‹ La fin d'un monde et du neveu de RameauChapitre 56 sur 89 · I.A FIN n'I’N MONDE · texte numérisé non relu

I.A FIN n'I’N MONDE

no savez-vous pas le juste motif do nos seigneurs les courtisans pour pleurer M">' de Ghâteauronx ; je vais vous le dire!... Kilo emportait dans sa tombe un de leurs plus beaux privilèges : le droit de donner au roi ses mallœsses. Jusqu’à M""’ do Gbàteauroux , la maîtresse royale était nécessairement une fdle de grande maison. O douleur! ô ruine! et désormais quelle honte pour la race antique!... une fille Poisson, do rien du tout, une marquise improvisée de Pompadour, une vile bourgeoise est entrée ostensiblement dans le lit do nos rois!

Diderot. — Certes, voilà ce qui s’appelle une diminution. Mais où diable allez- vous nicher votre noblesse? M’'* Poisson une bourgeoise, à la bonne heure!... et pour- , tant, elle était charmante! Elle avait les grâces et le.s attraits réunis do toutes vos dames de la cour! une taille, un visage, un charme, un esprit, une grâce, une favinir! J’aurais donné dix ans de ma vie et les Bijcux hidiscrels, pour être une heure son amant. Oui, et je l’aurais préférée à toutes les princesses, et j’aurais fait, comme le roi ; j’aurais dit à quelque duchesse affamée et sans honte : « Voici, pour vous, ma mie . un bon de fermier général ... présentez celte dame à ma cour! » Je sais bien qu’ils l’ont chansonnée, et qu’ils se sont moqués de sa roture. . . elle les a laissés dire, et d'un, pied charmant elle a foulé, sans la briser, la couronne de France.

« Celle-là savait plaire; elle était faite pour l’amour, et pour chasser l’ennui qui pesait sur Versailles. L’ennui , c’est pis que la peste : on guérit do la peste, on ne guérit pas de l’ennui ! Et quand cette beauté sans aïeux, mais

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LA FIN D'UN MONDR

irrésistible, eut contemplé, dans son ombre et dans ses courtes hontes, cet énervé du sceptre, oublieux do fa main de justice ,' insensible à cette couronne chargée d'années et de gloire, ô père indigne do vingt millions do malheureux dont la bonne moitié mange im pain noir et ne sait pas lire, elle lui dit dans un sourire : Une femme aura pitié de toi, prince infortuné! Un seul de tes caprices pourrait troubler le monde... elle te laissera dormir, triste ennuyé, qui d’un mot ferais couler des flots de sang! Malheureux! tes maîtresses nolJes t’ont réduit à l’état de fantôme, et moi, ta maîtresse bourgeoise, je ferai de toi, non pas sans doute un héros, mais un homme incapable de mal , jusqu’au déluge inévitable qui doit tout engloutir. Tu l’as dit : Après nous le déluge! Eh bien, mon cher jMuis, jusqu’à la fin prochaine aimons-nous!

« Laisse-toi conduire aux abîmes que tu prévois, par des sentiers de fleurs! Grâce à moi, tu vivras sans peine, et tu laisseras vivre autour de toi les bonnes gens, les braves gens, les pauvres gens. Je vais te parquer dans les fêtes, dans les licences qui te plaisent, pour que tu n’aies pas le temps de nuire aux philosophes, aux poctes, aux penseurs. Tu ne seras pas un grand roi... tes princesses ne l’ont pas voulu ! Mais je ferai si bien que tu seras bon, tu seras gai, tu bâtiras des maisons, tu planteras des jardins. Nous aurons chez toi des spectacles et des concerts, qui t’aideront au désouci de la vie... avec l’argent de tes sujets, avec leur sang, avec leur vie... En leur laissant leurs âmes, ton esprit ne sera troublé d’aucun nuage. Ton corps de satrape, après une fatigue douce et légère, se trouvera dans un repos complet. Dans cet enchantement de tous

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