‹ La fin d'un peupleChapitre 162 sur 166 · Val. -Max., IV · texte numérisé non relu

Val. -Max., IV

les dernières années de la république, une foule d'écrivains éminents, poètes, orateurs, liistoriens, sortent de l'Italie centrale : Lucrèce, Cicéron, Hortenstus, Salluste, César, Varron....

Le germe se développe et devient Téclatante floraison du siècle d'Auguste; mais déjà la suprématie littéraire a quitté le centre de l'Italie pour se transporter dans les muhicipes du nord. Si Rome est la patrie de TibuUe et Venusia celle d'Horace, si l'Ombrie s'enorgueillit d'Ovide et de Properce, — Mantoue a donné le jour à Virgile, Padoue à Tite-Live, Vérone à Vitruve, Hostilia (près de Vérone) au biographe Cornélius Nepos, et près de Vérone encore, la presqu'île pittoresque de Surmio, « la perle des îles et des presqu'îles », à Catulle. Côme, au siècle suivant, sera illustré par les deux Pline ; Padoue, par Valerius Flaccus, l'auteur des Àrgotiautiques ; Padoue encore par l'éloquent et vertueux Pelus Thrasea. Cette fécondité ne doit pas nous étonner. La Cisalpine n'estelle point la -seule ;partie de llttalie au lemps d'Auguste où il y ait une nombreuse popiilation?T»I'est-elle pas, suivant le mot de Strabon, une contrée privilégiée ?

Mais le centre de production des grands écrivains s'éloigne de plus en plus de Rome, et bientôt il n'est plus en Italie. Aux deux Pline, à Valerius Flaccus, à Thraséas, joignez Tacite, enfant de Réate en Sabine, et Perse, né dans un municipede l'Etrurie, et voilà tout ce que la péninsule peut, du monde littéraire après le siècle d'Auguste, revendiquer pour sa descendance. Elle a vu naître Juvénal, mais Juvénal *fôt te fils d'un ancien esclave ; et Stace, mais le père de Stace était f^rec comme tous les Napolitains ; et ni

l'auteur des Satires, ni Tauleur des Silves, ne peuvent plus compter à son actif que Tallranchi macédonien Phèdre ou que l'esclave syrien Publius Syrus. Les autres sont tous venus de l'éfranger. A la Gaule NarbonnaisC; Rome doit l'historien Trogue Pompée, Pétrone, l'auteur du Satyricon, et peut-être l'orateur Domitius Afer, <( plus illustré par son talent qu'estimé pour son caractère ». D'Afrique, elle voit venir le rhéteur Fronton et le romancier Apulée, Aulu-Gelle, le fureteur des bibliothèques, le grammairien Nonius Marcellus, l'historien) Aiiarelius^ Victor, l'érudit Macrobe. Mais c'est L^lspagsie si^nrt&ui qfut bit foncniict ses grands hommes : l'agronome Golumelle, né à Cadix ; le géographe Pomponius Mêla, né à Argésiras; Sénèque et Lucain, enfants de Cordoue : le chantre des guerres puniques, Silius Italiens; Quintilien, fils et petît-fils de rhéteurs, et lui-même le rhéteur le plus célèbre qu'aient produit les lettres latines ; le malicieux Martial, de Bilbilis ; Florus, l'historien. . . .

Le peuple romain a cessé d'être. Et l'Italie, et Rome qui résume toute l'Italie, ne lui survit que par l'infusion toujours renouvelée d'éléments étrangers. La période brillante des Antonins a été, pour ainsi dire, son chant du cygne. Après Marc-Aurèle, l'historien de Rome voit la vie se retirer peu à peu de cette ville cosmopolite, et l'heure du châtiment approcher pour « la grande prostituée qui est assise sur les grandes eaux »... Depuis longtemps, elle ne produisait plus de littérateurs ; mais bientôt, elle n'a plus de littérature. Tandis que dans les Gaules se fondent et prospèrent des écoles de rhétorique et de

poésie, que du sol africain germent de nombreux écrivains de langue latine, et que nous assistons à un renouveau de la littérature grecque, Rome absorbée p3r les jeux du cirque, est sourde à la voix des orateurs et des poètes. Elle cesse d'être un centre littéraire. . . Depuis longtemps, elle appelait à l'empire des barbares; mais bientôt ses empereurs se séparent d'elle. Et tandis que Byzance s'enorgueillit (Favoir été choisie par Constantin pour devenir la résidence impériale, Rome « pleure d'être abandonnée par César ». Elle cesse d'être le centre politique ..Sa prospérité matérielle décroit ; sa population diminue ; et Claudîen la compare « à une vieille femme au regard abattu, à la voix faible, dont la maigreur ronge les bras, qui soutient à peine sur ses épaules malades son bouclier souillé de poussière, dont le casque branlant laisse voir la chevelure blanchie et qui traîne une pique rouillée ». Viennent les Barbares ! ils ne détruiront qu'une ruine.

Ruine glorieuse à la vérité, puisque Rome va devenir, par l'élection des Papes, le centre religieux de l'univers, la Ville éternelle! Mais dans Tordre temporel, son rôle est fini. L'oeuvre étonnante et glorieuse des (ils de Romulus, — l'Italie unifiée, l'Italie maîtresse du monde! — disparaît avec eux.

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Introduction v

Chapitre premier. ~ La population rurale de l'Italie. -* Sa formation et son développement. (De la chute des rois à la seconde guerre punique) «... t

I. -> Ia population de Rome i la chute des rois. — Patriciens, plébéiens, clients. — I^utte entre les patriciens et les plébéiens. --- Caractère de cette lutte et son intérêt relativement au progrès de la population. — Nature des bdligéirants. 1

H — > Première revendication de la plèbe : la question des dettes.— Situation du débiteur malheureux. Le vieux centurion de Tite-Uve. •«• Résistance du Sénat.— La retraite au Mont-Sacré, — Victoire de la plèbe 7

lU. — Seconde revendication de la jAèhe : la question de$ terres publiques.

— Les conquêtes et l'ayer pubHeus, — Assignation et occupation, — Le consul Spnrius Cassius. ^ Ajournement de la solution 14

IV. — Troisième revendication de la plèbe : \' accès au consulat,-— L'autorité consulaire. — La loi des Douie-Tables et son objet. — Le tribunat militaire accordé aux plébéiens « 19

V.— La question des terres publiques n'est pas résolue. — Habile politique du Sénat. — Le projet ôi' émigration à Veies. — Victoire partielle de la plèbe. 24

VI. — Les Gaulois à Rome. — La question des dettes de nouveau posée. — Manlins Capilolinus. — Marasme de la plèbe !29

VII. — Le triomphe définitif de la plèbe. — I^s trois lois de Licinius Stolon. ~ I^ rôle des édiles — L'âge d'or de la petite propriété. — Le paysan romain.

— L'accroissement de la population constaté par les listes du cens 34

Vin. — Le reste de l'Italie. — Est-ce le revers de la médaille ? La politique de Rome conquérante. — Les colonies. — Les forces romaines à la veille de la seconde guerre punique 4i

Chapitre second. — La population rurale de Mtalie. — Sa diminution, sa disparition. (De la seconde guerre punique à l'empire « . . . . 45

I.— La conquête du monde. — Le prix de la conquête.— Vétat de services d'un vétéran, d après Tite-Live. — Les longues expéditions et la vie de famille.

— Les suites de la conquête 45

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