‹ La fin de l'ancien régime et les débuts de la révolution dans la généralité de Caen, 1787-1790Chapitre 227 sur 511 · LE MOUVEMENT ÉLECTORAL DU CLERGÉ · texte numérisé non relu

LE MOUVEMENT ÉLECTORAL DU CLERGÉ

n'exercèrent d'action marquante sur ces assemblées. Leur rôle se borna à ouvrir et à clore les séances, à coter et parapher les procès-verbaux et les cahiers.

Ainsi, un gouverneur absent, un commandant en chef malade, un bailli d'épée mourant, trois évêques sans prestige et sans autorité dans leurs diocèses, un intendant conscient de sa déchéance et circonspect par système, des subdélégués impopulaires et découragés, des lieutenants généraux de baillages assez effacés, tels étaient en Basse-Normandie, en février 1789, les représentants d'un gouvernement qui entendait lui-même laisser aux électeurs une entière liberté pour l'expression de leurs vœux et la désignation de leurs mandataires. Dans de pareilles conditions, le mouvement électoral put se développer sans contrainte dans l'étendue des deux bailliages de Caen et de Coutances. Toutes les opinions purent s'y manifester, toutes les audaces s'y produire.

Ce fut l'ordre du clergé qui se montra le plus audacieux. Ses assemblées furent les plus agitées et les plus tumultueuses ; ses élections, dans le bailliage de Caen, furent les seules marquées d'un caractère vraiment démocratique.

Dès le début de la période électorale, le haut clergé conçut des inquiétudes sur l'issue des opérations futures. Il entrevit les périls dont le menaçait le Règlement du 24 janvier 1789 en « bouleversant la composition antique de son ordre aux Etats généraux ». Les chapitres des cathédrales surtout, réduits à un député par dix chanoines, protestèrent contre ce qu'ils appelaient une lésion de leurs droits. On sent nettement percer dans leur requête la peur des desservants ruraux, qui, au jour du vote, seront le nombre et la force. « D'après le Règlement, dit le cha- « pitre de Bayeux, il est possible que nul évêque ne soit député « aux Etats généraux. Il est à craindre que le nombre prodigieux « de jeunes ecclésiastiques sans bénéfices appelés aux assemblées « électorales ne puisse guère accroître la masse des lumières de « l'assemblée particulière de l'ordre du clergé, et qu'il n'ajoute « infiniment à l'embarras de ses délibérations. Leur nombre est « tel, surtout en Normandie, que, par cet avantage seul, ils « pourraient concentrer en eux-mêmes la députation de l'ordre « du clergé aux Etats généraux. Du moins ils influeront très « puissamment, s'ils le veulent, sur le choix des députés » (*).

(1) Protestation faite par le chapitre rie Bayeux, le 14 mars 1789. Arch. du greffe de la Cour d'appel de Caen. Cf. Arch. nat., Ba 27, 1. 45.

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