‹ La fin d'un monde et du neveu de RameauChapitre 7 sur 89 · I..V KIN O’I'N MONDR · texte numérisé non relu

I..V KIN O’I'N MONDR

noire saltimbanque lui récita co joli vers do Hrilannicns :

Il allait voir Juiiio et revenait contoiil.,,

A deux amoureux qui so tenaient l'un près de l’autre, il^ chanta, do sa double voix, le <luo d'Annette et du Bailli :

Lk Bvu.u. — Il vous dit qu’il vous aime?

Axxtttf. — Oui, monsieur le bailli!

Le Baii.u. — Vous lui dites de ttu'lne?

Asnktti', — Oui, monsieur le bailli!

Une |>iècode six liards Ionie neuve, et le plus charmant sourire do la demoiselle, réconn>ensè'rent cette cantilènc amoureuse. A côté de ces deux bien venus, la Marinette, œil éveillé, nez retroussé, lèvres riantes, assez semblable à la belle Argentine quand elle se rend chezson ami Scapin, lovait l'épaule, et paraissait jalouse do ces élégances qui no s’adressaient pas 3 sa Ix'auté. Bientôt la souliretle eut son tour, et co brigand, qui se connaissait en soubrettes comme en chansons, inqirotisa une déclaration (jui n’avait qu’un tort, c’était d’èire faite en public :

Vous avez, ma reine.

Un air cncluinlé;

De la grecque Hélène,

Toute la beauté ; • '

Ji. vos yeux d’ébène ,

Déjà mon cœur s'est rendu ,

Lanturelu, lanturelu, lanturclu.

On oôt dit que la bello avait prévu la demande, et qu’elle avait préparé la réponse 1 Elle était de ces éveillées que l’on no prend pas sans vert! Donc, très-sérieuse, et sans rien dire, elle plongea sa bello main dans sa poche.

LA FIN b’ U N MONDE.

en SC Laissant un peu, et elle jeta, précieusemetit enveloppée de papier à [wpilloles, une pièce de monnaie... On eût dit, à vol d'oiseau; d’un écu de six livres I La fdlo avait, à ce moment, le geste et la générosité d’une reine; un ccu de six livresi

A cette fortune inespérée, l’artiste en plein vent res^ frappé do stupeur. Il vit, d’un coup <l’œil, ce qu’il pouvait avoir, ce soir mémo, en échange de tant d’argent I L'n ce moment son rêve était dépassé de moitié 1 Aux bombances du petit écu, il ajoutait des miracles I « Si j'invitais, se disait-il, pour dîner avec moi, la princesse do Robccq, >L’'Arnoul(j et la Dcscliamp, tpio diraient >f. do Ghoiseul, Jf. Lauraguais et notre seigneur le [lublic? Si j’envoyais chercher La Haïqie et Saurin, pour me divertir do leurs bons mots? Si j’allais au café Procope, offrir à Piron, mon ami, sa part d’un pté de lièvre? » Il se demandait enhiéme temps, roulant dans son doigt cette aumône opulente, pounptoi donc cette grisetto généreuse no serait pas quelque princesse déguisée. Il avait un de ces vastes cerveaux dans lesquels gravitent les idées ‘ les plus contradictoires. Il était lui-même... il était tout le monde! A voir sa stupeur, on eût dit qu’il revenait d’une tragédie et que son âme était encore obéissante aux impressions qu’il en avait reçues... — Elil l’imprudent, nanti de cette fortune, il mani|ua do patience 1 Il voulut savoir, tout de suite, à quel [Xiint il pouvait satisfaire, en vrai sybarite, une faim do quinze jours... Il ouvrit lamentablement, aux yeux effarés des curieux, le papier qui recélaif son trésor... Juste ciel! comme il fut puni do sa curiosité I

lA FIN nu N MON DH.

Il y avilil, dans r,3 [aider do la Murinolle, une Ixiucle en acier, un frasment sans valeur, un vrai mensonge, un vrai mépris! Jugez do sa do'ulmir!... jugez des riros d’alentour! C'en était fait,- vnilii au milieu des risi'-es tonte sa journée en fumée, et son dîner qui s’envoie! Ah! ce fut un vrai di-ame eniremèlé d’un grand rire; mais l’assistance, aussitôt qu’elle eut ri, voyant la douleur de ce malheureux, resta suspendue entre l'ironie et la pitié!

I.ui, cc[H'ndant, ne voulait <le la pitié de [>ersonne; c’était hien assez qu’il se fil [dtié à lui-même, et il se mit à chanter sa défaite on serrant dans sa poche son fameux écu de six livres ;

Pour nous conduire sitrenicnt,

Prenons tous deux un air normand ,

Ijonlaniaderi retic.

On on sora la dupe, ici,

Lonlanluderiri.

Ce fut alors que , vaincu par cet assemlilago inouï de , bassesse et d’orgueil, de génie et de misère, de courage , et d’abjection, de toutes les »|ualités les plus contraires dans l’ibne et dans le cœur d'un animal de cette es|H*ee,je sortis de la foule, et marchant droit à ce graïul saltimbanque, et le regardant comme on regarde un taureau dans l'arène, un fou dans sa cage, ou M"*' Clairon dans sa coulisse, — j’attendis l’elTel de cette rencontre, on un lieu pareil.

Page 1