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MESURES D'APPROVISIONNEMENT A CHERBOURG

campagne qui apportent leurs viandes en ville sans acquitter les droits » ({>.

Le Comité de Cherbourg, à peine formé, met au premier rang de ses préoccupations la question des subsistances de cette ville (2), L'ancienne municipalité, d'ailleurs, en avait eu un égal souci. Lors de l'émeute du 21 juillet, elle avait ouvert au peuple les magasins à blé de l'Etat, établi un bureau des pauvres qui fournissait à chaque indigent un bon d'une livre et demie de pain par jour et promis aux boulangers, qui délivraient ce pain à un prix très réduit, de leur rembourser leurs pertes rA>. Elle avait pris une série de mesures relatives à l'approvisionnement des halles, envoyé par deux fois un député au Havre pour y acheter du blé et, à défaut de celui-ci, une cargaison de 3.150 boisseaux d'orge à 4 livres le boisseau, revendus à 3 livres (*). Après sa réorganisation, elle redouble d'activité. Les « décrets » et les « manifestes » du Comité permanent se succèdent assez nombreux et accusent ses efforts incessants pour « déconcerter dans les marchés de la ville, par une surveillance active, toutes les manœuvres illicites, frauduleuses, ou propres à exciter l'inquiétude du peuple » (5). Il interdit aux paysans d'accrocher au passage les blés destinés à l'approvisionnement de Cherbourg, et par contre autorise les perquisitions dans les campagnes. Il fait fouiller les greniers du meunier de Sideville, soupçonné de tenir un dépôt clandestin de grains (fi) ; il ordonne l'arrestation de ceux qui en font un transport frauduleux (7). Il essaie surtout d'empêcher le « commerce criminel », qui, faisant passer les blés du Cotentin dans les îles anglaises voisines d'Aurigny, Guernesey et Jersey, augmente la cherté des grains au lendemain d'une riche récolte.

Le Comité de Tinchebrai procède, lui aussi, à des perquisitions dans les paroisses voisines, recense les grains des propriétaires, fermiers, ou décimât eurs et leur enjoint d'en amener une partie a

(1) Arch. comm., Avranches. Registre des délibérations, 27 octobre 1789.

(2) Décret du 13 octobre 1789 sur l'approvisionnement des marchés : « Le corps municipal cl national, considérant tpie de tous les objets d'administration qui lui sont confiés il n'en est point qui mérite plus d'attention que ce qui a trait à la subsistance de cette ville, etc. » Ibid., Cherbourg, BB5, Registre des délibérations.

(3) Ibid. Avis aux citoyens de Cherbourg de l'ouverture d'un bureau de bienfaisance, 4 août 1789.

(1) Ibid. Envoi de Morqueron au Havre, 27 juillet 1789.

(5.) Ibid. Décret du 13 octobre 1789.

(G) Ibid., BB 11. Registre de correspondance, 17 octobre 1789.

(7) Ibid. Arrestalion de La Grandie, paysan de Benoitville, 10 octobre 1789.

354 ENTENTE DES COMITÉS Al' SUJET DES SUBSISTANCES

la halle de la ville. Il menace d'emprisonnement le curé de Piernières-le-Patry, qui résiste à son arrêté'1). A Torigni, le Comité défend aux boulangers de faire gâteaux, moulinets et autres pains amendés (2), envoie ses délégués pour visiter leurs boutiques, fait forcer par un serrurier la porte des récalcitrants W. Au lendemain de l'émeute du 6 août 1789, le Co'mité de Granville abaisse le prix du pain et décide que des gratifications seront accordées aux boulangers pour les indemniser des pertes qu'ils vont subir: le montant s'en élève à 2.908 livres4'. Le Comité de Bayeux, dans une série de délibérations prises du 5 au 12 août 1789, « s'occupe sans relâche du salut du peuple » et arrête les mesures relatives aux approvisionnements. Il règle à maintes reprises la taxe du pain <5^, ordonne aux boulangers de tenir boutique ouverte ; pour conjurer la disette, il invite les citoyens cà ne point écarter des halles par des actes de violence « le laboureur qui les nourrit » ; il engage les paysans à amener leurs grains à Bayeux, sous la promesse de sécurité absolue, et le 31 août publie un règlement en 15 articles sur la police des halles, le commerce des grains et la fabrication du pain. Il délègue des commissaires à Caen, au Havre, dans le Cotentin pour y acheter des blés ; il en demande à Necker. Il entretient une correspondance suivie avec ses voisins sur cet important objet.

On voit les Comités permanents d'une vaste région, ceux de Bayeux, de Saint-Lô, de Torigni, de Carentan, de Périers, d'Isigny se donner rendez-vous à Saint-Lô le 10 décembre, pour y délibérer au sujet des subsistances. Leurs députés y avisent aux moyens d'exécuter les décrets de l'Assemblée nationale sur la libre circulation des grains, malgré l'opposition des foules qui veulent emprisonner ceux-ci dans les villes (°).

(1) Arch. comm., Tinchebrai. Registre des délibérations, 1 août 1789.

(2) Ibid., Torigni, D 36. Registre des arrêtés et délibérations du Comité national, 12 août 1789.

(3) lbid„ 19 août 1789.

(4) Arch. comm., Granville. Registre des délibérations, G août 1789 et 12 mars 1790.

(5) Ibid., Rayeux, Di12. Registre des délibérations de Bayeux et Di labis. Registre des opérations du Comité général national permanent. Taxes du prix du pain les G, 14, 22 août : 10, 24 octobre ; 14, 2} novembre 1789.

(6) Ibid., Bayeux, Diul,,s. Procès-verbal de la première conférence tenue à Saint- Lé entre les députés des Comités des villes de Saint-Lô, Rayeux, Carentan, Torigni. Périers et Isigny le LO décembre et jours suivants. On y arrêta un Règlement en 22 articles, en vue d'une entente entre les Comités pour la surveillance étroite des blatiers et des boulangers. — Cf. Arch. comm., Carentan. Registre des délibérations, 14 décembre 1789. Résistance de la garde nationale de Carentan contre l'exécution de ce règlement.

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