DESTRUCTION DES COLOMBIERS ET CHARTRIERS SER1NEURIAUX
depuis si longtemps injustement ». « Je n'ai pas mes clefs sur moi, « répond Durel de Vidouville. Laissez -moi rentrer et je vais vous « satisfaire. » Pendant que la bande tue poules, pigeons et canards et se rue à la destruction du colombier, le seigneur envoie ses domestiques pour sonner le tocsin dans la chapelle du château; le curé de Vidouville le fait sonner dans la paroisse. Des villageois se rassemblent, mais les insurgés résistent. Durel peut s'échapper à grand peine, en sautant par une fenêtre dans son jardin. A la nouvelle de sa fuite, les forcenés se retirent, l'injure et la menace à la bouche l]l. Les châteaux de Tilly, d'Amayé, d'Ecrammeville, de Hottot sont le théâtre de semblables dévastations C2'.
Dans le Bocage, les seigneurs tremblent pour leurs propriétés et pour leur vie. Le marquis de Ségrie, qui par la rigueur de ses exactions a soulevé trop de haines, chassé de son château, doit se réfugier dans une caverne des rochers d'Oître. Rentré à Falaise, où la noblesse du pays est plus en sûreté, il renonce par acte notarié, le 22 juillet 1789, à ses droits féodaux sur les cinq paroisses de Ségrie-Fontaine, La Lande-Saint-Siméon, Rouvrou, Mesnil-Hubert et Mesnil-Villement (3).
Deux jours plus tard, le marquis d'Oilliamson voyait ses vassaux des paroisses de Caligny, Montilly, La Bazoque et Athis s'attrouper au nombre de trois à quatre cents, « auxquels se joi- « gnirent une infinité de brigands. Cette troupe de furieux, écrit-il, « après avoir sonné le tocsin dans plusieurs paroisses des environs, « a fondu sur ma maison de Caligny, a foncé les portes, vidé les « caves et brûlé en entier mon chartrier » (4). La colère des foules était déchaînée et frappait parfois en aveugle. Une lettre du comte de Vassy, adressée au président de l'Assemblée nationale, fait saisir sur le vif, avec l'âpreté des revendications paysannes, l'impopularité dont furent victimes les seigneurs jusqu'alors les plus respectés (5). Vassy était un des gentilshommes les mieux estimés de la Basse-Normandie. Il avait joué, on l'a vu plus haut, un rôle considérable dans l'administration provinciale et s'y était
(1) Arcli. coinm., Bayeux, Di 12, Registre des délibérations de l'Hôtel de ville.
(2) Pezet, Bayeux à là fin du XVI II" siècle, p. 129.
(3) La Sicotière, Léon de Frotté, 1. I, p. 149. — Lelièvre, Abandon de droits féodaux avant la nuit du 4 août, dans La Révolution française, 1905, p. 419-420.
(41 Lettre du marquis d'Oilliamson au président de l'Assemblée nationale, 4 août 1789. Arch. nat., D xxix 29.
(5) Lettre du comte de Vassy au président de l'Assemblée nationale. 27 juillet 1789. Ibid.