VICTOIRE DES GENS DE ROBE
L'évolution de la campagne électorale du Tiers-état, dans les deux bailliages principaux de Caen et de Coutances, avait été très favorable aux villes. La majorité rurale, si écrasante au début, allait se fondant peu à peu dans les assemblées électorales graduelles. Les gens des villes en avaient imposé aux paysans, s'étaient attribué la meilleure part dans les commissions et une place notable au sein des délégations. Et c'est la robe, plus encore que le négoce ou l'industrie, qui avait profité de cette évolution <lK Des lieutenants généraux de bailliage, honoraires ou en exercice, comme Flaust à Vire, Brémesnil à Avranches, Boschet à Falaise, Lavalley de la Hogue à Carentan, Ango à Périers ; des procureurs du roi, Bertrand de l'Hodiesnière à Falaise, Fleury à Torigny, Passais de Montbenoît à Mortain, Pouret-Roquerie à Périers ; des lieutenants particuliers de bailliage, Daigremont à Caen, Saillofest de la Tigerie à Vire, Besnard Duchesne à Valognes ; des conseillers au bailliage, des officiers d'amirauté, d'élection, des juges consulaires, tout ce qui avait un nom au tribuhal ou au barreau, un Delauney à Bayeux, un Sacher de la Pallière à Mortain, un Le Menuet à Saint-Lô, un Aveline à Caumont, constitua le noyau des assemblées générales des bailliages de Caen et de Coutances. A leur suite des médecins et chirurgiens, en nombre encore notable, des négociants et marchands (épiciers de Caen et de Vire, armateurs de Cherbourg et Granville, sauniers de l'Avranchin, papetiers du Bocage et du Mortainais), puis le bataillon assez compact des laboureurs et « herbageurs », gens aisés qui pouvaient supporter les frais du voyage et d'un séjour plus ou moins long à Caen ou à Coutances. Beaucoup de ces élus avaient déjà figuré aux assemblées d'élection en 1787 et en 1788 ; beaucoup d'entre eux allaient reparaître dans les administrations futures, conseils généraux et directoires de départements et de districts. Plus d'un d'entre eux devait siéger dans les prochaines Assemblées nationales (Constituante, Législative et Convention). C'était l'esprit de la Révolution qui triomphait avec eux.
(1) M. Bridrey a très nettement fail ressortir la minime part d'influence accordée à l'industrie et au commerce dans les députations de la plupart des bailliages du Cotentin. Un négociant à Saint-Lô ; un marchand à Saint-Sauveur-le-Vicomte : aucun à Cérences et à Carentan : trois négociants à Saint-Sauveur-Lendelin. A Mortain, l'industrie de la papeterie n'est représentée que par quatre députés sur cinquante : à Tinchebrai, sur vingt-trois élus, on ne compte que trois négociants, un imprimeur et un arpenteur. Seules, les assemblées d'Avranches et de Valognes. pour des raisons toutes particulières, ont fait un sort plus convenable au commerce ; le bailliage d'Avranches, pays des marchands-sauniers, lui accorda dix places : dans celui de Valognes, les députés de Cherbourg en obtinrent sept. Bridrey, La Représentation des Professions, ouv. cité, p. 1081.