RÉCLAMATIONS DES BAILLIAGES
La situation était moins nette que ne semblait le supposer le Règlement du 24 janvier. A peine connut-on les termes de celui-ci que des réclamations nombreuses se produisirent 0). Si les bailliages secondaires de Caen acceptèrent la situation provisoire qui leur était faite, plusieurs de ceux du Cotentin protestèrent. Angot, bailli de robe longue du siège de Saint-Sauveur-le-Vicomtc écrivit au garde des sceaux qu'il fermerait les yeux sur le droit de son bailliage à députer directement aux Etats généraux (2). Les officiers du bailliage de Valognes rappelèrent à Necker l'étendue, la population, les charges fiscales de leur ressort et la considération toute spéciale dont il aurait dû être l'objet (3). Ce fut à Mortain que les récriminations furent les plus vives. Après le comte de Sourdeval, président de l'assemblée de département W, Vaufleury de Saint-Cyr, lieutenant général du bailliage, et le comte de Géraldin, grand bailli d'épée, firent valoir avec insistance les droits anciens du bailliage à la représentation directe (5). Le collège des avocats, le syndic militaire, les citoyens des trois ordres joignirent leurs revendications à celle des officiers de cette juridiction dans une assemblée tenue le 21 février 1789. Le 9 mars, en dépit du Règlement du 24 janvier, une assemblée
bailliage de Saint-Sauveur-le-Yicomte bigarrent celui de Valognes. Le bailliage de Carentan, qui a une extension dans Valognes, Barneville-sur-Mer, possède non loin de sa frontière une enclave de ce dernier bailliage, Montgardon, et en plein cœur une enclave de Saint-Sauvetir-le-Vicomle, Liesville, Houesville, Angoville-au-Plain. Le bailliage de Cérennes, aux formes déchiquetées, s'enfonce dans celui de Coutances, et y détache deux enclaves : Lingrevillc et Yquelin. Une extension d'Ar gentan occupe le centre du bailliage de Mortain. Il est à remarquer que le bailliage de Falaise, à part une douzaine de paroisses de l'élection de Vire, n'appartient pas au cadre territorial de la généralité de Caen.
(1) De toutes les provinces, la Normandie avait dû recevoir la première ce règlement. « La Normandie sera mise la première en mouvement sur cette grande affaire, afin qu'elle continue de servir d'exemple et de modèle... » Lettre de Necker au duc d Harcourt. 25 janvier 1789. Arch. nat., BUI 132.
(2) Lettre d'Angot au garde des sceaux, 17 février 1789. Ibid., Ba 35, 1. 70.
(3) Lettre des officiers du bailliage de Valognes au directeur général des finances, 19 février 1789. Ibid.
(4) Le comte de Sourdeval avait, par l'entremise de la Commission intermédiaire provinciale de Caen, transmis sa requête à Necker le 20 janvier 1789. Ibid., Ba 35, 1. 70. — La réclamation d'une représentation directe du bailliage de Mortain aux Etats généraux se trouve au registre de l'assemblée du département de Mortain tenue en octobre 1788. Arch. dép., Calvados, C 7707.
(5) Lettres de Vaufieury de Saint-Cyr à Necker, 11 et 15 février 1789. Lettres du comte de Géraldin à Necker et au garde des sceaux, 18 février 1789. Arch. nat., Ba 35, 1. 70. Sur ce différend, voir abbé Pigeon, Le grand Bailliage de Mortain en 1789 (Mém. de la Société académique du Cotentin, 1880, III), et G.Dubois, Un Episode de la convocation des Etals généraux : le conflit de deux Bailliages (Révol. française, t. XXXIV, 14 janvier 1898).