RÉJOUISSANCES ET LIBERALITES PUBLIQUES
sivement féministe ; ses organisatrices n'admirent parmi elles qu'un seul convive masculin, un vieux tabellion octogénaire qu'elles allèrent chercher en triomphe (*). Dans la soirée, des feux de joie furent allumés sur les place publiques r?) ; les monuments publics furent illuminés et plus d'un particulier éclaira sa façade avec l'autorisation des municipalités (8) ; les danses terminèrent cette journée d'allégresse. Si la partie officielle de la cérémonie semble avoir été réservée aux seuls citoyens actifs, les réjouissances qui suivirent furent accessibles à tous les habitants ; la foule des prolétaires en prit sa part et se mêla à la joie générale. On avait même, dans certaines villes, pris des mesures exceptionnelles pour faciliter le chômage des journaliers (4>. Les pauvres n'avaient point été- oubliés dans cette journée fraternelle. A Granville, à Bayeux, à Vire, à Caen, les dons des officiers municipaux, le produit des souscriptions recueillies entre les gardes nationaux ou des quêtes faites par les dames pendant la cérémonie avaient permis des distributions de vivres et d'argent. Caen et Coutances durent à leur titre de chef-lieu de département d'être le théâtre de fêtes encore plus imposantes. Les délégations des gardes nationales du Calvados et de la Manche s'y étaient donné respectivement rendez-vous, les premières à Caen pour le 1er juillet, les secondes à Coutances pour le 5 août. A Caen (5), la solennité avait été annoncée dès le 30 juin par le canon du château ; le cortège officiel qui, le lendemain matin,
(1) Arc h. comm., Tinchebrai. Registre des délibérations, 14 juillet 1790. Ce convive, choyé par les femmes, était Michel Pitot, fermier général de la châtellenie de Tinchebrai et greffier du bailliage. Sa popularité a empêché l'incendie des registres de la châtellenie, qui nous ont été conservés.
(2) ïbid., Mortain. Registre des délibérations, 13 septembre 1790. Paiement de dix livres pour un demi-cent de bourrées, pour les feux de joie le jour de la fédération.
(3) Un conflit éclata à cette occasion entre la municipalité de Cherbourg et la Société des amis de la Constitution, de création récente ; celle-ci avait eu le tort d'illuminer « la Chambre littéraire » sans demander l'autorisation de la municipalité, qui fit éteindre les chandelles. La Société s'inclina, mais adressa une réclamation ù l'Assemblée nationale. Arch. nat., D xxix 32. La municipalité, dans un mémoire d'observations relatif à cette plainte, appréciait ainsi l'attitude indocile de cette Société : « Une portion d'une Société naissante, échauflée du premier feu d'une doctrine qu'elle a mal digérée, veut changer les limites posées par la loi. » Elle lui reproche d'être une institution dangereuse, formée « par une exclusion arbitraire et injurieuse pour les citoyens d'une ville où il y a autant d'amis de la Constitution que d'habitants ». Ibid.
(4) Arch. comm., Bayeux, Di12. Registre des délibérations, 11 juillet 1790.
(5) Procès-verbal de la confédération des gardes nationales et troupes de ligne du département du Calvados. Ibid., Caen, carton 30.