‹ La fin d'un peupleChapitre 82 sur 166 · Cic, ad AU. I · texte numérisé non relu

Cic, ad AU. I

gâteaux : or, savez-vous combien de domestiques étaient occupés à servir un aussi maigre repas? Trois... C'est bien autre chose dans les maisons où l'on est accoutumé à faire bonne chère ; et suivant le mot de Senèque, il n'est pas facile de « dénombrer l'armée de valets qui est dressée pour servir à un seul ventre ». Les inscriptions nous montrent, à côté du maître d'hôtel, dont les services à l'époque d'Auguste sont estimés plus haut que ceux d'un régisseur de ferme, et sous ses ordres, des cuisiniers en chef, des cuisiniers en second, des ciUinarii ou marmitons, des focarii dont l'unique mission est de mettre du bois dans le foyer et d'entretenir la flamme. Comme celui du . maîtrequeux, le rôle de serveur se partage entre dix personnages : le triclinarim met la table et dresse les lits ; le structor découpe la viande, — et ce n'est pas le premier venu,

Car difiQcile est l'œurre, et Fart très différent Selon qu'où coupe un lièvre ou bien une poularde ;

le prœgmtator goûte les mets avant que le ministrator ne les offre, et déguste les vins avant que réchanson ne les verse ; Vanalecta débarrasse la table... Et j'en passée

Vous retrouvez ce luxe de personnel dans toutes les branches du service domestique. Ainsi, pour entretenir la propriété extérieure de la maison, « enlever le fumier de devant la porte, ôter les toiles d'araignée des colonnes, polir les clous de

1. Hor , Sat., I, 6, 115 ; Sén., Ep. 57 et 95 ; Junv. V, 123. Cf. Wallon, t. II, p. 206.

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cuivre de la porte, eh un mot empêcher que le maître n'ait une étable pour demeure », Vatriensis ou intendant occupe tout un monde de balayeurs... A l'intérieur, chaque appartement a son diœtarius; la garde-robe est aux soins d'un vestiplicus, bien différent de celui qui veille sur les bijoux ; un serviteur spécial, chez les Romains qui se glorifient de leurs ancêtres, s'appelle ad imagines et époussète les portraits de famille. . .Le visiteur, qui pénètre dans la maison d'un sénateur ou d'un riche chevalier, trouve auprès du portier qui, en prenant la place de l'antique Cerbère, a pris également sa chaîne, un valet de pied qui l'introduit, un second valet de pied qui soulève devant lui les tentures, un troisième qui l'annonce... Toutes les opérations de la toilette féminine, chacun des menus détails de cet art ingénieux

a réparer des ans l'irréparable outrage,

est confié à des mains spécialistes : la riche matrone aurait honte de se faire coiffer par la même femme de chambre, que celle qui lui passe sa robe ou qui lui colore le teint. Lorsque cette même matrone est incommodée par la chaleur, elle fait appeler la flabellifera, une servante dont la seule fonction consiste à agiter doucement dans l'air le faisceau de plumes de paon qui sert d'éventail. Si elle sort à pied ou en litière, elle a, dans l'escorte nombreuse qui l'entoure, une femme qui doit protéger son teint des rayons du soleil en déployant l'ombrelle : à moins que quelque galant ne demande, — se souvenant du conseil d'Ovide :

Ipse tene distenta suis umbracula virgis, —

à se charger de ce soin, et à remplacer pour quelques

instants Vumbellifera. Elle n'est pas moins prodigue pour ses enfants que pour elle-même ; et le riche bébé Romain a, dès son entrée dans le monde, à son service, — en dehors de la nourrice dont il se passerait difficilement, — tout un bataillon de gardes, de berceurs, de porteurs, et même de nutritores ou pères nourriciers. Les temps sont changés, depuis l'époque où la femme de Caton « non seulement nourrissait elle-même son fils de son propre lait, mais donnait à téter aux petits enfants de ses esclaves, afin de leur imprimer une charité et amour naturelle envers son fils pour avoir été nourris d'un même lait* ».

Je veux bien qu'il y ait quelque exagération dans ce tableau ; et qu'on vît en plus d'une maison, — quoique ce fût, selon Cicéron, de très mauvais goût, — des muitre$ Jacques, faisant la cuisine et servant à table, remplissant avec une égale assurance l'office de valet de pied et l'office de lecteur ^ Mais on ne peut douter que le service domestique occupât, à Rome, des milliers et des milliers d'individus. Tous les propriétaires ruinés eussent trouvé place dans l'office, si l'office avait été accessible aux hommes libres ; et les neuf dixièmes des Romains, lau service du dernier dixième, auraient vécu de ses gages. Mais qui ne sent que les maîtres n'avaient, ni peut-être le moyen, ni assurément le désir, de payer tant de gages ; et que ce luxe inouï de serviteurs, cette extraordinaire division du travail domestique, puisaient, dans le grand nombre des esclaves à occuper, toute leur raison d'être?

1. Ovid., Amor, I, 6; Ars, am„ II, 809; Plut., Caton Vaneien; Wallon, op cit.

2. Cic, in Pis., 27 ; Corn.Nep., Attic., t3 ; Dig. XXXII, 1, 65, § 2.

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II. — Si variés même que fussent les services domestiques, ils ne sufBsaient pas encore à utiliser tous les esclaves. On employait ceux qui restaient à des travaux industriels ; et ainsi le palais d'un riche Romain devenait comme un atelier immense, où tous les métiers étaient représentés, où se produisaient la plupart des objets consommés dans la maison.

La transition s'est faite tout naturellement. Le pain que, dans le vieux temps, la maitresse dé maison cuisait elle-même au foyer familial, ce sont les esclaves * aujourd'hui qui le font, — et qui ne font plus le pain noir de jadis, mais comme l'indiquent leurs noms divers : placentarii, offarii, libarii , bonitarii , crustullarii , dulciarii , toutes sortes de gâteaux et de douceurs... Le vin, produit dans les domaines du maître par les esclaves agricoles, est mis en tonnes par les hamlorcs et descendu dans la cave par les phalangarii, aussi des esclaves; et l'huile, qui, échappée du pressoir que manœuvrent les torcularii, est versée dans des vases de terre cuite que les capulatores ont préparés pour la recevoir, arrive à Rome sans avoir exigé le travail d'aucun homme libre... De même pour le gibier, la volaille et le poisson, les Romains ont leurs bois, leurs volières, leurs viviers, et leurs venatores, leurs aucupes, leurs piscatores^ .

Si de l'alimentation nous passons au vêtement, la même transformation se rencontre : la matrone autrefois le confectionnait ; il est tout entier l'œuvre, aujourd'hui, de la familia urbana. Mais le travail s'est

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