PROTESTATIONS URBAINES
cière et quelques prieurs de monastères. Un noble en avait déjà fait la remarque en 1788 ('). Un des nouveaux membres du Conseil de département, le notaire Aveline, celui-là même qui, en 1789, avait adressé, au nom d'un groupe de paroisses du Bocage, un cahier de doléances spécial à Necker, interprétait ainsi l'année suivante, dans une lettre écrite aux commissaires du Calvados, l'opinion de ses électeurs : « Depuis près de trois ans que les administrations provinciales sont établies, je n'ai pas encore vu une seule opération administrative sur un nouveau régime, qui ait pu être exécutée dans les campagnes. On fatigue le peuple de formes qui sont répandues aussitôt que conçues et on les délaisse sans conséquence. Il sera nécessaire que les habitants des campagnes soient admis dans les assemblées administratives, non pour y apporter toujours les lumières les plus vives, mais pour contribuer à la combinaison des choses d'exécution et y attacher la confiance des campagnes, qui s'affaiblit de plus en plus » (2).
Si les choix de l'assemblée électorale du Calvados donnaient satisfaction au vœu d'Aveline, ils déplaisaient aux officiers municipaux de Bayeux. Ceux-ci dénoncèrent à leur député, Wimpfen, « les cabales horribles » auxquelles le nombre considérable d'électeurs avait donné naissance et la prépondérance effrayante que les campagnes avaient prise sur les villes ; vingttrois députés sur trente-six allaient y représenter l'élément rural ; « on n'avait point appelé à l'assemblée un seul homme au fait de la comptabilité, pas un seul ayant la moindre connaissance administrative. Rien au monde de plus faible que notre département », ajoutaient-ils en guise de conclusion (3). Ignoraient-ils donc que Lacroix-Saint-Michel avait été membre de l'Assemblée provinciale de Rouen, que Brouard de Clermont avait fait partie du bureau intermédiaire de Vire et Renouard de celui de Caen ; que les fonctions de Le Bret et de Milon, déjà administrateurs de leur ancien département, n'allaient point changer de nature en changeant de cadre, que le procureur général syndic nouvellement élu, le 22 juin par 266 voix, Bayeux,
(1) Lettre de Chazot, seigneur de Missy, à l'assemblée du département de Caen, 18 octobre' 1788. Arch. comm., Caen, ancien carton 20.
(2) Lettre d'Aveline aux commissaires du roi, 12 avril 1790. Arcb. dép., Calvados série L non inventoriée.
(3; Lettre des officiers municipaux de Bayeux h Wimpfen, 4 juillet 1790. Arch. comm., Bayeux Registre de correspondance.