‹ La fin de l'ancien régime et les débuts de la révolution dans la généralité de Caen, 1787-1790Chapitre 159 sur 511 · SYNDICS DU TIERS ÉTAT. LES CULTIVATEURS · texte numérisé non relu

SYNDICS DU TIERS ÉTAT. LES CULTIVATEURS

nomma un négociant, Gervais Sauvé, qui devait être plus tard député de la Manche à la Convention.

Mais ce fut la classe des cultivateurs qui fournit le plus gros contingent de syndics. Il n'en pouvait guère être autrement dans un pays exclusivement agricole comme la Basse-Normandie. Dans les villages où la population était uniquement composée de paysans, ceux-ci choisirent les plus aisés d'entre eux et sans doute aussi les plus éclairés (D.

L'administration municipale fut ainsi à peu près partout concentrée entre les mains d'une oligarchie rurale censitaire, celle des plus haut cotisés (2), en majorité composée de roturiers et de taillables. Si dans chaque assemblée, la présidence était dévolue au seigneur patron, si le curé y avait sa place incontestée, le personnage le plus important de la communauté était en réalité son agent d'exécution, le syndic municipal. Chef élu par la communauté, il en était le véritable représentant : il exerçait aussi l'autorité à un autre titre, comme délégué de l'administration provinciale, avec laquelle il était en constante correspondance. Le syndic municipal de 1787 forme la transition entre le syndic paroissial de l'ancien régime et le maire de 1790. Il n'est pas encore, comme celui-ci, le « premier magistrat municipal » ; la présence du seigneur lui dérobe cet honneur. Mais il est déjà la cheville ouvrière d'une organisation nouvelle qui tend à s'affranchir de la puissance féodale et ecclésiastique : il va être, à côté des représentants isolés des deux premiers ordres de la nation, le chef du troisième Etat, le délégué de la communauté roturière, l'interprète de ses plaintes et de ses revendications, son porteparoles dans les grandes circonstances de la vie publique.

A côté des syndics municipaux, l'on voit subsister les anciens syndics de paroisse, au lendemain de la réforme de 1787. Il semble qu'ils auraient dû disparaître. Le contrôleur général luimême écrivait à l'intendant de Launay, le 11 novembre 1787, « qu'ils étaient désormais sans fonctions et sans caractère pu-

(1) A Rouvrou, on dut exclure du syndicat un paysan « trop ignare ». Arch. dép., Calvados, C 7731.

(2) Dans certaines petites paroisses, fort peu peuplées, plus d'un député et d'un syndic municipal ne payaient pas 30 livres d'impositions: par exemple, dans l'élection de Saint-Lù, à Clouay, au Mesnil-Veneron, à Saint-Quentin-d'EUe. Le bureau intermédiaire propose leur maintien, les qualités essentielles d'un syndic « étant le zèle, l'intelligence et l'activité, qui souvent ne se rencontrent pas avec la fortune ». Ibid., C 7717.

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