EFFACEMENT DES SUBDÉLÉGUÉS
« dans le système actuel une existence politique plus conforme à « leurs vues. Je les ai retenus jusqu'à présent par les liens de la « confiance et de l'attachement ; mais il est à craindre que l'im- « pulsion de l'intérêt personnel, et l'espoir fondé de figurer « d'une manière plus intéressante même aux yeux de leurs concia toyens ne leur fasse adopter d'autres principes et d'autres « règles de conduite. Il est d'observation que la plupart de nos « subdélégués sont lieutenants généraux de bailliage, et il faut « convenir que dans ce moment leur rôle est très embarras- « sant » f*). Ainsi, d'après les prévisions de l'intendant, deux sortes de raisons devaient empêcher ses subdélégués de la seconder utilement : chez les uns l'effacement résultant du déclin de leur popularité ; chez les autres le désir de reconquérir cette popularité par l'abandon de leurs fonctions. Ces prévisions étaient assez justes. Le Harivel de Gonneville, qui avait succédé dans la subdélégation de Caen à Le Paulmier décédé en 1788, était impopulaire, surtout comme lieutenant de police : le pillage de sa maison dans l'émeute du 5 janvier en était une preuve. De Mortreux, subdélégué de Vire, fut écarté dès le premier vote et ne comparut pas à l'assemblée préliminaire du bailliage. Il en fut de même pour Gênas à Bayeux et pour Mombrière à Coutances. Le grief le plus sérieux qu'on leur fit était leur attachement à l'intendant '2). Couraye du Parc, maire et subdélégué de Granville, ne fut pas élu député de sa ville à Coutances ; la lettre découragée qu'il avait écrite à Launay fit un instant craindre à celui-ci qu'il ne voulût déserter son poste f3). Garantot fut un des dix délégués de Cherbourg à l'assemblée préliminaire de Valognes, mais il n'alla pas plus loin. Ni Robillard, subdélégué de Saint-Lô, ni Sivard de Beaulieu, subdélégué de Valognes, ni Lavalley de la Hogue à Carentan, malgré leur qualité de lieutenant général, qui leur donnait la présidence des assemblées électorales de leur bailliage, ne furent choisis au nombre des députés désignés par celles-ci. Leur passé d'administrateur avait sans doute amassé contre eux des rancunes tenaces, qui trouvaient en ce jour l'oc-
(1) Trois d'entre eux occupaient cette fonction. Robillard à Saint-Lô, Sivard de Beaulieu à Valognes, Lavalley de la Hogue à Carentan.
2 Le subdêlégué de Vire « se trouva à la première assemblée générale où tout le inonde était invité ». Il n'assista pas aux autres et ne sait ce qui s'y est passé. « Je n'en ai rien vu, écrit-il, car, comme on sait que je vous suis très attaché, on ne m'a nommé ni appelé en chose quelconque ». Lettre de Mortreux à l'intendant. 12 avril 1789. Arch. dép., Calvados, C 6359.
(3) Lettre de Couraye-Duparc à l'intendant, 18 février 1789. Ibid., C 635L