M COMPOSITION DE L'ASSEMBLEE PRÉLIMINAIRE
ville et citadelle de Cambrai, bailli et capitaine des chasses de la Varenne du Louvre, était le petit-fils du célèbre maréchal de CôignyO). Sa famille était, avec celle des d'Harcourt, une des plus illustres de Normandie. La terre de Coigny, située dans le Cotentin, et qui rapportait, dit-on, 250.000 livres de rente, venait d'être érigée cette année même en duché-pairie. Coigny, qui avait fait la campagne d'Allemagne pendant la guerre de Sept Ans, sous le maréchal d'Estrées, avait cinquante ans en 1787. Il jouissait d'un grand crédit à la cour, où il était un des familiers les plus écoutés de la reine Marie- Antoinette ; il était aussi connu par sa liaison avec la princesse de Guéménée. Sa situai ion brillante à Versailles, l'illustration de son nom, sa qualité de grand propriétaire bas-normand l'avaient désigné au choix du roi comme président de l'Assemblée provinciale de Caen.
Avec lui, dix-neuf autres membres, nommés aussi par le roi, devaient composer l'assemblée préliminaire. C'étaient, dans l'ordre du clergé, les trois évêques de Basse-Normandie : le vieil évêque deBayeux, du Cheylus, aumônier de la comtesse d'Artois, prélat de cour, aimant la représentation et le jeu (2), Tévêque de Coutances, Talaru de Chalmazel (;*>, et celui d'Avranches, Godard deBelbœuf, de vieille famille normande, frère cadet du procureur général au Parlement de Rouen4) ; deux autres membres du haut clergé, l'abbé de Cussy, archidiacre du Cotentin'5 et dom Verdier, prieur de l'abbaye de Savigny en Mortainais. Les représentants de la noblesse étaient, outre Coigny, le marquis d'Héricy, lieutenant général des armées, dont le château de Vaussieux avait été le quartier général du camp d'invasion de l'Angleterre
(1) Armand Tirette, Recueil de Documents, t. II, p. 99-100.
.' Dominique de Cheylus, né à Avignon en 1719 ; successivement vicaire général <le Lisieux, abbé de Cormelles près Caen, évêque de Tréguier, de Cahors, puis de Bayeux. Cel évêché lui rapportai! 90,000 livres. Pezet, Bayeux ù la /in du XVIIIe siècle, p. 41, 169. A. Brette, ouv. cité, tome I, p. 510.
': François de Talaru-Chalmazel, né à Chaussin-en-Bourbonnais, évêque de Cuutances depuis L765 (revenu annuel, 44,000 livres). Il était, en outre, abbé de Montebourg et de Blanchelonde. A. Brette, ouv. cité, t. I, p. 511.
(4) Augustin Godard de Belbœuf, né eu 17:i0 au château de Belbœuf, près Rouen ; après avoir été grand vicaire de Verdun, puis archidiacre <\n Vexih français, occupai! depuis 1771 ['évêché d'Avranches. Il joignait à son revenu de 25,000 livres, celui de l'abbaye de Bonneval au diocèse de Chartres (4,500 livres). Notice biographique par Deschamps du Manoir, Mémoires delà Société archéologique d'Avranches, t. IN', p. 399et suiv. - A. Brette, ouv. <-il>:, I. I, p. 510. —Belbœuf émigra pendant la Révolution el mourut en Angleterre en 1868. La même année mourait aussi en Angleterre l'évêque de Coutances. Quanl à >\t\ Cheylus, il était mort en 1797 a Jersey.
5) Moii a Paris sur l'écliafaud, le :: thermidor an II. Wallon, Histoire du Tribunal révolutionnaire, etc., t. V, p. 70 et 111.
FORMATION COMPLEMENTAIRE DE l\\SSEMBLÉE 35
formé en 1778 (*) ; le comte de Balleroy, lieutenant général lui aussi, fils du vainqueur de Lawfeld, du vieil ami de d'Argenson (2) ; le marquis de Canisy, maréchal de camp ; et enfin le marquis de Chiffrevast (3). Le Tiers état avait fourni dix membres : un riche industriel de religion protestante, Massieu, seigneur de Saint- Manvieu, et neuf maires des principales villes de la généralité : le comte de Vendœuvre, maire de Caen, qui avait assisté à l'Assemblée des notables ; le marquis de Colleville, maire de Valognes ; Larcher de la Londe, maire de Bayeux ; Vaufleury de Saint-Cyr, maire de Mortain ; de Bacilly, maire de Saint-Lô ; Desplanques du Mesnil, maire de Carentan ; Frémin de Beaumont, maire de Coutances ; Meslé, maire d'Avranches, et Mauduit, maire de Vire W.
L'assemblée préliminaire, que l'intendant vint ouvrir le 20 août en sa qualité de commissaire départi, dans la salle du chapitre de l'abbaye Saint-Etienne, dura cinq jours. Son champ d'action était nettement déterminé par le Règlement du 15 juillet. Elle devait se compléter, nommer son greffier, sa commission intermédiaire, ses procureurs-syndics, puis former le noyau des neuf assemblées d'élection.
Pour l'aider dans la première de ces opérations, l'assemblée eut sous les yeux les listes dressées par les subdélégués (5). Les cinq membres qu'elle s'adjoignit dans l'ordre du clergé furent cinq abbés ou prieurs : dom Mesnilgrancl, prieur de l'abbaye Saint-Etienne ; l'abbé Bruzeau, prieur de Tailleville ; l'abbé de Champigny, abbé de Mondaye ; de Chiffrevast, abbé de Saint- Sever, frère du marquis et Hardy, prieur d'Englesqueville-Laître. Dans l'ordre de la noblesse, les choix tombèrent sur le marquis d'Hautefeuille, seigneur de Louvigny, maréchal de camp, le
(1) Pezet, Bayeux à la fin du XVIIIe siècle, p. 29 et suiv.
(2) Il s'était distingué au combat de Saint-Cast pendant la guerre de Sept Ans, et avait, servi en Corse sous le comte de Vaux. II mourut sur l'échafaud le 6 germinal an II. Arch. nat., W 340.
(3) Mort à Paris sur l'échafaud., le 18 messidor an II. Arch. nal.. W 409.
(4) Une première liste, conservée dans les bureaux de l'intendance, et qui date de juillet 1787, proposait pour le Tiers état dix habitants de Caen (lieutenant général du bailliage, lieutenant général de police, lieutenant particulier des r;i\i\ et forêts, procureur du roi de l'amirauté, deux trésoriers de France, un échevin et trois négociants;. Cette omission systématique de députés étrangers à Caen lit sans doute rejeter la proposition, mais le seul fait qu'un tel exclusivisme ait pu se manifester, témoigne du médiocre intérêt que l'intendant prenait à la représentation réelle de la province.
(5) Les fréquentes coïncidences que l'on constate entre les propositions des subdélégués et les choix faits par l'assemblée semblent le prouver