‹ La fin de l'ancien régime et les débuts de la révolution dans la généralité de Caen, 1787-1790Chapitre 281 sur 511 · DISPARITION DE NOMBREUX CAHIERS PRIMAIRES · texte numérisé non relu

DISPARITION DE NOMBREUX CAHIERS PRIMAIRES

Coutances (l), de Falaise (2), où les cahiers paroissiaux abondent, de Torigni W et de Vire (4), où il en existe un groupe assez notable. Or, par une coïncidence regrettable, les cahiers de ces cinq bailliages n'ont influé que fort peu sur la rédaction du cahier général, soit à Caen, soit à Coutances. Au contraire, les bailliages particuliers dont les vœux ont passé presque en entier dans le cahier général, tels ceux de Caen (5) et de Bayeux (®) pour le cahier de Caen, celui de Mortain (7) pour le cahier du Cotentin, n'offrent à nos recherches, les deux premiers qu'un nombre très insignifiant de cahiers primaires, et le troisième, pas un seul.

Essayons cependant, dans la limite des moyens dont nous disposons, de refaire le trajet que les cahiers du Tiers état de

(li Les 117 cahiers primaires du bailliage de Coutances, publiés par Bridrey, ouv. cité, l. 1, p. 133-644, sont conservés aux archives du greffe «lu tribunal de première instance de Coutances. Voir ci-dessus, p. 248, note 1.

(2) Les 240 cahiers primaires du bailliage <le Falaise sont conserve.- aux Arch. dép., Calvados, série R non classée; ils sont encore inédits.

(3) Il reste encore 44 cahiers du bailliage de Torigni, sur 62 c munauté's : 28 sonl

conservés actuellement aux Arch. dép., Manche ; 9 autres (ceux de Reuvrign.v, Hures, La Luzerne, La Meauffe, Moon, Saint Aiiiaiid-de Torigni, Saint Ebremond-de-la-Barre, Sainte-Suzanne et Condé-sur- Vire) sonl conservés sur les registres des délibérations municipales de ces communes, à la date de 1789, ou y onl été transcrits en 1889 à l'occasion du centenaire; le cahier de Sept vents est en possession de M. Bucaille, receveur municipal de Torigni, chez qui je l'ai consulté ; 0 autres cahiers (ceux de Fourneaux, Litteau, La Ferrière au Doyen, Notre Dame du-Rois d'Ellr. Rampan et Saint-Martin-de-I a-Besace), publiés par Hippeau, ouv. cité, t. VIII, p. 348-372, d'après les Arch. dép. de la Manche, n'ont pu y être retrouvés.

(4) Les 36 cahiers du bailliage de Vire, retrouvés en is'jti au greffe du tribunal civil par M. Bénet, sont actuellement aux Arch. dép., Calvados, série R non classée. .Lai publié une étude sur eux dans La Révolution française, 1800, t. XXXI, P- 300-346, 614626.

(5) On possède, pour le bailliage de Caen, 7 cahiers paroissiaux sur 219 paroisses : 2 conservés aux Arch. comm. de Caen, A.A» 50 et 53 (cahiers de Caen et de Moult) : { au greffe de la Cour d'appel de Caen (cahiers de Bretteville-sur-Bordel, Saint- Martin de Sallen, Saint Rénin et Tailleville) ; un aux Arch. nal, Ba 27, liasse 15 (cahier de Valcongrain) ; en outre, 36 cahiers de corporations de Caen, conservés aux Arch. connu, de cette ville.

(6) l'ourle bailliage de Bayeux, l'on ne possède que 3 cahiers paroissiaux : celui de la ville de Bayeux, conservé dans un des registres de délibérations municipales et publié par Ampiel.il [Le cahier du Tiers étal de Bayeux, Bayeux, 1886, in-8u) ; celui de Marigny, inédit, inséré également au registre de la municipalité, la paroisse a été rattachée à Longues ; celui de Villiers-le-Sec, conservé aux Arch. dép.. Calvados. fonds de Beaumont, F 782; en outre, 10 cahiers de corporations de Bayeux conservés aux Arch. comm. de cette ville série non classée).

(7) On n'a pas retrouvé un seul des cahiers paroissiaux du bailliage de Mortain. Seraient-ils parmi les papiers de famille appartenant aux descendants de Géraldin, dernier des grands baillis de Mortain, c'est-à-dire chez M. Payen de la Garanderie. en compagnie d'autres documents de la Convocation, signalés par l'abbé Pigeon, qui les a consultés en 1880 ? Voir, sur ce point, Bridrey, ouv. cité, Introduction, p. 26.

250 DOLÉANCES DES CAHIERS IMUMAIIŒS. I.F.lli CARACTÈRE

Basse-Normandie ont l'ait autrefois, en passanl de main en main, jusqu'à leur dépôt sur le bureau de l'Assemblée nationale. Au cours du voyage, leurs rangs se sont éelaircis ; chaque étape en décimait le nombre. Ils étaient plus de mille au départ ; ils ne sont plus que deux à l'arrivée. Ces survivants oui -ils élé les messagers fidèles des disparus? Nous le verrons en faisant route avec eux, des villages normands aux chefs-lieux des diverses assemblées des bailliages et, de là, à Versailles.

Au premier degré de la consultation se Irouvenl les cahiers primaires, rédigés par les comniunaulés rurales ou urbaines. Dans la liasse-Normandie, où il n'y avait qu'une douzaine de villes et plus de douze cents bourgs et villages, les cahiers ruraux sont de beaucoup les plus nombreux. Les vœux que ces cahiers renferment peuvent se grouper sous deux chefs : vœux particuliers d'intérêt purement local, et vœux d'intérêt général ' .

Les doléances locales, dans ce pays essentiellement agricole, ont un caractère surtout économique et ont trait, à peu près exclusivement, à l'agriculture (2). Elles avaient été lues et approuvées dans l'assemblée générale des paroissiens, âgés de 25 ans, domiciliés et inscrits au rôle des impositions. La réunion s'était tenue le plus souvent un dimanche, à l'issue de la messe ou des vêpres, dans la nef, la sacristie, au porche de l'église ou dans le cimetière voisin, parfois même dans une auberge. Tous les taillables convoqués n'avaient pas répondu à l'appel du Règlement du 21 janvier 1789 et les abstentions avaient dû être assez nombreuses (3>. Malgré le libéralisme de la législation électorale, qui permettait aux plus petits cotisés de l'aire entendre leur voix, il n'est pas prouvé que le prolétariat rural y ait assisté en masse. On le voit encore moins figurer dans les députa lions des paroisses

(1) Sur 306 cahiers paroissiaux étudiés, j'en ai trouvé 185 ne présentant qu'une des lieux catégories de vœux, soit d'intérêt local (57), soil d'inlérèl général (128) ; les 121 autres cahiers renferment chacun «les vœux des deux catégories, tantôt faisant l'objet de développements distincts, tantôt, et le plus souvent, exposés pêle-mêle.

(2) Toutefois, quelques cahiers ruraux ont émis des vœux relatifs à l'industrie et au commerce. Le cahier de Villedieu esl rempli de détails typiques sur l'industrie du cuivre et sûr la fahrication des poêles et autres ustensiles de cuisine. Plusieurs paroisses du bailliage de Vire nous font connaître les industries locales les plus diverses : toi lier S d'Aubusson, hacherons et charbonniers de la forêt de Ilalouze. ouvriers des forges de Saint-Clair cl de Danvou, etc.. La liberté du commerce est réclamée par une quinzaine de communautés des bailliages de Coutances et de Valogftés : la suppression des maîtrises et jurandes esl demandée dans les cahiers de Camhernon, Brainville, llauteville-sur-Mer et Nicorps.

:!) Voir ci-dessus, chap. IX, p. 196-197. Cf. Jaurès, Histoire socialiste. I. I. p. 223-224: An lard, Histoire de la Rêvolitlion, p. 29 et suivantes.

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