LE BESTE DE L'ITALIE
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Le reste de l'Italie. — Est-ce le revers de la médaille? — La politique de Rome conquérante. — Les colonies. — Les forces romaines à la veille de la seconde guerre punique.
Ce rapide accroissement de population ne doit pas, il est vrai, être exclusivement attribué à la natalité : l'incorporation a mêlé aux fils de Romulus des citoyens d'un autre sang ; de Tan 368 à Tan 511, quatorze tribus nouvelles ont été créées et ajoutées aux vingt-et-une tribus anciennes ; des Etrusques, des Yolsques, des Ausoniens, des Eques, des Latins, des Sabins, ont été faits Romains .... Mais l'élément étranger n'entre point pour une très grande part dans la population recensée! Rome est avare de son droit de cité. Elle ne procède qu'avec une sage lenteur à cette œuvre de l'unification italienne à laquelle ses destinées l'appellent, et qu'elle ne lait encore que pressentir. A cette période de son histoire où ses censeurs comptent trois cent mille citoyens, elle a conquis déjà l'Italie entière ; elle n'occupe qu'une faible portion de son territoire.
Que deviennent les autres contrées de la péninsule? Les victoires du peuple romain y ont-elles laissé autre chose que des ruines ? Les progrès que fait le vainqueur ne sont-ils point balancés par les pertes qu'éprouvent les vaincus ? N'est-ce point ici le revers de la médaille ? Non. Rappelons-nous le célèbre
Parcere subjectis et debellare superbes
de Virgile, qui résume exactement la politique ro-
maine. Féroce pendant la guerre, Rome est douce après la victoire. A moins qu'elle n'ait affaire à un peuple qui ne transige pas, elle traite avec humanité ses vaincus. «Les dieux immortels, dit Camille au Sénat après la guerre latine, vous ont rendus si puissants^ qu'il dépend aujourd'hui de votre volonté que le Latium soit ou ne soit plus, sit ai non sit. Vous pouvez, en ce qui concerne les Latins, vous assurer une paix éternelle, soit par la sévérité, soit par la clémence. Voulez-vous user de cruauté envers un peuple soumis ? libre à vous de détruire tout le Latium et de faire de ce pays un vaste désert. Voulez- vous augmenter la puissance de Rome en accroissant le nombre de ses sujets *^ laissez vivre les Latins ». Cette question, qui se pose après toutes les conquêtes, est le plus souvent résolue dans le sens de la clémence. Le vainqueur se fait un allié du vaincu. Il le laisse vivre de sa vie propre. Même, il ne le soumet pas au tribut, « ce signe persistant et douloureux de la défaite et de la servitude », mais se réserve de lui demander, à l'heure du péril, les mêmes subsides en hommes et en argent qui sont fournis par les Romains. Si les nations perdent peu à peu leur indépendance, les individus conservent toujours leurs libertés.
Ainsi Rome, malgré ses succès guerriers, n'amoncelle pas trop de ruines dans l'Italie ; elle ne fait pas le vide autour d'elle. Les désastres même qu'elle fait, voyez comme elle les répare ! Ces envois de colons, qui eurent peut-être pour but, dans le principe, d'éloigner de la ville une foule turbulente, comme elle les fait servir, non-seulement au développement
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de sa puissance politique, mais à raccroisseraent de la population italienne ! Il faut suivre, sur une carte de ritalie ancienne, la marche de ces colonies, qui furent à la fois des postes de soldats et des pépinières d'hommes. Au Nord-Ouest, sur la côte étrusque que longe la voie Aurélienne, se succèdent Frégènes, Alsum, Pyrghi, Graviscœ, Saturnia, et enfin Luna, sur la frontière des Gaules. Au Nord, la voie Flaminienne conduit à Népète, et. aux nombreuses colonies qui couvrent TOmbrie, Narnia, (Esium, Spolète, Ariminium. Au Nord-Est, Rome projette sur la côte de l'Adriatique, aux deux extrémités du Picenum, les citadelles de Potentla et d'Hatria, reliées l'une à l'autre par Firmum et Castrum novum. A l'Est, OEsuIa du Latium, Carsioli chez les Eques, Alba Fucentia aux Marses, Corfmium chez les Péligniens, conduisent la voie* Valérienne au cœur de' l'Apennin. Sur la via Latina, au Sud-Est, que prolonge jusqu'au talon de la botte la seconde moitié de la voie Appienne, s'égrènent les villes de Norba, Sora, Arpinum, Frégelles, Aquinum, Casinum, Interamna, Cales, Casilinum, Saticula, Bénévent, Lucéria, Venusia..., tandis qu'au Sud la côte latine offre Antium, Terracine, Minturnes, Sinuessa, — la côte campanienne, Vulturnum,- Linternum, Puteoli, Salerne, — la côte lucanienne, Pœstum... «Copies de Rome», suivant le mot des anciens, coloniœ civitates ex civitate Roma quasi propagatœ, coloniœ quasi effi^gies parvœ, simulacraque populi romani^, elles portèrent dans toute la péninsule les vertus romaines.