ÉLIMINATION DU PROLETARIAT INDUSTRIEL
hiers et 3 projets de cahiers (*). L'examen critique de ces procèsverbaux suggère deux conclusions : la première sur la composition des assemblées corporatives, la seconde sur l'effacement de leur rôle électoral. Ce sont les patrons et non les ouvriers qui représentent les divers corps de métiers aux assemblées. Les libellés des procès-verbaux l'indiquent expressément : la qualification de maître y précède presque toujours rémunération des professions exercées. Le nombre relativement restreint des assistants atteste aussi que le prolétariat industriel en fut absent. Une telle constatation explique, à elle seule, les vœux exprimés par les cahiers sur le maintien du régime corporatif et leurs plaintes contre la perte des privilèges attachés aux maîtrises. En second lieu, la représentation du petit commerce et des artisans fut réduite à la plus simple expression. Chaque communauté n'eut droit qu'à un nombre restreint des délégués, un ou deux au plus, quelle que fût l'ampleur de l'assemblée (2). Bien plus, on fondit en un seul groupe électoral les corporations adonnées à des métiers similaires, tous les travailleurs du fer, de la pierre, de la laine, du cuir, tous les commerçants de l'alimentation. Au risque d'étouffer plus d'un intérêt particulier (3), un système
(1) Ai'ch. comm., Baveux, fonds non classé- Ces procès-verbaux, tout récemment retrouvés, sont ceux des marchands drapiers, merciers, quincailliers, joailliers, marchands de soieries; des épiciers, ciriers et chandelliers ; des libraires; des peintres; des horlogers; des maîtres barbiers, perruquiers, baigneurs, étuvistes; des maîtres tanneurs, corroyeurs et mégissiers ; des maîtres tapissiers; des maîtres boulangers; des vitriers ; des maîtres selliers, bourreliers, bahutiers, charrons et autres ouvriers en voitures ; des maîtres de la communauté des traiteurs et aubergistes ; des maîtres chapeliers, pelletiers-fourreurs ; des maîtres toiliers ; des maîtres de la communauté des fabricants de bas ; des maîtres menuisiers ; des maîtres tailleurs, fripiers d'habits, tailleurs de corps de femmes, chasubliers ; des cafetiers, vinaigriers, limonadiers, marchands de cidre, vin, bière et moutarde : des maîtres cordonniers ; des chamoiseurs ; des marchands fripiers ; des cou te lie/s et armuriers; des potiers d'étain et plombiers ; des bouchers ; des maîtres serruriers, maréchaux-ferrants. grossiers, taillandiers, ferrailleurs, cloutiers, ferblantiers et autres ouvriers travaillant le fer; des fabricants d'étoffe et peigneurs de laines; des maçons; des chaudronniers ; des charpentiers ; des couvreurs en ardoise ; des croquetiers et regratiers ; des teinturiers. — On y trouve, en outre, 9 procès-verbaux d'assemblées des corps de la ville : amirauté, élection, grenier à sel, avocats du bailliage, procureurs du bailliage, procureurs de l'élection, collège des médecins, collège des chirurgiens, apothicaires.
(2) A Cherbourg, un député pour 52 aubergistes et traiteurs, pour 34 menuisiers, pour 26 cordonniers. — A Bayeux, un député pour 29 boulangers, pour 37 cordonniers, pour 44 menuisiers. — A Caen, un député pour 32 tapissiers, pour 33 serruriers, pour 50 menuisiers, pour 55 maçons, pour 63 cafetiers-vinaigriers.
(3) A Caen, les petits marchands cabaretiers au détail et dépolayeurs confondus dans la grande corporation des traiteurs aubergistes, et en désaccord d'intérêts avec ceux-ci, se crurent obligés de rédiger un cahier spécial et séparèrent nettement leurs vœux de ceux de leurs concurrents.