‹ La fin d'un peupleChapitre 79 sur 166 · Sen.. de Tranq, anim,, t · texte numérisé non relu

Sen.. de Tranq, anim,, t

dans lequel ce boulevard de Tltalie contre la Sicile était tombé, y a établi à demeure un certain nombre des soldats de sa flotte ».

Le pays désolé et dépeuplé que les guerres ont fait de ritalie méridionale, Sylla du Samnium, l'attrait de Rome et de l'argent du Latium, — la cupidité de quelques capitalistes et l'impudence de quelques Verres l'ont fait de la Sicile. Les quelques lignes que Strabon consacre à la description de cette lie, si favorisée par la nature, si malheureuse par la faute des hommes, sont saisissantes de simplicité : « Aussi bien à l'intérieur que sur le littoral, on n'y trouverait guère que des habitations de bergers; car il n'y a plus, que je sache, de vrai centre de population. Les riches Romains se sont, il y a longtemps, rendus acquéreurs des montagnes et de la meilleure partie des plaines ; et ils ont livré ces terres à des éleveurs de chevaux, de bœufs et de brebis, leurs esclaves ».,.

Rome 8*étend. — De tous côtés elle allonge ses « bras de géant ». •— Elle pousse en hauteur. — Et pourtant la place fait défaut.

De toute l'Italie, il reste quelques villes, — et des villes qui ne sont plus comme autrefois le centre d'une nombreuse population agricole ! Des villes commerçantes ou maritimes comme Tarente, Bénévent et Brindes, qui relient la ville de Rome à la Méditerranée : comme Ostie, le port même de Rome ! Plus encore, des villes de plaisirs ou de

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repos, des villes d'eatix ! Réate en Sabine, « assez prospère, dit Strabon, parce qu'elle est voisine des eaux de Colilioe »> ; Sinuessa, Sinuessa mollis, * visitée pour ses sources d'eaux chaudes ; et, tout le long de la côte campanienne, Baies aux rives enchanteresses, au séjour corrupteur, — Napies, que « tous les Grecs, qui ont gagné un peu d'argent, et qui à cause de leur âge ou de leurs infirmités n'aspirent qu'à finir leurs jours en repos, choisissent comme lieu de retraite, suivis d'ailleurs par plus d'un Romain qu'attire la vie douce et tranquille)), — Herculanum, Pompéi...

Il reste Rome enfin ! Rome ne cesse de s'étendre. Après avoir gravi, l'une après l'autre, chacune des sept fameuses collines, elle descend dans la plaine, franchit, au mépris des dieux, la limite intangible de son. Pomœrium, jette des ponts sur le Tibre, sème des toits sur toute la campagne romaine... De tous les côtés à la fois elle allonge ses « bras de géant. » Tibur, à l'est, n'est, au témoignage de Florus, qu'un faubourg de Rome... César méditait un vaste projet, par lequel il eût déplacé le Tibre, bâti sur le Champ-de-Mars, conduit le Pomœrium jusqu^au pont Milvius, ajouté aux sept collines la colline Vaticane, doublé presque la Rome légale, ~ et si le projet fut. abandonné, le Vatican, resté en dehors de l'enceinte, se couvrit de maisons... Un siècle plus tard, Néron songeait à prolonger les limites de la ville jusqu'au port d'Ostie, et à comprendre dans son enceinte, sur une longueur de plusieurs kilomètres, ce chemin de halage du Tibre, par où le monde débarquait chez elle, et qui déjà était bordé d'habitations... — « On ne

sait où Rome commence, on ne sait où elle finit, dit un historien du siècle d'Auguste, tant le pays qui l'entoure se lie et se confond avec elle-même, au point de présenter l'aspect d'une cité dont l'étendue serait infinie^ ».

Mais l'espace ne lui suflSt pas : elle pousse en hauteur, in altum propter civium frequentiam œdificatal « La capitale s'est si bien développée, dit l'architecte Vitruve, et les citoyens sont si nombreux, qu'il faut construire partout; et comme on ne peut loger près du sol toute cette population urbaine, il a fallu exhausser de plus en plus les constructions ». C'est pourquoi, suivant l'expression pittoresque de Cicéron, les maisons semblent suspendues dans les airs, cœnor cuits sublata et stispensa. Les écroulements sont fréquehts, tant elles sont hautes; et l'empereur Auguste, effrayé, doit défendre qu'à l'avenir les maisons bâties sur la voie publique aient plus de soixante-dix pieds de hauteur... Ainsi, suivant Tenthousiaste description d'un rhéteur grec, et « de même qu'un homme vigoureux parvient à en porter d'autres en les haussant sur ses épaules, Rome est arrivée à porter en hauteur plusieurs villes superposées, lesquelles, horizontalement alignées sur le sol, formeraient «ne chaîne ininterrompue de bâtiments, qui prendrait toute la longueur de l'Italie jusqu'à l'Adriatique '^ »!...

Et pourtant la place fait défaut. Les rues de Rome sont si étroites qu'au dire de Sénèque, « la multitude, dont les flots se pressent sans relâche, étouffe dès qu'un obstacle interrompt le cours de ce rapide

1. Flor., I, 11; Cic, ad AU., XIII, 20, 36;Suét., Néron, 16; Den. H., IV.

2. Vitruv. II ; Cic, de leg. ag. II, 35 ; Strab., V ; Arist. Eneom. Roni.

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torrent ». Le terrain est si précieux dans la ville, que les gens qui font bâtir y regardent à quelques centimètres près. « On ne construit pas ici de murs en briques, dit Vitruve, parce que les murs en briques ne sont solides que lorsqu'ils ont deux ou trois plinthes d'épaisseur, et que la place y est trop restreinte pour qu'on y élève des murailles de pareille épaisseuK...» Et les loyers coûtent cher. « Au prix que se paye à Rome un logement, sous la tuile où la colombe amoureuse vient déposer ses œufs, nous aurions à Sora, à Fabratère, à Frusinone, un manoir agréable et un jardin qui suffirait au régal de cent végétariens». C'est une plainte qui revient sans cesse sur la plume de Juvénal et de Martiale Lorsque se pose aujourd'hui la question des dettes, ce n'est plus parce que le cultivateur a emprunté à l'usurier ; c'est que le locataire ne peut pas payer son propriétaire. Lorsqu'un riche politicien veut, par une éclatante action, s'attirer les faveurs populaires, ce n'est plus à distribuer des terres qu'il s'engage, mais à payer pour toute une année d'avance le loyer des pauvres gens.

Ainsi, et selon l'expression de Michelet, « les extrémités du corps étaient devenues froides et vides ; tout se portait au cœur qui se trouvait oppressé ».

1. Sen., do Clem., I, 6; Vitr., II; Juv., III, 166; iMarl., pass.

La population urbaine de l'Italie au siècle d'Auguste. Les classes pauvres

L'histoire présente de curieuses répétitions.

Avant la fin du moyen âge, il s'était formé en Angleterre une classe nombreuse de cultivateurs propriétaires, classe aisée, indépendante, comprenant une infinité de degrés, depuis le squire qui touchait à la noblesse, jusqu'au cotier, ouvrier rural qui avait aussi sa maison et son champ. Ils étaient braves ; ils vivaient dans l'aisance ; ils faisaient la force du royaume, et ils battaient la chevalerie française à Crécy, à Poitiers, à Azincourt.... Par une étrange contradiction des choses, à l'heure où, dans les autres pays, la bourgeoisie rurale se forme, s'accroît ou se fortifie, la forte race des agriculteurs anglais, cette fière yeomanry, commence à décliner. Les lords ont déclaré la guerre à la petite propriété : tout puissants à Londres et dans les conseils de la justice, ils usurpent les prés communaux, font des lois favorables à leur ordre, vexent de mille manières leurs humbles voisins, — et triomphent. « Où deux cents personnes vivaient de leur travail, dit une loi parue sous le règne d'Henri VII, on rencontre maintenant deux bergers ». L'évêque Latimer s'écrie, dans un sermon prêché à la cour d'Edouard VI, en 1549 : « Là

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