Hor. Epod., 4; Plinc-J., III
aidant, on imagine de leur fabriquer des ancêtres. Sous le règne de Claude, le Sénat rend à rajBranchi Pallas, « au nom de TElat, des actions de grâces, de ce que, issu des rois d'Arcadie. il sacrifie une très ancienne noblesse à rutililé publique, et consent à Aire compté lui-même au nombre des serviteurs du prince ))... Il aurait sufli, pour les justifier, de rappeler que ceux mêmes dont là noblesse paraissait la plus ancienne, entrés par l'adoption dans la famille illustre dont ils portaient le nom, étaient eux-mêmes fils, petits fils, arrière-petits-fils d'esclaves. Déjà sous le règne de Néron, Tacite atteste que « presque tous les chevaliers et le plus grand nombre des sénateurs trahissaient une origine servile, plurimis cquitum plcnsque senatoribus non almnde originem trahi ' >).
Car il suffisait d'être né libre pour être qualifié d'ingénu. Mais si vite se consommaient les générations que la tache n'avait même pas le temps de s'eflacer... Un jour des plaintes s'élevèrent au Sénat contre la perfidie des affranchis, et on sollicita pour les patrons le droit de punir par la révocation de leur liberté ceux qui démériteraient. — « Vous oubliez, répondit un orateur aux auteurs' de cette proposition, que les affranchis sont répandus partout, laie fusum, qu'ils remplissent les tribus et les décuries, qu'ils occupent près des magistrats et des pontifes toutes les charges, qu'ils envahissent même les cohortes urbaines, et qu'en les séparant des autres citoyens, on rendrait manifeste l'effrayante rareté des ingénus ! Si sépararentur libertini, manifestant fore penuriam ingénuorum )). Graves paroles qui ne soulevèrent point de
1. Mort., X, 76; Jnv., VII, 14; Tac. Ann., XI, 1>1 ; XII, 53; XIII, 27.
contradiclioD/... et sont confirmées par ce fait que la plupart des tombes, vestiges de cette époque de décadence, qui bordent des deux côtés les voies militaires aux portes de Rome, sont des tombes d'affranchis * .
Combien est vrai le mot de Scipion Emilien :
l'Italie est devenue une marâtre, noverca ! ^ L'Italie a cessé d'être mère, elle a cessé de produire. S'il en fallait une dernière preuve, on la trouverait dans l'histoire littéraire de Rome.
Rome, dans la première période de son histoire, n'a pas de littérature : les goûts agricoles et guerriers de ses habitants, leur vie active et militante, la rudesse de leur langue, toutes ces influences contribuent à faire prédominer chez eux le développement du corps sur celui de l'esprit... L'amour du beau littéraire, le goût du bien dire et du bien écrire pénètre chez eux avec la civilisation grecque ; leur langage se dépouille de la verdeur natale du terroir et s'affine au contact de Dorien. Quelques noms de littérateurs indigènes se présentent, à côté des noms demi-grecs de Livius Andronicus et d'Ennius : le campanien Nœvius, poète national, tour à tour épique, tragique, satirique, qui, au temps d'Horace encore, « est dans toutes les mains, est su par cœur, comme s'il était d'hier » ; le romain Attius, poète de valeur et prosateur distingué ; le latin Caius Lucilius, prédécesseur d'Horace et de Juvénal dans la satire ; l'ombrien Plante... La conquête terminée, la littérature romaine s'épanouit ; et vers