‹ La fin de l'ancien régime et les débuts de la révolution dans la généralité de Caen, 1787-1790Chapitre 446 sur 511 · LES ASSEMBLÉES ELECTORALES DES DISTRICTS DU CALVADOS · texte numérisé non relu

LES ASSEMBLÉES ELECTORALES DES DISTRICTS DU CALVADOS

après avoir été le secrétaire actif de l'Assemblée de Rouen, venait d'être la cheville ouvrière de l'organisation du Calvados?

La clôture de l'assemblée électorale eut lieu le 25 juin. Les commissaires ajournèrent au 7 juillet la réunion des assemblées électorales de six districts, en raison de la fédération départementale, qui devait se célébrer le 1er juillet et d'une foire de Bayeux fixée au 5 juillet. Elles ne furent troublées par aucun incident notable. Dans le district de Caen, le choix se porta sur un curé, Rouelle, d'Hermanville ; un avocat, Hamelin, de Longvillers ; un agrégé à la faculté de droit de Caen, Lhonoré Dubuisson ; un médecin, Jardin, de Douvres ; des propriétaires et laboureurs de la campagne, dont plusieurs étaient déjà députés aux assemblées de département. Costy, procureur syndic du département, garda le même titre dans la nouvelle organisation (l». Dans le district de Bayeux i2>, l'élément rural triompha avec éclat, au grand désespoir des officiers municipaux de la ville. « Nous avons « un district, écrivirent-ils à Wimpf en, mais bon Dieu, quel district ! « Il faut que le ciel soit bien d'accord avec l'assemblée si la machine « marche bien. Neuf personnes de la campagne, trois de la ville ; « pour procureur syndic, notre procureur de la commune. M. Le « Tellier, seul en état de faire marcher la machine, a été repoussé. « La campagne a eu grande influence ; elle veut écraser les villes. « Voilà son but : elle en a tous les moyens ».(3). Mêmes résultats du scrutin dans l'assemblée électorale de Vire, où dix membres sur douze sont choisis parmi les citoyens de la campagne. Seuls, l'ancien maire de Vire, Michel Mauduit et le maire nouveau, Richard Castel, élu procureur syndic, représentèrent les intérêts de cette ville au sein du conseil l*). L'assemblée de Vire fut troublée par un incident qui eut pu devenir tragique et qui dévoila les sentiments de haine amassés au cœur de certains partisans de l'ancien régime contre les adeptes de la Révolution. Le fils

(1) Procès-verbal do l'assemblée électorale du district de Caen, Arch. dép., Calvados, série L non inventoriée; triple exemplaire, avec lettres d'envoi des commissaires, Bayeux et Signard, à Saint-Priest, Neckeret au garde des sceaux, 6 août 1790. Arch. nat., FlcIIl, Calvados 1.

(2) Procès-verbal de l'assemblée électorale du district de Bayeux, Arch. dép., Calvados, série L non inventoriée, en triple exemplaire- Arch. nat., F1 c 111, Calvados 1.

(31 Lettre des officiers municipaux à Wimpfen, 13 juillet 1790. Arch. connu., Bayeux. Registre de correspondance.

(4) Procès-verbal de l'assemblée électorale du district de Vire, Arch. dép., Calvados, série L non inventoriée; en double exemplaire (adressés à Necker et au garde des sceaux). Arch. nat., Flc 111, Calvados 1.

l'assemblée électorale de la manche 467

du marquis de Pontécoulant, Gustave Doulcet, le futur conventionnel dont le nom fut mêlé plus tard au procès de Charlotte Corday, était connu pour ses opinions libérales et sympathique au peuple. En 1789, le Tiers état de sa petite paroisse l'avait envoyé comme député à l'assemblée du bailliage de Vire, où il avait présenté des vœux « démocratiques » ; le 7 juillet 1790, il était revenu à Vire comme électeur du canton de Condé. Le chevalier de Campagnolles ayant voulu faire mention de sa qualité au procès-verbal, Doulcet protesta avec énergie et rappela le décret du 19 juin qui avait aboli les titres de noblesse. Cette attitude lui attira de vives haines parmi les gens de son ordre. Le 10 juillet, deux nobles des environs, Achard, seigneur de Saint-Manvieu et le fils du seigneur de Percy l'insultèrent dans la rue ; Achard le provoqua en duel. Le peuple s'ameuta pour le protéger et faillit faire un mauvais parti à Achard ; il assiégea la maison du receveur des finances, Longueville, où celui-ci s'était réfugié et dont on ne le fit évader qu'à grand peine. La municipalité apaisa l'affaire assez difficilement et l'insulteur fut obligé d'écrire à Doulcet une lettre d'excuses, où il mettait son agression sur le compte d'une ivresse passagère (]).

L'assemblée électorale de la Manche dura un peu moins longtemps que celle du Calvados. Sa première séance eut lieu le 14 juin, sa dernière le 23 juin (3). D'abord réunie dans l'église du séminaire, elle trouva le local trop étroit pour ses 781 membres et se transporta à la cathédrale. La vérification des pouvoirs souleva quelques contestations. Les députés élus par les cinq paroisses scissionnaires de la section de Ver prétendaient être admis à l'assemblée. Les commissaires du roi, qui avaient annulé les opérations et ordonné de nouvelles élections, les prièrent d'en attendre le résultat (3). Les six nouveaux électeurs de Ver se présentèrent le 16 juin, porteurs du procès-verbal de leur députation et prirent place dans l'Assemblée. Dès la veille, celle-ci avait nommé comme président, à la « pluralité » absolue de 393 voix, Tesnière de Brémesnil, lieutenant général du bailliage d'Avranches. Malgré sa grande jeunesse (il n'avait pas encore

(1) Arch. mit., D xxix 84.

(-2) Procès-verbal de l'assemblée électorale de la Manche en double exemplaire adressé au Comité de constitution et à Saint-Priest, avec lettres d'envoi de Frémin de Beaumont, procureur général syndic, du 19 juillet 1790. Ibid., F III, Manche 1.

(3) Registre de la Commission royale, 15 juin 1790, fol. 13 14. Arch. dép., Manche, série L non inventoriée.

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