenir dira : Voilà pourtant ce que l’on écrivait sous son règne ! Il était le prince et le premier des beaux-esprits, il s’amusait de ces fadaises. Son palais en était rempli! Sa cour en était obsédée; on ne voyait que cela sur la toilette de ses maîtresses, dans l’antichambre de son confesseur. O Mercure!a\i niveau de toutes les intelligences misérables... immédiatement au-dessous de rien. O Mercure! un contemporain de V Encyclopédie et du Conlral social! Dix-huit millions d’hommes pour l’écrire et vingt censeurs pour le censurer!

« Ijt Mercure ! Il est le Mécènes des belles-lettres 1 l’em- [KTour Auguste des l)oaux-espritsl le Pollion des poètes! La plus grande ambition d’un écrivain qui se respecte est d’obtenir une pension du Mercure! Il est le pain quotidien de Laharpe et de Marmontel, et d’un tas d'autres affamés de la poésie et du conte moral qui mourraient do faim, si pendant vingt-quatre heures le Mercure oubliait de publier les épltres de M. de Relonguo de la Louptière, de la Côte d'Or; les chansons de M. Gampon, crieur public de la ville do Montélimart; la poésie fugitive de M.M. de Volgar le jeune, Gonchon, Grignon, Croizetières, d’Hané, Ducray, Pulvy, Gervais, Corsay, Grouvelle, Imbert, Lalleman, Laurenvel, Marsollier des Vivetièros, Rançon, Mus, Pain, Piis écuyer, Regnéant de Beau-Ca-

ron, Sabatier de Cavaillon, Sainte-Aldegonde, Saint-Pérai, Thiard, Tiberge, Traversier, Voudière, soldat du roi François, Vergier! — Tant que cela, dites-vous, pour rédiger le Mercute 1 Hélas oui , pas un de moins ! Nous sommes une nation de beaux-esprits ; nous produisons chaque jour dés œuvres charmantes, et la postérité s’étonnera, soyezen sûr, de tout le génie que nous avons dépensé 1 Mais voici l’heure où je vais au Mercure, uniquement pour remettre sur leurs pieds les énigmes de la Normandie, et les logogriphes du Languedoc I C’est une pièce de trente sous que ça me rapporte tous les mois. . . »

Et il s’en fut en chantonnant.

CHANTilE VI

A la rencontre suivante : « Il faut convenir, me dit-il en m’abordant, que je suis un grand marouQe avec vous, et que vous avez bien de la bonté de me suivre en toutes mes stations. Je vais sans cosse d'une idée à l’idée opposée à mon idée, et c’est seulement quand je vous ai quitté que je me souviens de toutes les belles choses que je voulais vous dire et que j’avais mises, exprès pour vous, dans une case à part de mon cerveau. Reparlons, s’il vous plaît, de mon fils, et des soins que j’ai prodigués à son éducation.

«J'assistais l’autre jour, en Sorbonne (elle me plaît assez, cette vieille Sorbonne : elle est calme, entêtée et violente: elle enterrera X Encyclopédie, %\ vous n’y prenez garde), à l’examen pour la licence du jeune comte de Montmorency- Laval, et de son charmant condisciple et camarade, M. do Persan. Ils étaient entourés de tout ce que la ville et la cour, l’armée et le parlement, "Saint-Sulpice et farchevé-

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