CABALES ET VIOLENCES DANS LES ASSEMBLÉES PRIMAIBES
Une protestation en sens contraire, mais dirigée aussi contre les commissaires, avait été adressée quelques jours plus tôt par un groupe de bourgeois de Vire. Ils n'avaient pas vu sans déplaisir l'annexion de quatre paroisses rurales à la ville ; l'assemblée urbaine n'eut dû contenir que des citadins. « Il semble, écrivait l'avocat Brouard, que tout ait concouru pour mettre l'aristocratie aux prises avec le patriotisme. Le choix a donné pour électeurs des citoyens qui, avec sept à huit mille livres de rente, n'ont pas rougi de faire une contribution patriotique de 150 livres » 0).
Des inimitiés personnelles trouvèrent l'occasion d'éclater au milieu de ces réunions et y provoquèrent le tumulte. A l'assemblée du canton de Bény, le notaire Fortin avait été élu président, malgré une vive opposition de son concurrent le prieur de Carville. Une table, apportée dans l'église, servait de bureau. Le curé du Reculey monta dessus et « vociféra comme un furieux». Les gens de Monchamp, de Percy et du Désert le traitèrent de « calotin impertinent » et ce jour-là « le clergé fut un peu houspillé ». A Pontfarcy, un malavisé, profitant de la confusion générale, s'était enfui en emportant l'urne (2). A l'assemblée du canton de Juaye, la cabale avait présidé aux élections ; « les billets n'étaient pas inscrits sur le bureau, des gens apostés les écrivaient dehors et les distribuaient publiquement, l'injure et la menace à la bouche » l3\ Des paroles violentes et des formules d'ostracisme furent entendues dans plus d'une assemblée ; dans celle de Mondeville, un membre demanda qu'on frappât d'une amende ceux qui voteraient pour un gentilhomme ou un ecclésiastique ; le procureur de la commune, Cauvet, victime d'un zèle protocolaire excessif, fut lui-même violemment expulsé (4).
Au moment où les opérations électorales de la Manche allaient être closes, on crut qu'il faudrait les recommencer. Dans aucune des assemblées primaires les citoyens actifs n'avaient représenté, conformément aux décrets, l'extrait de leur déclaration pour la contribution patriotique. Frémin de Beaumont trembla à l'idée
(1) Pétition des citoyens île Vire à l'Assemblée nationale, 25 mai 1790. Arch. nat., Div21.
(2) Arch. dép., Calvados, série L non inventoriée.
(3) Lettre des commissaires à Saint-Priest, 22 mai 1790. Arch. nat., F1(' 111, Calvados 1.
(4) Registre des ordonnances de la Commission royale, 21 mai 1790. Arch. dép., CaNados, série L non inventoriée