AU TEMPLE DE MYLITTA
La prostitution des femmes mariées. — Le choix. — Le prêtre de la déesse d'Amour. — Le culte d'Istar-Mylitta. — L'éducation d'amour. — La guerre et l'amour. — Philosophie de la prostitution sacrée. — Les hiérodules.
Vietrix, un beau matin, décida de se rendre au temple de M3ditta. Sa qualité d'étranger l'y autorisait. Il estimait justement qu'il eût été sot de manquer l'excellente occasion qui se présentait. Selon la loi, en effet, toute femme babylonienne était, une fois dans sa vie au moins, tenue d'aller au temple, afin de s'y livrer à un étranger.
— Voilà une façon de comprendre l'hospitalité que je puis taxer de complète, se dit Vietrix.
Mais, de prime abord, le Gaulois fut désillusionné.
Les femmes se tenaient dans une longue pièce en corridor attenante au temple. Par un système de
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cordages tendus, elles se trouvaient séparées des hommes qui circulaient, faisant leur choix.
Ces femmes portaient, selon le rite, une couronne de feuillage sur la tête. Les unes se tenaient avec décence, les autres, au contraire, ne craignaient point de montrer leurs seins, leur ventre, leurs jambes ou leur croupe. Chacune exhibait la partie chez elle la mieux en état. Car nulle d'entre elles n'était très jeune. Certaines étaient, en outre, affectées de désagréables infirmités : celle-ci avait dû recevoir quelque flèche qui lui avait crevé l'œil, cette autre boitait, dans un coin se tenait une petite bossue.
Quand un homme avait arrêté son choix, il prenait quelques pièces de monnaie et les jetait sur les genoux de la femme en disant : « J'invoque la déesse Mylitta. » Celle-ci ne pouvait se soustraire à l'invitation. Elle prenait l'argent, qui dès cet instant devenait sacré, et suivait l'étranger, qui la conduisait généralement dans un des hôtels qui entouraient le temple. Il y en avait de tous prix.
Vietrix se fût, à la nécessité, accommodé de quelques-unes des femmes qui étaient là. La plupart d'entre elles, le visage abîmé par le fard, possédaient d'assez beaux corps. Elles appartenaient à la classe moyenne et étaient habituées à une vie plus active que celle de l'aristocratie, mais moins fatigante que celle du peuple.
Ce qui l'indisposait le plus contre la coutume du