LA PIN T)' UN MONDE
wnnes ou la Bastille ! Et si vous saviez qu’il était heureux , ce brave homme , superbe et copient quand , délivré de Jean-Jacques , de Montesquieu...
Diderot. — Et de l’abbé de Pradt!
Rameau. — Et de l’abbé de Pradt, dont il n’a fait qu’une bouchée, avalant, en même temps, les sottises de l’abbé de Pradt et les folies de Diderot... il prêtait une oreille attentive et charmée aux beaux discours de M. de Montmorency-Laval, qui parlait couvert et les mains pantées (un droit de Sa Seigneurie) ; aux belles paroles de M. de Persan, qui argumentait la tète nue et les mains nues, c’est vrai , mais de si belles mains, une tête bouclée , et dos yeux d’un si beau feu! Quant à moi, perdu dans cette foule intelligente ,' il me semblait que j’assistais à la thèse du jeune prince de Condé qui fut docteur en cette même Sorbonne, et j’admirais le jeune bachelier, M. de Montmorency-Laval , demandant à M. do Persan les motifs de la guerre que Darius et Xerxès firent à la Grèce, et l’explication du récit de la bataille de Marathon, qui se trouve dans Justin. Cos messieurs expliquèrent ensuite les scènes les plus intéressantes des Adelphes et de la fable de Phaéton. Ils répondirent sans hésiter à toutes les questions d’histoire, de géographie, de sphère et de mythologie. Ils récitèrent enfin une ode en latin do leur composition, que le docteur Pont -Neuf compara aux Néinéennes àe Pindare, au chant séculaire d’Horace, et chacun s’extasiait et félicitait le collège Mazarin de ces deux élèves... -r Par Dieu I me disais -je, ils nousla donnent belle, avec leur science et leur vertu! La science et la vertu, c’est leur devoir. Quand on s’appelle à la fois Montmorency-Laval
LA FIN D'L'N MONDE
Luxembourg, quoi de mieux que d’ôtre un honnête homme? Et lui-môme, le jeune M. de Persan, qui sera, dans huit ou dix ans, avocat général au parlement de Paris, je comprends que déjà il parle en sage. A chacun sa tâche : à ces messieurs la gloire, à mon fils le gain.
Diderot. — Et la honte!
Raueau. — Quelle honte? Être un riche, et peut-être, un jour, donner sa propre fille au fils unique de M. le premier président du parlement de Paris ! Cela s’est vu ! Oui, nous avons vu M-. Molé de Champlâtreux, procureur général à vingt-cinq ans, épouser la propre fille de Samuel Bernard, un juif! ce même juif que Louis XIV, aux abois de sa cassette, avait promené lui-même en ses jardins de Marly. Avec seize millions, qui donc eût refusé la fille de Samuel Bernard? Avec beaucoup moins, quelle fille de maréchal de France eût refusé le fils de M. de Boulogne, de M. Cromot (tout court), de M-. Hamelin (tout court), de M. Boësnier sans de, de M. Collet de Hauteville? Il n’avait cependant que huit millions, M. Collet de Hauteville : il maria sa fille à un duc et pair! duc et pair et cordon bleu. Fumer ses terres! voilà le problème. — Allons, mon fils, appartiens au fumier! Il s’agit de ramasser du fumierl Aussi bien, dès qu’il eut l’âge de raison, à Dieu, no plaise que je lui aie parlé de Darius et de Xerxès , des Grecs et des Athéniens, ou de tout autre héros de la Morale en action. Non, non, il saura toujours assez tôt les bons mots, les belles reparties, les vertus extraordinaires, un tas de choses qui ne mènent à rien. Le fumier! le fumierl Et je faisais passer sous ses yeux éblouis quiconque a touché, a gardé, gardera et touchera de l’argent : les fermiers
UM