‹ La fin de l'ancien régime et les débuts de la révolution dans la généralité de Caen, 1787-1790Chapitre 428 sur 511 · LE CLERGÉ AGENT DE LA CONTRE-REVOLUTION · texte numérisé non relu

LE CLERGÉ AGENT DE LA CONTRE-REVOLUTION

l'arbre de la religion » (1^. Une campagne de brochures travailla les fidèles et le clergé (2l. Effrayés par les affirmations mensongères que celles-ci renfermaient, se croyant « trahis par leurs députés », inquiétés dans leurs croyances et menacés dans leurs intérêts matériels par l'adoption des lois qu'on leur présentait comme des lois de spoliation (8), les curés firent volte-face, se rejetèrent dans le camp des évoques et des privilégiés. Après avoir été au début les auxiliaires de la Révolution, ils allaient devenir les agents les plus actifs de la contre-révolution.

En présence de tant de périls, les municipalités se rendaient un compte exact de leur faiblesse. Elles en faisaient publiquement l'aveu. « Tous les liens paraissent détruits, écrivaient les officiers « municipaux de Caen à leurs collègues de Rennes. La force publi- « que n'existe que dans l'opinion et chacun a la sienne. Chaque « individu, définissant la liberté à sa manière, n'admet des décrets « que ce qui convient à ses intérêts ou à ses passions et s'érige en « despote pour gouverner tout ce qui l'environne; de sorte que, « dans le chaos de l'anarchie qui règne depuis neuf mois, l'orage « s'obscurcit de plus en plus, et nous n'apercevons point encore la « terre qui nous est promise (4). »

Tous les citoyens, cependant, n'étaient pas aussi pessimistes ; plus d'un partisan de la Révolution croyait alors, avec Aveline, que le terme de l'anarchie était proche et que l'établissement des assemblées administratives inaugurerait une ère d'ordre et de prospérité &h

(1) Courrier de Gorsas, n° du 14 juin 1790.

(2) Lettre de Gédéon Gourjon, pasteur de Condé-sur-Noireau, au curé Gouttes, vice -président de l'Assemblée nationale, 28 mai 1790. Arch. nat., Dxxiv 33. 11 se plaint des injures et des menaces que les catholiques, fanatisés par les prêtres, l'ont subir aux protestants, nombreux dans sa région.

(3) Les décrets des 2 novembre 1789 et 14 mai 1790, en mettant à la disposition de la nation les biens ecclésiastiques, puis en ordonnant leur aliénation jusqu'à concurrence de 400 millions de livres, avaient jeté un certain trouble dans les habitudes et le train de vie des curés ruraux. Ils détachèrent un grand nombre de ceux-ci de la cause de la Révolution. Voir Sagnac, La Législation civile, etc., p. 168-169.

(4) Lettre des officiers municipaux de Caen à ceux de Rennes, 2 avril 1790. Arch. comm., Caen, Registre de correspondance.

(5) Lettre d'Aveline, maire de Caumont, aux commissaires du roi pour la formation du Calvados, 12 avril 1790. Arch. dép., Calvados, série L non inventoriée.

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