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CHAPITRE XVI

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Naissance de Ninive. — Téglathphalazar le chasseur. — Assurnazipal l'incendiaire. — Supplices des habitants de Suru. — Les Assyriens contre les Juifs. — Dépravation des filles d'Israël. — La prostitution d'Esther. — L'armée de Sennachérib décimée en Judée, -r- Ses triomphes en Chaldée.

— Sac et destruction de Babylone. — Assurbanipal et l'apoo^ée de Ninive. — Châtiments affreux des Babyloniens.

— Sardanapale l'efféminé, — Triomphe de Babylone sur Ninive. — Prophétie de Nahum.

Quelques jours après, Vietrix retourna chez le « Directeur des Antiquités babyloniennes et autres », en compagnie de Nephtali.

Phalazar reprit son récit.

€ Ce furent donc, dit-il, les peuples du nord, qui s'étaient rangés sous la domination d'Assyriens, qui brisèrent les premiers le joug humiliant des Egyptiens. Et nous passâmes du même coup sous leur domination.

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« Le premier grand souverain assyrien fut Téglathphalazar. Il se croyait, comme tant d'autres, un délégué des dieux sur cette terre. Voici l'orgueilleuse formule de son sceau :

— Téglathphalazar, roi des nations, fils de Salmanosar, roi du pays d'Assur, a conquis des terres innombrables. Si quelqu'un jamais détruit ce sceau, que les dieux Assur et Raman fassent disparaître son nom de ces régions !

« Téglathphalazar, autant que j'ai pu en juger, fut un des souverains les plus agités de l'histoire. Il ne tenait pas en place, pillait et saccageait de tous côtés pour le seul amour de l'art. Son sport favori était la chasse. Une relique que je possède en témoigne :

— Les dieux Adar et Nergal ont confié à mes royales mains leurs armes terribles, leur arc puissant.

« Avec le secours du dieu Odar, mon protecteur, j'ai tué quatre buffles d'une force et d'une grandeur extraordinaires. C'était au désert, près de la ville d'Ararihi ; je les ai tués avec mon arc puissant, mon glaive de fer et ma lance aiguë, et j'ai rapporté leurs peaux et leurs cornes dans ma ville d'Elassur.

« Une autre fois, j'ai tué des éléphants gigan-

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LA MORT UE BABYLOXli par G.-A. Kochegkossk

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tesques dans le voisinage de Iloran, aux sources de Habour; j'en ai pris quatre autres vivants; les peaux et les défenses des tués ont été transportées à Elassur.

« Une fois encore, avec le secours du dieu Odar, j'ai tué cent vingt lions, que j'ai étendus raides morts à mes pieds.

« J'en ai chargé huit cents sur mes chars.

« Ni les fauves du désert, ni les oiseaux du ciel n'ont pu se soustraire à mes flèches !

« leglathphalazar a fort excité l'imagination des écrivains. Ils firent de son histoire une légende. Vous connaissez sans doute les grands récits de Poladamastor sur la fondation de Ninive et les exploits de la femme guerrière Sémiramis, tels que lésa narrés Dhi-Sor en son style imagé. Sémiramis, femme de Ninus, alias Téglathphalazar, aurait ellemême soumis les Mèdes, les Perses, conquis le nord de l'Inde ! Elle aurait enfin reconstruit Babylone ! Ce ne sont là, je vous l'affirme, que rêveries de poètes 1

K Sous le successeur de Téglathphalazar, la Chaldée s'affranchit du joug de l'Assyrie...

<'< Des centaines d'années passèrent. Les rois se concentraient en de petites guerres. Les uns occu-

paient leurs loisirs à la chasse aux grands lions du désert, les autres au harem. Chacun selon son tempérament.

« Assurnazipal devait à nouveau réduire la Chaldée en esclavage. Ce fut un incendiaire professionnel. Il n'aspirait pas à conquérir, mais simplement à détruire. Voici, si j'ai bonne mémoire, la devise qui s'étalait sur son palais :

— Ma figure s'épanouit au milieu des ruines, et je trouve ma satisfaction dans l'assouvissement de mon courroux.

« La ville de Suru s'étant révoltée, il la châtia impitoyablement. J'ai été assez heureux pour acquérir un cylindre qui en relate le sac :

— Je tuai les habitants de Suru dans la proportion de un sur deux. Le reste fut réduit en esclavage. Le roi de la ville dut assister au pillage de son palais, voir torturer ses fils et violenter ses filles, et emporter ses dieux tutélaires.

« Je fis écorcher un grand nombre des rebelles en ma présence et fis couvrir le mur de leurs peaux, je fis des pyramides de leurs têtes et des trophées de leurs cadavres. Quelques-uns furent murés vifs dans la Maganicie, quelques autres crucifiés ou empalés au long du mur. Enfin j'ai emmené le roi à Ninive, où je le fis écorcher, et j'étendis sa peau sur le rempart de la ville. »

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— En voilà un qui ne plaisantait pas ! lit Vietrix.

— Ses successeurs non plus. Les rois de TAssyrie ont fait preuve de plus de férocité que les nôtres. C'étaient de grands amateurs de meurtre et de viol...

« Salmanasar, Téglathphalazar II passèrent. Ce dernier put écrire sur une stèle :

— Je suis le roi qui, depuis le lever jusqu'au coucher du soleil, ai mis en fuite tous mes ennemis. »

— Ce fut lui égcilement, remarqua Nephtali, qui rendit le premier le royaume d'Israël tributaire de Ninive.

— En effet, mais sous Sargon, fondateur d'une nouvelle dynastie, quelque temps après, le royaume d'Israël fut démembré et ses habitants emmenés en captivité.

— Comment se fit-il que votre Dieu vous eût dès ce temps abandonné? demanda Vietrix à Nephtali.

— Dites plutôt, répondit le vieillard, qu'Israël avait abandonné son Dieu. L'alliance avait été dénoncée, le veau d'or était adoré, le regard des

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hommes ne se portait plus que sur les filles et le regard des filles sur leurs parures. Je puis vous rappeler les quelques arguments que les prophètes se plaisaient à détailler à ce sujet.

— Certes, firent Phalazar et Vietrix.

— Parce que les filles d'Israël se sont élevées, parce qu'elles ont marché la tête haute, faisant des gestes de leurs mains et des signes de leurs yeux, parce qu'elles ont étudié leur pas et mesuré leur démarche,

« Le Seigneur rendra chauve la tête des filles d'Israël, il fera tomber tous leurs cheveux jusqu'au dernier.

« En ce jour, le Seigneur leur ôtera leurs charmes magnifiques, leur croissant d'or,

« Leurs colliers, leurs filets de perles, leurs bracelets, leurs coiffes,

« Leurs rubans de cheveux, leurs jarretières, leurs chaînes d'or, leurs boîtes de parfums, leurs pendants d'oreilles,

« Leurs bagues et les pierreries qui leur pendent sur le front,

« Leurs robes magnifiques, leurs écharpes, leurs beaux linges, leurs poinçons de diamant,

« Leurs miroirs, leurs chemises de grand prix, leurs bandeaux et les vêtements transparents qu'elles portent en été. »

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— Je vois que la coquetterie régnait en Israël, fit Vietrix.

— Cela eut aussi son utilité, car la prostitution d'une des plus jolies filles d'entre les filles des deux royaumes, Esther, permit d'adoucir la captivité de Ninive. Conseillée par quelques vieillards experts aux secrets de l'amour, ayant des mois parfumé son corps virginal, ayant, selon les recettes juives, poli ses seins, ses cuisses et son ventre, elle sut se faire aimer du maître tout-puissant, un grand raffiné s'il en fut.

— Sargon, après maints grands exploits, une nouvelle conquête de Babylone révoltée, fut assassiné, continua Phalazar. Sennachérib lui succéda.

— De celui-ci, fit Nephtali, nous avons aussi gardé le souvenir en Juda. Il marcha contre notre roi à la tête d'une armée immense. La terreur régnait dans Jérusalem assiégée. Le roi Ézéchias se rendit au temple et il pria :

« O Jéhovah ! Dieu d'Israël, toi qui sièges entre les chérubins, tu es le seul Dieu de tous les royaumes de la terre ! tu as fait les cieux et la terre !

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« O Jéhovah ! prête l'oreille et écoute; ouvre tes yeux et regarde ; écoute les paroles de Sennachérib et de celui qu'il a envoyé pour blasphémer le Dieu vivant.

« O Jéhovah ! je te prie, délivre -nous du blasphémateur Sennachérib, sinon les royaumes de la terre ne sauraient plus si tu es le vrai Dieu.

« Ce petit chantage réussit à merveille. Isaïe, inspiré, annonça de suite, à la stupéfaction générale, que Sennachérib n'entrerait point dans la ville.

— Je garantirai cette ville et je la délivrerai, à cause de moi et de mon serviteur David, m'a dit le Seigneur.

Et, en effet, la peste se mit dans l'armée. En quelques jours deux cent mille hommes périrent. Sennachérib leva le camp.

— Hélas ! reprit Phalazar, contre nous qui étions entrés en révolte, selon l'usage, à la mort du roi précédent, le souverain de Ninive réussit mieux...

« La campagne de Sennachérib contre Babylone est la plus terrible que cette ville ait supportée, et

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près de deux siècles après, on n'a pas oublié ici les épisodes de la destruction. Cette destruction était, il est vrai, peut-être voulue par les dieux afin que Nabuchodonosor lui donnât l'aspect le plus imposant et magnifique qu'elle eût jamais eu dans l'histoire.

« J'ai ici le relevé pris jadis à Ninive sur les grands palais des inscriptions qui rappellent la victoire de Sennachérib.

Babylone s'était donc révoltée et toutes les tribus du sud et de Test étaient venues à son aide. Il s'agissait de réduire un conquérant qui menaçait d'asservir tous les royaumes. C'était le suprême effort.

— Tous ces peuples, dit Sennachérib, vinrent de Babylone unis contre moi. Pareils a des bandes innombrables de sauterelles qui se répandent dans la plaine pour la dévaster, ils se ruèrent contre moi. La poussière, relevée par leurs pieds, était semblable aux nuages épais des pluies de l'automne qui envahit les vastes cieux, cachant ce qui se trouvait devant moi. Sur les bords du Tigre ils s'établirent en ligne et résolurent de tenter le sort des armes.

« Je me confiais à notre dieu Assur, à Nergal, à Nabre, à toutes les divinités protectrices de Ninive. J'implorais leur secours contre l'ennemi innombrable qui s'avançait contre moi.

« Les dieux entendirent ma prière, ils m'accor-

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dèrent leur protection. Alors je me mis en garde.

« Le cœur rempli de courroux, je montai sur mon char de bataille le plus élevé, celui qui balaye les ennemis. Je pris dans mes mains l'arc puissant que le dieu Assur m'a donné.

« Je me ruai alors comme le feu dévorant sur toutes ces armées rebelles, comme Raman, le dieu inondateur. Je marchai sur ma proie pour la détruire et versai la stupeur sur mes adversaires.

« La tempête de la bataille se déchaîna ; bientôt j'ébranlai leur résistance et fis chanceler leur fermeté.

€ L'armée des rebelles, sous mes attaques terribles, se replia.

« Les chefs, désespérés, délibérèrent. —

— Cet excellent Sennachérib exagérait un peu, remarqua alors Phalazar. A la vérité, nul succès décisif n'avait été remporté. Ce fut grâce à la trahison d'un officier auquel il donna des monceaux d'or, des bijoux en quantité, que notre armée, surprise, tomba une nuit entre ses mains.

« Sur la terre mouillée, les armées et les harnais nageaient dans le sang comme dans un fleuve : les chars de bataille avaient tout écrasé, corps et membres. J'entassai les cadavres des soldats comme des trophées et tranchai les extrémités de leurs membres. Je mutilai ceux que je pris vivants

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comme des brins de paille et, pour punition, je leur coupai les mains. »

— C'est alors que cet implacable souverain décida la destruction systématique de Babylone.

« Dans un second voyage, je marchai rapidement sur Babylone, dans laquelle j'entrai sans coup férir; je me précipitai, pareil à l'orage, et passai sur elle comme un ouragan !

« La ville et ses temples, je les ai détruits de leurs fondations au sommet et livrés aux flammes. •Les forteresses et les temples des dieux, je les ai abattus et renversés dans le canal...

« Et pour que dans la suite des temps on ne pût retrouver l'emplacement de cette ville et de ses temples, je les submergeai sous les eaux!... »

« A Sennachérib succédaient Assarhaddon et Assurbanipal. Ce dernier ne craignit pas de s'enfoncer au plus profond de l'Egypte, ayant derrière lui des centaines de princes en révolte.

— Je pris la ville de Thèbes et mes mains la soumirent à la domination d'Assur et d'Istar; je m'emparai de son argent, de son or, des pierres pré-

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cieuses, des trésors du palais royal, des étoffes de laine et de lin ; des grands chevaux ; des princesses, des concubines, des esclaves; de deux obélisques couverts de magnifiques sculptures et du poids de vingt-cinq mille talents, dressés devant la porte d'un temple ; je les enlevai de place et transportai ce butin jusqu'à Ninive, à travers les déserts... —

« Cependant la lutte entre Bab3'lone et Ninive continuait. Nous subîmes un siège terrible. La famine régnait. Les enfants furent, dans la ville, mis à mort et mangés. Quand Assurbanipal franchit enfin les portes, ce fut un affreux carnage. La plu" part des soldats périrent par Tépée dans la première ruée.

« Les autres furent écorchés vifs devant les taureaux ailés et les lions colossaux élevés par Sennachérib, mon grand-père. Moi-même j'en écorchai de mes propres mains et je jetai leurs chairs pantelantes aux chiens, aux chacals et aux vautours. »

« Avec Assurbanipal, l'empire des Assyriens avait atteint à son apogée. Il rayonnait du soleil levant au soleil couchant, du pays des glaces au pays des déserts brûlants.

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« Assuredelani, son fils, lui succéda. Quelques-uns le nommèrent Sardanapale. Mais il n'imita point l'exemple de son père. Il vivait au harem et négligeait les intérêts de l'Empire. Le satrape de Médie, Arbaties, et le Babylonien Bérésis se révoltèrent contre lui et vinrent avec des armées mettre le siège devant Babylone.

« Le siège dura trois ans. Sardanapale résistait victorieusement. Mais un beau jour une crue du Tigre renversa les murailles sur une longueur de vingt stades. Un oracle avait jadis prédit à Assuredelani qu'il serait vaincu le jour où le fleuve le trahirait. Il comprit que le sort s'était accompli. Tandis que les alliés préparaient l'assaut, il s'enferma dans son palais avec ses favoris, ses femmes, ses enfants, donna un immense festin, puis mit luimême le feu au gigantesque édifice. Les vainqueurs ne trouvèrent que des ruines.

^< Les Mèdes et les Babyloniens, maîtres de Ninive, après avoir massacré les habitants, s'acharnèrent à détruire le palais, les temples et les maisons jusqu'aux fondements. Puis ils détournèrent le cours du Tigre et en firent passer les eaux sur les ruines, afin de les ensevelir pour toujours sous des couches de sable. Les destructeurs ne se retirèrent point tant qu'il y eut un pan de mur debout, tant qu'il y eut un homme vivant, capable de songer à la revanche. Les femmes elles-mêmes furent égorgées, le caprice des soldats satisfait, de crainte

qu'elles ne fussent enceintes d'un enfant de la race maudite. Seules les vierges furent conduites en captivité.

« Ainsi Babylone triomphait enfin de Ninive, après six siècles d'une lutte acharnée.

— Nous ne saurions mieux terminer ces passionnants récits, fit alors Nephtali, que par la belle prophétie de Nahum. Les prophéties sont utiles en ceci que les fidèles, impressionnés, tendent naturellement à les réaliser. C'est ainsi que pour notre modeste part nous autres, Juifs pacifiques, nous avons pris Ninive.

« Le destructeur vient contre toi, ô Ninive! a dit Nahum. Il vient assiéger tes forteresses. Assyrien, mets des sentinelles sur le chemin, fortifie tes reins, rassemble tes troupes.

« Mais ce sera en vain, car le Seigneur va punir l'insolence avec laquelle tu as traité Jacob et Israël.

« L'ennemi fera marcher ses plus vaillants hommes ; ils iront à l'attaque d'une course précipitée ; ils se hâteront de monter sur la muraille et ils prépareront des machines où ils seront à couvert.

« Ces grandes portes, par où les peuples entraient jadis comme des fleuves, seront brisées. Le temple sera détruit jusque dans ses fondements. Ninive était remplie d'habitants comme une piscine d'eau. Elle a crié aux fuyards : « Demeurez ». Mais personne ne détourna la tête.

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« Pillez l'argent, pillez l'or ; ses richesses sont infinies, car sa magnificence était au-dessus de tout ce qu'on peut imaginer.

« Ninive a été pillée, déchirée, dépouillée de tout, anéantie.

« En quel endroit du désert rencontrerais-je maintenant ce repaire de lions? »

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