PROTESTATIONS LE CANU ET LAURENT
sommaires, révèlent la trace de divergences profondes au sein de l'assemblée : ce son! les Observations de Le Garni et Laurent, formulées à la séance du 23 mars, et la protestation de Michel LeTellier, qui se produisit à celle du 26 mars. Ces deux documents figurent comme pièces annexes au procès-verbal.
Le Canu, médecin, professeur à l'Université de Caen, avait présenté, le 1er mars 1789, des Réflexions relatives aux cahiers de doléances arrêtés par MM. les Maire et Echevins de la ville de Caen cl lus dans rassemblée du 28 février 1k Ce mémoire était divisé en six chapitres. L'auteur y approuvait les vœux urbains relatifs a la levée d'un double impôt, réel et personnel, à la création de juges de paix, à la mise à la charge des propriétaires des chemins ruraux ; mais il y protestait contre le vœu relatif à la suppression des cinq grosses fermes, le considérant comme prématuré, dangereux et gros de conséquences funestes. L'assemblée préliminaire du bailliage de Caen ayant écarté sa protestation, Le Canu la renouvela dans l'assemblée générale du bailliage principal, où il assistait comme député de Caen ; un avocat caennais, Laurent, député de la paroisse de Cheux, s'associa à ses vues et leurs Observations furent lues dans la séance du 23 mars (2).
Tout en convenant qu'il existait « des abus innombrables dans toutes les parties de l'administration », Le Canu et Laurent déclaraient « qu'il serait mal avisé et dangereux de tenter, sur le champ, une réforme générale». Ils présentaient un projet de cahier en douze articles « bornés aux principes de la Constitution et aux moyens de vérifier et d'acquitter la dette nationale ». Alléguant que le bien doit se faire lentement, qu'on doit se garder de le précipiter, que le temps n'avait pas permis à l'assemblée de mûrir ses idées, et qu'il était impossible, en quinze jours, de dresser un plan général de législation, ils invitaient le Tiers état du bailliage de Caen à écarter de son cahier tout ce qui ne touchait pas au grand objet de la Constitution, le seul qu'il fût urgent de fixer, et à ajourner à une seconde session d'Etats généraux, demandée pour 1791, le soin de remanie:- plus profondément l'état politique
(lj L'original manuscrit de ces Réflexions esl conservé aux Arch. connu., Caen, (ancien carton 20).
{2) Arch. du greffe delà Cour d'appel de Caen, Registre. Ces Observations ont été publiées par Hippeau, aiw. cité, l. Y] II. p. 160-17:i. Il n'est pas question de cette lecture dans le procès verbal de rassemblée à la date du 23 mars, mais le mémoire de Le Canu et Laurent contient, en souscription; l'indication suivante, qui est formelle-: « Lu et, déposé m rassemblée générale du Tiers état des cinq bailliages réunis, etc.. par les soussignés, ce 23 mars 1789. »