‹ La fin de l'ancien régime et les débuts de la révolution dans la généralité de Caen, 1787-1790Chapitre 401 sur 511 · FRAIS QU'ELLES OCCASIONNENT AUX VILLES · texte numérisé non relu

FRAIS QU'ELLES OCCASIONNENT AUX VILLES

vaient aucun établissement, qui n'étaient chefs-lieux ni d'élection ni de bailliage, accoururent comme à une distribution. Villedieu remit sa cause au prieur de la Bloutière et à Laurence, ancien président du Comité permanent (*) ; Condé-sur-Noireau, au pasteur Gourjon W.

Tous ces députés (3> apportèrent à leurs revendications beaucoup d'ardeur et de ténacité. Lindet déplore, comme une faute grave, l'accueil que leur réserva le Comité de constitution. Leur long séjour à Paris (4J, leurs démarches réitérées, les intrigues qu'ils nouèrent firent, à l'en croire, perdre du temps aux députés et retardèrent la division du royaume. S'il y eut parmi ces solliciteurs « beaucoup de mécontents pour avoir mangé leur argent et n'avoir rien obtenu » (5), tous ne furent point éconduits et plus d'un put rentrer la tête haute dans sa ville, aux acclamations de ses concitoyens (6).

L'assemblée générale des députés de Normandie avait, dès le 17 décembre, divisé la province en cinq départements ; cinq assemblées particulières, respectivement composées des députés

(1) Arch. comm., Villedieu. Registre des délibérations, 30 décembre 1789. Cf. Arch. nat, D ivbis 10, 1. 230.

(2) Arch. comm., Condé, D 1. Registre des délibérations, 19 août 1790.

(3) Th. Lindet, Correspondance, p. 57. Lindet évalue leur nombre à plus de 3,000 pour la France.

(4) Les deux envoyés de Caen restèrent à Paris du 21 novembre 1789 au 1er avril 1790 et dépensèrent 6,351 livres 5 sols. Mémoire de MM. les députés extraordinaires de la ville de Caen, sur le but de leur mission et les dépenses qu'elle leur a occasionnées. Arch. comm., Caen, carton 56. Ceux d'Avranches ont dépensé 1,000 livres et remettent dix louis au Comité général de la ville. Ibid., Avranches, Registre des délibérations, séance du 19 décembre 1789.

(5) Th. Lindet, Correspondance, p. 57.

(6) Les députés extraordinaires de Caen se vantent d'avoir appuyé avec succès « le projet de la division de la province en cinq départements au lieu de six qu'on voulait adopter et que l'intérêt de Caen rejetait ». — Parmi les frais consignés sur le mémoire de ces députés, figure un article ainsi conçu : « Nourriture tant de députés que domestiques, y compris huit repas donnés à des protecteurs, 2,173 livres 17 sols. » Arch. comm., Caen, cirton 56. — Les officiers municipaux de Caen leur écrivaient : « Nous savons que pendant votre séjour à Paris vous vous êtes fait de puissants protecteurs. Nous connaissons vos relations avec noire zélé concitoyen M. Bayeux, si bien accueilli de celui qui dirige encore les plus importantes opéralions du gouvernement (Necker). Nous n'ignorons pas que vous avez mis dans vos intérêts le célèbre M. Thouret, etc. » Ibid., Caen. Registre de correspondance, lettre du 29 février 1790 — Couraye-Duparc accusa les députés du Cotentin de s'être laissé séduire par « un certain genre d'éloquence des envoyés extraordinaires de Cherbourg ». Arch. nat., D iv1,ls 10, 1. 231. — La Varignière, député extraordinaire de Torigni, raconte qu'il offrit à l'Assemblée nationale, en don patriotique de sa ville, une superbe boîte en or enrichie de diamants, enveloppée dans « un Précis imprimé en faveur de Carentan. » Lettre à mes commettants. Ibid., AD xvi 49.

Page 1