SYNDICS DU TIERS ÉTAT. LES HOMMES DE LOI
Ce fut toutefois du Tiers état que sortit la plus grande partie des syndics municipaux de 1787. En plus d'un endroit, dans le voisinage des villes notamment, les magistrats des juridictions royales, les avocats, les professeurs d'Université avaient leur maison de campagne, et ils y avaient fait élection de domicile. Leur situation sociale, leurs lumières, leur expérience de la vie publique faisaient d'eux des candidats sérieux aux plus hautes charges municipales et les désignaient aux suffrages des paysans avisés, soucieux de confier leurs intérêts en mains sûres (\). La liste des gens de robe nommés syndics dans la Basse-Normandie est très longue. Le lieutenant criminel du bailliage de Caen est syndic à Noyers ; le lieutenant-général du bailliage de Saint- Sauveur-Lendelin est élu en la même qualité à Périers ; celui du bailliage de Vire, à Saint-Sever. Des procureurs et conseillers du bailliage obtiennent le syndicat au Rocher, près Mortain, à Tinchebrai, à Saint-Ouen-de-Beaudre, Saint-Jean-de-Daye, Condé-sur-Vire, Coulonces, Sainte-Marie-Laumont, Danvou, Montbray, Deux professeurs de droit à l'Université de Caen sont syndics à Biéville et à Mouen ; un procureur du grenier à sel à Blainville ; un avocat du roi au bureau des finances à Creully ; un conseiller au Grand Conseil à Cerisy. Quelques officiers des justices, seigneuriales, assez rares, des notaires en plus grand nombre, plusieurs huissiers et surtout une grande quantité d'avocats. Cette participation des hommes de loi à l'administration municipale des campagnes en 1787 est un fait intéressant à noter : elle explique le caractère général et l'orientation politique des vœux contenus dans d'assez nombreux cahiers ruraux de Basse-Normandie en 1789 (2>.
La Graverie, Mesnil-Ozouf, Landisacq, Saint-Germain-de-Tallevende, Saint-Pierre la-Vieille. Sainte-Cécile, Sainte-Marie-des-Monts, Vaudry (Arch. dép., Calvados, C7731).
(1) Certains hommes de loi lurent ainsi élus syndics dans plusieurs paroisses. Courtin de la Bréaudière, conseiller à l'élection de Saint-Lù, fut nommé à Saint- Thomas-de-Saint-Lô, à Saint-Ebremond-de-la-Barre et à Saint-Martin-de-Bonfossè; Gonfrey, procureur à la même élection, fut élu syndic à Saint-Gilles et à Villiers- Fossard ; Brenet de Brais, conseiller au bailliage de Vire, à Coulonces et à Mesnil- Bobert.
(2) Ces lettrés et savants des campagnes sont les « intellectuels » dont parle M. Onou dans son élude sur les élections de 1789 et les cahiers du Tiers état. Ce sont ceux dont les paroles répondent aux espérances du paysan, et à qui celui ci donne toute sa confiance. Ce sont les futurs rédacteurs des « cahiers politico-littéraires » de 1789. Voir Onou,Le.s élections de 1789 et les cahiers <ln Tiers état. (Révol. fr.. tome LVII, 1909, p. 49.) - .l'ai cru utile, pour cette raison, de dresser, d'après les états des municipalités mentionnés ci-dessus, la liste des syndics choisis parmi les