‹ La fin de l'ancien régime et les débuts de la révolution dans la généralité de Caen, 1787-1790Chapitre 194 sur 511 · ESPRIT PARTICULARITE DE CES VOEUX · texte numérisé non relu

ESPRIT PARTICULARITE DE CES VOEUX

leur vue. Un esprit particulariste inspira leurs décisions. La rivalité de leurs intérêts locaux, qui étaient souvent contradictoires, les mit plus d'une fois aux prises les unes avec les autres. S'agit-il d'une demande de dégrèvement d'impôts, Coutances et Mortain se plaignent d'être surchargés de taille, tandis que des élections voisines, supérieures en étendue, en population et en richesses, sont insuffisamment taxées. Parle-t-on de la répartition des vingtièmes, les départements situés en pays bocager signalent, en regard de leur pauvreté, les ressources plantureuses des départements de la plaine. Aborde-t-on le chapitre de la construction des grandes routes, de vives récriminations s'élèvent contre la faveur exclusive dont deux élections sur neuf ont joui, celles de Caen et de Bayeux. On y a multiplié les bons chemins, pour la commodité de l'intendant Fontette résidant à Tilly, pour celle de l'évêque de Bayeux, du duc d'Harcourt, du marquis de Balleroy ; les autres districts ont été sacrifiés, surtout ceux d' Avranches, Mortain et Saint-Lô : d'où des plaintes à peu près unanimes. Est-il question d'ouvrir une route, tous les cantons d'un département en réclament le tracé sur le?T territoire, au détriment du voisin (*). La ville de Caen a fait de grands travaux pour assurer la prospérité de son port ; mais un banc de sable menace d'obstruer l'embouchure de l'Orne. Ce n'est pas sans une secrète joie que le procureur-syndic de Bayeux le constate. Il prévoit déjà le moment où Caen « aura rabattu de ses illusions » et cédé la place à Port-en-Bessin C2). Pourquoi le département de Caen comptet-il huit représentants à l'Assemblée provinciale, s'écrient les membres de l'assemblée de Mortain, et ils en demandent la réduction à quatre, chiffre fixé pour les autres élections (3). Les mêmes administrateurs refusent la contribution de leur département à l'impôt des bâtiments de justice, levé depuis cinq ans sur toute la généralité. Ils la considèrent comme versée en pure perte, puisque le duc d'Orléans, comte de Mortain, prend à sa charge l'entretien des bailliages et des prisons. Ils n'éprouvent pas le besoin de faire des dons inutiles. On chercherait vainement l'esprit de solidarité dans les délibérations de ces diverses assemblées. Chacune d'elles veille avec un soin jaloux sur les intérêts, légitimes sans doute, de son étroit ressort ; mais ce patriotisme

il) Arch. dép., Calvados, C 7«J4.~>. Trois projets sont présentés à l'assemblée d'Avranches pour le tracé <Je lu roule d'Avranches à Mortain.

(2) Ibid., C 7654.

(3) Ibid., c: 77H7.

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