PRÉDOMINANCE DES ÉLUS RURAUX
obtenaient, l'un Loisel, laboureur de Norrey, 156 voix, l'autre Aveline, notaire et maire de Caumont, 363. Les six administrateurs du district de Vire furent : Brouard de Clermont, président de l'assemblée, qui, le 17 juin, rallia 435 suffrages ; Vigeon, chirurgien de Clinchamps, qui partagea, avec ses 430 voix, le triomphe de ce dernier ; Jouenne, avocat de Condé-sur-Noireau, et Noël Durocher, médecin de Vire, nommés le 20 juin par 252 et 231 voix ; Hellouin, médecin de Danvou et Lair-Deslongchamps, sur qui se portèrent respectivement, le 24 juin, 293 et 285 suffrages.
Les élections, au dire des commissaires du roi, « donnaient d'heureuses espérances » ; l'esprit qui les avait inspirées s'était manifesté dans une des premières séances par une adresse d'adhésion de l'assemblée aux décrets de l'Assemblée nationale (*). Le Conseil du département se trouvait composé de partisans du nouveau régime. Ce fut en grande partie à la campagne qu'il se recruta W. Rien ne le révélerait si l'on ne considérait sa composition qu'au point de vue des professions sociales. Sur trente-six administrateurs, on compte treize magistrats, avocats ou notaires, trois chirurgiens ou médecins, deux négociants, treize laboureurs ou cultivateurs et cinq membres sans qualification spéciale (3). Mais l'évidence s'impose si on les classe d'après le lieu de leur domicile. Les six chefs-lieux de district fournirent le quart environ de la représentation, dix sur trente-six ; trois petites villes, Condé, Honfleur, Orbec, y contribuèrent pour un douzième. Le reste, c'est-à-dire près des trois quarts, se composa d'habitants de bourgades rurales, comme Caumont, Cambremer, Creully ou même de simples villages. Toutes les régions du département eurent leur défenseur au sein du conseil : les grasses prairies du Bessin et les rochers granitiques du Bocage, les sables du littoral et les verdoyants vallons du pays d'Auge. C'était un fait nouveau que cette admission de la bourgeoisie rurale aux fonctions administratives. Les campagnes n'étaient en effet représentées à l'Assemblée provinciale que par la noblesse fon-
(1) Adresse de l'assemblée électorale du Calvados à l'Assemblée nationale. Arch. dép., Calvados, série L non inventoriée. Les régiments de Lorraine, d'Aunis et Commissaire général y joignirent leurs « actes d'adhésion » les 12, 15 et 21 juin.
(2) Les lettres des commissaire? du roi à Saint-Priest (16 et 18 juin 1790), insistent sur ce fait. Arch. nat., Flr III, Calvados 1.
(3) Dont deux anciens militaires, chevaliers de Saint-Louis. L'un d'eux, qui fut plus tard législateur, puis constitutionnel, Dubois Dubais, avait été garde du corp