‹ La fin de l'ancien régime et les débuts de la révolution dans la généralité de Caen, 1787-1790Chapitre 386 sur 511 · LES OPÉRATIONS ÉLECTORALES DANS LES VILLES · texte numérisé non relu

LES OPÉRATIONS ÉLECTORALES DANS LES VILLES

directe avait été fixée à 3 livres pour les citoyens actifs et à 10 livres pour les éligibles. L'élection du maire, du procureur de la commune et de son substitut, de douze officiers municipaux et de vingt-quatre notables demanda onze jours, du 9 au 20 février <l). Granville forma deux sections, celle de la Caserne et celle de l'Auditoire. Le faubourg de Saint-Nicolas, qui ne faisait qu'une paroisse avec la ville, mais qui avait une collecte séparée, eut une municipalité distincte :2>. Les électeurs Granvillais procédèrent le 1er février et les quatre jours suivants au choix d'un maire, d'un procureur, de huit officiers municipaux et de seize notables. Un seul incident vint troubler leurs opérations : l'officier du génie qui commandait à la caserne refusa les clefs de la salle du scrutin et l'intervention de la garde nationale fut nécessaire pour vaincre sa résistance (3). Avranches comptait plus de 4,000 habitants ; le Comité permanent, après avoir fixé à 20 sols la valeur de la journée de travail, avait décidé que les élections auraient lieu le 20 janvier dans les deux sections de Notre-Damedes-Champs et de Saint-Gervais. Mais une lettre du député du bailliage, Burdelot, lui ayant annoncé que de nouvelles instructions allaient paraître sur la formation des municipalités, il se ravisa « pour ne point s'exposer à faire des opérations illégales » et en ajourna la date au 3 février. Du 3 au 11 février, furent nommés le maire et le procureur, huit officiers et seize notables W. Mortain, avait deux paroisses, Saint-Guillaume et le Rocher, et comptait une population de 2,554 habitants. La journée de travail n'y fut évaluée qu'à 15 sols. L'assemblée électorale, qui se tint dans l'auditoire du bailliage, sous la présidence du lieutenant général Vaufleury de Saint-Cyr et qui dura trois jours, nomma un maire, un procureur, cinq officiers municipaux et douze notables (5). Pour élire les dix-huit membres du Conseil général et le procureur de la commune, les citoyens actifs de Tinchebrai se réunirent du 17 au 21 février 1790 (6).

(1) Arch. comm., Cherbourg, BB 5. Registre des délibérations, 9-20 février 1790.

(2) Il en fut de même à Tailleville, hameau de Langrune qui, ayant une collecte propre, s'érigea en municipalité sous l'influence du prieur Bruzeau (Arch. dép., CaJvados, série Lm non inventoriée, et à Isigny, dont les deux communautés, urbaine et rurale, perpétuellement en conflit, formèrent deux municipalités particulières (Arch. nat., D ivbis 10, 231). — Un phénomène inverse se produisit pour les communautés d'Ifs et de son hameau Bras, qui se fondirent en une seule municipalité. Arch. dép., Calvados, C 7672.

(3) Arch. comm., Granville. Registre des délibérations, 1-5 février 1790.

(4) Ibid., Avranches. Registre des délibérations n° 2, 3-11 février 1790.

(5) Ibid., Mortain. Registre des délibérations, 27-29 janvier 1790.

(6) Ibid., Tinchebrai. Registre des délibérations, 17-21 février 1790.

iV.M) tX COMPARUTION DES KLECTKURS URBAINS

En limitant au chiffre de 650 le maximum des électeurs que devait contenir chaque assemblée primaire, le décret du 14 décembre avait voulu prévenir les désordres et la confusion inséparables des réunions trop nombreuses. Ce danger n'était pas à redouter en Basse-Normandie, où l'indifférence écarta plus d'un citoyen actif des salles du scrutin. Les dix sections de Caen ne réunirent jamais, à elles toutes, plus de 1,142 suffrages. Les trois sections de Bayeux comptèrent au plus 145, 132 et 110 votants, au total 387. Les électeurs de Granville, au nombre de 198, se partagèrent entre deux bureaux de vote ; les deux assemblées primaires d'Avranches ne recueillirent respectivement que 142 et 133 voix. 117 votants à Mortain, 56 à Carentan ne pouvaient former des groupes fort tumultueux. Une étude méthodique de la comparution individuelle aux assemblées primaires de février 1790 fournirait sans doute la preuve que d'assez nombreuses abstentions durent s'y produire. Ceux-là même qui avaient fait acte de présence le premier jour se lassèrent de voir traîner les opérations électorales, ou attribuèrent moins d'importance à la nomination des notables qu'à celle du maire et des officiers municipaux et, dans certaines villes, les assemblées primaires allèrent se décimant chaque jour jusqu'à tomber à un chiffre insignifiant (V. Le maire de Mortain avait obtenu 73 suffrages sur 117 : le dernier des notables fut élu par vingt voix !

Le choix des électeurs, dans les villes, se porta sur des personnages déjà fort en vue, que leur situation sociale, leurs bienfaits, leur popularité dès longtemps acquise désignaient à la plupart des suffrages. Les municipalités urbaines ne continrent pas beaucoup d'hommes nouveaux. A Vire, où l'éducation révolutionnaire semble avoir été plus avancée qu'ailleurs (2), par 246 voix sur 397, le chef du parti des novateurs, Richard Castel, fut élu maire au second tour de scrutin. A Bayeux, au contraire, 233 voix sur 387 votants confièrent l'administration de la ville à l'évêque, de Cheylus, malgré son attitude assez nettement antirévolutionnaire. Les autres villes choisirent, d'une façon générale, leurs

(1) Le Comité de Caen avait dû reculer de; deux jours l'ouverture du scrutin, par suite de l'abstention presque complète des citoyens actifs. Arch. comm., Caen, BB97, f°21. — Le nombre des votants, qui était de 1,142 le 3 février, était déjà tombé à 1,000 le lendemain, lbhl, BB <J6.

(2) Bibl. comm. Vire, ms. Séguin. Le Comité, afin d'accélérer l'éducation du peuple, avait fait venir à ses frais les journaux de Paris et en faisait faire gratuitement la lecture publique, dès le mois de novembre 1789. Le peuple éiail appelé à son de cloche à ces séances de lecture qui précédèrent les réunions des clubs.

Page 1