ADHESION DE LA BASSE-NORMANDIE A LA NOUVELLE DIVISION
hâtive (l). Des délimitations imprécises sur quelques points, des créations de cantons en nombre peut-être exagéré, des répartitions de paroisses d'une opportunité parfois contestable, C'étaient là des taches légères, qui, pour exiger quelques retouches au tableau, n'en détruisaient pas l'harmonie. Aussi, quand le pays vit l'œuvre achevée, la joie universelle éclata spontanément et se traduisit par des fêtes publiques ; la reconnaissance nationale fit explosion dans des adresses enthousiastes d'adhésion « aux décrets régénérateurs » de l'Assemblée constituante &>. Si quelques villes sacrifiées, cédant à leur impression première, exhalèrent leurs sentiments de jalousie contre des voisines mieux traitées, la plupart des mécontents s'apaisèrent bientôt, dans l'espoir des compensations prochaines.
Toutes les cités qui avaient eu part à la curée furent naturellement les premières à s'en réjouir. Fiers de posséder un district, les officiers municipaux d'Avranches décernèrent des titres honorifiques aux députés de leur région dont l'appui leur avait profité ; ils nommèrent Artur de la Villarmois notable honoraire. Burdelot et Bécherel, l'un habitant de Pontorson, l'autre curé de Saint- Loup, furent nommés citoyens d'Avranches (3). Mortain organise une fête en l'honneur de l'Assemblée nationale et de son député, Le Sacher de la Pallière. On célèbre une messe en musique avec Te Deum d'actions de grâce ; on allume des feux de joie sur la place publique ; une pyramide y est dressée, portant cette inscription : « Vive le Roi ! Vive l'Assemblée nationale ! Vive Le Sacher de la Pallière » (4). A Cherbourg, pour fêter l'acquisition du nouveau district, le Comité national fait tirer vingt et un coups de canon du fort Longlet ; il se confond en protestations de gratitude envers Chantereyne, le bienfaiteur de la cité et tous ceux qui l'ont si heureusement secondé : l'évêque de Coutances,
(1) M. Brette reproche cette hâte aux Constituants. Il les accuse d'une imprévoyance funeste dont la France porte, depuis cent vingt ans, le poids. Il reconnaît, d'ailleurs, que les circonstances les forcèrent à décréter promptement la nouvelle organisation administrative. Brette, La Réforme des Départements, art. cité, p. 265-267.
(2) Voici, à lilre d'échantillon, un extrait rie l'adresse que la municipalité de Vire envoya, le 10 mars 1790, à l'Assemblée nationale : « Déjà [le paysj vous doit cette helle et sublime organisation qui ne le divise en 8? parties que pour le tenir à jamais uni avec plus d'ordre et plus de force. Il vous doit ces administrations paternelles qui font jouir chaque section du bonheur des petites républiques, en leur conservant la force d'une monarchie imposante. » Arch. nat., C 111, 1. 247.
(9) Arch. coram., Avranrhes, Registre des délibérations, 20 février 1700. '- (ii Ibid., Mortain, Registre des délibérations, 22 décembre 1789.