‹ La fin de l'ancien régime et les débuts de la révolution dans la généralité de Caen, 1787-1790Chapitre 228 sur 511 · INQUIÉTUDE DU HAUT CLERGÉ · texte numérisé non relu

INQUIÉTUDE DU HAUT CLERGÉ

Ce que les chanoines de Bayeux écrivaient, tout le haut clergé des trois diocèses d'Avranches, de Bayeux et de Coutances le pensait. Il en voulait au roi d'avoir, dans ses lettres de convocation, « trop fait l'éloge des curés et laissé dégrader les évêques et les chapitres «. Il pensait, avec l 'évoque de Bayeux, qu'il y avait « deux ordres distincts dans le clergé, l'un qui gouvernait, l'autre qui était gouverné «, et il considérait comme « mal fait « et inconstitutionnel un Règlement qui allait permettre « aux vicaires et curés aigris d'humilier leur évêque ». Tout en se réservant d'en imposer par une protestation solennelle au prolétariat ecclésiastique réuni dans les prochaines assemblées électorales, les grands dignitaires du clergé bas-normand n'en suivaient pas moins d'un œil inquiet la campagne menée par les prêtres ruraux pour la conquête de la députation.

Si les chefs de la hiérarchie ecclésiastique, les aristocrates de Tordre, avaient des raisons intéressées pour demander le maintien de leur situation, la plénitude de l'autorité épiscopale et la subordination du clergé, les curés au contraire désiraient ardemment la cessation des nombreux abus dont ils souffraient et saisirent avec enthousiasme l'occasion d'exposer leurs légitimes griefs. La lettre du roi, « enivrante pour eux, exalta leur effervescence » W.

Leurs évêques ne pouvaient exercer une forte action sur eux. Ils ne résidaient pas, n'avaient pas pris avec eux le contact qui décide et affermit les sympathies. Le clergé de Coutances s'était plaint à maintes reprises des fréquentes absences de son vieil évêque Talaru,[trop assidu au château des Matignon (2). L'évêque de Bayeux, du Cheylus, homme de manières distinguées, aumônier de la comtesse d'Artois, était un prélat de cour, aimant la belle société, mondain, joueur, trop au-dessus de son clergé pour s'intéresser à lui (3). Godard de Belbœuf, évêque d'Avranches, d'une vieille famille noble de Normandie, passait pour autoritaire, s'était fait des ennemis dans son clergé, et l'un de ses prêtres, Bécherel, venait de gagner contre lui au Parlement de Rouen un procès engagé à propos d'un trait de dîme (4).

I Protestation faite le 20 niais 17N9 par les députés du chapitre de Baveux, près de Villedeuil. Arch. nat., Ba 27, 1. 15.

(2) Desdevises du Désert, Le Cotentin en 1789, p. 36.

(3) « Depuis que M. de Cheylus était à Baveux, écrit un de ses successeurs, il s'était endormi dans la mollesse et les plaisirs, au milieu de quelques flatteurs qui le berçaient. • Bisspn, Mémoires, fol. 77.

(\) Abbé Pigeon, Le grand Bailliage de Mortaih en 1789. (Mémoires de la Société académique du Cotentin, t. III, p. 52G.

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