CONDITION SOCIALE DES ADMINISTRATEURS ÉLUS
en même temps qu'une répartition équitable de ses membres entre les sept districts, une prépondérance assez marquée dé l'élément rural sur l'élément urbain. Onze avocats, six magistrats, neuf laboureurs, un négociant et neuf membres sans profession indiquée, mais domiciliés dans les bourgs et villages et probablement propriétaires ruraux, tels furent les trente-six administrateurs chargés des intérêts du département. Douze d'entre eux représentaient la ville, où ils exerçaient pour la plupart des fonctions de l'ordre judiciaire ; vingt et un étaient domiciliés à la campagne ; trois enfin, citadins d'origine à coup sûr, étaient des électeurs issus des suffrages d'assemblées primaires rurales. L'assemblée électorale avait fait preuve dans ses choix « du patriotisme le plus pur et de la sagesse la plus éclairée ». Ses membres avaient franchement répudié les principes de l'ancien régime. Lorsque le comte Leforestier de Mobecq et de Péronne, seigneur de Lengronne, vinrent exprimer à leurs collègues leur étonnement de se voir qualifiés de nobles sur le procès-verbal et leur ambition de n'être appelés que citoyens, ils furent vigoureusement applaudis. Cette assemblée d'hommes libres « qui, au dire des commissaires, avait montré les rapides progrès accomplis en France par l'esprit public » eut à cœur de nommer des défenseurs « d'une liberté sage et bien ordonnée », des amis « d'une Constitution qui, marchant d'un pas majestueux et tranquille, parviendrait au terme désiré de son accomplissement ». Sans se montrer systématiquement hostile aux anciennes administrations provinciales, puisqu'elle leur emprunta neuf membres de l'administration nouvelle, elle entendit prouver par ses choix son attachement au nouveau régime ; sept de ses élus devaient figurer dans les futures assemblées révolutionnaires. A peine constituée, son premier acte avait été une adhésion unanime aux décrets de l'Assemblée nationale et dans une de ses dernières séances elle vota l'achat d'un portrait de Louis XVI, « restaurateur de la liberté » ; elle associait donc dans ses vœux le culte de la monarchie à l'amour de la Révolution.
Les assemblées électorales de chacun des sept districts de la Manche suivirent de près celle du département (l). Elles se réunirent successivement à Coutances, le 24 juin, dans l'église des Capucins ; à Saint-Lô, le 26 juin, dans l'abbaye Sainte-Croix ; à
(1) Procès- verbaux des assemblées électorales des sept districts (copies conformes rétaires); celui de Carentan en double expédition. Arch.nal., F1'" IIT, Manche 1.