LA MÊLÉE DES CONVOITISES RIVALES
et Condé-sur-Noireau, pour aboutir à l'Orne au pont d'Ouilly. Le procès-verbal particulier du 22 décembre 1789 indiquait formellement in fine que « les deux Regards (Saint-Martin et Saint-Pierre), faisant partie du bourg de Condé, appartiendraient au département de Caen. » On oublia de transcrire cette mention à la fin du procès-verbal général de division de la Normandie, arrêté le 7 janvier 1790 (*). Saint-Pierre étant situé sur la rive droite du Noireau, le département d'Alençon en disputa la possession à son voisin. La querelle fut assez longue et ne fut tranchée que le 3 février 1791, par un arrêté du Comité de constitution attribuant Saint-Pierre au département de l'Orne (2). Au delà de l'Orne, la frontière quittait le territoire de la généralité de Caen et, de chaque côté de l'ancienne limite administrative à jamais effacée, de Pont-d'Ouilly à l'embouchure de la Dives, les paroisses autrefois séparées étaient réunies dans un ressort commun.
Pendant que se poursuivait à Paris le travail de division intérieure de la province, la Normandie ne restait pas indifférente à ses futures destinées. Les projets de l'Assemblée nationale y furent à peine ébruités, que la mêlée des intérêts rivaux comença. Il n'y eut ville, ni bourg si peu important qui ne rêvât d'être chef-lieu de département, tout au moins de district. Une pluie de requêtes tomba sur le bureau du Comité de constitution, une nuée d'ambassadeurs locaux vint assaillir ses membres. Si quelques villes de Basse-Normandie, confiantes dans la sollicitude de leurs députés à l'Assemblée nationale, se contentèrent de correspondre très régulièrement avec eux sur le grand objet qui déchaînait alors toutes les convoitises (3), la plupart cherchèrent
(1) Arch. nat., Divbisl, 1. 23.
(2) Mémoire des propriétaires forains de Sainl-Pierre-du-Regard au département du Calvados au Comité de Constitution, 16 janvier 1791. Ibid., D ivhis 12, 1. 249. Sur cette question, voir Paul Le Brethon, La Formation du département du Calvados, p. 5. Paris, 1894, in-8\
(3) Bayeux entretient avec le baron de Wimpfen et Delauncy une correspondance presque quotidienne. (Arch. comm., Bayeux, Registre de correspondance). — Mortain a laissé à Le Sacher de la Palliôre le soin de ses intérêts {Ibid., Mortain. Registre des délibérations, séance du 22 décembre 1789). — Saint-Lù est défendu par Vieillard (Arch. nat., Divhls 10, 1. 231). — Périers fait appuyer ses prétentions par Pouret-Roquerie (Ibid., D ivbis 10, 1. 230). — Le 18 septembre 1789, les officiers municipaux de Caen écrivent à Lamy, député du bailliage : « Nous ne comptons point envoyer de députés aux Etats généraux. Nous nous reposons avec confiance sur vos lumières pour prendre en considération tout ce qui peut concerner l'intérêt de cette partie de la province, qui vous a si justement donné sa confiance. ■ Ai«h comm., Caen, carton 56.