LE SERMENT DE FRATERNITÉ CIVIQUE
chantier de la marine, au bord de la rade ; l'officiant pouvait admirer, par dessus la foule moutonnante des têtes, la mer infinie où une nuée d'embarcations inclinaient leurs pavillons et leurs banderoles multicolores M. A Granville, l'autel se dressait sur la pointe du Roc ; formé hâtivement de planches recouvertes de gazon, que le mauvais temps avait empêché d'orner davantage, il offrait « la parfaite image de la simplicité » ; les drapeaux tricolores et les bannières qui ornaient sa colonnade flottaient au vent de tempête qui brisait les vagues furieuses au pied du promontoire abrupt &>. A Vire, c'est aussi en plein air, au pied du donjon, sur le tertre dominant les vaux agrestes où serpente la Vire, que la fête devait se célébrer ; une bourrasque rendit les préparatifs inutiles et ce fut l'église Notre-Dame qui abrita l'assistance (3;.
Partout la cérémonie eut lieu le matin et, à l'heure de midi, des forêts de bras se levaient et des milliers de bouches prononçaient le serment fédéra tif. Les citoyens juraient « de rester à jamais fidèles à la nation, à la loi et au roi, de maintenir de tout leur pouvoir la constitution décrétée par l'Assemblée nationale et acceptée par le roi, de protéger en particulier la sûreté des personnes et des propriétés, la libre circulation des grains et des subsistances, la perception des contributions publiques et de demeurer unis à tous les Français, par les liens indissolubles de la fraternité » (4).
Après le serment, les troupes se retiraient en bon ordre, les corps administratifs se séparaient, les simples citoyens rentraient chez eux ; dans quelques villes, pour rendre leur fraternité plus apparente, ils se réunissaient autour de la même table. Des banquets populaires furent ainsi organisés à Vire (5), à Avranches, où un repas frugal fut dressé sous les allées du bois des Capucins (6), à Torigni, où l'orangerie du château princier de Monaco servit de réfectoire (7). A Tinchebrai, il y eut plusieurs repas communs et, détail intéressant, l'un de ces banquets fut exclu-
(1) Arch. comm., Cherbourg, BB 5. Begistre des délibérations, 14 juillet 1790 Cf. Procès-verbal imprimé, Cherbourg, imp. Clamorgan, 8 p.
(2) Ibid., Granville Begistre des délibérations, 14 juillet 1790.
(3) Ibid., Vire. Begistre des délibérations, 14 juillet 1790.
(4) Voir le texte complet dans les procès-verbaux de Cherbourg et de Tinchebrai.
(5) Le Gorgeu, La Fête de la Fédération à Vire en 1790. Le banquet fut fixé à trois livres par lète, dont la moitié devait être « consacrée aux pauvres ».
(6) Arch. comm., Avranches. Begistre des délibérations, 14 juillet 1790.
(7) Journal de la Basse-Normandie, n° 83, 8 août 1790.