‹ La fin de BabyloneChapitre 22 sur 57 · OC · texte numérisé non relu

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cinq ans exactement auparavant au sanctuaire d'Erech. Seize cent trente-cinq ans! La joie fut générale à cette découverte. Assyriens et Chaldéens, momentanément unis, paraissaient avoir chacun retrouvé leur sac à monnaie perdu la veille ! On reconduisit en grand triomphe la déesse à son sanctuaire d'Erech qu'elle avait jadis tant aimé !

^< Mais n'empiétons pas sur les dates. Les Elamites, ce peuple de l'ouest, avait donc conquis la Chaldée. Beaucoup des habitants de la Babylonie émigrèrent dans le nord pour échapper à leur joug. Ce devaient être les fondateurs du royaume d'Assyrie, de cette Ninive avec laquelle Babylone fut des siècles en sanglante rivalité.

« Enfin les Elamites régnèrent peu à peu sur les territoires. De nouveau nous eûmes des rois nationaux. Le plus célèbre d'entre eux fut le sage Hammourabi dont la splendeur rayonnera sur l'histoire. Je suis précisément en train de traduire le Code complet qu'il avait rédigé et dont notre législation actuelle procède encore. Hammourabi fut peut-être le principal instaurateur de la grandeur babylonienne. Tenez, voici ce qu'il a écrit sur cette pierre, arrachée au fronton de son palais :

— Le dieu Bel m'a donné les peuples de Sumir et d'Accad à gouverner.

^r J'ai fait creuser le canal de Nahar-Hammourabi qui fut la bénédiction des habitants de Bab3done. Ce canal irrigue et fertilise toutes terres.

« J'ai dirigé les eaux dans les plaines désertes, je les ai fait déverser dans de petits canaux. Ainsi j'ai fourni des eaux intarissables à tous les habitants de Sumir et d'Accad.

« Les plaines désertes, je les ai transformées en champs féconds ; j'ai répandu partout la fertilité et l'abondance ; j'ai fait du pays de Sumir et d'Accad un séjour de bonheur !

« Hélas ! d'autres dominations devaient encore passer sur la Chaldée. Sous l'un des descendants d'Hammourabi, le puissant roi d'Eg^^pte, le troisième Thoutmès envahit la Chaldée et s'empara de Babylone. Notre roi national fut renversé et à" sa place fut mis un prince arabe. Ninive et les Assyriens tombèrent aussi sous la puissance de Thoutmès.

« Nous ne devions pas nous relever de cette domination des Arabes qui dura environ trois siècles. Les premiers, les Assyriens secouèrent le joug et ce ne fut que pour nous en imposer un plus rude !

« Voici que l'heure s'avance. Un prochain jour je vous montrerai quelques mouvements du pays

d'Assyrie et vous citerai quelques exemples de la lutte gigantesque entre Ninive et Babylone !... »

Vietrix rentra chez lui, hanté par ces fabuleux récits.

Dans son bureau, il aperçut à sa grande stupéfaction sa petite esclave Anouké qui dormait sur le divan.

— C'est cette stupide cuisinière qui lui aura dit de m'attendre. Et elle s'est endormie. Tiens ! mais elle est gentille ce soir. Son petit corps doit commencer à pousser.

Et afin de s'en rendre compte, comme c'était son droit, puisqu'il était le légitime propriétaire, il souleva doucement la robe de l'enfant,

Une surprise l'attendait. Voici que sur la chair brune et fine il reconnaissait les tatouages qu'il avait déjà vus sur la première esclave qu'il avait achetée. Au creux du petit ventre ferme et poli, les trois jambes humaines courant dans le môme sens étaient dessinées. Il la regarda de plus près. Mais, parbleu I c'était bien la même fillette I II fallait qu'il fût bien ivre pour ne l'avoir point reconnue le soir de l'acquisition.

Comment se faisait-il qu'il n'eût jamais examiné son corps ? Elle se couvrait d'une ocre rouge.

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Singulière pudeur! Avait-elle honte de montrer ses tatouages? Mais cela n'était pas si vilain.

Ainsi elle lui appartenait deux fois.

Sa première idée fut de l'éveiller ainsi, mais il songea qu'il blesserait sa pudeur. Elle évitait si soigneusement de lui jamais montrer son corps !

— Je suis un imbécile, se dit-il. Néanmoins, il rabaissa la robe, puis légèrement

lui caressa les cheveux et le front. Elle s'éveilla, confuse, et lui demanda s'il n'avait besoin de rien.

— Va te coucher, répondit Vietrix, bonsoir, Anouké !

Et quand elle fat partie, il songea, il songea longuement, inquiet, sans but. Le mal du pays peut-être ?

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