LES MEMBRES DE L' ADMINISTRATION PROVINCIALE
casion de se manifester. Sur les onze subdélégués de la généralité de Caen, un seul assista à l'assemblée des trois ordres d'un grand bailliage : ce fut de Montitier, subdélégué d'Avranches et lieutenant particulier de l'élection l). Encore son élection avait-elle soulevé des objections de principe et ne dut-il son succès qu'aux sympathies des électeurs pour sa personne (*).
Si l'ancienne administration, systématiquement tenue à l'écart des assemblées délibérantes, et s'en défendant elle-même l'accès, n'y joua aucun rôle et n'influa en rien sur leurs décisions, la nouvelle administration provinciale, au contraire, envoya aux assemblées du Tiers un grand nombre de ses membres. Beaucoup de ceux-ci avaient déjà dit leur mot pendant les préludes de la convocation, soit comme officiers municipaux des villes, soit comme juges ou avocats des bailliages et des élections. Us avaient à ce titre, en plus d'un endroit, formulé les vœux du Tiers état, rédigé les protestations ou les adresses de reconnaissance au roi. Ils étaient tout prêts à consigner à nouveau dans les cahiers les aspirations de leur ordre. Aussi les retrouveronsnous bientôt en possession d'un rôle actif et d'une influence prépondérante, d'abord comme députés de leurs paroisses rurales ou de leurs villes, puis en qualité de commissaires-rédacteurs dans les assemblées préliminaires, et quelques-uns enfin comme députés de leur bailliage aux Etats généraux (3). Ajoutons toutefois qu'ils durent cette influence à leur valeur personnelle,
(1) A une lettre où Montitier semble lui demander des directions, lintendant répond le 10 mars 1789. Cordier de Launay voit avec plaisir que malgré l'empire des préjugés son mérite et son patriotisme l'ont placé au rang des députés. Il ne voit pas d inconvénient à ce que Montitier se conforme aux vœux de ceux dont il a fixé le choix ; il le laisse fort libre à cet égard et ne veut influer en rien dans sa détermination, » Arch. dép., Calvados. C 6348. — Montitier devait mourir à Coulances, le 1er avril 1789, des suites d'un abcès occasionné par la chute d'une trappe sur sa tète, dans une de ses visites au Mont-Saint-Michel. Ihid., C 6354.
(2) Dans la première assemblée du bailliage d'Avranches, on avait donné publiquement lecture d'une lettre anonyme, imprimée, adressée à l'hôtel de ville, « pour exclure des suffrages les anoblis, les; subdélégués, etc.. » Lettre de Montitier à l'intendant, 7 mars 1789. Ibid., C 6348.
(3) Voir ci-dessous, à propos du mouvement électoral du Tiers état. Les membres de l'administration provinciale de Basse -Normandie appartenant au Tiers, qui furent députés aux Etats généraux; sont : Delauney, membre du bureau intermédiaire de Bayeux; Besnard-Duchesne, procureur-syndic du département de Valognes ; Vieillard, secrétaire de l'assemblée de département de Saint-Lù ; de Cussy, Flaust, Desplanques-Dumesnil et Burdelot, membres de l'Assemblée provinciale. — Dans l'ordre du clergé, l'administration provinciale de Basse-Normandie envoya aux Etats généraux Levesque, curé de Tracy ; dans celui de la noblesse : le duc de Coigny. le comte de Vassy, le baron de Wimpfen, Beaudrap de Solteville.