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trie. Ils sont même à peu près les derniers, sur nos boulevards, à représenter encore la pudeur... Les théâtres? Alexandre Dumas fils disait que tous les théâtres, quels qu'ils fussent, étaient toujours de mau-.
vais lieux, même lorsque les pièces étaient morales. Que pourrait-il dire à présent?
Et les bastringues, les beuglants, les bouibouis P Ici, c’est l’immondice frénétique, et l'immonrdice pour tous, pour les enfants et leurs bonnes, les bourgeois, les militaires, les commerçants, les familles venues de province, et les grandes dames les plus historiquement blasonnées. Une honnête femme, autrefois, ne pouvait pas tout entendre. Une femme du monde, aujourd'hui, va fort bien au café-concert, entend absolument tout, les plus dégoûtantes gravelures, et les plus immondes équivoques. Elle se contente simplement, aux saletés dont l’odeur est par trop.
forte et devient comme une puanteur phy-
sique, de secouer son éventail un peu plus
vite. Et l'autorité préside elle-même à tous ces concours d'ordures. Les pitres les plus ignobles peuvent vomir les plus ignobles couplets, lereprésentant dela loi est là, solennel, en uniforme, en armes, congestionné, et qui approuve !.…. Quant aux bars, mastroquets, boutiques et comptoirs d'abrutis- : sement, ils constituent le plus puissant, le plus respecté, le plus intangible des syndicats. En ouvre qui veut! Y va qui passe!
Personne ne peut plus entrer au couvent, mais tout le monde peut toujours entrer à l’assommoir, y boire poisons sur poisons,
et s’y endormir ivre-mort. Et n’est-on jeté au moins dans cette vie terrible qu’en'état ÉC de s’y défendre, armé d'une morale indivi- | duelle exceptionnellement solide? On aura bientôt supprimé toute morale quelconque, et la petite fille rentre déjà souvent de
* l’école en méprisant sa mère qui sent le
travail, mais en enviant la racoleuse qui sent bon! |
Après avoir suivi ces leçons et respiré cette atmosphère, il ne manquait plus à la femme, pour ne pas reculer, le moment venu, devant la maison banale, que l’encouragement direct et l’aide effective de
l'Administration. Elle les a, et la « neu-
tralité morale » les lui assure. Ce qu’on
poursuit,en effet, sous cette étiquette, c’est la vulgarisation même du vice. La démoralisation aidant la doctrine, et la doctrine aidant
la démoralisation, le fait poussant à la thèse,
et la thèse poussant au fait, on édifie ainsi
une sorte de Corinthe à guichets, et aux guichets de laquelle il est toujours admis de passer. Débarrasser l'ignominie de tout ce qui peut en-dégoûter, aplanir tout ce qui en éloigne, effacer tout ce qui la désigne, cacher l’infamie sous l’équivoque, et rem-
placer pour cela la Maison de tolérance par
la Maison d’illusion, voilà, au nom même de l'État, et par l’État lui-même, le plan < appliqué, et le rêve réalisé ! Toutes ces « femmes d'avocats, de médecins et d’ar-
| tistes », dont parie le Rapport, et ces
femmes d'employés et de fonctionnaires,
où d’une « certaine aristocratie», dont par-
: lent les proxénètes, et celles qui viennent
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chez la matrone « à cause d’une note pres-
sante », et celles qui’ « tiennent à passer
aux yeux du monde pour irréprochables et
qui demandent un peu d’argent pour leur
luxe à une ignominie jusqu'où les soupçons
ne descendront pas », retient-on toutes ces femmes-là au bord de l’abime? Non, on les y
pousse ! Et l'Administration, au lieu d’en-
tourer le gouffre d'une barrière, savonne la pente qui y conduit ! Elle accueille avec
faveur, pour les transformer en lois, les
doléances à voix basse de l’immoralité
secrète et les « cahiers » clandestins des
métiers honteux. Elle procède à l'affranchissement des parias du vice comme on a procédé à celui des parias de la scène, et murmure déjà à l'oreille de toute femme, en attendant le jour où elle le proclamera par affiches :
— La prostitution est un droit !.. Entre donc dans cette maison, et prostitue-toi...
Situ eslibre, tu peux légitimement faire de toi-même tout ce que tu veux. Vas-y, on ne t'en saluera pas moins, et personne n’a rien à y voir... Situ es mariée, vas-y tout de même, nous te garderons le secret, et personne n'en saura rien... Prostitue-toi donc en toute sécurité, tranquillement, légalement, comme à Corinthe, comme à Lesbos, comme à Sodome, comme à Gomorrhe, et veille, seulement, dans la rue, à ne pas contrevenir aux règlements du trottoir... La morale n'existe plus, maisil
y a encore la voirie. .
Une scène extraordinaire avait lieu, 11 y a quelques mois, à la Préfecture de police.
On avait convoqué, dans une assemblée générale, avec ordre d’apporter leurs « livres », toutes les patronnes des maisons de rendez-vous — plus d'une centaine — et lorsque toutes s'étaient trouvées réunies, chacune avec ses registres, on leur avait annoncé la grande nouvelle : « Les HVres étaièent.-Suüupprimeés- ».… Plus -de livres ! Ils étaient indiscrets, et pouvaient compromettre des réputations, gêner des parents ou des maris, troubler le commerce, empêcher les affaires... Plus de livres’!
C'était l'avis de tous les penseurs, de tous les bons esprits, de tous les bons citoyens et le vœu même du Rapport Turot. Plus de livres ! On allait les détruire tous solennellement. Et toutes les proxénètes remettaient leurs livres, degrands etgros cahiers carton-
nés où chaque femmeavait sa page, etoù des
multitudes de noms, d'âges, d'adresses,
d'états civils, de positions sociales ou de professions, de photographies et de certificats de médecins, défilaient dans des mul-
‘ titudes de cases. Puis, pendant que les ma-
trones, dont les physionomies ne devaient
pas manquer de relief, éprouvaient sans doute un peu de cette émotion qui secoua la Constituante pendant la fameuse Nuit du 4 Août, des employés passaient, prenaient les registres, les emportaient dans leurs bras, et allaient les jeter au pilon. Au
pilon, les « femmes d’avocats ! » Au pilon
les « femmes de médecins! » Au pilon les
« femmes d’artistes! » Au pilon les « fem-
mes d'employés ! » Au pilon la « femme du
consult...» C'était fini. Ea dernière or
malité était supprimée, et la dernière honte
n'avait plus rien de honteux. Désormais,
pour soutenir son ménage, s'accorder à
soi-même un petit supplément de toilette,
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