‹ La fin de l'ancien régime et les débuts de la révolution dans la généralité de Caen, 1787-1790Chapitre 255 sur 511 · ÉLECTION DES DEPUTES DU QUART RÉDUIT · texte numérisé non relu

ÉLECTION DES DEPUTES DU QUART RÉDUIT

trois quarts des députés ruraux les frais onéreux d'un retour à la ville 0>, elles procédèrent à la fois à la nomination des rédacteurs et des députés au bailliage principal et s'en remirent à ces derniers du soin de tout régler. Celle d'Avranches, composée de

217 délibérants, donna le 5 mars 1789 à ses 54 députés « plein pouvoir d'arrêter et signer le cahier général des plaintes, demandes et doléances tel et en l'état qu'il aurait été rédigé par les dits sieurs commissaires et qu'il leur serait représenté le vendredi 13 de ce mois » ; elle se sépara ensuite définitivement (2). Les 301 députés rangés dans les cinq districts électoraux du bailliage de Coutances, en même temps qu'ils choisissaient les commissaires rédacteurs du cahier unique, désignèrent le quart d'entre eux afin « de l'examiner et d'y faire pour le bien commun telles observations qu'ils aviseraient ». Ils déclarèrent « s'en rapporter en tout à la prudence et à la décision de ceux-ci » (3). A Saint-Lô, les 20 commissaires rédacteurs élus dès le premier jour se trouvèrent former juste le quart de l'assemblée (4). L'assemblée du bailliage de Saint-Sauveur-Lendelin, réunie à Périers le 9 mars, forte de 128 députés, se réduisit au quart le lendemain et donna à ses 31 délégués mission d'approuver le travail que les sept commissaires devaient leur présenter le 13 mars (5).

Cette hâte des paysans à retourner à leurs champs favorisa le succès électoral des magistrats et des hommes de loi. Plus d'un d'entre ceux-ci, après avoir été éliminé par les suffrages urbains, rentrait le front haut à l'assemblée bailliagère, comme élu d'une paroisse rurale. Ils n'étaient, à vrai dire, qu'une minorité plus ou moins importante selon les ressorts : à Coutances, où ils étaient 54 en face de 216 laboureurs, ils formaient à peine le sixième de la représentation du bailliage ; à Mortain, ils étaient moins de 30 sur 191 députés ; à Tinchebrai, moins de 10 sur 97 présents. Dans les autres assemblées préliminaires du Cotentin et dans celles du ressort de Caen, ils étaient aussi, sans qu'on puisse en préciser la proportion, en infériorité numérique par rapport aux délégués paysans, désignés sous le terme de laboureurs ou de propriétaires ; ils partageaient cette infériorité avec les représentants urbains

(1) Beaucoup d'entre eux étaient pressés de rentrer dans leurs fermes « pour faire les mars ». Voir Bridrey, oiw. cité, t. 1, p. 14.

(2) Arch. greffe du Tribunal eivil de Coutances. Procès-verbal de l'assemblée préliminaire du Tiers état du bailliage d'Avranches, 5 mars 1789.

(3) Ibid., Etat des députés du district de Villedieu, 3 mars 1789.

(4) Ibid., Procès-verbal de l'assemblée préliminaire du Tiers étal du bailliage de Saint-Lô, 10 mars 1789.

(5) Arch. nat., Bm 54.

Page 1