‹ La fin de l'ancien régime et les débuts de la révolution dans la généralité de Caen, 1787-1790Chapitre 334 sur 511 · PILLAGE DES CHATEAUX DU COMTE DE VASSY · texte numérisé non relu

PILLAGE DES CHATEAUX DU COMTE DE VASSY

révélé comme l'un des organisateurs du « Bien public » (*). La noblesse du bailliage de Caen l'avait élu comme second député de son ordre aux Etats généraux (2). Vassy possédait, en Normandie, des fiefs assez importants : il était seigneur patron de Brécé, de la Forêt-Auvray ^ près Falaise et de La Landelle-en-Clécy dans le Bocage virois ([\ Le 16 juillet au soir, son homme d'affaires l'avertit « que, depuis cinq à six jours, une grande fermentation existe dans les campagnes des environs de Falaise et de Condé-sur-Noireau », où est située une grande partie de ses biens. Beaucoup d'habitants y annoncent que des ordres d'en haut leur enjoignent de brûler tous. les titres et papiers des seigneurs, l'Assemblée nationale ayant aboli tous cens, rentes seigneuriales, redevances et banalités des moulins. Alarmé par cette nouvelle, Vassy quitte Versailles et se rend, en toute hâte en Normandie (5). Le 19 juillet, il se trouve, non loin de Falaise, dans une de ses terres, qu'il vient de vendre ; il est à table, lorsque « plus de trois cents personnes, les unes armées, les autres avec des bâtons, arrivent pour brûler les papiers et mettre, en cas de refus, le feu au château ». N'ayant aucun droit pour leur remettre des titres qui ne lui appartiennent plus, Vassy se sauve à pied, avec sa femme et ses enfants, tandis que les paysans, parvenus aux portes du château, les enfoncent à coups de haches et, après avoir vidé le chartrier, font dans la cour un autodafé d'archives seigneuriales. Réfugié dans sa terre de La Landelle, paroisse de Clécy, Vassy y subit d'autres assauts. Le mercredi 22 juillet au soir, cent à cent cinquante habitants de Clécy viennent le sommer de leur remettre ses titres. Ils s'excusent de lui faire de la peine, « n'ayant jamais reçu, depuis dix-neuf ans qu'il possède cette terre, que de bons traitements de sa part; mais ils sont obligés d'exécuter des

(1) Voir ci-dessus, chap. IV, p. 75.

(2) Ibid., chap. X, p. 266.

(3) Le comte de Vassy, seigneur de La Forêt-Auvray, ligure, à ce titre, dans le rôle des impositions de cetle paroisse, en 1790, pour 55S livres. L. Du val. La petite Propriété dans l'Orne en 1789, p. 15.

(4) La terre de La Landelle produisait 120 livres de rentes seigneuriales, plus 80 livres de lods et ventes, 75 et 50 livres pour les foires et les marchés de Clécy, d'après la déclaration faite en 1781, au contrôle des vingtièmes, par le comte Louis de Vassy. Arch. dép., Calvados, C 5801.

(5) Vassy justifie en ces termes l'intérêt qu'il avait à se déplacer d'urgence : « Dans le pays où est situé mon bien, le sol étant généralement mauvais et d'une culture difficile, les seigneurs propriétaires de terres ont, de tous temps, inféodé des portions plus ou moins considérables pour des redevances en grains, soit en froment, seigle ou avoine, et c'est le principal revenu d'une partie de ces terres. » Arch. nat., D xxix 29.

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