‹ La fin d'un peupleChapitre 80 sur 166 · LES CLASSES PAUVRES · texte numérisé non relu

LES CLASSES PAUVRES

OÙ, autrefois, on voyait des habitations et des populations nombreuses, on ne rencontre plus aujourd'hui qu'un berger avec son chien. Dans telle localité où naguère on comptait quarante charrues, il n'y en a plus que dix. Au lieu de sept cents hommes vigoureux et propres au service militaire, vous en trouverez trois cents misérables et exténués ». Un autre écrivain dit encore : « Les riches n'hésitent pas à renvoyer les pauvres cultivateurs de leurs maisons et à. les chasser comme vermine, prétendant que la terre est à eux. Des milliers de gens mendient maintenant de porte en porte, qui étaient d'honnêtes laboureurs ». Bref, les yeomen disparaissent, « comme si un cataclysme les eût engloutis M).

C'est bien le même phénomène que nous avons constaté dans l'Italie républicaine, avec ses mêmes conséquences : la décroissance et la disparition de la population rurale, plus lente parce qu'elle s'opère sous l'influence de causes moins actives, moins universelle puisqu'un certain nombre des anciens yeomen sont restés (comme bergers ou comme fermiers) attachés à la terre: l'extension des agglomérations urbaines, et l'entassement dans des villes toujours grandissantes d'.une population instable...

Mais ce peuple arraché du sol a eu la chance de retrouver un gagne-pain dans les travaux industriels. « L'Angleterre a été appelée la dernière sur le terrain de la production manufacturière. L'industrie, venant de l'Orient avec la civilisation, a marqué sa route par des étapes brillantes dont chacune a son nom dans

1. E. de Laveleye, La Question agraire en Irlande et en Angleterre, dans la Revue de* Deux-Mondes du 15 juillet 1870. ,

l'histoire : Tyr d'aljord, Venise ensuite, les Pays-Bas et la France de Colbert. La Grande-Bretagne a reçu ce dépôt, grossi par les contributions de tous les siècles et de tous les peuples ; mais il s'est accru entre ses mains avec une rapidité qui tient du prodige, et jusqu'à balancer, par l'eflort héroïque de deux ou trois générations. les progrès accomplis depuis dix mille ans^ ». Grâce à ce secours inespéré de la Providence, l'Angleterre a pu survivre à la disparition de sa race agricole.

Rome, devenue le réceptacle de tous les Italiens, nous présentera-t-elle le spectacle de Manchester, de Liverpool, de Birmingham, de Londres ? Seràt-eile, — comme le Lancashire a été, selon l'expression d'un Anglais, le Workhome de l'Angleterre, — la (I Maison de travail » de l'Italie? Non. Son activité industrielle ne fut jamais en rapport avec le luxe de sa consommation ; et loin qu'elle envoie à l'étranger les produits de ses manufactures, nous savons qu'elle achète à la province tout ce qu'elle consomme. Ses citoyens méprisent le travail industriel qu'ils appellent travail servile, et laissent au soin des esclaves le peu d'industrie qui se fait chez eux. Le peuple romain, qui s'est, dans les cinq premiers siècles de son histoire, montré le plus laborieux des peuples agriculteurs,... qui, à l'époque des guerres puniques, atteint de la fièvre commerciale, est devenu le plus actif des peuples commerçants,... n'a jamais été un peuple industriel. Il se présente, à l'époque d'Auguste et dans la

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