LES COMITÉS, LA MAGISTRATURE ET L'ARMEE
Les jugés royaux des diverses juridictions ne sont point tenus à l'écart par les Comités permanents, ils siègent à leurs assemblées avec les avocats, les gens de loi et l'élite de la bourgeoisie. On y voit des lieutenants généraux de bailliage, comme Robillard à Saint-Lô, Lavalley de la Hogue à Carentan ; Brémesnil est président du Comité d'Avranches et Lescaudey de Manneval président de celui de Périers. Delleville, lieutenant général de l'amirauté de Bayeux, prend place le jour même de sa réhabilitation dans le Comité de cette ville. Celui de Cherbourg s'associe Groult, procureur du roi de l'amirauté. Les circonstances critiques, dans plus d'un chef-lieu de bailliage, amènent les officiers à partager « de leur agrément », le droit de juridiction avec les Comités, parfois même à leur en laisser entièrement l'exercice. A Bayeux, par exemple, en présence de la déclaration des volontaires nationaux, qui ne veulent accorder leur confiance qu'à un corps judiciaire issu de leurs suffrages, et pour déférer aux vœux exprès des officiers du bailliage, le Comité permanent consent à ne se démettre des fonctions de justice qu'après le rétablissement le plus complet de l'ordre (*).
Presque partout, les Comités entretiennent d'excellents rapports avec les officiers commandant les troupes royales : ils ont d'ailleurs tout intérêt à rechercher l'appui de ceux qui sont sincèrement dévoués à la Nation. Le meurtre deBelzunce, victime d'une foule en délire, n'est point imputable au Comité de Caen : si le régiment de Bourbon est exécré dans cette ville, celui d'Artois y compte les plus chaudes sympathies. Le Comité de Bayeux compte parmi ses membres le chevalier de Praslin et le chevalier de Buffon, colonel et lieutenant-colonel du régiment de Lorraine. De Versamy, chef du détachement du régiment d'Angoulême, en garnison à Carentan, est le premier élu des vingt-huit membres du Comité aux élections du 13 septembre. Dumouriez, maréchal de camp et « commandant pour le roi et la nation » à Cherbourg, est un des membres les plus actifs, peut-être même
funeste. Cependant, Monseigneur, s'il allait désormais vouloir porter ses prétentions plus loin et sur des objets qui intéresseraient le service ou la gloire de S. M., quel parti devrions-nous prendre ?...» Arch. dép., Calvados, C 2688. Cf. Arch. comra., Vire. Registre des délibérations, 22 août 1789. La municipalité décide de ne pas se présenter le lendemain sur la place du château à la prestation du serment, pour éviter tout conflit. (1) Arch. comm., Bayeux, Di13biS. Registre des opérations du Comité [national, 18, 19 et 21 septembre 1789. — Le 2 septembre, le Comité de Caen, snr la motion du comte de Vendœuvre, prend un arrêté eu cinq articles, relatif à la protection des juges. IbitL, Caen, BB 93.